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BULLETIN 



DU 



BIBLIOPHILE 



ET DU BIBLIOTHÉCAIRE 



1883 



BULLETIN 



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DU 



BIBLIOPHILE 

ET DU BIBLIOTHÉCAIRE 

REVUE BftENSIJELLE 
PUBLIÉE PAR LÉON TEGHEMER 

AYBG LE CONCOURS 

De MM. Éd. db BÀATnfi.nrr; Baudeuxart, de llnstitat; Juucs Boiausimt; 
J. Bouuoui; GusT. Bruioet, de Bordeaux; comte CLtexirr di Ra, de Im 
Société des Bibliophiles; Cunx.LiKR-FLsuRT, de l'Académie française; JnuBS 
Dki^it ; A. Dbstouchxs ; Yxctor Dstkijlt, de la bibliothèque Sainte-Gene- 
▼ière; baron A. Errouf; FsRDxiiAia) Dkios, administrateur à la bibliothèque 
Sainte-Oenerière; Eng. Dramard, conseiller à la Cour de Limoges; 
Gboroxs Dupi^s^is, de la Bibliothèque nationale; J. Duras; DuPRi La 
SAI.I.S, conseiller k la Cour de cassation; Alfrrd FRAifKiJii, de la biblio- 
thèque Mazarine; marquis ds Gailloic; J. db Gaulls; Ch. Giraud, de 
llnstitnt; P. Lacroix (BnuoPHnLB Jacob), conserrateur à la bibliothèque de 
l'Arsenal; comte db Loirop^RiBR-GRiMOARD, de la Société des Bibliophiles 
françois; P. Margrt ; Ed. Mbaumb ; F. Morabd, de Bonlogne-sur-Mer; 
Pauuk Paru, de llnstitut ; Louis Paru ; Gaston Paru, de llnstitnt ; 
H. Mouuif, ancien avocat général ; baron J. Pxchor, président de la Société 
des Bibliophiles françois ; baron Roobr Portalu, de la Société des Biblio- 
philes; baron db Rublb; Scrwab, de la Bibliothèque Nationale; Ph. Tambbt 
DB Lardçub; 

COirrEIf AIVT DES NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES, PHILOLOGIQUES, 

HISTORIQUES, LITTERAIRES. 



1883 



ON SOUSCRIT A PARIS, 

CHEZ LÉON TEGHENER, 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS. 

RUB DB l'aRBRB-SBC, 52, PRis DB tsÂ. COLOMUADB DU LOUTRR. 

1883 



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BULLETIN 



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DU 



BIBLIOPHILE 

ET DU BIBLIOTHÉGAmE 

RETUE BftENSUELLE 
PUBLIÉE PAR LÉON TEGHEMER 

ATBC LE CONCOURS 

De MM. Éd. db Bàatkéudit; Baudeuxart, de llnstitat ; Julks BomiAMnt; 
J. Boulhisk; GutT. Brunct, de Bordeaux; comte CLiMBiiT db Ris, de Im 
Société des Bibliophiles; Cunx.Lm-FLximT, de l' Académie française; Julks 
Dn^rr ; A. Dbstouckis ; Yictor Dktbult, de la bibliothèque Sainte-Gene- 
▼ière; baron A. Errouf; Fsrdxiiaiis Dkios, administrateur à la bibliothèque 
Sainte-Generière; Eng. Dramard, conseiller à la Cour de Limoges; 
GRORaBs DuKJBS^is, de la Bibliothèque nationale; J. Dukàs; DupRi La 
SAZ.LB, conseiller à la Cour de cassation; Altrbd Fraukur, de la biblio- 
thèque Mazarine; marquis db Gaillon; J. db Gaullb; Cr. Giraud, de 
llnstitnt; P. Lacroix (BiRLioPHnLB Jacob), conserrateur à la bibliothèque de 
l'Arsenal; comte db LowapiRiBR-GRiMOARn, de la Société des Bibliophiles 
françois; P. Margrt ; Ed. Mbaumb ; F. Morard, de Bonlogne-sur-Mer; 
Pauxjr Paru, de llnstitnt ; Loun Paris ; Gaston Paru, de llnstitnt ; 
H. Mouuif, ancien avocat général ; baron J. Pichor, président de la Société 
des Bibliophiles françois ; baron Roobr Portaus, de la Société des Biblio- 
philes; baron db Rublb; Scrwab, de la Bibliothèque Nationale; Pb. Tambbt 
DB Laroçub; 

COWTEIfAIfT DES NOTICES BIBUOGRAPHIQUES, PHILOLOGIQUES, 

HISTORIQUES, LITTÉRAIRES. 



1883 



ON SOUSCRIT A PARIS, 

CHEZ LÉON TEGHENER, 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS. 

RUB DB l'ARBRB-SBO, &2, PrAs DB Ui COLOHRADB DU X.OUTRB. 

1883 



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; ; BULLETIN 

DU 

BIBLIOPHILE 

1883. 



TITON-DU-TILLET ET SON PARNASSE. 

LE P. VANIÈRE ET SON PRJEDIVM RUSTICUM. 



Lbttres inédites de Titon-du-Tillet a Voltaire, de Fré- 
déric II, DE Crébillon, de L. Racine, de J.-B. Rousseau, 
DE Le Franc- de -Pompignan, de Dom Calmet et de 
VaniArb, a l'auteur du Parnasse français. 

Il y avait huit ou dix jours que, dans une de mes 
visites à la bibliothèque de la rue de Richelieu, je m'étais 
arrêté curieusement devant le Parnasse en bronze de 
Titon-du-Tillet, dont j'avais lu récemment une descrip- 
tion, lorsque buissonnant à . travers mes autographes, le 
hasard me fit mettre la main sur une demi-douzaine de 
lettres inédites y toutes intéressantes, l'une de Titon à 
Voltaire, les autres de Frédéric II, de Crébillon, de L. Ra- 
cine, de Le Franc-dePompignan, de Dom Calmet et du 
P. Vanière à Titon-du-Tillet. 

Ces lettres pleines de détails, celles-ci, sur le Parnasse 
français et son auteur, sur les Commentaires du théâtre 
de Corneille et l'éducation de la petite-nièce du poète, 
élevée à Ferney, par les soins de Voltaire ; celles-là, sur les 
rapports de Titon-du-Tillet avec les écrivains de son temps; 
cette autre, sur le Prsedium rusticum du P. Vanière, sur 
ses travaux, ses ouvrages faits et ses ouvrages à faire, sur 

1883. 1 



2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

le procès de la Société de Jésus, h roccasion du testament 
de l'Archevêque de Narbonne, m'ont paru dignes d'être 
publiées. Mais j'ai pensé que quelques lignes d'explication 
sur ces lettres elles-mêmes, sur les circonstances qui les 
entouraient, sur les hommes qui les ont écrites et sur ceux 
à qui elles s'adressaient n'étaient pas inutiles ; je n'ai pas 
voulu les imprimer sans commentaires, et je me suis dit 
qu'avant de les offrir aux lecteurs du Bulletiriy il fallait 
leur faire quelque peu de toilette. 



Everard Titon-du-Tillet a dû la célébrité de son nom 
à l'exécution de son Parnasse, aux divers ouvrages con- 
sacrés à la description de ce monument, à son amour des 
lettres et des arts, à ses relations avec les illustrations de 
son temps, et à l'accueil empressé qu'il leur faisait dans 
sa coquette maison de la rue Saint- Antoine. 

Fils d'un Directeur général des manufactures d'armes 
du Roi, tour-à-tour à demi avocat et capitaine de dragons, 
propriétaire à 15 ans d'une compagnie d'infanterie et 
maître d'hôtel de la duchesse de Bourgogne, Marie, 
Adélaïde de Savoie, puis enfin commissaire provincial des 
guerres; riche d'un patrimoine héréditaire, généreux Mé- 
cène des hommes de lettres et des artistes, il nourrit et 
développa au milieu d'eux le projet de son Parnasse. 

Sa première pensée avait été de l'élever, monument 
grandiose, sur l'une des places publiques de Paris, mais 
TexécutioD, dans de pareilles conditions, n'eût pas 
demandé moins de deux millions, qu'il n'avait pas. Il lui 
fallut ramener son projet à des proportions plus modestes, 
et se contenter du modèle en bronze, légué au Roi par 
son auteur, et conservé dans Tune des salles de la Biblio- 
thèque Nationale. 



TITON-DU-TILLET ET SON PARNASSE. 3 

Cette œuvre était un hommage au grand Roy, et aux 
grands hommes qui avaient immortalisé son siècle. 

Au sommet, sous les traits d'Apollon, il avait placé 
Louis XIV ; au-dessous, Mesdames delà Suze, Deshoulières 
et de Scudéry figuraient les trois Grâces^ et les Muses 
étaient remplacées par Corneille, Molière, Racine, La 
Fontaine, Boileau . . . , etc. 

Mais à côté de ces noms, tous illustres, s'en trouvaient 
d'autres qui devaient s'étonner du voisinage. Titon-du- 
Tillet ne s'était pas montré assez sévère sur le choix des 
titres d'admission à ses faveurs, et quand Voltaire rencon- 
trait sur son Parnasse Corneille et Molière en compagnie 
de l'abbé Abeille, de Baïf, de G. Colletet, de L'Etoile et 
de quelques autres de même force, on est peu surpris 
qu'il ait dit à l'auteur : 

Dépêchez- vous, Monsieur Titon, 
Enrichissez votre Hélicon; 
Placez-y sur un piédestal 
Saint-Didier, Danchet et Nadal; 
Qu'on voie armés du même archet 
Nadal, Saint-Didier et Danchet, 
Et couverts du même laurier 
Danchet, Nadal et Saint-Didier. 

L^épigramme était méritée sans doute, mais Voltaire n'y 
cherchait-il pas aussi une satisfaction d'amour-propre, une 
petite vengeance littéraire contre l'homme qui lui avait 
préféré Rousseau ? 

Le reproche que Voltaire fait, en vers, à Titon-du-Tillet, un 
ami de Voltaire, le prince royal de Prusse, devenu depuis le grand 
Frédéric, le lui adressait en prose dans une lettre du 1 5 janvier 
1739. 

Après quelques mots de remerciement pour l'auteur, et d'éloge 
pour son œuvre : a Le public éclairé, lui disait-il, ne peut que 
vous être redevable de la peine que vous vous êtes donnée, en 
publiant votre Parnasse françois ; vous rendes par là un espèce 
d'homage [sic] au mérite de ceux dont vous parles. 

Ce qui me surprend infiniment, Monsieur, c'est de ne point 



4 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

trouver dans les médailles, Racine, P. Corneille, Boileau, Vol- 
taire ; pendant que j'y trouve Ronsard, Maisnard, Benserade et 
Voiture. Les premiers sembloient seuls mériter cette distinction; 
(vous me paroisses, Monsieur, avoir trop de goût, pour n'en pas 
convenir) — au lieu que les autres n'ont de mérite, que celui 
d'avoir trouvé des admirateurs aveugles, qui ne connoissoient que 
fort imparfaitement l'art de la critique. On plaçoit dans la biblio- 
thèque d'Auguste les bustes des grands poètes; si cette grâce 
ëtoit refusée à un Mévius et Bavius, on se faisoit une gloire de 
l'accorder au mérite éminent de Virgile, d'Horace, d'Ovide. 

Réparés, Monsieur, promptement cette espèce d'injure, que 
votre silence occasione, l'intérest de votre réputation le demande. 

Recevès, je vous prie, le présent que je vous envoyé, comè 

(sic) une marque de mon estime, et soyès persuadé que je suis, 

Monsieur Titon du Tillet. 

Votre affectionné, 

FaEDEaiG. 

Titon-du-Tillet fit sur cette lettre de son royal corres- 
pondant, et de sa main, une sorte de réponse justificative. 

a II est aisé de connoitre, écrivit-il, que le prince royal de Prusse, 
depuis roi en 1740, qui s'appliquoit aux belles lettres et les pos- 
sédoit si parfaitement, n'avoit pas bien examiné le tableau et 
l'estampe qui représentent le Parnasse françoisy avant d'écrire 
cette lettre ; il auroit vu que Racine, P. Corneille et Boileau, sont 
représentés en figures en pieds, d'une manière encore plus hono- 
rable, que le médaillon; il auroit pu voir que Ronsard n'est point 
mis en médaillon et il auroit pu savoir que Mainard, Benserade et 
Voiture sont des poètes très estimables. Pour M. de Voltaire, on 
dira qu'il étoit au collège quand on a élevé le Parnasse qui est 
destiné à ceux qui ne vivent plus (i). » 

Toujours en quête de bonnes actions, toujours prêt à 
venir en aide aux besoins des gens de lettres, donnant 
des secours aux uns; des encouragements aux autres, ce 
fut Titon-du-Tillet qui accueillit la pauvreté du neveu et 

(1) Cette lettre faisait partie de la belle collection d'antographet de M. Du- 
bmnfaut, le savant chimiste, et surtout l'excellent homme, qui avait bien tooIu 
me la communiquer avec plusieurs autres relatires à Titon et à son FùmoêMe. 



TITON-DU-TILLET ET SON PARNASSE, 5 

de la petite-nièce du Grand Corneille. A Tun et à Tautre il 
ouvrit sa maison : pour le premier, il obtint de la Comédie- 
Française une représentation de Rodogune [l] ; il éleva 
Tautre chez lui, comme une fille, aussi longtemps que sa 
fortune lui permit de la garder, et plus tard, quand des 
pertes et des revers eurent fait succéder à cette fortune la 
gêne et les embarras, il fit appel à la générosité de Voltaire 
et lui recommanda sa pupille. On sait que le philosophe, 
heureux « de Thonneur qu'on lui faisait de jeter les yeux 
n sur lui, et déclarant que cVtait à un vieux soldat de 
n servir la petite-fille de son général, » la reçut à Ferney, 
se chargea de son éducation, la dota, la maria à un capi- 
taine de dragons, et commenta à son profit le théâtre de 
son grand-oncle (2). 

Ces rapports entre Voltaire et Titon-du-Tillet, les soins 
de Tun et Taffection de l'autre pour Mlle Corneille durent 
nécessairement donner lieu à un échange de lettres. Nous 
n'en n'avons trouvé aucune de Voltaire dans sa corres- 
pondance imprimée, et pourtant celle de Titon, que nous 
publions, est bien certainement une réponse. Nos lecteurs 
pourront en juger dès à présent. 

Le 28 septembre 1761. 

Je m'aperçois, Monsieur, que Tâge de 85 ans est d'un grand 

(1) Cette représentation, qui produisit au moins 6000 livres, eut lien le 10 
■urs 1760, et Toici le texte de l'affiche qui l'annonçait : « Les comédiens ordi- 
» nairet du roi, pénétrés de respect pour la mémoire dn GmARD ComRSiLLB, 

> ont em ne pouvoir en donner une preuve plus sensible qu'en accordant à 
» son neveu, seul rejeton de ce grand homme, une représentation. Ils donneront 
» lundi prochain, 10 mars 1760, à son profit, Bodoffune, tragédie de Pisuu 

> ComREiLi.B, et le» Bourgeoises de qualité, » 
M. Toumenx. Correspondance de Qrimm, 

(2) C'e^ cette résolution de Voltaire qui nous a valu les belles éditions in-8 
ctin-4 de Corneille, de 1764 et 1774, auxquelles le commentateur a consacré 
deox années de sa vie. 

« J'ai travaillé pendant deux ans à cette édition, écrivait-il à Collini, son 
ancien secrétaire. Tous les détails de cette opération ont été très fatigans; 
je n'ai pu m'absenter nn moment pendant tout ce temps-là ». Lettre de 
jtmviêr 1764. 



6 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

poids pour un homme qui a mené une vie aussi agitée que la 
mienne. Je me trouve encore dans une situation très fatigante, 
dont cependant je retire beaucoup d'honneur par les grâces que 
m'ont accordées plusieurs souverains, et une trentaine d'Académies 
de l'Europe. 

Comment répondre à tant d'honneurs si peu attendus? Pour 
pouvoir y suffire, j'abrège le peu de temps qui me reste à vivre, et 
j'achève de perdre une vue très foible, étant obligé d'écrire des 
lettres de remerciemens. Je cherche avec peine des expressions 
assez fortes pour témoigner ma reconnoissance de toutes les grâces 
qu'on me fait. 

Le roi de Danemark vient encore de me faire l'honneur de 
m'envoyer par M. Ogier, notre digne ambassadeur près Sa Majesté* 
une lettre des plus obligeantes, accompagnée de deux médailles 
ou plutôt médaillons d'or, dont l'un est de la valeur de mille livres 
et l'autre de six cents; voilà de riches pfésens, mais bien plus 
honorables, ce qui me touche davantage. 

Je suis extrêmement flatté que vous vouliez bien donner votre 
approbation à tous les honneurs que je reçois, et sur lesquels vous 
me faites des compliments, avec vos deux très estimables acolites 
— Madame Denis, Mademoiselle Corneille — dont j'honore infi- 
niment la première, et m'intéresse beaucoup au bonheur de la 
' seconde, de passer des jours si agréables auprès de vous ; c'est 
mettre véritablement le sceau à la gloire que je pouvais mériter. 

Je suis très charmé, Monsieur, d'apprendre que vous et Madame 
Denis continuiez vos bontés pour Mlle Corneille, et de vos 
attentions pour lui procurer un état heureux, en soulageant un 
peu son père et sa mère, action bien digne d'un Voltaire. Rien de 
mieux imaginé pour cela, grâce à votre esprit supérieur et à vos 
grands talents, que la belle édition des œuvres du célèbre Corneille, 
que vous donnerez avec vos remarques, qui doivent être très 
curieuses et très utiles pour former de vrais poètes tragiques. 

Vous devez bien croire que je n'ai pas manqué d'y souscrire, 
et M. Dumotar, que je vois souvent avec plaisir, a dû vous 
l'écrire. 

Je suis avec toute la considération et toute l'estime possible, 
Monsieur, vot^ très humble et très obéissant serviteur. 

TiTOîf-DU-TiLLET. 



TITON-DU-TILLET ET SON PABNASSE, 7 

P, S. — Permettez-moi de saluer ici Mlle Corneille et de la 
féliciter de la protection que vous lui accordez. 

Mlle Félix, ma nièce, qui ne manque pas de talents et de goût, 
grande admiratrice de vos ouvrages, lui en fait aussi ses compli- 
mens, vous salue et Mme Denis, et vous remercie l'un et l'autre 
des bonnes attentions que vous voulez bien avoir pour cette jeune 
demoiselle. Je me ressouviens qu'elle m'avait fait l'honneur de 
me demander mon portrait avant son départ; j'oubliai de le lui 
donner, ce que j'ai réparé quand M. Cramer (que je salue) est 
parti de Paris, en lui remettant la médaille du Parnasse français 
pour elle, et que je ne doute pas qu'elle n'ay reçue. J'ai cru qu'à 
80 ans passés je pouvais me passer de plusieurs médailles 
dont mon sculpteur m'avait régalé. 

A propos d'âge, vous prenez la liberté, très mal à propos, du 
titre de vieillard, que tous vos ouvrages démentent. Je vis l'année 
dernière l'ami Crébillon, âgé pour lors de 87 ans, que j'apellai 
Seigneur Gérante, il en fut tout courroucé et me dit qu'il avait 
encore Tespritjeune et plein de feu; c'est ce qui vous arrivera à son 
âge, Amen, 

Pensez encore que je pourrais par mon âge être votre père ; ne 
soyez donc vieux qu'à l'âge de Fontenelle. (1). 

^ la date de cette lettre, Voltaire avait 67 ans, Titon- 
du-Tillet, 85, et le vieux Crébillon, qui mourut Tannée 
suivante, 88. 

II. 

Le Parnasse fut pour Titon-du-Tillet roccupation de 
toute sa vie. Il le fit d'abord exécuter en bronze, puis il 
en donna la description dans des livres, et la représen^ 
tation dans des gravures et des médailles. 

En relation avec la plupart des bommes célèbres de son 
siècle, il leur envoyait ses livres, ses gravures et ses mé- 
dailles, promettant assez facilement aux privilégiés qu'il 
admettait sur son mont poétique l'immortalité. 

(1) En tête de cette lettre, on lit de la main de Voltaire : Lettré de M, TUon-- 
du'TiOeL V. 



8 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

En 1726 et 1728, il offre à Crébillon,run des premiers, 
et à J.-B. Rousseau la gravure de son Parnasse et une 
place parmi les illustrations dont il a déjà fait choix. A 
cette offre le tragique quinquagénaire répond : 

Je crois qu'il n'y a rien de plus généreux que de célébrer les 
morts, mais il me semble, Monsieur, que ce n'est pas une trop 
bonne œuvre que de chercher à corrompre les vivants ; Dieu vous 
fasse paix, avec vos idées d'immortalité, dont vous venez me 
chiffonner la cervelle, 

Je ne sçais point prévoir les grandeurs de si loin. 

J'ay sur cet article plus de désirs quede vanité, et je conçois, par 
la peine que j'ay à vivre dans mon siècle, que je ne trouveray 
jamais de quoy vivre dans un autre ; si le tems dure, j'ay bien 
peur que votre Parnasse ne devienne un hôpital en bronze ; je 
vous remercie cependant de tout mon cœur des deux estampes que 
vous m'avez envoyées, mais je ne veux d'autres monuments que 
ceux que vous me promettez dans votre estime et dans votre 
amitié. 

J'ay fait part à Monsieur Paris de votre présent, il en a été 
enchanté; vous sçavez qu'il est curieux et connaisseur. Il s'est 
récrié plusieurs fois sur le dessein et sur la beauté de l'ouvrage, 
encore plus sur la noblesse de celuy qui l'a imaginé ; il a dit que 
la moindre chose que l'Etat dût faire, seroit de l'adopter et de 
vous en récompenser, et qu'il n'y avoit pas un de nous qui ne vous 
dût à vous-même cette immortalité que vous voulez nous assurer. 
Vous voyez bien que je suis de moitié dans ce reproche, et en effet 
il est honteux que vous n'ayez encore reçu aucun signe de vie de 
notre part ; seroit-ce modestie, est-ce ingratitude ? Quoy qu'il en 
soit, le cas est vilain. 

Monsieur Paris m'a chargé de vous fjgdre mille remerciements, 
il veut voir votre Parnasse et prétend même solemniser ce jour par 
une fête. Si vous vouliez en attendant venir faire icy un petit tour 
de promenade, je puis vous assurer qu'on vous y verrait avec un 
plaisir infiny. 

Je suis avec un respectueux attachement, Monsieur, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

Cai£BILLON. 
A Bcrey, ee 28 may 1726. 



TITON-DU-TILLET ET SON PABNASSE, 9 

Titon-du-Tillet ne pouvait oublier clans ses générosités 
les Sociétés savantes, celles surtout auxquelles il appar- 
tenait. Il charge donc Louis Racine, quittant Paris, et 
auquel il fait d'ailleurs la même proposition qu'à Crébillon, 
d'offrir à l'Académie de Soissons la médaille, la gravure 
et le livre de son Parnasse, et L. Racine lui écrit : 

C'est avec bien plus de plaisir, Monsieur, que je retourne dans 
ma province, depuis que vous me chargez de T agréable com- 
mission de remettre à TAcadémie de Soissons un présent qui la 
flattera infiniment. Je vous réponds de ses sentiments de recon- 
naissance, en attendant qu'elle vous en assure elle-même. 

Recevez mes remerciments, sur le livre, que la main qui me le 
donne me rend encor plus cher. Une place sur votre Parnasse 
flatte l'ambition de tout poète ; une place dans votre cœur est celle 
qui m'est la plus précieuse, ce que j'espère mériter par les senti- 
mens del^pect et d'attachement avec lesquels je suis. Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

RAcnfE. 

A Paris, le 16 février 1734. 

Je viens d'être honoré de la visite du P. de Caux, qui m'a fait 
présent de l'Ode qu'il vous a adressée. 

De son coté J.-B. Rousseau, retiré à Bruxelles depuis 
l'arrêt du Parlement qui l'avait banni de France, et dont 
le portrait-médaillon devait trouver place sur le Parnasse, 
lui écrit: 

A Bmxellet, le 17 Juin 1728. 

Je me suis bien douté, Monsieur, quand je vous ai donné 
l'adresse du sieur Vermillon, que notre médaille pourroit n'estre 
pas encore preste à son départ, et je m'en console parcequ'il se 
présente une occasion naturelle et plus seure en la personne de 
M. Mahuet, avocat demeurant rue Jean Tison, derrière le grand 
Conseil. C'est le frère d'un de mes amis qui est ici, et il doit 
m'envoier quelques livres avec lesquels le médaillon trouvera sa 
place. Comme vous m'avez demandé une adresse seure, j'use de la 
liberté que vous m'avez donnée, sans quoi je ferois scrupule de 
vous importuner si souvent de mes lettres, pour une affaire dont 



10 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

le bénéfice ne tourne qu'à mon seul profit. 11 est vrai que l'honneur 
en revient aussi à vous seul et que la gloire de donner a même 
plus de piquant que le plaisir de recevoir. 

J'ai une véritable impatience de voir en ce chef-d'œuvre un 
essai de votre goût pour les arts, et je suis persuadé que si la main 
de l'ouvrier a pu suivre vos idées ce sera une chose parfaite. J'ai 
chez moi un gros médaillon de Molière et deux médailles de 
Rabelais, dont il y a une qui porte un revers tout à fait curieux, 
mais cela est mal exécuté, et j'aurai en cela sur ces deux excellens 
hommes un avantage qui compense largement ceux qu'ils ont sur 
moi d'ailleurs. Permettez-moi de vous demander un mot d'avis 
quand vous aurez fait remettre la pièce en question à M. Mahuet, 
et faites-moi la justice de croire que de tous ceux qui font pro- 
fession d'honorer le mérite, aucun n'est plus parfaitement et avec 
plus de considération que moi, Monsieur, votre très humble et 
très obéissant serviteur. 

J.-B. Rousseau. 

A Tabbé de Sénones, le R. Dom Calmet et à Lefranc- 
de-Pompignan, Titon n'offre pas une place sur son 
Parnasse, mais il leur envoie le volume qui le décrit. Le 
président et le docte abbé l'en remercient en ces termes : 

A Pompignan, le 30 janrier 1756. 

Monsieur, 

Les vœux que vous daignez faire pour moi n'ont assurément pas 
prévenu ceux que je fais pour vous. Ils réunissent tout ce que 
l'amitié peut souhaiter à l'homme du monde qui mérite le plus 
d'avoir des amis. 

J'attends avec impatience le nouveau supplément de votre 
Parnasse. Privé du plaisir de vous voir, j'aurai du moins celui 
de vous lire. Mais ce ne sera, je le crains bien, qu'au retoiur de 
la belle saison. M. le chevalier d'Alier à qui vous devez adresser 
vos envois n'est pas à Toulouse, et je vais moi-même m' éloigner 
de ce pays-ci jusqu'à la fin de mars. 

Egayez toujours vos 80 ans, mais ne les fatiguez pas; c'est ainsi 
qu'ils vous conduiront jusqu'à la centafne et au delà. 

Je suis avec un attachement inviolable et respectueux, Monsieur, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

liB Franc. 



TITON-DU-THXET ET SON PABNASSE, Il 

A Saint-Mihiel, le 12 mars 1737. 

Monsieur, 

J'ai reçu celle dont vous m'avez honoré, en date du 8 may, 
étant à notre Chapitre général dans Tabbaye de Saint-Mihiel, où 
j'ai vu le R. P. D. Louis Titon, à qui j'avais demandé, en arri- 
vant, des nouvelles de votre santé et de vos travaux littéraires. 
Vous m'en donnez, Monsieur, qui me font bien plaisir, et j'apprens 
de vous même que vous ne cessez point d'enrichir le public de 
vos ouvrages, et que celui que vous m'avez fait l'honneur 
de m'adresser n'est qu'un essay d'un plus grand auquel vous 
travaillez. 

Vous donnez à la fois un monument de votre zèle pour votre 
patrie, de votre reconnaissance pour Louis-Le-Grand, et de votre 
bon goût, dans le Parnasse français que vous nous promettez. Le 
public le verra sans doute avec grand plaisir, et je joins dès à 
présent mes applaudissements à ceux que vous en recevrez. 

Je suis dans le plus parfait respect, Monsieur, votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

D. A. Calmet. 

Abbé de Senones. 

Mon adresse est à l'abbé de Senones, par Nancy, à Ravon- 
l'EUppe. 

De Bure est mon correspondant à Paris. 



m. 

De Dom Calmet au P. Vanière, la transition est 
toute naturelle. 

A l'apparition du Parnasse de Titon-du-Tillet, Téclat 
dont la poésie latine avait brillé au siècle précédent, sous 
Louis XIV, avait pâli sous son successeur. Elle ne donnait 
plus ni béné^ces ni évêchés; sa décadence avait commencé 
avec la fondation de TAcadémie, dont la mission était 
d'épurer la langue française, d'en étendre l'usage, et de 
favoriser la poésie nationale. Mais si elle avait perdu de 
ses honneurs et de son crédit, elle était encore en haute 
estime auprès des érudits, et donnait encore de la 



12 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

réputation à ceux qui la cultivaient. La fameuse Pléiade 
n'était point oubliée, pas plus que les noms des astres 
qui la composaient, Santeuil, Ménage, du Perrier, Petit, 
Rapin, Commire et La Rue (1). 

Titon-du-Tillet devait donc sur son Parnasse au moins 
une petite place aux représentants de la poésie latine. 

Il en donna une à Tauteur du poème des Jardins. 
L*auteur de La Ferme n'était pas moins célèbre que le 
P. Rapin. 

Salué, à l'apparition de son poème, du surnom de 
Virgile français, loué dans les Mémoires de Trévoux et le 
Journal des savants^ fêté par tous ses confrères de la 
Compagnie de Jésus, ce ce nouveau venu, disait Santeuil^ 
dérangeait tous les poètes modernes sur le Parnasse ». 

Lors de son voyage de Toulouse à Paris, il avait été 
partout comblé d'honneurs. 

A Lyon, l'Académie en corps le recevait et le compli* 
mentait, à l'entrée de la ville. 

A Paris, lorsqu'il se présenta à Louis-le-Grand, les 
classes furent suspendues et le P. Porée, montrant à ses 
élèves l'illustre visiteur, leur disait : « Venez voir le plus 
grand poète de nos jours. » 



(1) De J. B. Santeal, chanoine de Saint- Victor, né en 1630, mort en 1697, 
nous avons des Poèmes, des Inscriptions, des Epigrammss, des Hymnes; 

De G. Ménage, arocat, puis homme d'Eglise, 1613-1692, JEgidii Mentigii 
PùemcUa; 

De Ch. Dapérier, l'ami de Malherbe, 1620-1692, dêê JMsieê laUnss si 
françaises; 

De Pierre Petit, médecin, 1617-1687, de Furore poëtieo ; — Thia Sinensis,. 
le Thé ; — Sdeetorum pœmatum lihri H. 

De René Rapin, jésuite, 1623-1687. Sortorum libri IV, Les Jardins, csuvres 
diverses. 

De J. Commire, jésuite, 1625-1702, des Paraphr<ues, des Odes, des FàUes,. 
des Epigrammss; 

De Ch. de la Rue, jésuite, 1643-1725, Carminum libri IV. 

En dehors des poètes de la Pléiade, parmi ceux qui se sont fait nn nom dans> 
la poésie latine, il faudrait citer encore Fléchier et Hnet, Massien, N. Bourbon» 
Ant. Halley, Grenan, Rollin, Coffin, etc. 



TITON-DU-TILLET ET SON PABNA88E. 18 

A la bibliothèque du Roi, mention de sa visite fut faite 
sur les registres de rétablissement. 

La gravure avait reproduit ses traits, et une médaille 
avait été frappée en son honneur. 

Le grand critique du temps, Boileau, cet impitoyable 
railleur des Français qui essayaient de la muse latine, qu'il 
avait pourtant lui-même quelque peu courtisée, donnait 
au talent de Vaniére le sceau de son approbation : « Les 
vers latins que vous m'avez envoyés, écrivait-il à Brossette, 
sont très élégants... Ils m'ont réconcilié avec les poètes 
latins modernes. >» (1). 

Comme Virgile et Horace, l'auteur du Prœdium rusticum 
avait eu le privilège de la traduction française (2). Enfin, 
un poète Parmesan, écrivant dans la langue de Vanière, 
invoquait les Muses du jésuite, Vanierides musasy comme 
autrefois Virgile, les muses de Théocrite, Sicelides musas. 

En présence de tant d'éloges, de tant d'honneurs et 
d'une telle renommée, comment Titon-du-Tillet n*eût-il 
pas admis sur son Par nasse le poète du Prœdium^ tant 
vanté? 

Il l'y admit donc très volontiers et le lui annonça en ces 
termes : « Mon père, j'avais besoin de donner sur notre 
Parnasse un compagnon au P. Rapin ; que je vais lui faire 
de plaisir de lui en donner un tel que vous ! » 

C'est à ces quelques lignes que le P. Vanière répondit 
par la lettre que nous publions, lettre un peu longue 
peut-être, qu'un amateur d'autographes appellerait ^tt/7er6^^ 
et dont la longueur est d'ailleurs rachetée par des détails 
d'un haut intérêt. 

Monsieur, 
Vous ne me croyez pas sans doute assez insensible à la gloire, 

(i) Lettre de Boileau à Brossette^ da 2 juillet 1699. 

(2) OEcoNOxn rubauc, traduction du poème du P. Vanière, intitulé Prœdium 
ruttieum. Par M. Berland. Paris, 1756, 2 toI. in-12. 

Le Prœdium est dédié à Nicolas Lamoignon de Basyille, La traduction à 
M. d'Albert d'Ally, due de Chaulues. 



14 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

pour n'être pas flatté de l'honneur que vous me faites, en me 
donnant une place si honorable dans votre Parnasse. Ne soyez pas 
surpris que je vous en remercie si tard. Je ne fais qu'arriver à 
Toulouse, d'où j'étais absent depuis près de deux ans, pour pour- 
suivre à Montpellier un procès qui pourrait bien m'obliger d'aller 
bientôt à Paris. 

Vous serez scandalisé de me voir déserteur du Parnasse, et 
occupé de procès. J'espère que vous m'excuserez lorsque vous 
apprendrés que c'est un procès de littérature, que la reconnaissance 
m'oblige de poursuivre. C'est la fameuse bibliothèque de feu M. de 
la Berchère, archevêque de Narbonne, dont le don est le pre- 
tieux fruit d'une épître en vers, que vous aves veue a la fin de 
mon second tome. Après avoir poursuivi cette affaire durant 8 ans, 
je voyois nos jésuites prêts à l'abandonner, lorsque je crus qu'un 
don fait à ma prière demandoit que je quittasse tout pour con- 
server un monument, qui immortalisera le nom de mon bien- 
faiteur. Si vous êtes curieux de connoitre cette affaire, demendez 
au P. Dufraisse un exemplaire de l'instruction que je fis imprimer 
à Nismes durant les Etats, et vous verrez si on avoit raison d'y 
dire que j'avois manqué ma vocation. 

Je crus qu'on y estimoit peu ma poésie, puisqu'on me souhaitoit 
procureur. Pour achever de me disculper dans votre esprit, je 
vous dirai que je menois de front et le procès et la poésie, tra- 
vaillant à une nouvelle édition de mon Prœdium rusticunij que 
vous trouverez fort différente de celles qui ont paru jusques icy. 
J'ay corrigé presqu'un tiers des vers qui m'ont paru négligés. J'ay 
ajouté deux nouveaux livres et beaucoup de digressions qui ren- 
dront la lecture de l'ouvrage moins ennuyeuse. 

Dans l'incertitude où je suis si je ne serai pas obligé d'aller à 
Paris, où l'affaire de la bibliothèque doit finir, je hâte cette 
impression autant que je puis, et je compte de la finir dans un 
mois et demy, ce qui ne m'a pas permis de lire encore votre livre, 
qui court cependant les chambres du collège, tous nos pères étant 
avides de le lire. 

Jay reçeu avec les trois livres les trois estampes du Parnasse qui 
eurent le malheur de paroitre trop belles. On m'en a volé deux, 
ce qui m'a donné un véritable chagrin ; je remis la 3" qui me 
resta à M. le chevalier de Catila, pour la présenter à l'académie 
des Jeux floraux, avec votre livre. Il vous en remerciera. Je luy 



TITON-DU-TILLET ET SON PABNA8SE, 15 

ai promis de remplacer les estampes volées ; je suppose qu'on les 
vend à Paris. Je prie le P. Dufraisse de m'en envoyer deux. L'idée 
en est très belle. 

Dès que je pourrai me reconnaître, je penserai au revers de la 
médaille dont vous voulez m' honorer, et je vous dirai ce qui me 
viendra. Le corps est aisé, ne s'agissant que de représenter une 
maison de campagne, où l'on voye, autant qu'il se poura, ce qui 
fait le sujet de mes livres. C'est au désignateur à placer tout dans 
l'ordre convenable. L'âme doit avoir du rapport à la gravure et à 
l'ouvrage, comme seroit Ruris deliciœ, ou ce demy vers de Virgile 
Dlvini gloria ruris, ou quelque chose de mieux dont nous co n 
viendrons à Paris, si j'y vais. Comme tous les sujets des livres ne 
sauroient se représenter dans un revers de médaille, il faudroit 
choisir les plus nobles. Je ne voudrois pas oublier de représenter 
dans un lointain une extrémité de bois, d'où sort un cerf, avec les 
têtes de quelques chiens, ce qui n'occupera pas grand espace. 
On peut aussy représenter à une autre extrémité une partie d'une 
maison de campagne avec une partie du jardin, où il y ait un 
colombier, une ruche, une vigne. Sur un arbre, on peut mettre le 
paon, et quelque volaille, près de la maison ; quand le laboureur, 
les étangs et les troupeaux n'y trouveront pas place, le mal n'est 
pas grand. 

Jay un autre ouvrage prêt que je ferai imprimer à Paris, si j'y 
vais ; c'est un Traité' de l'amitié^ ea huit Eglogues, qui font plus 
de 2,000 vers. Il y a d'autres Eglogues sur divers sujets et des 
épitres à divers de mes amis. 

Vous m'avez fait l'honneur de me rendre compte de votre travail, 
je prends la liberté de vous entretenir du mien La poésie a fait 
ma principale occupation. Comme on n'est pas toujours en humeur 
de faire des vers et que je ne scay pas être oisif, jay toujours eu 
sur le métier un ouvrage mechanique, qui remplissait le vuide de 
mes journées, et me mettoit dans la nécessité de lire les anciens 
aatheurs. Après avoir fait sur ce plan mon Dictionnaire poétique ^ 
j'entrepris le Dictionnaire jrancois latin ^ auquel j'ai donné les 
heures perdues depuis près de vingt ans. Ce livre serait très utile 
au public, tout ce que nous avons en ce genre étant fort défec- 
tueux. 

Quelque peine que m'ait donné cet ouvrage, je n'en attends 
aucune gloire. Je n'ay soutenu ce rude travail que dans la veue 



16 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

d'assister par le gain de ce livre une pauvre mission des Indes. 
C'est pour cela que pour en avoir le gain, je veux faire les avances 
de l'impression. La naissance du Dauphin pourra engager le 
Cardinal-Ministre à m'ayder à faire les avances de l'impression de 
ce livre, qui est prêt depuis 5 ans. 

Que dires- vous de la liberté que je prends de vous entretenir 
de ces bagatelles. Je me flatte que cette confiance que je prends 
en vous ne vous déplaira pas. Je suis avec un très profond 
respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 

ViiNiàBE, jésuite. 

A Touloase, 18 janvier 1730. 

Cette lettre, dans laquelle le P. Vanière parle de tous 
ses ouvrages, et un peu de ceux de Titon-du-Tillet, du 
procès de Berchère, qui fit momentanément du poète un 
praticien, l'enleva à son collège de Toulouse pour le con- 
duire à Montpellier et à Paris, a besoin, comme complé- 
ment bibliographique, de quelques lignes de commentaire. 

Vanière annonce à son correspondant la prochaine publi- 
cation d'une édition corrigée et augmentée de son Praedium 
rusticunij plus complète que les précédentes; cette édition 
parut en effet quelques mois après la lettre, à Toulouse, 
en 1730. 

Vanière n'avait pas 19 ans quand il donna son premier 
petit poème sur les Etangs y Stagna^ que suivirent, à quel- 
ques années d'intervalle, d'autres compositions du même 
genre, le Colombier, Columbaria^ la Vigne, yUiSy le 
Potager, Olus, L'auteur fit entrer ensuite ces poèmes, 
publiés d'abord séparément, dans son Prœdiutn rusticum, 
qui parut lui-même par fragments, les deux premiers 
chants en 1706, les huit suivants en 1708^ et les quatorze 
autres qui complétaient l'ouvrage, en 1730. 

Le Prœdium fut dédié à l'Intendant du Languedoc, 
Nicolas Lamoignon, de Bâville, qui faisait aussi des vers 
latins, comme les Jardins du P. Rapin l'avaient été à 
son père^ Guillaume de Lamoignon, premier président du 
Parlement. 



TITON-DU-TILLET ET SON PARNASSE. 17 

Vanière, dans sa lettre à Tilon-Ju-Tillet, parle encore 
<le quelques Eglogues, de son Dictionnaire poétique et 
d'un Dictionnaire francais-latiny « auquel depuis 20 ans il 
consacrait ses heures perdues, et dont l'impression lui 
semblait utile au public. » 

Les EglogueSy celles sur VAmitiéy notamment, ont fait 
partie d'un in-12 de poésies fugitives, paru en 1730, sous 
le titre à^Opuscula. 

Le Dictionnariiim po'èticum^ in-4, a eu trois éditions de 
1710 à 1740. 

Le Dictionnaire français-latin^ qui ne devait pas former 

moins de six volumes in-fol., et pour lequel l'auteur 

avait eu la collaboration du P. Lombard, l'un de ses élèves, 

est resté inachevé et inédit (1). Il n'est pas douteux que la 

publication de ce grand ouvragef fait par de pareils 

ouvriers, n'eût été de nature à rendre service aux lettres, 

et les regrets nés de la non-publication durent être vifs 

chez les savants qui connaissaient ce travail ; mais ces 

regrets, ayons la franchise de le dire, sont aujourd'hui 

bien amoindris pour nous, qui devons à l'érudition de 

nos modernes universitaires plus d'un excellent ouvrage 

A\x même genre. 

IV. 

Qu'est-ce que le procès de la Berchère, qui a fort occupé 
le P. Vanière, et l'a enlevé pendant plusieurs années à sa 
chère ville de Toulouse, et à ses classes plus chères 
encore ? 

Monseigneur de la Berchère, Archevêque de Narbonne, 

ami des livres et des lettrés, avait l'une des plus belles 

bibliothèques de son temps, que le jésuite Vanière con- 

-woitait fort pour ses confrères de Toulouse. Il fit donc, 

(1) L« P. Lombard, ami et élère de Vanière, a écrit la vie de son maître» 
-Jn-12. 1739. 

188S. X 



18 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

dans l'intérêt de son couvent, la cour au Prélat, s'avança 
dans son amitié, lui adressa maintes et maintes poésies, 
dans lesquelles il laissait percer les vœux et les espérances 
de la Compagnie. 

Dans une dernière épître, le poète, prêtant aux livres 
eux-mêmes la vie et la parole, leur faisait exprimer la 
crainte de se voir, après la mort de leur maître, vieux et 
malade, livrés aux enchères, ou laissés à l'abandon dans 
une honteuse poussière, et le désir de se ranger, sous l'œil 
vigilant d'un nouveau maître, dans la bibliothèque de la 
Société. 

Cédant à ces sollicitations répétées de la Muse et de 
l'amitié, Monseigneur de Narbonne légua par testament à 
la maison des Jésuites de Toulouse tous ses livres ; mais, 
criant à la captation, les héritiers du défunt attaquèrent 
ce testament. Vanière, qui en était l'instigateur, fut chargé 
par ses confrères de le défendre et de soutenir le procès. 

Il le gagna à Toulouse, devant le Parlement, mais il le 
perdit à Paris, au Conseil du Roi, malgré les factum qu'il 
écrivit, les vers qu'il adressa à certains personnages influents 
et l'appui du Cardinal de Fleury. 

Le plaideur par procuration se consola de son échec. 
En rentrant à Toulouse, il retrouva ses travaux inter- 
rompus, ne sortit plus de cette retraite de sa vieillesse, et 
y mourut en 1739, dans un âge fort avancé, au milieu de 
ses élèves et de ses collègues. 

Titon-du-Tillet lui survécut plus de 20 ans. Dans son 
faubourg Saint-Antoine, entouré de littérateurs et d'artistes, 
il consacra ses dernières années, comme celles de son âge 
mûr, à l'œuvre de sa vie, à son Parnasse. Il le fit repro- 
duire par la presse, par le pinceau, par le burin ; donna 
trois éditions de sa Description, dans divers formats, les 
enrichit de Notices et de Figures, les compléta par des 
suppléments et par le Recueil des pièces françaises et latines, 
en grand nombre, que son œuvre avait inspirées. 

Par son zèle, par son désintéressement, Titon-du- 



TITON-DU-TILLET ET SON PARNASSE, 19 

Tillel avait bien mérité de F Art et des lettres. L'art et les 
lettres s'acquittèrent envers lui, l'Art, en gravant son por- 
trait et frappant sa médaille ; les Lettres, en le faisant 
membre de treize académies étrangères et de quatorze de 
province, en composant le quatrain et le distique qui 
devaient orner la médaille et le portrait : 

<K Du Titon de Tantiquité 
A celui de nos jours voici la différence ; 
L'un reçut et perdit son immortalité. 
L'autre en jouit et la dispense. » 

a Vivere dent aliis vates, tu vatibus ipsis 
Vivere das; Pindo vivis et ipse tuo (1). » 

Titon-du-Tillet avait été beaucoup loué, beaucoup 
flatté, trop peut-être durant sa vie; c'est son Parnasse qui 
Ta fait vivre jusqu'à nous ; sans son Parnasse il serait 
aujourd'hui complètement oublié. 

Bachaumont annonça sa mort en quatre lignes. 

« M. Titon-du-Tillet, fort connu par son Parnasse 

françaiSj vient de mourir dans un âge très avancé. Sa 

maison était ouverte aux gens de lettres, et les Muses 

doivent jeter des fleurs sur le tombeau de cet aimable 

Mécène. » 

H. Moulin, 

ancien magistnt. 



(i) Fréron, Année littéraire de 1763, 

Moréri, Grand dictionnaire historiqtie, 

Le P. Lelong,. Bibliothèque historique de la France, 

L'abbé Goajet, Bibliothèque française, 

Sabader de Castres, les Trois Siècles littéraires, 

Le Mercure de Mai 1764, 

Ont consacré à Titon- da-Tillet des articles biographiques. 

Le Magasin pittoresque, t. XIII, a donné la graTure de son Parnasse, 

L'Académie de Ronen, dont il était l'un des membres correspondants, a 
prononcé son Eloge, par l'organe de son secrétaire, M. Dnboallay. 

Précis amaljftique des travaux de Vaeadémie de Rouen, tome m, 1761 
à f77Q. 



20 BCJLLETm DU BIBLIOPHILE. 



DU PRIX COURANT DES LIVRES ANCIENS 



Vente de la bibliothèque de M. Genârd, de Grenoble 
(du 4 au 9 décembre). — Collection importante de beaux 
livres en fort belle condition d'exemplaires et de reliures. 
Catalogue très bien fait, et rédigé avec un soin dig^e 
d'éloges, par M. Albert Ravanat, libraire de Grenoble. 
Cette vente aurait pu, en temps opportun, donner un 
résultat plus brillant et aurait dû avoir alors un succès grand 
et mérité. Mais l'époque était mal choisie, l'esprit des ama- 
teurs et des libraires de Paris était en Angleterre où l'on 
exposait la deuxième partie de la bibliothèque Beckford, 
c'est-à-dire une vente de cinq cent mille francs de livres 
précieux ! Nous allons cependant mentionner les princi- 
pales adjudications en suivant l'ordre du catalogue : 

3. La sainte Bible en latin et en françois. Paris, Lefèvre (de l'im- 
primer ie de Jules Didot aîné'), 1828-34 ; 13 vol. gr. in-S, 
demi-rel. cuir de Russie avec coins. (Trautz^Bauzonnet.) — 
510 fr. 

a Exemplaire sur très grand papier Télin avec la suite des belles figures de 
Deréria sur chine avant la lettre. » 

« On j a joint un grand nombre de figures et de suites anglaises et fran- 
çaises. 1» 

Ce qui a fait tort à cet exemplaire, c'est que, n'ayant pas été encollé ayant 
la reliure, le papier vélin s'est piqué, et sans remède possible. 

5. Le Nouveau Testament en latin et en françab, traduit par 
Sacy. De l'imprimerie de Didot jeune, 1793-98; 5 vol. in-4, 
4 frontispices et 108 figures de Moreau jeune, non rognés. — 
505 fr. 

« Exemplaire sur grand papier rélin, Hré de formai in^é, et non rogné, avec 
ÏSpUre dédieaUnre à l'ÂBaenMéê naUanale, pièce fort rare, dit Bnmet, et 
dkmt, à ce qu'on assure^ il n'aurait été tiré que 18 exemplaires. » 

c n est curieux en effet de Toir, en pleine période rérolutionnaire, l'Assemblé 
aationale accepter c par aeciamation » la dédicace d'une édition de l'Exode 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 21 

« désirant (dit-elle) donner cette nouvelle preuve de son aUctchement et de son 
respect pour la religion chrétienne. » 
« Figures avant la lettre, très rares, o 

37. L'Imitation de Jésu's-Christ, traduite et paraphrasée en vers 
françois par P. Corneille. A Paris j par Robert Ballard, 1656 ; 
in-4, front, gravé et fig. de Chauveau, mar. bleu jans., doublé 
de mar. rouge avec une large dentelle. [Cuzin^ relieur j Mail- 
lardj doreur,) — 300 fr. 

<i Edition originale des quatre livres réanis. Haat. 238 mill. i> 

57. Discours de la méthode pour bien conduire sa raison (par 
René Descartes). A Leyde^ de l'imprimerie de lan Maire 
(1637); ih-4, mar. r., dos orné, fil., dent., tr. dor. (Hardy" 
Mennil.) — 235 fr. 

« Edition originale de Tonvrage qui a le plus contribué à établir la réputation 
de Descartes. » 

68. Essais de Michel, seigneur de Montaigne. Cinquiesme édi- 
tion. /'«r/^, chez A bel L'Angelier, 1588; in-4, front, gravé, 
mar. lavall. jans. (Trautz-Bauzonnet.) — 800 fr. 

« Edition précieuse, la plus recherchée des bibliophiles comme étant la der- 
nièrepuiliée du vivant de l'auteur et la première ou se trouve le troisième 
livre. Bien que portant sur le titre la mention de cinquième édition, on n'en 
eonnait encore que deux qui l'aient précédée. » 

« Exemplaire de la vente Lebeuf de Montgermont. Haut. : 247 milI. o 

69. Les essais de Michel, seigneur de Montaigne. A Paris y chez 
Ahel L'Angeliery 1595; in-fol., mar. r. jans., doublé de mar. 
bleu, dent. (Thibaron-Jolr .) — 605 fr. 

« Superbe exemplaire de cette édition rare, publiée après la mort de Mon- 
taigne, par Mademoiselle de Goumay, sa fille adoptive, sur un exemplaire pré- 
cieux de l'édition de 1588, que l'auteur laissa en mourant, couvert de notes 
manuscrites et de corrections de sa main. 9 

73. Réflexions ou sentences et maximes morales (par le duc de 
La Rochefoucauld). A Paris ^ chez Claude Barbin, 1665; petit 
in- 12, fix)nt. gravé, mar. brun jans. [Trautz-Bauzonnet.) — 
500 fr. 

Véritable édition originale de toute rareté. 

« Superbe exemplaire auquel on a conservé les cartons des pages 141^ 142, 
143 et 144. Ces pages, qui ne contenaient que 312 maximes, ont été suppri- 
Mfes avec le plus grand soin; ici elles sont en double, c'est-à-dire avant et 
après les changements. Haut. : 144 mill. » 

78. Les caractères de Théophraste, traduits du grec, avec les ca- 



22 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ractères ou les mœurs de ce siècle (par La Bruyère) . Paris, Es' 
tienne Michallety iQ^S ; in-i2, mar. bleu jans. (Trautz-BaU" 
zonnet.) — 495 fr. 

a Snperbe exemplaire de l'éditioii originale, provenant de la bibliothèque du 
baron James de RùthschUd» Hant. : 157 mill. » 

99. De l'esprit des loix (par de Montesquieu). A Genève, chez Ba- 
rillot et fils, s. d. (1748); 2 vol. iQ-4, mar. r., fil. à froid, 
tr. dor. (Ottmann'Duplanil.) — 155 fr. 
a Edition originale, avec Terreur de pagination dans la préface et l'errata. » 

497. L'instruction du roy en l'exercice de monter à cheval, par 

messire Antoine de Pluvinel, son soubs-gouvemeur Fig. en 

taille-douce..., par Crispian de Pas le Jeune. (Ouvrage posthume 
publié par René de Menou.) Paris ^ 1625; in- fol., front, gr., 
port, et fig., mar. r., dos orné. (Chambolle^Duru,) — 1,100 fr. 

<c Bd exemplaire de cette édition, qui, dit Brunet, e«t bien la première de cet 
ouvrage, puisqu'elle est la première qui ait été faite conformément au manu»- 
crit de l'auteur. » 

413. Caprichos inventados, por Francesco Goya. (Madrid, vers 

1799); gr. in-4, port, et fig., mar. r., dos orné, fil. sur les 

plats. (Marias Michel,) — 500 fr. à M. Piat. 

c Recueil de 80 planches satiriques composées avec une verre incroyable et 
qui amenèrent leur auteur devant le tribunal de la Sainte Inquisition. » 
C Exemplaire du tirage original. » 

437. Héro et Léandre, poème nouveau en trois cl^nts, traduit du 
grec (de Musée, par le chevalier de Querelles). Edition ornée 
d'un frontispice et de 8 estampes en couleur dessinées et gra- 
vées par Debucourt. A Paris, de l'imprimerie de Pierre Didot 
l'aîné', an IX, 4801; in-4, fig.. cart., entièrement ébarbé. — 
480 fr. à M. Piat. 

449. Les métamorphoses d'Ovide, en latin et en françois, de la 
traduction de M. l'abbé Banier. Paris, 1767-71; 4 vol. in-4, 
fig., mar. rouge. (Chambolle-Duru,) — 715 fr. 

Exemplaire de premier tirage, 

« Cet ouvrage, très recherché pour ses illustrations de Boucher, Eisen, Gra- 
▼elot, Leprince, Monnet et Moreau, tontes gravées par des maîtres, est, dit 
Oohen, un des plus beaux livres du zTm* siècle. » 

450. Les métamorphoses d'Ovide, traduction nouvelle avec le 
texte latin, avec notes historiques et critiques par M. Villenave, 
ornée de gravures d'après les dessins de MM. Lebarbier» Mon- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 23 

siau et Moreau. Paris [de l'imprimerie de P. Didot l'amé), 
1806 ; 4 vol. gr. in-4, avec 144 fig. gravées par Bacquoy, 
Courbe, Dambrun, Delvaux, de Ghendt, Trière, etc., demi-rel. 
veau viol., dos orné, tête dorée, ébarbé. (ReL de l'époque,) — 
1,200 fr. 

c Exemplaire tor grand papier vélin dé format in^olio, avec les figures en 
double état : avant la lettre et eaux-fortes. » 

159. Fabliaux ou contes, fables et romans du xii^ et du xiii^ siè- 
cle, traduits ou extraits par Legrand d'Aussy. Paris y Jules Re- 
nouard, 1829; 5 vol. gr. in-8, fig., mar. r., dos orné, fil., 
dent. [ReL angl.) -—700 fr. 

« Exemplaire sur grand papier vélin, avec la suite complète des 18 figures 
(dont 15 de Moreau et 3 de Desenne) gravées par Bosq, Croutelle, de VillierS|^ 
Ribanlt et Roger, en triple état : avec la lettre, avant la lettre sur Chine, et 
eaox-fortes. n 

180. Les œuvres poétiques d'Amadis lamyn. jé Paris , pour Ro- 
bert Le Mangnier, 1575; in-4, mar. vert olive, dos et plats 
couverts de riches comp. de fil. et de feuillages. [Cape,) — 
810 fr. 

« Première et rare édition des œuvres d'Amadis Jamyn. » 

« Exemplaire, grand de marges, recouvert d'une riche reliure. » 

189. Les I poèmes | du sieur d'Expilly | à Madame | la marquise 
de Monceaux. | Paris, Abel tAngelliery 1596; 2 parties en 
1 vol. in-4, de 1 port, de l'auteur gravé par Thomas de Leu, 
mar. bleu, dos orné, coins et milieu couverts de riches comp. à 
feuillages et à petits fers, large dent, int., tr. dor. [Thibaron' 
Joly.) — 225 fr. 

c Edition originale. Très bel exemplaire, grand de mt^tM. » 

193. Recueil des œuvres poétiques de lan Passerat, lecteur et in- 
terprète du roy. Paris ^ chez Claude Morel, 1606; in-8. — 
loannis Passeratii Poëmatia. Parisiis, 1606; in-8, le port, de 
Passerat gravé par Th. de Leu, 1 vol. in-8y mar. bleu, dos 
orné, fil., doublé de mar. cit. avec une large dent, à petits fers. 
(TrautZ'Bauzonfiet,) — 700 fr. 
« Exemplaire très grand de marges, et dans une belle reliure. » 

196. Les œuvres | de M^ François | de Malherbe, | gentil-homme 
ordinaire de la | chambre du roy. | Paris ^ \ chez Charles Chapr 
pellain, 1630, | in-4, port., mar. bleu. [Thibarori'^oljr .) — 
300 fr. 

« Edition originale collectîve, publiée par le eonsin de Bfalherbe, Fr. Arband 



24 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de Porchères, qai a placé en tête du volame nn discoars apologétique très en- 
rienz d'Aat. Godeau qu'on a eu tort de ne pas reproduire dans les éditions^ ' 
postérieures. » 

219. Œuvres de Boîleau avec un commentaire par Amar. Paris y 
Lefèvre (imprimerie de Jules Didot aîné\^ 1824; 4 vol. gr. 
in-8, pap. jésus vélin, demi-rel. mar. r., avec coins, ébarbës. 
[Cape.) — 1,000 fr. 

« Bel exemplaire sur grand jésus vélin, avec le portrait de Boileau gravé par 
Sisco 8ur Chine avant la lettre, o 

a On y a joint une quantité de figures et d'eaux-fortes. » 

222. Œuvres choisies de Madame Deshoulières. Paris, P, Didot 
Vaînéy 1795; gr. in-18, port, et fig. de Marillier, mar. rouge, 
large dent, xviii* siècle à petits fers. [Duru^ 1855.) — 280 fr. 

« Grand papier vélin tiré à 100 exemplaires et relié sur brochure. Figures 
avant la lettre. » 

235. Œuvres complètes de Grécourt. /'arw, 1796; 4 vol. in-8r 
port, et fig. {Doll.) — 500 fr. 

« Exemplaire sur papier vélin avec 1 portrait et 8 jolies figures de Fragonard, 
gravées par Dambrun et Dupréel, en double état : avant la lettre et eaux- 
fortes. » 

236. Œuvres choisies de Gresset. De t imprimerie de Didot jeune, 
Parisy 1794; gr. in-18, mar. bleu, dos orné, comp. dorés et 
omem. xviii* siècle sur les plats. [Thibaron-Joly.) — 2,800 fr. 

'« Exemplaire sur papier vélin avec la suite complète des 5 charmantes figures 
de Moreau, gravées par Giraud, Petit et Simonet en double état ; avant la lettre 
et eaox-fortes. v 

244. Œuvres d'Evariste Pamy. Paris {de V imprimerie de P, Di^ 

dot Vainé)^ 1808; 5 vol. in-12, pap. vélin, mar. rouge, dent. 

(Bozerian,) — 325 fr. 

c Exemplaire sur papier vélin et rdié êur brochure de la meilleure édition 
de Pamj. » 

250. Les baisers, précédés du Mois de mai, poème (par Dorât). 
Paris, 1770; in-8, 1 fig., 23 vignettes, i fleuron et 22 culs-de- 
lampe par Eisen, mar. rouge, dos orné, fil. et comp. dorés sur 
les plats. (Lortic.) — 900 fr. 

c Chef-d'œuvre dn xym* siècle. » 

c Exemplaire sur grand papier de Hollande, avee l«8 titrée en rouge, » 

252. Les bienfaits du sommeil, ou les quatre rêves accomplis (par 
Imbert). Paris^ 1776; petit in-8, titre gravé et 4 délicieuses 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 2^ 

figures de Moreau gravées par de Launay, mar. bleu, riche 
dentelle xviii* siècle à petits fers sur les plats. (Rejrmann,) — 
320 fr. 

« Exemplaire de premier tirage, c'est-à-dire avec la légende gravée à la pointe 
ȏche an bas de chaque figure. x> 

262. Œuvres de P.-J. Bernard, ornées de gravures d'après les 

dessins de Prudhon. Paris, de C imprimerie de P, Didot Vainéj 

1797; gr. in-4, fig., mar. r. (ChamboHe-Duru.) — 355 fr. 

a Exemplaire ^nr papier vélin fart d'Auvergne, avec les belles figures de Pru- 
d'hon en deux états : avec et avant la lettre. Très rare. » 

278. La Henriade (par Voltaire) , nouvelle édition. [Paris y impri- 
merie Barbou), 1770; 2 vol. in- 8, front., mar. bleu. [Cham- 
boUe-Duru],— 1,000 fr. 

« Exemplaire relié sur brochure, avec les figures d'Eisen en double état : avec 
la lettre et avant la lettre. D 

<i On y a joint également les tiraçeê à part avant le texte des 10 vignettes 
placées en tête de chaque chant. > 

286. La pucelle d'Orléans, poème en vingt et un chants (par Vol- 
taire). Londres {Paris, Cazin], 1780; 2 tomes en 1 vol. in- 12, 
fig., mar. bleu, omem. dans le genre du xviii* siècle. [Cham- 
boUe-Duru.) — 1,000 fr. 

« Exemplaire, tiré de format in'12, et contenant, outre le frontispice et les 
21 jolies vignettes de Duplessis-Bertaux, la collection complète (rarissime) des 
vingt gravures libres de Marillier [dite suite anglaise). » 

287. La pucelle d'Orléans. Paris, de l'imprimerie de Didot jeune, 
1795; 2 vol. in-4, port, et fig., mar. v., large dentelle sur 
les plats, doublé de tabis rose, dent, à Tint., tr. dor. (Bozerian,) 
— 480 fr. 

« Exemplaire en grand papier vÛinfort, d 

« Cette édition est ornée de 21 jolies figures de Lebarbier, Blarillier et Mon- 
sian, et d'un joli portrait de Jeanne d*Arc, dessiné et gravé par Gaucher avant 
la lettre. » 

294. Grenoblo Malhérou. A Monsieur ***. A Grenoble, de l'im- 
primerie d'André Faure y 1733; in-4 de 26 p., mar. v., dos 
orné, fil., dent., tr. dor. (Chambolle-Duru,) — 210 fr. 

« Rarissime édition originale de ce charmant poème patois qui manque à la 
plupart des collections dauphinoises. » 

« Exemplaire qu'accompagne la curieuse lettre autographe suivante : « A Ore* 
nMe, ce 15 novembre 1733, Monsieur, f ai l'honneur de vous faire part d'une 
pièeê nouvelle que l'on croit ne pas céder au poème sur les réijouissaneea pour 



26 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

la naissance de M, le Dauphin attquel vous donnâtes votre applaudissement, 
Uauteur de ces deux pièces est un nommé Blanc, marchand épicier très com^ 
mode de cette viUe qui est impotant et rongé par la gouthe (sic) à l'excis 
quoiqu'âgé seulement de 46 ans. Il détaille nos malheurs dans cet ouvrage, 
d'une manière si naïve, que Von ne peut le lire qu'ave plaisir, UexempHaire 
cg-joint est le premier qui sort de chés l'imprimeur. Je suis avec un très pro- 
fond respect,.. De LoaMS. » 

299. Les bains de Diane, ou le Triomphe de ramour, poème (par 
Desfontaines). -^ Paris j chez J,-P, Costard, 1770; gr. in-8, 
titre par Marillier, gravé par de Ghendt, et 3 fig. par Maril- 
lier, mar. r., dos orné. [Chambolle-Duru,] — 135 fr. 

« Bel exemplaire, relié sur brochure, » 

300. Le tableau de la volupté, ou les quatre parties du jour, 
poème en vers libres par M. D. B. (Du Buisson). Cythère^ cm 
Temple du plaisir , 1771; in-8, fig. d'Eisen, gravées par de 
Longueil, mar. bleu. [Chambolle-Duru.] — 195 fr. 

c Exemplaire relié sur broch'tre, » 

301. Les quatre heures de la toilette des dames, poème erotique 
en quatre chants, dédié à Son Altesse Sérénissime Madame la 
Princesse de Lamballe, par M. de Favre. Paris, 1779; gr. in-8, 
front., vign., 4 fig. et 4 culs-de-lampe par Le Clerc, gravés 
par Arrivet, Ilalbou, Legrand, etc., mar. v. [ChamboHe'-Duru,) 

— 195 fr. 

« Exemplaire sur papier de Hollande. » 

324. Fables {| choisies, || mises en vers || par M. de La Fontaine. 
Il P«nV, Claude Barbin\\i^^%\ in-4, fig. de Fr. Chauveau, 

réglé, mar. r., comp. de fil. à la Dusseuil. (Chambolle-Duru,) 

— 495 fr. 

a Edition originale des six premiers livres. » 

325. Fables choisies, mises en vers par de La Fontaine. Paris ^ 
chez Denys Thierry et Claude Barbin, 1678-1694; 5 vol. in- 
12, fig., mar. r. {Duru et Chambolle, 1863.) — 335 fr. à M. de 
Janzé. 

« Première et seule édition originale complète publiée du vivant de l'auteur. ■ 
f Le tome I est de la bonne date, c'est-à-dire avec les armes du Dauphin sur 
le titre, mais sans l'errata. — Le tome II contient l'Extrait du privilège du 
roy à la date du 18 septembre 1692. — Les tomes III et lY sont entièrement 
de bonne date et avec les eartons indiqués par Bnmet. — Le tome Y est da 
troisième tirage sons la date de 1694. ■ 
« SxêmpHairt du baron Piehon, ■ 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 27 

326. Fables choisies, mises en vers par Jean de La Fontaine. 
Paris j 1755; 4 vol. gr. in-fol., front, et fig. d'Oudry, mar. r., 
dos orné, fil. (Chambolle^Duru,) — 1,120 fr. 

c Exemplaire en grand papier de Hollande de ce magnifique ouvrage. » 
41 Premier tirage, particulièrement beau d'épreuves. » 

327. Fables choisies, mises en vers par J. de La Fontaine; les 
figures par le sieur Fessard, le texte par le sieur Montulay; dé- 
diées aux enfans de France. A Paris^ chez V auteur graveur ^ 
1765-1775, 6 vol. in-8, texte gravé, titres, front, et vignettes 
de Loutherbourg, Monnet, etc., mar. r. [ReL anc.) — 625 fr. 

« Premier tirage avec la mention de (c chez VaiUeur » au lieu de celle de c Des- 
lauriers, papetier » sur les titres. » 

328. Fables de La Fontaine, avec figiures gravées par Simon et 
Coiny. A Paris ^ de l'imprimerie de Didot aine, 1787; 6 vol. 
in- 18, mar. v., dent. (Rel, anc.) — 700 fr. 

« Exemplaire sur papier vélin avec les figures avant les numéros. » 

333. Fables nouvelles dédiées au roy, par M. de La Motte, de 
FAcadémie françoise, avec un discours sur la fable. Paris, 
1719; gr. in-4, avec 1 front, de Coypel, gravé par Tardieu, 
1 vignette de Vleughels, gravée par Simoneau, et 100 en-tête 
de Gillot, Coypel, Ëdelinck, Bemart Picard et Ranc, mar. r. 
[Rel, anc] — 405 fr. 

c Exemplaire en grand papier et beau d'épreuves. » 

334. Fables nouvelles (par Dorât). Paris, 1773; 2 tomes en 1 v. 
in-S, 2 front., 1 fig., 1 fleuron, 99 vignettes et 99 culs-de- 
lampe de Marillier, mar. r., dos orné, fil. et comp., dent. 
(Lortic) — 610 fr. 

c Cet ouvrage, qui rivalise de perfection avee les Baisers, dit Cohen, est le 
chef-d'œuvre de Marillier, sous le rapport de la finesse de l'exécution et de 
l'esprit qui règne dans tous les jolis sujets dont il est orné. » Exemplaire sur 
grand papier. » 

337. Contes et nouvelles en vers de de La Fontaine. Amsterdam, 
Henry Deshordes, 1685; 2 tomes en 1 vol. in-12, mar. cit. 
jans. {TrautZ'Bauzor^aiet,) — 340 fr. 

c Premier tirage des eaux-fortes grotesques et expressives de Romain de 
Hooge. Haut. ; 157 mill. ■ 

339. Contes et nouvelles en vers, par de La Fontaine. A Amster» 
dam (Paris, Barbou), 1762; 2 vol. in-8, port, et fig. d'Eisen, 



28 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

mar. r., dos orné, large dent, sur les plats, doublé de tabis. 

(Rel. anc] — 1,710 fr. 

« Très bel exemplaire de présent dans ane riche reliure ancienne de l'édi- 
tion des fermiers généraux. )> 

340. Contes et nouvelles en vers, par Jean de La Fontaine. Paris, 
de l'imprimerie de P. Didot Vaîné, Van III de la République, 
1795; 2 vol. gr. in-4, pap. vélin, demi-rel. mar. r., dos orné, 
avec coins, tête dorée, ébarbés. \R, Petit.) — 600 fr. 

(c Belle édition des Contes de La Fontaine, avec les 20 magnifiques figures de 
Fragonard, Mallet et Touzé, gravées par Dambrun, Delignon, Dupréel, Lingée, 
Patas, Simonet, Tilliard et Trière. » 

345. Recueil des meilleurs contes en vers, par M. de La Fon- 
taine, Voltaire, Vergier, Senecé, Perrault, Moncrif, Grécourt, 
Piron, Dorât, etc. Londres (Paris, Cazin), 1778; port, et fig., 
4 vol. in-18, mar. or., large dent. (Lortic.) — 1,000 fr. 

« Très bel exemplaire de ce charmant recueil, si recherché des amateurs. » 

349. Idylles, par M. Berquin. Paris, 1775; 2 vol. in-16, 1 front, 
et 24 fig. par Marillier, gravées par Gaucher, de Ghendt, de 
Launay, Masquelier, Née, etc., mar. bleu, dent. (Chambolle- 
Duru.) — 315 fr. 

a Bel exemplaire sur papier de Hollande avec la suite complète des figures 
de Marillier en double état : avec les numéros et avant les numéros. » 

357. Les satyres et autres œuvres du sieur Régnier. Leiden, chez 
Jean et Daniel Elsevier (1652); petit in-12, mar. bleu. (Trautz- 
Bauzonnet,) — 300 fr. 

« Première édition complète donnée par les Elzéviers, et dans laquelle on 
trouve pour la première fois I4 dix-neuvième satire. » 

358. Même ouvrage, même édition. Petit in-12, mar. r., doublé 
de mar. bleu, large dent. (Chambolle'-Duru.) — 280 fr. à 
M. Piat. 

« Autre exemplaire très grand de marges et parfaitement conservé de cette 
excellente édition. Haut. : 127 mill. » 

365. Le cabinet satyrique, ou recueil parfait des vers piquans et 
gaillards de ce temps. Tiré des secrets cabinets des sieurs de 
Sigognes, Régnier, Motin, Berthelot, Maynard et autres des 
plus signalés poètes de ce siècle. (J la Sphère, Hollande, Elze^ 
vier)^ 1666; 2 tomes en 1 vol. petit in-12, mar. r. [Trautz-Biui' 
zonnet.) — 300 fr. 
c Tiré» bel exemplaire. » 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 29 

373. Choix de chansons mises en musique par M. de La Borde, 
premier valet de chambre ordinaire du roi, gouverneur du 
Louvre, ornées d'estampes par J.-M. Moreau, dédiées à Ma- 
dame la Dauphine. Parls^ 1773; 4 tomes en 2 vol. in-8, titres 
gravés, port, de Laborde et fig., mar. r., riche dent, genre De- 
rome à pet. fers sur les plats, dent, à Tint., tr. dor. (Cape,) — 
1,920 fr. à M. Meaume. 

« Exemplaire très grand de marges et beau d'épreuves de ce bel ouvrage. » 

378. Chansons nouvelles de M. de Piis. J Paris, de Vimprimerie 
de Pierres, 1785; in-18, fig., mar. bleu. (Chamùolle-Duru,) — 
650 fr. 

a Exemplaire auquel on a joint le portrait de Piis, d'après François, et qui 
renferme, avec un fîrontispice-dédicace de Choffard, 12 charmantes figures de 
Lebarbier, gravées par Gaucher. » 

381. Roland furieux, poème héroïque de l'Arioste, traduction 
nouvelle par M. d'Ussieux. Paris, 1775-1783; 4 vol. gr. in-8, 
port, et ag., mar. r., dent. [Si/nier,) — 360 fr. 

« 1 portrait par Eisen gravé par Ficquet et 92 figures de Cipriani, Cochin, 
Eisen, Greuze, Monnet et Moreau avant la lettre. » 

387. Jérusalem délivrée, poème traduit de l'italien. j4 Paris, 
1314; 2 vol. gr. in-8, mar. [Chambolle-Duru,]. — 455 fr. 

a Grand papier vélin avec un pott. par Chasselat, gravé par Del vaux et 
20 fig. de Le Barbier, gravées par Thomas, de Ghendt, Dupréel, etc., avant la 
lettre. » 

« On y a joint plusieurs suites de figures de l'édition italienne. » 

393. Les Saisons, poème traduit de l'anglais de Thompson, édi- 
tion ornée de figures dessinées par Lebarbier. Paris, de l'im- 
primerie de Didot jeune, 1796; in-8, mar. r. [Bozérian.) — 
700 fr. 

« Bfagnifique exemplaire sur grand papier vélin, de cette belle édition, ornée 
des 4 figures de Le Barbier, gravées par Baquoy, Dambrun, Dupréel et Patas, 
en double état : avant la lettre et eaax-fortes. De toute rareté. » 

« £x-libris de Pixéréconrt. » 

400. Les Comédies de Térence, traduction nouvelle avec le texte 
latin à côté et des notes par Tabbé Le Monnier. Paris, chez 
Jomberty 1771 ; 3 vol. in-8, avec 1 fix)ntisp. et 6 figures par 
Cochin, gravées par ChoEfard, Prévost, Rousseau et Saint- Au- 
bin, mar. bleu. (Bozifrian,) — 299 fr. 

c Bd tzMBplaire sur papier de Hollande avec les figures avant la lettre. » 



30 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

408. Œuvres de Corneille. Première partie. Imprimé à Rouen , 
1644; in-12, port, de Michel Lasne et front, gravé. — Œuvres 
de Corneille. Seconde partie. Imprimé à Rouen y 1648; in-12. — 
Œuvres de Corneille. Troisième partie. Imprimé à Rouen et se 
vend à Paris, 1652 ; in-12. Ensemble 3 vol. in-12, mar. r., fil. 
à compart., fers à Dusseuil, doublé de mar. bleu, large dent., 
étuis en mar. vert. (Lortic.) — 3820 fr. 

« Exemplaire unique entièrement composé des volumes originaux sous le titre 
d'œuvres, et très richement relié. » 

411. Le théâtre de P. Corneille, reveu et corrigé par Tautheur. 
A Paris j chez Guillaume de Luyne^ 1682; 4 vol. in-12, mar. 
r., dos orné, fil. {Chambolle-Duru,) — 335 £r. 
a Dernière édition originale, c'est-à-dire donnée du vivant de V auteur. » 

413. (Kuvres de P. Corneille avec les commentaires de Voltaire. 
Paris j Antoine- Augustin Renouardj 1817; 12 vol. in-8, avec 
2 port, et 24 fig. de Moreau et Prudhon, mar. r., dos orné, 
large dent, à froid. [Tliouvenin .] — 1,305 fr. 

(( Grand papier vélin tiré à 25 exemplaires, avec les figures avant la lettre 
et tontes les eaux-fortes. i> 

414. Œuvres de Pierre Corneille, avec les notes de tous les com- 
mentateurs. Paris y chez Lefèvre (impr, de Jules Didot aîné), 
1824 ; 12 vol. gr. in-8, papier jésus vélin, demi-rel. mar. 
rouge avec coins, dos orné. (Cape.) — 1,505 fr. 

« Précieux exemplaire, un des 50 tirés sur grand jésus vélin, avec le por- 
trait gravé par Taurel sur Chine avant la lettre. » 

« On y a joint un grand nombre de fig. et d'eaux-fortes. » 

416. Les II œuvres || de Monsieur Molière. || Paris, \\ chez Louis 
Billaine, 1666; 2 vol. in-12, frontispices gravés par Chau- 
veau, mar. r., dos orné, doublé de mar. r. avec comp. à pet. 
fers. [Trautz-Bauzonnet.) — 5,300 fr. 

a Précieuse édition originale collective du Théâtre de Molière avec nne pa- 
gination suivie. » 

« Les frontispices gravés représentent : le premier, le buste de Molière, près 
duquel sont accoudés Mascarille et Sganarelle; le second, Molière et sa femme 
couronnés par Thalie. » 

« Exemplaire d'une pureté parfaite et certainement nn des plus beaux connus 
de cette édition. » 

417. Les œuvres de Monsieur de Molière. Paris, Denjrs Thierry 
et Claude Barbin, 1674-75; 7 vol. in-12, mar. r., dos orné, 
fil. (Trautz-Bauzonnet.) — 2,250 fr. 

« Rare et précieuse édition, U véritable originale des CBUvres de notre grand 



i 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 3! 

comique, que la mort seule lui a empêché de donner lui-même, et la première 
où toutes les pièces publiées de son vivant aient été réunies sous une pagination 
suivie. D 

420. Œuvres de Molière (revues sur les éditions originales par 
Joly et précédées de Mémoires sur la vie et les ouvrages de 
Molière, par La Serre). A Paris ^ 1734; 6 vol. in-4, port, 
d'après Coypel, gravé par Lépicié, estampes, vignettes et culs- 
de-lampe d'après les dessins de Boucher, gravés par Laurent 
Cars et Joullain, mar. r., dos orné. {Chambolle-Duru,] — 905 fr. 

a Bel exemplaire du premier tirage. » 

422. Œuvres de Molière; avec des remarques, par M. Bret. Paris y 

1773; 6 vol. in-8, fig., mar. r., dos orné, large dent, genre 

xvm* siècle. [Thibaron), — 720 fr. 

« Exemplaire de premier tirage. » 

a Ouvrage orné d'un portrait de Molière d'après Blignard, de 6 fleurons sur 
les titres et de 33 figures de Moreau. » 

423. Œuvres de Molière, avec un commentait e, par M. Auger, 
de l'Académie française. Paris ^ chez D soer (de l'imprimerie 
de Firmin Didot), 1819-25 ; 9 vol. gr. in-8, mar. r., dos orné, 
fil. sur les plats et à Tint. , tr. dor. (Purgold.) — 660 fr. 

« Bel exemplaire en grand papier vélin, avec 1 port, d'après Fragonard, gravé 
par Lignon, sur Chine avant la lettre, et la suite des 1 6 figures d'après Horace 
Yemet, Hersent, Yaflard et Devéria, en double état : avant la lettre et eaux- 
fortes. » 

424. Œuvres complètes de Molière, édition publiée par L. Aimé- 
Martin. Paris, chez Lefèvre [imprim. de Jules Didot amé), 
1824-26 ; 8 vol. gr. in-8, denii-rel. mar. avec coins, dos orné, 
ébarb. (Cape.). 2,200 fr. 

« Précieux exemplaire, un des 50 tirés sur grand Jésus vélin, avec le por- 
trait de Taurel sur Chine avant la lettre. » 

a On y a joint une quantité de figures et de portraits rares, d'eaux-fortes, etc. » 

426. Œuvres complètes de Molière, nouvelle édition collationnée 
sur les textes originaux, par M. J. Taschereau. Paris, Fume 
et C»*, 1863 ; 6 vol. gr. in-8, port, et fig., mar. r., dos. [Cape.) 
— 1,820 fr. 

« Très bel exemplaire, l'un des 100 tirés sur grand papier de Hollande, 

»• 7. » 

« On y a ajouté la suite complète des 31 belles figures de Moreau le Jenne, 
publiées par Renouard, en triple état : avec la lettre, avant la lettre (très rares 
et eaox-fortes (rarissimes). 9 

c Ce bel exemplaire provient de la vente du relieur Cape. » 



32 BULLETIN DU JBIBLIOPHILË. 

428. Œuvres || de || Racine. || Chez Claude Barbin, \\ 1676. || 2 
vol. in-12, frontisp. et fig. de Chauveau, mar. r., compart. à la 
Dusseuil, doublé de mar. bleu. {Hardy.) — 1,025 fr. 

« Edition originale collective du théâtre de Racine. Elle contient ses neuf 
premières pièces, c'est-à-dire depuis la ThébaXdê jusqu'à Iphigénie. » 

430 . Œuvres de Racine. Paris ^ chez Denjrs Thierry ^ 1 687 ; 2 vol. in- 
12, frontisp. grav. et ^^^, — Esther, tragédie tirée de TEcriture- 
Sainte. A Paris, chez Denys Thierry, 1689 ; in-12, frontisp. 
grav. — Athalie, tragédie tirée de l'Ecriture-Sainte. A Paris, 
chez Denis Thierry, 1692; in- 12, fig.; ensemble 3 vol. in-12, 
fig., mar. bleu, compart. à la Dusseuil. (Thibaron-Joly ,) — 
350 fr. 

c Itare édition origincUe, la première où Phèdre soit réunie aux pièces anté- 
rieures avec une pagination continue. » 

a Exemplaire auquel on a joint Esther et Athalie en éditions originales. )» 

431. Œuvres II de || Racine. || Paris, \\ chez Claude Barbin, \\ 

1697 ; Il 2 vol. in-12, frontisp. grav. et fig. de Chauveau, mar. 

r., dos orné, fil. et comp. à la Dusseuil, dent. [Reliure ancienne.) 

— 1,000 fr. 

« Dernière édition originale donnée du vivant de l'auteur et la première 
contenant Esther et Athalie. » 

434. Œuvres de Jean Racine, avec des commentaires par Luneau 
de Boisgermain. Paris, 1768 ; 7 vol. in-8, port, et fig., mar. 
r., dent, plats. [Bozérian.) — 1,800 fr. 

(( Bel exemplaire en papier de Hollande, très rare, avec les figures de Gra- 
velot avant la lettre. » 

d On y a joint la suite complète de 1 portrait par Gaucher et de 13 gravures 
4le Lebarbier en double état : avant la lettre et eaux-fortes (même du por- 
trait). » 

435. Œuvres de Jean Racine. Impr. par ordre du Roi pour l'édu- 
cation du Dauphin. Paris, de l'imprim. de Didot Vainé, 1784 ; 
3 vol. in-8, mar. r., comp., doublé de tabis avec dent. [Bazé- 
rian,) — 245 fr. 

a Joli exemplaire sur papier vélin, auquel on a joint la suite complète de 
1 port, de Racine {lettre grise) gravé par Saint-Aubin et des 12 belles figures 
de Morean le Jeane, avant la lettre. » 

437. Œuvres complètes de Jean Racine. Edition publiée par 
L. Aimé-Martin. Paris, chez Lefèvre (imprim, de Jules Didot 
aùié)^ 1825; 7 vol. gr. in-8, demi-rel. mar. avec coins, tète 
dor., ébarb. [Ct^é,) — 1,305 fr. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 33 

« Précieux exemplaire, un des 50 tirés sur grand Jésus vélin avec le por- 
trait gravé par Roger, sur Chine avant la lettre. » 

a On j a joint un grand nombre de figures et d*eaux-fortes, rare. » 
a Exemplaire de Renouard relié depuis la yente. » 

438. Œuvres complètes de J. Racine. Edition publiée par Aimé- 
Blartin. Paris, chez Lefèvre [imprim. de Jutes Didot aîné), 
1825; 7 vol. gr. in-8, port, et fig., mar. (David.) — 925 fr. 

d Un des 50 exemplaires sur grand papier Jésus vélin, avec le portrait gravé 
par Roger sur Chine avant la lettre. » 

<i On y a joint diverses suites de figures, de portraits et d'eaux-fortes. » 

439. Phèdre et Hippolyte, tragédie par Racine. A Paris, chez 
Claude Barbin, 1677; in- 12 de 6 ff. prélim. y compris le fron- 
tisp. gi^avé par Le Clerc d'après Le Brun, et 74 pp., mar. r., 
compart. à la Dusseuil, doublé de mar. bleu dent. (Chambolle^ 
Duru.) — 400 fr. 

« Edition originale. » 

451. Les œuvres de M. Regnard. Paris y Pierre Ribou, 1708, 2 

vol. in-12, front, gravés et fig., mar. r., doublé de mar. bleu 

avec dent. (Chambolle-Duru,) — 560 fr. 

a Edition originale collective. )> 

« Bel exemplaire auquel on a joint en éditions originales : Le Légataire uni- 
versel, comédie. 1708, {frontisp. gravé), et La Critique du Légataire, comédie^ 
A Paris, chez Pierre Rihou, 1708. » 

453. Œuvres complètes de Regnard, avec des remarques sur 
chaque pièce par M. G***. Paris-, 6 vol. in-8, port, et fig., 
mar. r., dos orné, fil. [Reliure ancienne.) — 350 fr. 
« Exemplaire de premier tirage avec 1 port, et 1 1 figures de Moreau et Ma- 
rinier, avec la lettre grise (sauf pour celle de Démocrite qui n'exiite pas dans 
cet état.) » 

455. Œuvres complètes de J. F. Regnard. Edition avec des va- 
riantes et des notes. Paris, 1822; 6 vol. in-8, port., mar. vert, 
compart. dorés et à froid. [Simier,) — 385 fr. 

(I Grand raisin vélin tiré à 80 exemplaires. N** 34. » 

c Exemplaire aux urmcs de Madame la duchesse de Bcrry. » 

457 à 466. Collection complète des pièces originales de Regnard, 

y compris le Joueur ; 10 vol. pet. in-12, mar. r. jans., tr. dor. 

[Cuzin.) — 2,030 fr. 
485. Œuvres dramatiques de N. Destouches. Paris, Crapelet, 

1822 ; 6 vol. in-8, port., mar. brun, compart. dorés et à froid. 

(Simier.) ■— 305 fr. 

« Grand raisin vélm tiré à 80 exemplaires. N* 30. o 

a Exemplaire iinx armes de Madame la duchesse de Berry. » 

1883. S 



34 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

489. Œuvres de théâtre de M. de Marivaux de l'Académie Fran- 
çoise. Paris j 1758; 5 vol. in-12 [port, grav. par Chenu d'après 
Garand). — Les Comédies de Monsieur de Marivaux, joués sur 
le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, par les comédiens italiens 
ordinaires du Roi. Paris^ 1732; 2 vol. in-12. Ensemble 7 vol. 
in-12, port., mar. vert. [Cuzin.) — 255 fr. 

a Bel exemplaire de l'édition originale collective. Haut. 165 mill. » 

494. La Partie de chasse d'Henri IV, comédie, avec quatre es- 
tampes en taille-douce, d'après les desseins {sic] de Gravelot, 
par Collé. Paris ^ 1766 ; in-8, mar. cit., dos orné de fl. de lys, 
dor., doublé de tabis rose. (Derome.) — 305 fr. 

« On y a joint : La Veuve, comédie en un acte et en prose, 1764. — Le Boa- 
aignol ou le mariage secret, comédie, 1764. » 

501. La Folle journée, ou le Mariage de Figaro. Comédie, par de 
Beaumarchais. De l'imprimerie de la Société littéraire typo" 
graphique, 1785; gr. in-8, mar. r., dent, à pet. fers sur les 
plats. [ChamboUe-Duru.) — 455 fr. 

« Exemplaire en grand papier vélin avec les 5 figures de Saint-Quentin, gra- 
vées par Halbou, Liénard et Lingée, en superbes épreuves. » 

506. Œuvres de Crébillon. Imprimerie de Didot jeune ^ à Paris ^ 
1799; 2 vol. in-8. [Cart. de Vépoque.) — 285 fr. 

u Superbe exemplaire, absolument non rogné, et sur grand papier vélin avec 
les figures de Peyron en trois états : avec la lettre, coloriées du temps, avant 
la lettre et eaux-fortes. » 

507. Œuvres de Crébillon, édition publiée par M. Parrelle. Paris, 
Ijefèvrc, 1828; 2 vol. gr. in-8, demi-rel. mar. r., ébarb. (Capé.) 
-— 700 fr. 

a Bel exemplaire, un de^ÔO tirés sur grand Jésus vélin avec le portrait gravé 
par Ethiou sur Chine avant la lettre. > 

« On y a joint la suite complète de 1 port, gravé par Aug. de Saint-Aubin, 
sur papier de Chine et 9 figures de Moreau le Jeune, gravées par Bosq, Delvaux, 
Ribault et Simonet en triple état : avant la lettre sur blanc, avant la lettre sur 
Chine (rares) et eaux-fortes (très rares); ainsi que les portraits de Dalembert et 
de Louis XV, gravés par Saint-Anbin avant la lettre. i> 

508. Œuvres de Crébillon, édition publiée par M. Parrelle. Paris y 
Lefèvre [imprim, de Jules Didot aîné), 1828; 2 vol. in-8, port, 
et fig., mar. r., fil. (Cape.) — 500 fr. 

« Grand jésus vélin, tiré à 50 exemplaires, auquel on a joint : 
« l*Le p'jrtrait de Crébillon, gravé par Ficqnet,, d'après Aved; — 2* le por- 
trait gravé par Ethiou, d'après Descnne, êur Chine avant la lettre; et diverses 
anites de Tignettes et d'eaox-fortes. » 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 35 

518. Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé. S. L (Paris) j 
1718 ; pet. in-8, frontisp. gravé d'après Coypel, et 28 figures 
grav. par Audran, mar. r., dent, sur les plats, doublé de tabis 
vert, tr. dor. (Brade l-Derome,) — 800 fr. 

a Edition dite da régent. D 

520. Les Amours pastorales de Daphnis et de Chloé. Paris, de 
l'imprimerie de Didot Vaîné, 1800; gr. in- 4, mar. r., dos en 
mosaïque de mar. v., avec des comp. — 365 fr. 

ff Exemplaire sur grand papier vélin avec les 9 belles figures de Prudhon et 
Gérard, gravées par Godfroy, Marais, Massard et Roger avant la lettre, «^ avec 
les papiers de soie. » 

526. Histoire du petit Jehan de Saintré et de la dame des Belles- 
G)usines, par de Tressan. Paris, de V imprimerie de Didot 
Jeune, 1791 ; in-18, mar. r. (Reliure ancienne.) — 235 fr. 

« Exemplaire sur papier vélin avec les 4 figures de Moreau, gravées par Dam- 
brun. Ha 1 bon et de Longueil avant la lettre. » 

528. Histoire de Gérard de Nevers et de la belle Euriant, par 
Tressan. Paris, de V imprimerie de Didot Jeune, 1792 ; in-18, 
fig., mar. r. [ChamboHe-Duru.] — 195 fr. 

(( Exemplaire sur papier vélin et relié sur brochure avec les 4 figures de Mo- 
reau en double état : avec la lettre et avant la lettre. » 

533. Œuvres de maître François Rabelais, avec des remarques 
historiques et critiques de M. Le Duchat. Amsterdam, chez 
Jean Frédéric Bernard, 1741 ; 3 vol. gr. in-4, fig., mar. cit., 
dos orné, doublé de mar. r., avec une dent, à pet. fers. [Mas- 
son- Debonnelle, relieurs ; Wampflug, doreur.) — 2,500 fr. 

a Exemplaire en grand papier d'un des plus beaux livres du siècle dernier. » 

538. Le Roman comique de Scarron, édition ornée de figures des- 
sinées par Le Barbier. De l'imprimerie Didot jeune, 1796; 
3 vol. in-8, port, et ^\^., mar. viol. (Chambolle-Duru.) — 
1,060 fr. 

a Grand papier vélin, avec la suite complète de 1 port, de Scarron et 15 jolies 
figures de Lebarbier, gravées par Daquoy, Dambrun, Simonet, Trière, etc., en 
double état : avant la lettre et eaux-fortes. Ces dernières sont de tout^ 
rareté. » 

552. Le Diable boiteux (par Le Sage). Paris, chez la veuve Bar- 
bin, 1707; in-12 de 1 frontisp. gravé, mar. r., fil. et compart. 
à la Dusseuil. [Lortic.) — 370 fr. 

« Edition originale de toute rareté. » 



36 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

560. Histoire de Gil Blas de Santillane, par Le Sage; édition 
colla tioimée sur celle de 1747, avec des notes historiques et 
littéraires par François de Neufchâteau. Paris , Lefèvre^ 1820 ; 
3 vol. in- 8, fig., mar. bleu, compart. dent, à froid sur les 
plats. (Lefebvre,) — 400 fr. 

a Grand papier vélin avec la collection complète des 9 belles figures de De- 
senne, avant la lettre et eaux-fortes. » 

d Bel exemplaire auquel on a joint la suite des 24 gravures in-8 de Smirke, 
en premières épreuves {lettres grises en grosses lettres) et un joli port, de Le- 
sage gravé par Guétard. u 

562. Histoire de Gil Blas de Santillane par Le Sage; avec des 
notes historiques et littéraires par M. le comte François de 
Neufchâteau. Paris, chez Lefèvre [imprim. de Jules Didot aCné)^ 
3 vol. gr. in-8, demi-rel. mar. rouge avec coins, tête. (Cape,) 
— 950 fr. 

u Bel exemplaire, un des 60 tirés sur grand jésus vélin avec le portrait gravé 
par Roger en double état : avant la lettre sur blanc et sur Chine avant la 
lettre, o 

a On y a joint la suite complète des 100 jolies figures d eBomet, Charpentier 
et Duplessis-Bertaux, avant la lettre, u 

« De la bibliothèque de Renouard, relié depuis la vente. » 

574. Œuvres du comte Antoine Hamilton. Paris, Jnt,-Jug, Re- 
nouard, 1812; 3 vol. in-8, port, et fig., mar. vert. [Chambolle' 
Duru.) — 800 fr. 

a Rarissime exemplaire en grand papier vélin, rdié sur brochure, avec les 
5 jolies figures de Moreau en double état : avant la lettre et eaux-fortes. » 

Les portraits sont en premier état, c'est-à-dire avec la lettre grise, et plu- 
sieurs sont en double sur Chine et à Tétat d'eau-forte. » 

575. Mémoires et avantures d'un homme de qualité qui s'est re- 
tiré du monde (par l'abbé Prévost). Amsterdam, 1731 ; 7 vol. 
in-12, mar. bleu jans. [Thibaron-Jolx ^) — 400 fr. 

« Le tome VU, qui contient l'édition originale de Manon Lescaut, est relié 
comme les six premiers volumes en mar. bleu jans., mais doublé de maroquin 
orange avec une large dentelle. » 

577. Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (par 
l'abbé Prévost). Jux dépens de la Compagnie, 1753; 2 vol. 
in-12, papier de Hollande, vignette et 8 jolies fig. de Gravelot 
et Pasquier, mar. or., dos orné, large dent, mosalq. de mar. v. 
{David.) — 275 fr. 

<t Edition la plus recherchée, la dernière donnée du vivant de l'auteur.» 

578. Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux par 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 37 

Tabbé Prévost. Paris y de l'imprimerie de P, Didot Vatné [et se 
vend chez Bleuet jeune) ^ 1797; 2 vol. in-i2, réglés, fig., mar. 
bleu clair, tr. dor. (Trautz-Bauzànnet.) — 3.000 fr. 

« Grand papier vélin tiré à cent exemplaires avec les 8 figures de Lefèvre, 
gravées par Coiny, en double état : avant la lettre et eaux-fortes. » 
a Ces dernières sopt rarissimes. » 

583. Lettres d'une Péruvienne, par Mme de GrafSgny. Paris, de 
l'imprimerie de P. Didot l'aCné, 1797; 2 vol. in-i2, port, et 
fig., mar. bleu. [Duru,] — 1.000 fr. 

« Un des cent exemplaires sur grand papier vélin de format gr. in- 18, avec un 
joli port, gravé par De Launay avant la lettre et 8 délicieuses figures de Le- 
fèvre, gravées par Coiny en triple état : avant la lettre, eaux-fortes et contre- 
épreuves avant la lettre. » 

603. Le Paysan perverti, par N. E. Rétif de la Bretonne. Paris, 
1776; 8 parties en 4 vol. in-12, 82 fig. — La Paysanne per- 
vertie, par l'auteur du Paysan perverti. Paris, 1784 ; 8 parties 
en 4 vol. in-12. Ensemble 16 parties en 8 vol. in-12, mar. r., 
dos orné, fil. [Chambolle-Duru,) — 405 fr. 

« Bel exemplaire avec les 120 figures de Binet en excellentes épreuves. » 

605. Paul et Virginie, par Jacques-Bernardin- Henri de Saint- 
Pierre, avec figures. Paris, de l'imprimerie de Monsieur, 1789 
[se trouve chez P. Fr. Didot jeune); in-18, fig., mar. r., com- 
part. mors en mar. — 2,150 fr. 

« Exemplaire sur papier vélin d'Essone dans une reliure genre Bozérian, avec 
Its 4 charmantes figures de Moreau le Jeune et J. Vemet, gravées par Girardet, 
Halbou et de Longueil, avant la lettre. » 

609. Zilia, roman pastoral, par Madame la comtesse de ^*^ (Beau- 
fort). Toulouse, 1789; in-12, réglé, mar. v., dent, sur les plats. 
— 409 fr. 

« Petit volume aux armes de Marie-Antoinette, dont chaque page a été soi- 
gneasement encadrée d'un double filet ronge. » 

c La dédicace à la Reine, signée par la comtesse Joseph de Beaufort, se tronvc 
dans cet exemplaire. 9 

622. Atala-René, par Fr.-Aug. de Chateaubriand. Paris, 1805 ; 
in-12, fig., mar. r. [Chambolle-Duru,] — 380 fr. 

« Exemplaire avec les 6 fig. de Gamier, gravées par Aug. de Saint-Aubin et 
Choffard en double état : avec la lettre et avant la lettre, et auquel on a ajouté 
des dessins et des gravures, o 

625. Les Amours de Psiché et de Cupidon, par de La Fontaine. 



38 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Paris y Claude Barbin, 1669; in-8 réglé, mar. bleu, dos orné, 
comp. à la Dusseuil. (Lortic.) — 250 fr. 

(( Edition originale, devenae fort rare. » 

627. Les Amours de Psyché et de Cupidon, avec le poème d'Ado- 
nis par La Fontaine. Paris y Didot le Jeune y 1795; gr. in-4, 
fig., cart. à la Bradel. [Reliure de l'epoqueJ) — 580 fr. 

(c Très bel exemplaire, entièrement non rogné, et sur grand papier vélin, avec 
un portrait d'après Rigault, et 8 superbes figures de Moreau, avant la lettre. » 

628. Les Amours de Psyché et de Cupidon, avec le poème d'Ado- 
nis, par La Fontaine. Parisy 1797; 2 vol. in-12, fig., mar. 
bleu, dos orné. [Chambolle-Duru,] — 420 fr. 

« Charmant exemplaire sur papier vélin et relié sur brochure, » 

631. Les Avantures de Télémaque, par François de Salignac de la 
Motte Fénelon. Paris y 1717; 2 vol. in-12, port, gravé par Du- 
flos, et fig. de Bonnart, mar. bleu, doublé de mar. cit., dent. 
(C/iambolle-Duru.) — 299 fr. 

« Edition originale définitive en gros caractères. » 

635. Les Aventures de Télémaque, par de Fénelon. Imprimé par 
ordre du Roi pour l'éducation de Monseigneur le Dauphin. 
Paris y de l'imprim. Didot rainé y 1784 ; 2 vol. in-8, mar. r. 
anc. (Cape.) — 600 fr. 

« Exemplaire sur papier vélin avec la suite complète de 1 port, gravé par 
Delvaux en double état : avec et avant la lettre, et des 25 figures de Moreau 
(dont une pour Aristonoiis) en triple état : avec la lettre, avant la lettre et 
eaux-fortes; très i:ares. i> 

637. Les Aventures de Télémaque, par Fénelon. Paris, de l'im" 
primer ie de Didot aîné, 1796; 4 vol. in-12, mar. cit., dent, 
sur les plats. (Simier,) — 1.320 fr. 

a Superbe exemplaire sur grand papier vélin et dans une fraîche reliure avec 
le portrait de Fénelon, par Delvau avec la lettre et avant la lettre et 24 char- 
mantes figures de Lefebvre, en double état : avant la lettre et eaux-forte ; très 



rares. » 

'1 ' 



638. Les Aventures de Télémaque, par Fénelon, avec vingt-cinq 
figures dessinées par Marillier et gravées sous sa direction. 
Paris y de l'imprimerie de Crapelet, 1796; 2 vol. in-8, mar. 
r. (Mlâ.) — 490 fr. 

a Exemplaire en grand papier vélin et relié sur brochure, auquel on ajouté : 
al* Vingt-quatre vignettes par Marillier et un portrait d'après Vivien, gravé 
par Hubert, avant la lettre; 

a 2o Vingt-quatre vignettes par Moreau et 1 portrait réduit et gravé par Del- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 39 

▼aux, d'après Vivien, épreuves en double état : avec la lettre et avant la 
lettre. » 

a Le portrait est fort rare avant la lettre, etc. » 

639. Aventures de ïélémaque, par Fénelon. Paris, Lefèvre [im-- 
prim, de Jules Didot aintf), 1824 ; 2 vol. — Œuvres diverses 
de Fénelon. Dialogues sur l'Eloquence, aventures d'Aristonoûs, 
Paris y Lefèvre, 1824; ensemble 3 vol. gr. in-8, demi-rel. mar. 
rouge, ébarb. [Capé,] — 1,100 fr. 

a Bel exemplaire de Renouard, un des 50 tirés sur grand jésus vélin avec 
un joli portrait gravé par Roger sur Chine avant la lettre. » 

(t On y a joint : 1* la suite complète de 1 portrait réduit et gravé par Del- 
vaux, d'après Vivien, avant la lettre et de 25 figures de Moreau le Jeune (dont 
i pour Aristonoûs qui se trouve dans les œuvres diverses) en double état * 
avant la lettre et eaux-fortes, et une quantité de vignettes rares, u 

643. Le Temple de Gnide (par de Montesquieu), avec figures 
gravées par N. Le Mire, d'après les dessins de Ch. Ëisen; texte 
gravé par Droûet. Paris, 1772; in-4, titre gravé, frontispice 
avec port, de Montesquieu, armes d'Angleterre, et 9 figures, 
dont 2 pour Céphise et l'Amour, mar. r., dent, à pet. fers avec 
des oiseaux, des carquois et des cœurs, doublé de mar. bleu 
couvert d'un nombre infini de pensées. [Lortic,] — 1,400 fr. 

a Magnifique exemplaire en grand papier, tiré de format in-4, et dans une 
reliure de Lortic de la plus grande richesse. » 
<t Très rare en pareille condition. » 

645. Le Temple de Gnide, poème, par M. Léonard. Paris, 1776; 
gr. in-8, 1 frontisp., et 11 fig. par Desrais, mar. bleu. [Ma- 
rias MiclieL] — 445 fr. 

a Exemplaire sur papier de Hollande et relié sur brochure auquel on a joint 
un dessin original de Desrais, à la plume et à la sépia, rehaussé de blanc, re- 
présentant une offrande à Vénus, u 

650. Ollivier, poème par Cazotte. Paris j de V imprimerie de 
Pierre Didot Vaine', 1798; 2 tomes en 1 vol. in- 12, figures 
de Lefebvre, mar. bleu clair. [Chambolle-Duru,) — 920 fr. 

« Bel exemplaire en grand papier vélin et relié sur brochure avec les 12 char- 
mantes figures de Lefebvre, gravées par Godefroy, en double état : avant la 
lettre et eaux-fortes. » 

652. Primerose, par M..el de V..dé (Morel de Vindé). Parisy de 

l'imprimerie de P. Didot l'aîné, 1797 ; in- 12, mar. bleu clair, 

dos orné, fil. [Chambolle-Duru.) — 1,160 fr. 

« Exemplaire sur grand papier vélin et relié sur brochure avec 1 frontispice 
et 5 figures de Lefebvre, gravées par Godefroy, en triple état : avant la lettre 
sur blanc, avant la lettre coloriées du temps et eaux-fortes. » 



40 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

653. Zélomir, par Morel \yindé). De Vimprimerle Didot l'aîné^ 
Paris j 1801 ; in-12, mar. r. [Reliure ancienne,) — 750 fr. 

« Bel exemplaire en grand papier vélin, avec les 6 figures dcLefebvre, gravées 
par Godefroy, eo quadruple état : avec la lettre, avant la lettre, eaux-fortes et 
contre-épreuves avant la lettre. » 

663. Heptameron François ou les Nouvelles de Marguerite, reine 
de Navarre. Berne, 1780-81; 3 vol. in-8, 73 lig. par Freu- 
denberg, 72 vignettes et 72 culs-de-lampe de Dunker, mar. 
bleu, petits fers sur les plats. (T/iibaron-Jo/j.) — 750 fr. 

(f Exemplaire de premier tirage et relié sur brochure. » 

670. Contes des Fées, par Ch. Perrault, de l'Académie Françoise. 
Paris, chez Lamy, 1781 ; in- 12, frontisp. non signé et 13 vi- 
gnettes de Martinet, mar. bleu, dos orné, plats à compart. 
[Thibaron-Joly .) — 270 fr. 
a Rare. » 

678. Les Liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos). Paris y 
1794; 4 vol. in- 18, mar. r., dent. [Reliure ancienne,) — 
900 fr. 

« Exemplaire sur papier vélin et dans une fraîche reliure avec les 8 jolies 
figures de Le Barbier, gravées, en double état : avant la lettre et eaux-fortes. » 

679. Les Liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos). Londres 
[Paris], 1796; 2 vol. in-8, 2 frontisp. et 13 fig. par Monnet et 
Mademoiselle Gérard, mar. citron, doublé de tabis rose avec 
dent. [Bozérian,) — 1,820 fr. 

ce Exemplaire sur papier vélin avec les figures avant la lettre, toutes aecotH' 
poffnées de papier de soie, sur lequel se trouve, avec la tomaison et l'indication 
de la page, la légende imprimée de chaque estampe. » 

680. Le Compère Mathieu ou les Bigarrures de l'esprit humain 
(par Du Laurens). Paris, 1796; 3 vol. in-8, avec 9 figures, 
mar. bleu, dos orné. [Bozérian.) — 560 fr. 

a Bel exemplaire sur grand papier vélin, de format in-8, avec les figures avant 
la lettre. Rare en pareille condition. » 

681. Les Amours du chevalier de Faublas, par J.-B. Louvet (de 
Couvray). Paris, chez l'auteur y 1798; 4 vol. in-8, papier 
vélin, fig., mar., dos orné, large dent, et comp. doublé de 
tabis bleu. [Lefebvre.) — 980 fr. 

« Exemplaire en grand papier vélin (témoins), avec les 27 jolies figures de 
Marinier, Demame, Dutertre, Monsiaa, Monnet et Mademoiselle Gérard «Tant 
la lettre, avec les noms des artistes à la pointe sèche. » 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 41 

683. La religieuse, par Diderot. Paris ^ 1799; 2 tomes en 1 vol. 
in-8, veau éc, dent. [Rel, anc) — 190 fr. 

ff Exemplaire sur papier vélin avec 1 portrait par Aabry, gravé par Dapréel, 
et 4 figures par Le Barbier, gravées par Dupréel et Giraud avant la lettre. » 

687. La plaisante histoire des amours de Florisée et Claréo et de 
Ja peu fortunée Yséa, traduicte nouvellement de castillan en 
françoys par feu M. laques Vincent de Crest Arnault, en Dau- 
phiné. Paris, 1554; in-8, mar. cit., dos orné, fil. iDuru.) — 
250 fr. 

« Livre rare et recherché. Au commencement de l'ouvrage se trouve un cer- 
tain nombre de poésies de P. Tredehan, d'Angers. Exemplaire de la vente Be- 
hague. » 

688. Histoire amoureuse de Flores et Blanchefleur s'amye, avec 
la complainte que fait un amant contre amour et sa dame, mis 
d'espagnol en françois, par maître laques Vincent. Anvers , chez 
lean fFaefberghe, 1561 ; petit in -4, titre encadré, mar. vert. 
[Kœlher.] — 250 fr. 

c Exemplaire de la vente Behague. » 

690. Histoire de l'admirable Don Quichotte de la Manche, tra- 
duite de l'espagnol de Michel de Cervantes. Enrichie des bell^ 
figures dessinées par Coypel et gravées par Folkéma et Fokke. 
Amsterdam et Leipzig, 1768; 6 vol. in- 12, fig. — Nouvelles 
de Michel de Cervantes Saavedra. Amsterdam et Leipzig, 1 768 ; 
2 vol. in-12, port, et fig. Ensemble 8 vol. in-12, mar. r., dos 
orné. [Chijfre sur les plats.) — 175 fr. 

692. Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnol de Mi- 
chel de Cervantes par Florian, ouvrage posthume orné de 24 
fig. De l'imprimerie de Didot Vainé, 1799; 6 vol. in-18, demi- 
rel., mar. vert, avec coins. [Cape.] — 1,250 fr. 

c Très bel exemplaire sur grand papier vélin, avec les charmantes figures de 
Lefebvre et Le Barbier en triple état : avec la lettre, avant la lettre et eaux- 
fortes. » 

694 . Le Don Quichotte, traduit de l'espagnol par Bouchon Du- 
boumial. Paris, 1822; 4 vol. in-8. — Persilèset Sigismonde, ou 
les pèlerins du Nord, du même. Paris y 1822; 2 vol. in-8. Ens. 
6 vol. in-8, fig.*, cuir de Russie, dos orné. (Purgold,) — 
505 fr. 

« Exemplaire sur grand papier vélin, avec les 18 belles figures d'Horace Ver- 
■et, Eogine Lami et Desenne (12 pour Don Quichotte et 6 pour les Pèlerins 
4o Nord) en double état : avant la lettre sur chine et eaux-fortes. » 



42 BULLETIN DD BIBLIOPHILE. 

705. Tom Jones, ou histoire d'un enfant trouvé, par Fielding. 
Paris, 1833; 4 vol. gr. in-8, mar. r. [R, Petit.) — 800 fr. 

(c Bel exemplaire sur grand papier vélin, avec les 12 figures de Moreau, gra*> 
vées par de Villicrs, Mariage et Simonet, en quadruple état : avec la lettre, 
avant la lettre sur blanc, avant la lettre sur chine et eaux-fortes. Ces dernières 
sont fort rares complètes. ï> 

et On y a joint en outre une quantité de figures et d'eaux-fortes, u 

711. Œuvres de Salomon Gessner. Paris , chés V auteur des es- 
tampes, s. d.'j 3 vol. gr. in-4, 3 titres gravés difiérents. 1 front, 
avec portrait, 2 autres front., 72 fig., 4 vignettes et 67 culs-de- 
lampe par Le Barbier, gravés par Baquoy, Dambrun, Gaucher^ 
Halbou, de Longueil, etc., mar. rouge. (C/iambolle-Duru,) — 
605 fr. 

« Très bel exemplaire avec les figures de Le Barbier en double état : uwec 
les numéros et avant les numéros. » 
« Elles n'existent pas avant la lettre. » 

713. Les souffrances du jeune Werther, par Goethe, traduction 
nouvelle (par H. de La Bédoyère). J Paris y de l'imprimerie de 
P. Didot Vainé, 1809; in-8, fig., demi-rel., mar. viol. (Thou- 
venin.) — 600 fr. 

a Papier vélin avec les 3 figures de Moreau en double état : avant la lettre et 
eaux-fortes. » 

a Ces eaux-fortes qui sont fort rares manquent à presque tous les coUectioii- 
neurs de l'œuvre du grand artiste et M. Mahérault n'en fait même pas mention 
dans son Œuvre de Moreau le jeune. » 

745. Lettres d'Iléloîse et d'Abailard; édition ornée de 8 figures. 
Paris, imprimerie de Didot le jeune, an IF (1796); 3 vol. gr. 
in-4, fig., demi-rel. mar. v. \Rel. anc,\ — 360 fr. 

« Exemplaire en grand papier vélin avec les belles figures de Morean le 
jeune avant la lettre et eaux-fortes. » 

a Papiers de soie avec la légende imprimée. i> 

755. Œuvres complettes (sic) de J. La Fontaine. De l'imprimerie 
de Crapelet, Paris, 1814 ; 6 vol. in-8, 1 port, d'après Rigault, 
demi-rel. mar. cit., tr. entièrement non rognées. (T/iouvenin,) 
— 390 fr. 

a Très bel exemplaire sur grand papier vélin, tiré à 30 exemplaires seulement 
(n** 15) avec la suite complète des belles figures de Moreau avant la lettre. » 

756. Œuvres de La Fontaine, édition revue, mise en ordre et 
accompagnée de notes par Walckenaer, membre de l'Institut. 
J Paris, chez Lefèvre (imprimerie de Jules Didot ainé)^ 1827; 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 43 

6 vol. gr. in-8, port, et fig., demi-rel. mar. r. (Cape.) — 
1,225 fr. 

a Bel exemplaire de Renoaard, un des 50 tirés sur grand Jésus vélin^ avec 
le portrait gravé par Roger sur chine avant la lettre. » 

a On y a joint une quantité de figures et d'eaux-fortes, n 

757. Œuvres de La Fontaine, nouvelle édition revue, mise en 
ordre et accompagnée de notes par Walckenaer, membre de 
rinstitut. j^ Paris, chez Lefèvre [imprimerie de Jules Didot 
ainé]^ 1827; 6 vol. gr. in-8, demi-mar. r., avec coins. {Nié- 
drée,] — 360 fr. 

a Un des 50 exempl. tirés sur grand jésus vélin, avec le beau portrait gravé 
par Roger, sur Chine, avant la lettre et son eau-forte. » 
a On y a joint des suites de vignettes et d'eaux-fortes. » 

770. CEuvres de J.-J. Rousseau, avec des notes historiques (par 
Petitain). Paris, Lefèvre [de l'imprimerie de Crapelet]^ 1819- 
20; 22 vol. gr. in-8, port, et fig., mar. bleu. [Simier,] — 
780 fr. 

« Chrand papier Jésus vélin, tiré à 60 exemplaires. » 

a Bel exemplaire aux armes de la duchesse de Berry, avec la suite complète de 
19 figures (dont un portrait) d'après Desenne en triple état : avant la lettre sur 
blanc, avant la lettre sur chine et eaux-fortes. » 

781. Œuvres complètes de Berquin. ^i Paris ^ chez Ant.-Aug, 
Benouardj 1803; 17 vol. in-12, front, ou fig. de Borel, Lebar- 
bier, Marillier, Monsiau et Moreau, mar. r. jans. (Cuzin, re- 
lieur; Maillard, doreur,) — 412 fr. 

c Exemplaire sur papier vélin et relié sur brochure, avec la suite complète des 
205 figures en très belles épreuves. » 

782. Œuvres complètes de Bernardin de Saint-Pierre, mises en 
* ordre et précédées de la vie de l'auteur par Aimé- Martin. Paris, 

1818; 12 vol. in-8, port, et fig., demi-mar. brun, dos orné, 
coins, entièrement non rognés. [Purgold.) — 245 fr. 

a Exemplaire sur grand raisin vélin, non rogné, avec la suite complète de 
1 portrait gravé par Lignon, d'après Girodet, et figures d'après Lafitte, Moreau, 
Girodet, Vemet, Prudhon et Isabey pour Paul et Virginie; 2 gravures de De- 
senne pour la Chaumière indienne et 5 vignettes du même pour les autres on- 
▼rages, en triple état : avec la lettre, coloriées du temps, avant la lettre et 
caax-fortes. » 

c Manquent les trois eaux-fortes de Moreau et celle de J. Vemet pour Paul 
et Virginie, » 

810. Lettres à Emilie sur la mythologie, par C.-A. Demoustier. 
Paris, Ant.-Aug, Renouard, 1809; 6 parties en 3 vol. in-8, 



44 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

port, et fig., mar. r., doublé de tabis vert. (Lefebvre,) — 
1,820 fr. 

a Très bel exemplaire sar papier vélia avec les 37 charmantes figures de Mo- 
reau, gravées par DeWaax, de Gheadt, Roger Simonet, Thomas et Trière, en 
double état : avant la lettre et eaux-fortes. » 

811. Lettres à Emilie sur la mythologie, par C.-A. Demoustier. 

jé Paris y chez Ant.-Aug. Renouardy 1809; 6 parties en 2 vol. 

in-8, port, et fig., mar. r. [Chambolle-Duru,] — 465 fr. 

« Papier vélin, relié sur brochure, avec la suite complète des 36 figures de 
Moreau avant la lettre. » ' 

829. Nouvel abrégé chronologique de l'histoire de France, con- 
tenant les événements de notre histoire depuis Clovis jusqu'à la 
mort de Louis XIV, etc. (par le président Hénault). Nouvelle 
édition augmentée et ornée de vignettes et fleurons en taille- 
douce. Paris j de l'imprimerie de Prault, 1768; 2 vol. gr. in-4, 
réglés, front., vignettes et fleurons, mar. bleu, dos et coins 
ornés. [Hardy.) — 405 fr. 
« Exemplaire sur papier de Hollande de la vente Lebeufde Montgermant. » 

831. Le premier (le second, le tiers et le quart) volume || 
Froissart. Imprimé à Paris Lan de grâce || mil cinq cens et 
quatorze. Pour Guil)\ laume eustace... 4 tomes en 3 vol. in- 
fol., got. à 2 col., mar. r. jans. [Chambolle»Duru,] — 1,720 fr. 

et Exemplaire à toutes marges et avec de nombreux témoins de cette belle 
édition. ». 

839. Les gestes et la vie du preulx chevalier Bayard... par Sym- 
phorien Champier. Lyon^ 1525; petit in-4, goth., mar. r. anc. 
doublé de mar. bleu, dent. [ReL de Allô,) — 1 ,605 fr. 

c Volume fort rare orné de figures sur bois très curieuses. 9 

843. Commentaires de messire Biaise de Monluc, mareschal de 
France. A Bourdeausy par S. Millanges, 1592; in-fol., mar. r. 
jans. [Chambolle-Duru.) — 300 fr. 

« Edition originale de ces curieux mémoires, o 

857. Mémoires du cardinal de Retz. A Amsterdam^ chez J.'Fré'^ 
déric Bernard y 1731; 4 vol. in- 12, port. — Mémoires de Gui 
Joly, conseiller au Châtelet, etc. A Amsterdam^ 1738; 2 vol. 
in-12. — Mémoires de Madame la duchesse de Nemours, ^utr- 
terdam^ 1738; in-12. Ensemble 7 vol. in-12, mar. bleu jans. 
{TrautZ'Bauzonnet,) — 820 fr. 



UNE VENTE DE LIVRES A BRUXELLES. 45 

a Exemplaire relié sur brochure de la meilleure édition de cet excellent 
livre. » 

a De la bibliothèque du comte H. de La Bédoyère et depuis de M. Lebeuf 
de Montgermont. » 

865. Histoire générale de Dauphiné, par Nicolas Chorier. J Gre- 
noble y chez P/ti lippes C/tarvjrs, libraire, 1661; in-fol. — His- 
toire générale de Dauphîné, depuis l'an M. de N. S. jusques à 
nos jours, par Nicolas Chorier. J Lyon, 1672. Ensemble 2 vol. 
in-fol., mar. r. (Chambolle-Duru.) — 605 fr. 

« Bel exemplaire auquel on a joint : Histoire génêaiogique de la maison de 
Sassenage, branche des anciens comtes de Lyon et de Forests, par Nicolas 
Chorier, 1672; in-fol, de 85 ff. Cette partie manque souvent. » 

875. Annales du règne de Marie-Thérèze, impératrice douairière, 
reine de Hongrie et de Bohème, archiduchesse d'Autriche, etc., 
par Fromageot. Paris, 1775 ; in-4, 1 port, par Ducreux, gravé 
par Cathelin, 4 fig. par M oreau gravées par Duclos, de Launay, 
Prévost et Simonet, mar. r. [Cuzin,] — 345 fr. 

c Exemplaire en grand papier, de format in-4. » 



UNE VENTE DE LIVRES A BRUXELLES. 

Le 12 février prochain et jours suivants aura lieu à 
Bruxelles la vente de feu M. Van Bellinghen, par les soins 
du libraire J. Olivier. Le catalogue comprend 2,400 n®" 
et on vendra en outre un grand nombre de livres par lots. 
Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs la préface, inté- 
ressante à plusieurs titres, qui se trouve au commencement 
dudit catalogue : 

Beaucoup d'entre les habitués de nos grandes ventes de livres 
ont dû remarquer, parmi les lutteurs les plus assidus de ces pa- 
cifiques journées, un vieillard alerte et intelligent, tacticien aussi 
habile et aussi preste que les plus jeunes, dont les acquisitions 
trahissaient toujours un connaisseur éclairé et un homme de goût. 
n jetait ordinairement son dévolu sur les bons et les beaux livres, 
les reliures curieuses, les ouvrages précieux à quelque titre. Et, 



46 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

vainqueur souvent heureux, il savourait cette jouissance indicible 
du bibliophile, d'enlever à des conditions ordinairement raison- 
nables quelques-uns de ces trésors enviés par de nombreux con- 
currents. Cet amateur, que beaucoup de nos amis se rappellent, 
sans doute, était M. Antoine Van Bellingen, et c'est sa biblio- 
thèque qui s'offre aujourd'hui au public. 

M. Van Bellingen était le type de TAnversois de vieille roche, 
de ces Vénitiens du Nord pour qui la richesse acquise par le 
travail est un titre de gloire et un moyen de satisfaire les jouis- 
sances les plus élevées de l'esprit. A la tète d'une maison de 
commerce importante, il goûtait un plaisir délicat dans la re<* 
cherche et la contemplation du beau. Artiste d'instinct, il aimait 
à s'entourer d'œuvres d'art : lettré, il était heureux de se reposer 
des labeurs journaliers dans le commerce de ses chers livres, dont 
il était à même de jouir en amateur et en érudit. 

La composition de sa bibliothèque reflète ce caractère avec une 
singulière lidélité. M. Van Bellingen s'était d'abord proposé de 
réunir les produits les plus parfaits de la typographie anversoise, 
les éditions plantiniennes, et il y réussit assez bien pour recueillir 
un certain nombre d'ouvrages qui avaient échappé aux anna- 
listes de la typographie plantinienne. Par quelle espèce d'a£Bnité 
élective, son goût le porta-t-il ensuite à réunir les éditions les 
plus élégantes de Venise, les Aldines, autre type de la perfection 
typographique dans une ville qui rappelle à certains égards 
Anvers ? Nous n'essayerons pas de rechercher le lien de cette asso- 
ciation d'idées : nous ne faisons que la constater. 

La reliure, autre élément du beau et de l'art dans le domaine 
des livres, attira ensuite son attention. Le catalogue en offre de 
nombreuses et précieuses mentions. Outre les reliures historiques 
et celles qui portent les noms les plus brillants de la bibliopégie, 
l'ensemble de la bibliothèque de M. Van Bellingen se présente 
sous des dehors fort recommandables, au point de vue de la con- 
servation et de la condition matérielle des ouvrages. 

Nous ne pouvons songer à dépouiller le catalogue pour en 
signaler les richesses ; qu'il nous sufiBse de dire en terminant qu'à 
côté de l'élément élégant et artistique, on y rencontrera aussi une 
quantité d'ouvrages peu connus, rares, curieux et intéressants à 
divers titres. 



CHRONIQUE. 47 



CHRONIQUE. 



— M. G. Raynaud, de la Bibliothèque Nationale, vient de faire 
paraître V Inventaire des manuscrits italiens de la Bibliothèque 
Nationale qui ne figurent pas dans le catalogue de Marsand (Paris, 
1882, in-8; librairies Picard et Champion). Le catalogue de 
Marsand a été publié de 1835 à 1838, aune époque où les mss. en 
langues modernes étaient encore confondus avec les mss. de langue 
française; beaucoup de volumes italiens avaient échappé à cet 
érudit ,* ajoutons que beaucoup de recueils, notamment croyons- 
nous ceux d* Henri Beyle, ont été acquis depuis. Aussi cet inven- 
taire sera-t-il accueilli avec reconnaissance par tous les lettrés. La 
Bibliothèque Nationale possède aujourd'hui 1697 mss. italiens. 
Marsand n'en avait décrit qu'environ 950. 

— C'est ici le lieu de rappeler qu'un autre employé de la Biblio- 
thèque, bien connu des érudits, M. Ulysse Robert, a publié en 1882 
dans le Cabinet historique un catalogue sommaire des mss. latins 
acquis par cet établissement depuis 1874. Signalons surtout les mss. 
achetés aux différentes ventes de M. Ambroise Didot, un lot de 
mss. provenant de l'abbaye de Silos, en Espagne, très intéressants 
à tous égards, enfin les débris des archives et de la bibliothèque 
de l'abbaye de Cluny. 

— Notre grande bibliothèque s'enrichit ainsi tous les jours, 
autant du moins que le permettent ses ressources budgétaires. 
Malheureusement elle doit compter avec la rivalité étrangère, avec 
les collectionneurs, plus riches ou plus prodigues que les gouver- 
nements. Le Musée Britannique, mieux doté que la Bibliothèque 
Nationale, est dans des conditions bien meilleures. M. E. Maunde 
Thompson, conservateur des mss. du British, vient de faire pa- 
raître l'inventaire des mss. autres que des mss. orientaux, acquis 
par cet établissement dequis 1876 ; on y compte 2,188 volumes, 
2,000 chartes, 2,800 sceaux détachés, 5 papyrus. M. Delisle a 
noté dans cet inventaire les articles, malheureusement très nom- 
breux, qui intéressent la France ; en voici quelques-uns : Addit. 
Mss. 29,986, Le Livre du mirouer des dames, exemplaire ayant 
appartenu au duc de Berry. — 29,993, Journal du chevalier 



48 BUTXETIN DU BIBLIOPHILE. 

d'Eon (1792-1803). — 30,033, Jean d'Ypres, Cronica sive his- 
toria Sancti Bertlni. — 30,861, un Juvénal du xi* siècle venant 
de la collection Didot, et ayant fait partie de la bibliothèque 
d'une église de Notre-Dame en France. — 31,833. Psautier de 
la dame de Parthenay (1411). — Parmi les chartes, beaucoup 
de documents du xiv* siècle, relatifs à la guerre de Cent-Ans. 
Dans les mss. nouvellement acquis pour le fonds Ëgerton, nous 
remarquons sous les n°" 2,592-2,597, la correspondance de James 
Hoy, mort en 1636, où l'on trouve, paraît-il, une quantité de 
lettres relatives aux affaires de France sous Louis XIII. Enfin il 
ne faut pas oublier qu'en 1879, le Musée Britannique a acquis 
deux papyrus grecs célèbres renfermant l'un le XXIV® livre de 
l'Iliadcy l'autre deux discours d'Hypéride. 

— M. Aug. Chassaing, du Puy, a publié dans la Bibliothèque de 
l'école des Chartes (année 1882, pp. 274-5), un curieux contrat 
de Tannée 1443. Moyennant la somme de 14 livres 5 sous tour- 
nois, un scriptor lihrorum du Puy s'engagea à faire exécuter, de 
février à novembre 1443, une copie du Volamen^ c'est-à-dire des 
Novelles et des trois derniers livres du Code. L'écriture \fÀttercù\ 
sera semblable à celle d'un ms. à lui remis; le prix sera payé par 
à comptes de 21 sous au fur et à mesure de l'achèvement d'un 
lot de 3 pecie^ soit d'un cahier et demi [quaternio] de la copie. Le 
prix fixé était-il en rapport avec la longueur du travail ? Il nous 
serait impossible de le dire. Même en comptant Xiupecia pour 46 
colonnes, soit 4 feuillets, le temps employé par le copiste à les 
écrire devait varier suivant la grosseur et la nature de l'écriture. 
Enfin il faudrait connaître exactement la valeur de la livre tournois 
en 1445, et chacun sait que les calculs sur la valeur des espèces 
monétaires au moyen âge sont toujours assez hypothétiques. 

— Le même signale une curieuse brochure de M. Tholin, archi- 
viste de Lot-et-Garonne: Documents sur le mobilier du château d' ai- 
guillon confisqué en 1792, Agen, 1882, in-8. On y trouve d'inté- 
ressants détails sur le théâtre du château et la bibliothèque de ce 
théâtre, qui renfermait plus de 400 volumes in-folio de musique. 
Ceux-ci sont aujourd'hui conservés à l'hôtel de ville d'Agen ; on 
y trouve certains ouvrages anciens qui manquent aux plus riches 
collections musicales du monde, même à la célèbre collection Fétis, 
aujourd'hui possédée par la ville de Bruxelles. 



LES OEUVRES DE RICHARD SIMON. 



Notice bibliographique sur Richard Simon, par 
M. Aug. Bernus. (Extrait de l'Essai de biblio- 
graphie oratorienne, par le P. Ingold, bibliothé- 
caire de rOratoire). Baie, H. Georg\ br. in-8, de 
48 pages. 

Il existe de nombreuses biographies de Richard Simon ; 
mais, comme souvent il arrive, il en est peu qui se dis- 
tinguent par une appréciation originale des tendances de 
ce bizarre écrivain, et de ses principaux ouvrages. L'abbé 
de Choisy disait: « J'ai fini, grâce à Dieu, l'histoire de 
l'Église, à présent je vais me mettre à l'étudier ! » Les 
faiseurs de notices biographiques n'ont pas de ces scru- 
pules rétrospectifs. La plupart de ceux de Simon n'ont 
jamais seulement ouvert un de ses livres. Ils n'ont fait 
que copier, et souvent avec négligence, des extraits des 
Mémoires du P. Nicéron, et de la vie, ou plutôt du 
panégyrique de Simon, par Bruzen de la Martinière, son 
parent, pièce qui se trouve en tête de l'édition des Lettres 
choisies de Simon, en 4 vol. in-12, publiée en 1730. 
M. Bernus cite avec éloge l'article de Tabaraud, dans la 
Biographie Michaud; et, suivant lui, le meilleur travail 
d'ensemble sur Simon est celui de M. Graf, qui lui 
a consacré 84 pages dans le « Recueil de documents 
publiés par la Société théologique de Strasbourg. » Ce 
travail, fait au point de vue protestant, n'en est évidem- 
ment pas plus favorable à Simon, qui, révoquant en doute 
l'authenticité et l'origine divine de la Bible, n'a pas 
été plus ménagé par les dissidents que par les catholiques. 

1883. 4 



50 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



La bibliographie de cet écrivain était des plus difficiles 
h faire, à cause des fréquents pseudonymes qu'il employait, 
des indications falsifiées à dessein du lieu d'impression 
de ses ouvrages, publiés presque tous sans approbation ni 
privilège, et souvent contrefaits. De plus, on sait aujour- 
d'hui que plusieurs réfutations des livres de Simon, sous 
des noms supposés, sont en réalité de Simon lui-même. 
C'était un moyen de réclame qu'il avait inventé, pour 
raviver de temps à autre ces polémiques qui flattaient son 
orgueil, et poussaient aussi à la vente de ses ouvrages. 

Dans la présente notice, dont les matériaux sont em- 
pruntés au savant travail du P. Ingold sur la biblio- 
graphie Oratorienne, M. Bernus indique, non seulement 
toutes les éditions connues des différents ouvrages de 
Simon, publiés sous son nom ou sous des pseudonymes, 
mais toutes les réfutations qui en ont été faites par des 
théologiens catholiques ou protestants, les répliques et 
contre-répliques. Il y a joint la liste de ses ouvrages restés 
en manuscrit ou projetés, de ceux qui lui ont été fausse- 
ment attribués, enfin, la nomenclature des écrits dans 
lesquels il a été question de lui depuis sa mort, soit incidem- 
ment ou sommairement, soit d'une façon spéciale. 
M. Bernus arrive ainsi au chiffre respectable de 294 nu- 
méros. Ce travail comble une lacune dans l'histoire théolo- 
gique de cette époque. Il a de plus un certain intérêt d'à- 
propos. On sait, en effet, que Simon a été le précurseur de 
l'école d'exégèse sceptique d'outre-Rhin, qui a pris un si 
grand développement dans ces dernières années. Les 
critiques allemands du xix® siècle ne se font pas faute 
d'emprunter leurs arguments les plus sérieux à Tex-Ora- 
torien français du xvii® siècle. On peut s'en convaincre en 
confrontant VHistoire critique du uieux Testament de 
Richard Simon, avec Y Histoire littéraire de la Bible de 
Noldeke, dont une traduction française a été publiée il y 
a quelques années (!)• 

(1) Par MM. D. et Soury. Paris, J. Baer. 



LES OEUVRES DE RICHARD SIMON. 51 

I. 

Nous nous bornons à relever dans cet Essai les articles 
les plus rares, ou pouvant donner lieu h des observations 
curieuses. 

Voici d'abord (n** 1) l'édition originale de V Histoire 
critique du çieux Testament^ qui valut à Richard Simon 
son exclusion de l'Oratoire (le 21 mai 1678). Cette pre- 
mière édition, s. L et d, [PariSy veuve Billainey 1678) est un 
in-4 de xiv, 680 et xiv pages. Elle fut supprimée, k l'ins- 
tigation de Bossuet, par un arrêt du Conseil d'Etat du 
19 juin 1678, avant sa publication et même avant l'im- 
pression du titre, ^de l'épître dédicatoire au Roi et de 
Verrata. Aussi les rares exemplaires échappés a la des- 
truction n'ont pas de titre. Mais il en fut fait aussitôt en 
Hollande, à l'insu de Simon et même malgré lui, une con- 
trefaçon incorrecte [Amsterdam^ Dan, Elz,), qui fut trois 
fois réimprimée de 1680 à 1684. En tête de quelques exem- 
plaires de cette contrefaçon, on trouve le faux- titre 
suivant, destiné à mettre la polite française en défaut : 
Histoire de la religion des Juifsy et de leur établissement 
en Espagne^ où ils se sont retirés après la destruction de 
Jérusalem, Ecrite par Rabbi Moses Levi, A Amsterdam^ 
chez Pierre de la Faille^ 1680. On trouve aussi ce faux- 
titre rajouté à quelques-uns des exemplaires de l'édition 
originale. 

Cependant Simon, que le débit de cette contrefaçon 
désolait, non par scrupule de conscience, mais par intérêt, 
ne trouva rien de mieux, pour en avoir raison, que de 
combattre l'ennemi sur son propre terrain. Il fit imprimer 
en 1685, à Rotterdam, chez Reinier Leers P une nouvelle 
édition annoncée comme « la première, réellement impri- 
mée sur la copie de Paris, » et avec des augmentations. 
C'est un in-4 de xx, 667 et xlv p. ff. Cette édition, belle 
et fort correcte, a de plus que l'originale une préface nou- 



52 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

velle, qui est une apologie générale de Touvrage, et à la fin 
une réimpression des critiques déjà lancées contre ce livre, 
par les théologiens protestants de Veil (1678) et Ezech. 
Spanlieim (1680), avec les répliques de Simon. Mais ses 
concurrents ripostèrent immédiatement par une nouvelle 
édition contrefaite, suivant page pour page celle qui venait 
d'otre publiée à Rotterdam. Elle n'en diffère que par l'indi- 
cation du lieu d'impression : A Amsterdam, pour la Coni'- 
pagnie des Libraires, 

L'auteur ne se tint pas encore pour battu. Sept ans 
auparavant, h l'époque où son livre avait été saisi et soumis 
à l'examen de Bossuct, il avait composé un « Mémoire ins- 
tructif touchant le livre qui a pour titre : Histoire cri- 
tique, etc. ». Cet écrit apologétique n'avait circulé qu'en 
copies manuscrites. Pour faire pièce à ses contrefacteurs 
hollandais, il imagina de fabriquer, sous le pseudonyme de 
« Pierre Ambrun, ministre du saint Evangile », une 
critique de son propre ouvrage, intitulée : Réponse par un 
théologien protestant à l* Histoire critique.,, composée par le 
P, Siffion.Dsiïis cette critique prétendue, il avait intercalé 
les principaux passages du Mémoire instructif manuscrit 
de 1678, de manière à faire tourner le débat a son avan- 
tage. Pais il fit prestement réimprimer le première feuille 
de son édition de Rotterdam, y annonça sur le nouveau 
titre, dans un Avertissement au verso de ce titre, et inter- 
cala encore dans la Préface l'avis que cette édition était 
augmentée d'une pièce, la « Réponse d'un théologien pro- 
testant ». Enfin, il joignit aux exemplaires de cette soi- 
disant nouvelle édition la Réponse d'Ambrun, formant 
un opuscule de 48 pages avec titre spécial. 

Cette manœuvre était ingénieuse, sinon édifiante. Plu- 
sieurs des écrivains qui ont traité de Simon y ont été 
trompés, et ont pris son Pierre Ambrun pour un person- 
nage réel. Mais il en fut pour ses (rais : ses concurrents 
d*Amsterdam, dupes ou non de sa fraude, lui rendirent 
coup pour coup, en se hâtant d'imprimer la Réponse du 



LES ŒUVRES DE RICHARD SIMON. 53 

théologien protestant^ pour joindre à leur dernière édition. 
L'impression contrefaite de cet opuscule est faite aussi 
page pour page sur l'autre, et n'en diffère que par l'adresse 
qui, au lieu de Rotterdam^ chez Reinier Leers^ avec privi" 
lège ; porte : Suivant la copie imprimée à Rotterdam^ chez 
R, LeerSy et aussi avec Privilège II Cette addition légère sur 
le titre suffisait pour assurer l'impunité aux contrefacteurs. 

Toute cette petite guerre fut lestement menée,, car les 
divers incidents que nous venons de mentionner: la publi- 
cation de l'édition de Simon, de la Réponse, et celles des 
contre-façons d'Amsterdam, eurent lieu sans désemparer, 
dans le courant de l'année 1685. Mais ce n'est pas tout. 
Tandis que Simon s'évertuait ainsi pour tirer quelque profit 
de son œuvre, d'autre part il sou tenait en France qu'il n'était 
pour rien dans toutes ces réimpressions hollandaises de 
son livre supprimé ; ce qui était absolument vrai des im- 
pressions contrefaites d'Amsterdam, mais absolument faux 
de celles de Rotterdam. Ces dénégations de Simon s'expli- 
quent par la crainte qu'il avait de perdre son prieuré de 
Bolleville, sa principale ressource depuis son exclusion de 
rOratoire. 

Absorbé par ses travaux continuels de polémique et par 
la composition d'autres ouvrages, Simon laissa, dès 1685, 
le champ libre aux contrefacteurs de son livre sur le vieux 
Testament. 

Outre les contrefaçons en français, ceux-ci avaient fait faire 
et publier, dès 1681 , une mauvaise traduction latine d'après 
leur première et incorrecte édition de 1680, celle faite sur 
Fédition originale, et qui est attribuée au dernier des 
Elzéviriens, Daniel. Cette traduction, publiée chez sa veuve, 
fut sans doute d'une vente difficile, car on la voit repa- 
raître en 1685, cette fois avec le titre de nouvelle 
édition, et le nom du célèbre typographe Jean Blaeu. 
Suivant M. Bernus, il s'agit ici d'une édition seulement 
rafraîchie. Il n'y a de réellement nouveau que le titre, 
l'avant-propos, et un supplément contenant la reproduction 



54 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

des principales critiques déjà parues à cette époque (par 
Veil, Spanheim et Vossius), et des réponses de Simon. 
On regrette de voir des noms comme ceux d'Elzevier et de 
Blaeu mêlés à de pareilles spéculations. Il y eut encore 
deux autres soi-disant éditions (1698 et 1700) de ce texte 
latin, c'est-à-dire deux tentatives faites pour écouler, sous 
le nom d'autres libraires, les exemplaires restés en 
magasin. 

Il existe aussi une traduction anglaise, publiée à Londres 
en 1682. Cette traduction, assez mal faite, a été attribuée 
quelquefois au fameux Hampden ; M. Bernus la croit 
plutôt de son fils John, grand ami de Simon. Malgré cette 
grande amitié, il avait fait son travail sur la mauvaise 
édition française contrefaite de 1680. 

Les n**' 13 à 86 de cet Essai bibliographique donnent 
rindication des critiques publiées du vivant de Simon 
contre son Histoire du Vieux Testament, et de ses réponses, 
y compris les ouvrages des adversaires auxquels il n'a pas 
répondu. Suivant M. Bernus, la meilleure de ces critiques 
est l'ouvrage anonyme de Jean Le Clerc, de Genève, sous 
forme de lettres : Sentiments de quelques théologiens de 
Hollande j etc. Arnsterdanij H, Desbordes y 1685, in-8, de 
II et 457 p. (deuxième édition, revue et corrigée, Ams-^ 
terdam, Pierre Mortier^ 1711) (1). Simon y répondit 
en 1686, par un volume de seulement 256 pages (il est 
vrai .qu'elles sont in-quarto)^ toujours chez le fidèle Leers 
de Rotterdam. Cette réfutation, signée : le Prieur de 
Bollei>illey provoqua immédiatement une contre-réplique 
de Le Clerc, aussi longue que son premier ouvrage ; 
Défense des Sentiments, . . contre la Réponse du Prieur de 
Bolleville. Amsterdam^ H, Desbordes y 1686. 

Les autres ouvrages de Simon sur l'Ancien Testament 



(1) M. Bernas indique une bonne traduction allemande, relatlyenient moderne, 
de cet ouvrage, publiée à Zurich en 1779 (par H. Corrodi), 2 roi. iii-8, «Tee 
des remarques intéressantes. 



LES ŒUVRES DE RICHARD SIMON. 55 

sont: 1° Un recueil anonyme in-4, imprimé à Londres 
en 1684, sous le litre de Disquisitiones criticœ, etc. ; 
Dissertations critiques sur les diverses éditions de la Bible 
(en latin, traduitla même année en anglais). Ce recueil n'est 
en réalité qu'un extrait des deux premiers livres de V Histoire 
critiquCy expurgés des chapitres sur la composition du 
Pentaleuque et autres, qui avaient été cause de la sup- 
pression de l'ouvrage ; 2® Deux opuscules également en 
latin, sous des noms supposés, imprimés à Utrechty chez 
Fréd, Arnold^ l'un en 1684, l'autre en 1685, et relatifs au 
projet d'une nouvelle Bible polyglotte, que Simon avait 
conçu depuis longtemps et n'exécuta jamais. II existe seu- 
lement une Bible polyglotte abrégée y qui faisait partie des 
manuscrits légués par Richard Simon à la bibliothèque de 
l'église métropolitaine de Rouen. Elle se trouve mainte- 
nant à la bibliothèque de Rouen, où devraient se trouver 
tous les autres manuscrits provenant de la même source. 
Mais, là comme à peu près partout, il s'en perdit une 
partie en route, à l'époque de la Révolution (1). Le pre- 
mier des opuscules pseudonymes de Simon, imprimés à 
Utrecht, est une lettre soi-disant datée del'îledePathmos, 
adressée par Origenes Adamantius à /. H, Ambrosius, Ces 
deux initiales désignent très probablement JohnHampden, 
le grand ami de Simon. Cette conjecture, non mentionnée 
par M. Bernus, est d'autant plus vraisemblable, que 
l'épître dédicatoire des Disquisitiones criticae, imprimées 
Tannée précédente à Londres, est également adressée à 
J. H. L'autre opuscule est la réponse d'Ambrosius. 
3® « Une dissertation critique et rabbinique » sur le 
commentaire des six premiers chapitres de la Genèse, par 



(1) C'est ce qu'on peut induire de la notice sur ces manuscrits, par l'abbé 
Saas, imprimée à Rouen en 1746, plaquette de 116 pages, dont près du quart 
(pp. 32-70) est occupé par les manuscrits de M. Rich. Simon, et les livres 
apostilles de sa main, légués par lui à la Bibliothèque de cette église. La 
Bibliothèque publique de Rouen ne possède aujourd'hui qu'une partie des articles 
indiqués par Saas. 



56 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Dom Calmet. Cette pièce, dont les bénédictins parvinrent 
h empêcher l'impression en 1710, n'était que le commen- 
cement d'une série de travaux critiques que Simon, in&- 
tigable malgré ses 72 ans, projetait de faire, au fur et à 
mesure, sur le grand ouvrage de Dom Calmet, dont la 
publication était commencée depuis 1707. Mais Simon 
n'avait plus longtemps à disserter ! Il mourut deux ans 
après, et cette unique dissertation, restée en manuscrit, 
ne fut imprimée ; — avec des retranchements ; — 
qu'en 1730(1). 



II. 



Nous arrivons aux travaux de Richard Simon sur le 
Nouveau Testament. Ici encore, nous le retrouvons aux 
prises avec les contrefacteurs. 

L'édition originale de « l'Histoire critique du Nouveau 
Testament, par Richard Simon, prêtre », est celle de 
Rotterdam, Reinier Leers, 1689, in-4 à 2 col., de viu et 
430 p. Mais il en existe deux contrefaçons: l'une, que 
M. Bernus croit d'origine hollandaise, faite page pour 
page et presque ligne pour ligne, si adroitement qu'on ne 
voit pas que Simon lui-même s'en soit aperçu. On la 
reconnaît à l'abréviation /. Christ, au commencement de 
la page 2, tandis que l'édition authentique porte Jésus^ 
Christ en toutes lettres. 

Mais il y eut de ce livre une contrefaçon bien autre- 
ment effrontée, publiée la même année (1689), avec le titre 
de Seconde édition^ à Rotterdam, chez Reinier Leers, 
Celle-là est imprimée en lignes entières et non en deux 



(1) Les Bénédictins n'en voulaient pas seulement à Simon pour ses opinions 
hétérodoxes. Ils avaient contre lui une vieille rancune, qui remontait à 1675, 
époque où Simon, qui faisait encore partie de l'Oratoire, avait publié eontre 
oax un factum pour le prince de Neubourg, abbé commendataire de Fesean 
(Fécamp). 



LÉS ŒUVRES DE RICHARD SIMON. 57 

colonnes comme les précédentes, et en caractères beau- 
coup plus fins ; aussi elle n'a que 230 pages au lieu 
de 430. Cette édition, très fautive, avait été, en réalité, 
imprimée à Paris. Simon protesta contre cette contrefaçon 
par une lettre insérée au Journal des Savants, du 
4 juillet 1689, dans laquelle il promettait de publier 
bientôt une seconde édition authentique, corrigée et fort 
augmentée ; — qui n'a jamais paru. 

Cette histoire, de même que celle du Vieux Testament, 
fut vivement attaquée par plusieurs théologiens, tant 
catholiques que dissidents, et Simon ne manqua pas de 
riposter. Nous renvoyons à M. Bernus pour le détail des 
écrits publiés de part et d'autre dans cette polémique. 

Cet ouvrage fut suivi de près d'une Histoire critique des 
i^ersions du Nouveau Testament, qui en est comme la 
seconde partie. Elle fut publiée chez Reinier Leers (1690, 
in-4 de v et 539 pages), et traduite presque aussitôt en 
anglais, et plus tard en allemand. Simun ayant fort mal- 
traité la version du Nouveau Testament dite de Mons 
(version janséniste en deux volumes, publiée par G. Migeoiy 
et encore recherchée pour la beauté de l'impression), fut 
pris à partie à celte occasion par le grand Arnauld. Non 
content de lui répondre ouvertement en diverses occasions, 
Simon l'attaqua à son tour dans un libelle anonyme plein 
de personnalités blessantes, intitulé : Avis importants à 
M. Arnauld sur le projet d'une nouvelle Bibliothèque d'au- 
teurs jansénistes (in-12 de 36 pp. s, L et a.); libelle 
qu'il désavoua ensuite, mais qui est bien de lui. 

Cet écrivain, insatiable d'histoires critiques, en composa 
encore une « des principaux commentateurs du Nouveau 
Testament, depuis le commencement du christianisme 
jusqu'à nos jours. » 

C'est un formidable in-4 de 1039 pages en tout, qui 
parut à Rotterdam comme les précédents. lia eu l'honneur 
d'être réfuté par Bossuet dans sa Défense de la 
Tradition et des Saints Pères^ grand ouvrage posthume 



58 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

qui resta inachevé, et n'a été imprimé que longtemps 
après sa mort (1). 

En 1695, rinépuisablc Simon fit paraître de nouvelles 
observations sur le texte et les versions du Nouveau 
Testament (in-4 de ix et 599 p.). Ce livre fut publié à 
Paris (chez /. Boiidot) et, chose rare dans l'œuvre de 
Simon, avec approbation et privilège du Roi, grâce à 
Tappui de Tarchevêque de Paris, Fr. de Harlai, qui lui 
savait bon gré de sa polémique contre les jansénistes, et 
de celle contre le fameux ministre protestant Jurieu, dont 
nous parlerons plus loin. Mais, pour obtenir cette faveur, 
Simon dut rétracter dans sa préface plusieurs de ses opi- 
nions qui avaient vivement froissé les catholiques, notam- 
ment dans V Histoire critique des commentateurs. 

Il semble que cet érudit aussi pointilleux que laborieux 
considérait TEcriture Sainte comme son domaine, sa 
chose propre'; nul catholique ou protestant, janséniste ou 
jésuite, ne pouvait y toucher, sans tomber sous sa férule. 
En 1697, il attaqua dans un libelle publié soi-disant à 
Amsterdam^ chez Ad, Braakmann (in-12 de 154 p.), sous 
le pseudonyme de Romainville, une nouvelle traduction 
des Evangiles faite par des jésuites, aussi vigoureusement 
qu'il avait attaqué celle de Mon s. Ce libelle, écrit sous 
forme de lettres, était intitulé : Difficultés proposées au 
R. P. Bouhours (l'auteur principal), sur sa traduction 
française des quatre éi^angé listes. Bouhours ne tarda pas à 
découvrir le vrai nom de son critique, et répliqua spiri- 
tuellement par une « Lettre à Monsieur Simon, au sujet 
des deux lettres du sieur de Romainville. » Simon riposta 
en rajoutant deux autres lettres signées Eugène, et fit 
imprimer le tout soi-disant à Rotterdam et Amsterdam, 
mais en réalité à Rouen (2). Il avait d'ailleurs ses raisons 



(1) Les douze premiers livres en 1753 et un treizième longtemps égaré, 
en 1862. 

(2) Nous avons indiqué comme authentiques, d'après M. Bernas, tootet les 



LES OEUVRES DE RICHARD SIMON. 59 

pK)ur discréditer toutes les nouvelles versions du Nouveau 
Testament, en faisant lui-même une, qui parut en 1702, 
« avec des remarques historiques et critiques sur les prin- 
cipales difficultés. » C'est l'ouvrage connu sous le nom de 
« Nouveau Testament de Trévoux », parce qu'il fut im- 
primé dans cette ville (avec privilège et approbation), 
<c par les soins d'Estienne Gaveau, directeur de l'impri- 
merie. » Voulant aller au devant du reproche très fondé 
de n'avoir décrié les autres versions que pour faire valoir 
la sienne, Simon disait dans sa préface, anti-datée de 1697, 
que dès cette époque ses « Remarques » étaient prêtes, et 
qu'il ne s'était décidé à y joindre une traduction que sur 
les instances d'un ami (?) L'ouvrage fut annoncé dans le 
Journal des Savants par un article des plus élogieux, dont 
l'auteur n'était autre que Simon lui-même (1). 

Ce livre lui suscita autant d'ennuis, pour le moins, que 
l'Histoire critique du F'ieux Testament, Ici encore, Simon 
trouva Bossuet sur son chemin.Instruitd'avanceavant la mise 
en vente que Bossuet improuvait plus ieurs passages, Simon 
chercha vainement à l'apaiser, en faisant faire des cartons 
pour les endroits les plus blâmés par ce formidable 
critique (2). 

L'ouvrage avait paru en juillet 1702. Dès le 15 sep- 
tembre, il fut condamné par une ordonnance du cardinal 
de Noailles, archevêque de Paris, due à l'influence de 
Bossuet, et publiée huit jours après dans toutes les églises 



impressions des ouTrages antérieurs faites chez Leers à Rotterdam. Mais ne 
serait-ce pas plut6t des impressions rouennaises clandestines ? Il y aurait là une 
recherche à faire. 

(1) Outre l'édition originale de 1702, M. Bemns indique une réimpression 
faite l'année suiTante, 8, l., mais en réalité à Rouen. Aucun imprimeur ne se 
soociait plus de mettre son nom à un livre déjà condamné. 

(2) M. Bernas indique une brochure anonyme contemporaine fort curieuse, 
due à Nie. Toinard, imprimée soi-disant à Bruxelles et en réalité à Orléans, dans 
laquelle c cartons, au nombre de 16, sont conférés avec les passages originaux. 
Quelques exemplaires du Nouveau Testament, très dignes d'être recherchés, ont 
les pages originales et les cartons. 



60 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

du diocèse. Bossuet, de son côté, publia dans le sien une 
ordonnance portant « deffense de lire et de retenir » le 
livre en question. En même temps, pour justifier cette 
prohibition, il faisait imprimer, sous le titre à^ Instructions^ 
deux dissertations critiques, dont les éléments étaient 
empruntés à son grand ouvrage inédit ; la Défense de la 
Tradition et des SS, Pères, Simon fit résolument, mais inuti- 
lement, tête à l'orage. Il fit imprimer s, L (à Rouen), une 
Remontrance [sic] au cardinal de Noailles, br. pet. in-8 
de 32 p. Ce qui lui donnait de Tespoir, c'est qu'il avait 
quelques protecteurs dans le haut clergé et en Sorbonne^ 
où l'on jalousait d'ailleurs la situation exceptionnelle de 
Bossuet. Simon n'ignorait pas que celui-ci avait éprouvé 
des difficultés au sujet de son ordonnance et de ses ins- 
tructions contre le Nouveau Testament de Trévoux. 

Toutes ces circonstances l'encouragèrent à composer une 
Réponse aux critiques de Bossuet. Il espérait la taire 
imprimer à Paris, mais le chancelier (Pontchartrain, le 
grand ami de Saint-Simon) refusa le privilège. Simon 
s'en dédommagea en faisant courir cette réfutation en 
manuscrit. 

Un arrêt du conseil d'Etat, du 22 janvier 1703, obtenu 
non sans peine par Bossuet, et portant révocation du pri- 
vilège accordé à Simon Tannée précédente, mit fin à cette 
polémique. La suite des événements a prouvé que Bossuet 
voyait plus juste et plus loin que ses adversaires. 



III. 

Les premiers travaux de Richard Simon sur les églises 
d'Orient sont antérieures à son exclusion de l'Oratoire, et 
se rapportent à l'époque où il était chargé de la rédaction 
du catalogue des livres orientaux de la congrégation. Sa 
plus ancienne publication dans ce genre, Fides E^clesiœ^ 
orientalis.,, imprimée à Paris, avec privilège (in-12 de 



LES OEUVRES DE RICHAJID SIMON. 61 

290 p.) remonte à 1671 : elle porte son nom en toutes 
lettres, opéra et studio Richardi Simonis Cong, Orat, C'est 
une traduction latine de divers opuscules de Gabriel, 
célèbre évêque et théologien grec, avec de nombreuses 
annotations, dans lesquelles Simon fait preuve d'une 
connaissance approfondie de Thistoire, des coutumes, de 
la littérature et de la liturgie des églises orientales. 

Le Voyage au Mont Liban, traduit de Titalien du 
P. Dandini, par R. S. P. (Richard Simon, prêtre), est égale- 
ment antérieur à ses mésaventures, car l'édition originale 
est de 1675. C'est un in-12 de 414 pages en tout, imprimé 
avec privilège, à Paris, publié par Louis Billaine, Dandini 
avait été nonce chez les Maronites. Simon avait supprimé 
dans cette relation beaucoup de détails déjà connus, 
notamment le récit du voyage à Jérusalem. Par contre, il 
avait ajouté de nombreuses et intéressantes observations 
« sur la théologie des chrétiens orientaux, et sur celle 
des Mahométans. » M. Bernus cite quatre autres éditions 
ultérieures de ce livre intéressant, publiées en 1684 et 
1685, à Paris et en Hollande. 

Après sa disgrâce, Simon avait fait paraître à Londres 
(G. fVellSy 1682, in-8 de 570 p. en tout), sous le titre d'An^ 
quitates Ecclesiœ orientalis, la correspondance active et 
passive sur ce sujet, de feu le P. Morin, de l'Oratoire, 
avec la vie de ce savant orientaliste. Dans ce morceau, 
Simon avait exhalé sa rancune contre ses ex-confrère^, 
mais il s'était bien gardé de mettre son nom à cette publi- 
cation, ce qui lui permit de dire qu'elle n'était pas de lui, 
mais d'un sien neveu, dont il fit plus d'une fois une sorte 
de bouc émissaire. Plusieurs des lettres contenues dans ce 
volume sont de véritables Mémoires qu'on lit encore avec 
ÎMérêt. Cette première édition est très fautive. Celle 
de 1683, Lipsiœ et Franco/ïirt,, J. C. Mayer^ in-12 de 
674 pages, est plus correcte, et on y trouve un index 
alphabétique qui manque dans la première. 

En 1684, Simon publia sous le pseudonyme de « Sieur 



62 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de Moni », une Histoire critique (toujours !) de la créance 
et des coutumes des nations du Levant. Ce livre, in-1 2, de 
229 pages, était censé publié à Francforty chez un Frédéric 
Arnaud^ qui n'existait pas plus que le sieur de Moni. 
M. Bernus croit qu'il avait été en réalité imprimé à 
Rotterdam, pour le fidèle Leers. Des fragments étendus de 
ce travail ont été publiés dans des ouvrages postérieurs, 
entre autres dans les Cérémonies et coutumes religieuses de 
tons les peuples^ livre si recherché pour les belles estampes 
de B. Picart. 

Comme toutes les Histoires critiques de notre auteur, 
celle-là fut elle-même rudement critiquée. Elle donna lieu 
à une longue et vive polémique dans laquelle Simon eut 
a soutenir le choc d'adversaires d'opinions d'ailleurs fort 
diverses, coalisés contre lui, comme le janséniste Arnaud 
et le théologien anglais Thomas Smith, orientaliste et 
helléniste distingué, qui avait résidé en Orient. Pendant 
cette controverse, Simon publia un ouvrage pleinement 
orthodoxe, dont ses ennemis les plus acharnés ont reconnu 
le mérite théologique, La créance de V Eglise Orientale 
sur la transsubstantiation^ etc. [Paris y Th, Moeite, 1687, 
in- 12 de 303 p., avec Approbation, Privilège, et une dédi- 
cace à l'archevêque de Rouen, signée Richard Simon). 
Quand on prend ce livre, il faut vérifier si le supplément, 
opuscule de 55 p. avec pagination séparée, se trouve à la 
fin, car il manque dans beaucoup d'exemplaires. Ce sup- 
plément, intitulé « Réponse aux objections des journa- 
listes d'Amsterdam », est la réfutation d'un article de Le 
Clerc, autre contradicteur ordinaire de Simon. Dès que 
celui-ci eut connaissance de cet article, il se hâta de com- 
poser, de faire imprimer cette réfutation et de la joindre 
aux exemplaires de son livre encore en magasin, mais il y 
en avait déjà un grand nombre de vendus. 

Un autre adversaire redoutable de Simon, dans cette 
circonstance, fut l'orientaliste français Eusèbe Renaudot, 
qui se chargea de réfuter les réponses de Simon à Arnaud, 



LES OEUVRES DE RICHAAD SIMON. 63 

publiées après la mort de celui-ci. Dans son savant ou- 
vrage sur les liturgies orientales, paru en 1716, Renaudot 
revint encore à la charge contre Simon, qui, cette fois, n'eut 
garde de répliquer ; il y avait quatre ans qu'il était mort ! 

Il nous reste à parler des Ouvrages divers de cet 
écrivain, pour lesquels Tépitliète de fécond est par trop 
insuffisante. — Le premier par ordre de date, et aussi le 
plus ancien ouvrage imprimé de Simon, est un opuscule 
de 18 pages s, L et a, (Paris^ 1670), intitulé Factum pour 
les Juifs de Metz. C'est la réfutation d'un autre opuscule 
de 48 p., PariSy Léonard^ 1670, qui est une relation 
abrégée du procès récent fait à ces Juifs, déclarés con- 
vaincus de plusieurs crimes par le Parlement de Metz, et 
dont l'un avait été brûlé vif, comme coupable du rapt 
d'un enfant de trois ans. L'auteur de cette relation, qui 
serait, dit-on, Amelot de la Houssaye, trouvait cette justice 
admirable! Richard Simon, qui avait sans doute eu con- 
naissance de cette affaire par l'imprimeur Léonard, son 
intime ami, pensa au contraire qu'on avait agi avec 
beaucoup de partialité et peu d'humanité, et cette fois il 
n'avait pas tort. 

L'un des ouvrages de lui qui ont eu le plus de succès 
est la traduction du livre italien du rabbin Léon de 
Modène (imprimé à Paris en 1637, et à Venise avec quel- 
ques suppressions et additions, en 1638) : « Cérémonies 
et coutumes qui s'observent aujourd'hui parmi les Juifs ». 
L'édition originale de la version française de Simon est 
celle de /'ar/^, Z. Billaine, 1674, avec privilège du Roy, 
in- 12 de 334 pages, et signée don Recared ScimeoUy tra- 
vestissement espagnol du nom de Richard Simon. Une 
seconde édition revue, corrigée et fort augmentée, notam- 
ment d'une « comparaison des cérémonies des Juifs et de 
la discipline de l'Eglise», fut publiée chez le même libraire 
en 1681 (in-12 de 417 pages), cette fois sous le nom du 
Sieur de Simonuille, Elle est dédié à Bossuet, qui venait 
de faire supprimer V Histoire critique du f^ieux Testamenty 



64 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

niais que Simon espérait fléchir par cette démarche. 
N'ayant pas réussi, il prétendit plus tard que cette dédicace 
n'était pas de lui. II y eut encore, de son vivant, trois ou 
quatre autres éditions de ce livre, à Paris, à Lyon et en 
Hollande. On en connaît aussi des traductions en latin, en 
hollandais, en anglais et en allemand. De plus, il a été 
reproduit en entier, avec des figures, dans les Cérémonies 
et coutumes religieuses, et dans d'autres recueils du même 
genre. 

Insatiable de polémique, Simon ne se contentait pas de 
celles que lui valaient ses propres ouvrages ; il allait 
parfois chercher querelle à d'autres écrivains. Dès 1681, 
par exemple, il avait lancé, sous le titre de Lettre d'un 
gentilhomme huguenot y un pamphlet contre la Politique du 
clergé de France^ par Jurieu. En 1686, il l'attaqua de nou- 
veau à propos d'un passage de ses Préjugés légitimes contre 
la papauté [Amsterdam^ 1685, 2 vol. in-4) dans lequel le 
fougueux ministre s'était efforcé de démontrer que le Pape 
était la bête de l'Apocalypse. Cette offensive valut au 
« curé de Bolleville » une réplique injurieuse (Coup de 
fouet en passant) k laquelle Simon riposta aussitôt, non 
sans succès, par une soi-disant Lettre des Rabbins de deux 
synagogues d'Amsterdam, L'année suivante (1687), il 
publia une autre critique pseudonyme contre les Lettres 
pastorales adressées par Jurieu aux protestants français 
persécutés. Ce libelle était intitulé Lettre de quelques nou- 
veaux convertis à M. Jurieu, En s'efforçant de justifier la 
révocation de Tédit de Nantes, Simon espérait sans doute 
faire oublier le scandale récent de son Histoire du Vieux 
Testament. 

M. Bernus cite encore, parmi les œuvres diverses, une 
nouvelle édition corrigée et annotée de Y Avoisinement des 
protestants de F église romaine y par Camus, evêque de 
Rellay, publiée à Paris en 1703; sous ce titre rajeuni: 
Moiens de réunir les protestants avec l'église romaine ; — 
plusieurs diatribes insérées dans les Mémoires de Trévoux j 



LES (OUVRES DE RICHARD SIMON. 65 

en 1701, contre une nouvelle édition du Dictionnaire 
universel de Furetière, que Simon prétendait infectée 
d'hérésie. 

Voici encore un autre ouvrage de lui qui eut un beau 
succès de scandale : Y Histoire de l'origine et du progrès 
des reifenus ecclésiastiques y publiée sous le pseudonyme 
de Jérôme A Costa^ docteur en droit et protonotaire 
apostolique. Simon avait emprunté une partie de son livre 
au traité italien de Paolo Sarpi, sur les Bénéfices^ dont il 
affectait de parler avec dédain pour dissimuler son plagiat. 
L'édition originale de cette histoire, ou plutôt de ce gros 
pamphlet, est celle de 1684, Francfort ^ Fréd, Arnaud 
[Rotterdam^ R, Leers P)^ in-12 de 355 p. Il y en eut au 
moins sept éditions, publiées en différents lieux et sous 
des noms d'éditeurs imaginaires, jusqu'à celle de 1706, 
exclusivement. Celle-là, soi-disant imprimée à Basle^ chez 
Ph, Richter^ et à Rouen en réalité, porte sur le titre : 
Nouifelle et dernière édition, retouchée et augmentée d'un 
second i>olume ; elle en a deux en effet, de 396 et 418 p. 
Cet ouvrage et celui de Sarpi ont été réimprimés ensemble 
à Troyes, par les soins de Grosley, sous le titre commun 
de Théorie des Bénéfices. ' 

L'une des campagnes les plus malencontreuses de 
Richard Simon fut celle qu'il fît en 1699, contre le béné- 
dictin dom Martianay, qui, dans le premier volume de sa 
belle édition de S. Jérôme, comprenant les traductions de 
l'Ecriture, avait relevé plusieurs assertions inexactes de 
V Histoire critique du F'ieux Testament, Nous renvoyons à 
M. Bernus pour le détail de cette polémique. Les répliques 
de Simon ne firent qu'envenimer la querelle, et donner à 
Martianay l'occasion de revenir sur ses critiques avec de 
nouveaux développements. De plus, Simon, perdant toute 
mesure, suivant son habitude, avait attaqué non seulement 
Martianay, qui était bien de taille à se défendre tout seul, 
mais la congrégation entière des Bénédictins. En fin de 
compte, Simon fut obligé de battre la chamade. Il adressa 

188t. » 



66 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

le 19 mars 1700, à rarclievêque de Paris Noailles, une 
lettre, probablement imposée, dans laquelle il désavouait 
piteusement tous les écrits qu'il avait publiés dans cette 
controverse, tantôt sous les initiales de son neveu, tantôt 
sous son propre nom, et qu'il avait réunies en un volume, 
sOUS le nom de Lettres critiques où ton voit les sentitnents 
de M, SimoHy sur plusieurs ouvrages nouveaux, publiées 
par un gentilhomme allemandy in-12 de 346 p. et iv p., 
imprimé soi-disant à Basle^ ;pour Chr, Wackermanj mais 
en réalité k Rouen. 

Il nous reste ù dire quelque chose des Mélanges publiés 
par Simon, sous le nom de Lettres choisies. Bibliothèque 
critique^ etc. 

Le tome P*" ou premier recueil de « Lettres choisies de 
M. Simon, où Ton trouve un grand nombre de faits 
anecdotes de littérature », fut imprimé pour la première 
fois à Trévoux, en 1700 (sotis le pseudonyme d^ Amsterdamy 
L, de Lorme)^ mais fort incorrectement. Simon en donna 
deux ans après, soi-disant à Rotterdam, mais en réalité à 
Rouen, une édition corrigée, augmentée (40 lettres au lieu 
de 36) et amplement annotée. Un second volume contenant 
36 lettres, et un troisième qui en renferme en tout 40, 
parurent également a Rouen, l'un en 1704, l'autre en 1705. 
Ces trois volumes furent réimprimés dix-huit ans après la 
mort de Simon, avec son Eloge historique, et un dernier 
recueil de 52 lettres^ qu'il avait publié de son vivant 
comme tome IV de sa Bibliothèque critique. Cette réim- 
pression eut lieu en 1720 {Amsterdam, P, Mortier)^ par 
les soins de son parent Bruzen de la Martinière (le géo- 
graphe), auteur de l'Eloge plus ou moins, historique. Cette 
édition est préférable aux anciennes, parce qu'elle contient 
deux pièces de plus (dans le t. II) ; et, à la fin, une table 
chronologique. Ces lettres sont intéressantes, mais il s'y 
trouve encore des choses qui valurent à l'auteur des 
critiques sévères. La plus grave est celle de Toinard, qui, 
dans une curieuse brochure publiée en 1705 à Paris, 



LES ŒUVRES DE RICHARD SIMON. 67 

chez A. Cramoisy, accusa Simon de s'être approprié une 
dissertation inédite de Tabbé de Longuerue. Dans cette 
brochure, intitulée : Phénomène littéraire causé par la 
ressemblance des pensées de deux auteurs touchant les anti- 
quités des Caldéens et des Egyptiens ^ Toinard avait 
imprimé en regard les textes en effet fort semblables' de 
Longuerue et de Simon. Celui-ci se défendit, mais faible- 
ment; ce n'était pas la première fois qu'il était pris en 
flagrant délit de plagiat. 

Simon vieillissait, mais son humeur s'aigrissait encore 
avec y^%^. On pourrait dire de lui ce que nous disait 
récemment M. Barbey d'Aurevilly, d'un écrivain septua- 
génaire de ses ennemis : qu'// mordait encore as^ec ses 
gencives. Il s'en donna à cœur joie dans sa Bibliothèque 
critique^ ou Recueil de diverses pièces dont la plupart ne 
sont point imprimées ou ne se trouvent que difficilement^ 
publié en quatre vol. in-12 de 550, 537, 556 et 554 p., 
sous le pseudonyme de Sainjore^ soi-disant à Amsterdam 
mais en réalité à Nancy (1). Les trois f)remiers volumes, 
renfermant plus de cent petites dissertations d'histoire 
littéraire ou de critique, parurent en 1708; le dernier 
en 1710. Dans celui-là, les dissertations sont rédigées sous 
forme épistolaire; aussi sa réimpression a été jointe, 
comme on Ta vu tout à l'heure, à celle des auties Lettres, 
dans l'édition de 1730. Se fiant à son nouveau pseudo- 
nyme, Simon n'avait ménagé ni les choses ni les per- 
sonnes. Aussi, peu de temps après la publication du t. IV , 
qui comblait la mesure, un arrêt du Conseil d'Etat du 
5 août 1710 ordonna que la Bibliothèque critique y par le 
Sieur de Saint-Jore, serait confisquée et mise au pilon. 
C'était Renaudot qui avait dénoncé l'ouvrage au chancelier, 
comme impie et diffamatoire. Plusieurs des écrivains 



(1) n y a aussi des exemplaires dont le titre porte : A Paris, et se vend à 
Amsterdam ; et d'aatres, Basle, Wackermann, Il n'y a là qu'on artifice corn» 
mereial ; c'est toujours la même édition. 



68 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

attaqués par Simon dans ce recueil lui ont répondu, 
notamment Tabbé Feydit, Et. Fourmont, le P. Tourne- 
mine. L'un des articles qui firent le plus de scandale était 
une des dissertations du t. II, dans laquelle Simon sou- 
tenait que le fameux passage de Josèphe, relatif à J.-C, 
avait été intercalé par des copistes chrétiens. 

Richard Simon ne survécut que dix-huit mois à la con- 
damnation Aes2L Bibliothèque critique. Il laissa en manuscrit 
une suite de cet ouvrage, qui fut publiée après sa mort, 
sans nom d'auteur, sous le titre de Nouvelle Bibliothèque 
choisie^ etc., Amsterdam , D, Mortier (Paris), 1714, 2 vol. 
in-12 de 363 et 305 p. C'est un recueil de 69 dissertations, 
dont la majeure partie est attribuée, par précaution, dans 
Tavant-propos anonyme, à Nie. Barat, mort en 1706. 
Comme Simon s'était déjà servi du nom de cet écrivain 
dans une polémique antérieure, et comme d'autre part C5es 
dernières dissertations sont bien dans sa manière, on est 
porté à croire que c'est encore lui qui avait eu l'idée de 
cette fausse attribution. 

Il laissait encore en manuscrit un autre ouvrage plus 
considérable, pour lequel il n'était pas besoin de ces 
déguisements, parce qu'il était dirigé contre un écrivain 
janséniste. C'était la critique de \2i Bibliothèque des auteurs 
ecclésiastiques et des Prolégomènes de la Bible d'Ellies Du 
Pin, l'un des plus constants adversaires de Simon. Cette 
critique fut publiée en 1730, avec des remarques, par un 
sivant jésuite alors détenteur du manuscrit de Simon, le 
P. Souciet. Elle forme 4 vol. in-8 de 731, 634, 804 et 
718 p. ; Paris, Et, Ganeau. Avec approbation et privilège 
du Rojr, On a prétendu que Souciet avait tronqué et défi- 
guré en plusieurs endroits le manuscrit ; et Quérard, dont 
le caractère offre une certaine analogie avec celui de 
R. Simon, a reproduit fort légèrement cette accusation. 
Elle est absolument insoutenable, en présence d^une lettre 
de Souciet adressée au directeur du Journal des Savants 
en mars 1713. Répondant à quelques doutes manifestés 



LES OEUVRES DE RICHARD SIMON. 69 

sur rauthenticité de la Critique d'Ellies du Pin, Souciet 
déclarait qu'il avait entre les mains le manuscrit, en entier 
de la main de Simon, et qu'on pouvait s'assurer qu'il n'y 
avait fait d'autre changement que la substitution du mot 
Critique à celui à^ Errata, 

Enfin, parmi les ouvrages achevés du même auteur, qui 
n'ont pas été imprimés, on cite le Catalogue des livres 
orientaux de l'Oratoire, conservé à la Bibliothèque natio- 
nale, le mémoire justificatif déjà mentionné contre Bossuet, 
à propos de Y Histoire du f^ieux Testament^ une traduction 
annotée du Pentateuque et une histoire de Dieppe, dont 
on a perdu la trace, etc. 

Dans cette analyse, nous avons suivi comme M. Bernus, 
Tordre méthodique, mieux approprié à la spécialité du 
Bulletin. Mais, dans une Etude psychologique sur ce per- 
sonnage, l'ordre chronologique devrait être préféré. Bien 
des choses dans sa vie ne peuvent être expliquées qu'en 
tenant compte des dates de telles ou telles de ses publi- 
cations. Autrement, l'impunité personnelle de l'auteur de 
tant d'ouvrages condamnés, de libelles diffamatoires, — 
bien connu malgré tous ses travestissements, — serait un 
problème insoluble. Mais il cesse de l'être quand on 
remarque, par exemple, qu'entre les Histoires critiques du 
Vieux et du Nouveau Testament, viennent se placer des 
polémiques soutenues contre les plus habiles théologiens 
protestants; et surtout, en 1686, la défense contre Jurieu 
des persécutions exercées contre les protestants français ! 
D'autre part, on sut toujours quelque gré à Simon, en 
haut lieu, de ses querelles incessantes avec Arnauld. Il 
est connu que Louis XIV préférait les athées eux-mêmes 
aux jansénistes. D'ailleurs Simon savait, au besoin, fournir 
à l'autorité supérieure des prétextes plausibles d'indul- 
gence à force de soumissions, de dénégations auxquelles 
on feignait de croire. Rien n'était perdu, fors l'honneur. 
Quel dommage que cet homme si érudit fût en même 
temps un si vilain homme ! 



70 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Il faut remercier M. Bernus d'avoir appelé, par C5et Essai 
bibliographique, rattention des bibliophiles sur ce person- 
nage curieux, sinon sympathique, qui tient une grande 
place, bien que des moins honorables, dans Thistoire 
théologique et littéraire de son siècle, et dont plusieurs 
ouvrages, qui firent /grand bruit dans leur temps, son^ 
presque introuvables aujourd'hui. 

Baron Ernouf. 



LA PARTICULE NOBn.IAlRE 



A une des dernières séances de l'Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres, M. Wallon, secrétaire perpétuel, a 
lu une étude historique sur la vie et les travaux de Paulin 
Paris, le savant et infatigable éditeur de nos chansons de 
gestesy dont le nom est lié d'une façon impérissable à la 
résurrection des premiers siècles de notre histoire litté- 
raire. Paulin Paris se distrayait quelquefois de ses grands 
travaux par de petites digressions auxquelles sa vaste éru- 
dition donnait du prix. 

M. Wallon a cité, à ce sujet, les recherches de Paulin 
Paris relativement à la préposition^ très souvent considérée 
comme marque d'une origine nobiliaire. 

En 1861, il lisait devant l'académie de Reims un petit 
mémoire d'une critique spirituelle et d'une application 
toujours présente sur la particule dite nobiliaire. La parti- 
<;ule nobiliaire, d'après le complément du dictionnaire de 
l'Académie, est la syllabe que les nobles placent devant 
leur nom : 

« Les dictionnaires, dit Paulin Paris, auraient dû 
ajouter que la particule devenait nobiliaire à une condi* 
tion : c'était de rester séparée du corps du nom propre. » 



LA PARTICULE NOBILIAIRE. 71 

Autrefois, les articles emportant la particule du^ des 
étaient toujours réunis au mot suivant ; la particule de 
Tétait souvent quand le mot commençait par une con- 
sonne, et toujours quand il commençait par une voyelle, 
rélision se faisant sans apostrophe. Tous ceux qui ont 
gardé la particule ainsi jointe à leur nom sont donc en 
droit de la séparer, et ils n'en seront ni plus ni moins 
nobles pour cela. Mais le préjugé est qu'ils le seront, et 
Ton a cru de nos jours ramener Jeanne d'Arc à ses ori- 
gines populaires, en lui donnant le nom de Darcy parce 
qu'on le lit ainsi dans les manuscrits de son procès, sans 
faire attention qu'à ce compte, il faudrait écrire de la même 
sorte duc Dalencon et roi Dansleterre, 

Paulin Paris montre que la particule de ne confère 
pas la noblesse, et que les plus nobles signent Montmo- 
rency-y La Trémouille^ sans pour cela déchoir de leur rang. 
La particule de exprime un rapport de lieu ou de pos- 
session : » C'est, dit-il, un perpétuel souvenir soit de lieu 
d'où l'on tire son origine, soit d'un bois, d'un village, 
d'une ferme, d'une motte de terre, d'un marais ou d'un 
pré que l'on a possédé. « On ne se figure pas un M. «^ 
Mathieu ou de Vilain. On appelait Pierre, valet du 
marquis de Courval, « Pierre de Courval », et le nom du 
maître a pu se garder dans la famille du serviteur. En 
dehors de cette domesticité, l'aîné des fils, dans la bour- 
geoisie, gardant le nom de sa famille, les puînés s'en dis- 
tinguaient par un nom de fantaisie ou de propriété terri- 
toriale. Le fameux accusateur public du tribunal révo- 
lutionnaire de Paris, Fouquier, s'appela Fouquier de Tin- 
ville ; et ses frères, Fouquier d'Hérouel et Fouquier de 
Yauvilliers. Il en était alors des surnoms comme des ar- 
moiries, qui étaient au premier occupant. 

Disons, en outre, que plus d'un paysan, cherchant 
travail ou fortune ailleurs, a pu retenir et qu'il prend 
quelquefois le nom de son village. Cette désignation peut 
se continuer à son fils, et si quelqu'un de leurs descen- 



72 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 

dants sort de son métier, il pourra quelque jour c figurer 
parmi les vieux gentil hommes. » Le de, enfin, marque un 
rapport le plus souvent de lieu ; mais de quel genre est oe 
rapport ? On est de tel village : est-ce comme seigneur, 
est-ce comme meunier ? C'est là le point : le de n'en dit 
rien ; la qualification seule peut le dire, ce On a pu, dit 
Paulin Paris, désigner sous le nom de. Narbonne et les 
descendants des anciens vicomtes de Narbonne, et Tar- 
chevêque, et le bourreau de Narbonne, et tout ouvrier ori- 
ginaire de la ville. » 

Ajoutons, quant à l'emploi grammatical de la particule, 
que cUy précédant un nom de lieu ou d'objet possédé, 
suppose devant, soit un titre^ soit un nom de personne. 
Si le titre ou le nom est supprimé, le de doit disparaître, 
et c'est le nom de la chose qui figure la personne. Ceux 
qui, pourvus de la particule, y tiennent tant qu'ils la 
gardent dans leur signature sans qu'elle soit précédée de 
leur prénom, sinon de leur titre, ne prouvent pas que les 
traditions de la vraie noblesse soient bien établies dans 
leur maison. 



UN NOUVEL HOMMAGE 

A M. SILVESTRE DE SACY 



M. Maxime Du Camp, qui fut l'un des collaborateurs 
des Débats sous la direction de Silvestre de Sacy, lui a 
consacré dans le second volume de ses Souvenirs littéraires 
quelques pages qui leur font honneur à tous deux, et 
que les lecteurs du Bulletin nous sauront certainement gré 
de reproduire. 

« Le rédacteur en chef des Dçbats était Samuel Usta- 
tazode Silvestre de Sacy, très doux, très gai et d'une bon- 
homie charmante. 

«... Des choses de notre temps, la politique seule l'in- 



UN NOUVEL HOBfMAGE A M. SYLVESTRE DE SACT. 73 

téressait ; à part les débats législatifs, les révélations diplo- 
matiques et les modifications ministérielles sur lesquelles 
il écrivait des articles très sensés, il vivait dans le siècle de 
Louis XIV avec sa chère marquise (Sévigné), La Bruyère 
et Racine... 

« Le vieux sang janséniste qui coulait dans ses veines 
n'avait point perdu toute chaleur. . . Lorsque Ernest Renan 
publia sa f^ie de JésuSj il lui dit : « A quoi bon ce cin- 
quième évangile ? Les quatre autres suffisaient. » Il était 
ferme, et, malgré sa douceur, ne cachait pas son opinion. 
Lorsque (en 1876) la commission du budget, voulant punir 
Camille Rousset d'avoir substitué la vérité à la légende des 
volontaires de 1792, supprima le poste d'archiviste au mi- 
nistère de la guerre, Sacy alla trouver le ministre et lui 
dit : f( Monsieur, de tous les attentats contre la liberté, le 
plus coupable est celui qui touche à la liberté de l'histoire, 
et cet attentat vous l'avez laissé commettre, i» 

ce Cette qualité de janséniste, qui implique une idée de 
raideur et de sécheresse, le faisait imaginer tout autre qu'il 
n'était. En lui rien de rogue, rien de pédant, rien même 
de trop réservé... Les mots de Molière lui étaient familiers, 
et il les employait sans doute pour rendre hommage à la 
littérature du siècle de Louis XIV... La tête couverte d'un 
bonnet de velours noir, les pieds dans des chaussons de 
drap, il allait et venait dans le bureau de rédaction en fre- 
donnant les airs du Deifin du Village : te Non y Colette 
nest point trompeuse ! » C'est là que s'était arrêtée son 
éducation musicale; les sonorités d'aujourd'hui auraient 
blessé la délicatesse de ses oreilles 

« C'était un gourmet de lettres... Les préfaces des dif- 
férentes réimpressions qui forment sa Bibliothèque spiri- 
tuelle sont des merveilles de grâce et des chefs-d'œuvre de 
goût. Je le comparerais volontiers à ces vieux vins dé- 
pouillés dont la robe est un peu pâle, mais dont le bouquet 
est délicieux. Quel type de lettré et quelle simplicité dans 
la quintessence même où il se plaisait ! C'est lui, plus que 



74 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nul autre, qui avait donné au Journal des Débats cette 
attitude littéraire où, pendant la durée du second Empire, 
il a trouvé son meilleur succès. Entre les feuilles quoti- 
diennes et les revues, les Débats Formaient une sorte d'in- 
termédiaire où la politique et la littérature se coudoyaient 
en se faisant valoir. Pendant la période où la polémique 
fut interdite, Silvestre de Sacy fut Tâme du journal, et 
cette àme ne manqua ni d'ardeur, ni de délicatesse. 

« Son existence était simple ; elle s'écoulait dans son 
appartement du palais de l'Institut, où il était logé près 
de la bibliothèque Mazarine, dont il était le conservateur 
depuis 1848. Dans sa famille, à laquelle il était profon- 
dément dévoué, près de ses livres qu'il aimait avec pas- 
sion, il vivait paisiblement, frugalement, comme un sage. 
Une invitation, qui devait alors être considérée comme un 
ordre, l'appela au château de Compiègne. En pénétrant 
dans celte féerie réelle, le cénobite fut ébloui..., charmé... 

« Un jour, un homme de lettres lui demanda des notes 
pour rédiger sa biographie. Sacy écrivit : « Le même travail 
a rempli toute ma vie ; j'ai fait des articles de journaux, je 
n'ai pas fait autre chose ; encore n'ai-je travaillé qu'à un 
seul journal, le Journal des Débats, J'y travaille depuis 
trente ans ; en quatre mots, voici toute mon histoire. » 
Cette histoire est des plus honorables, et elle conduisit 
Sacy au Sénat. A l'heure du désastre, il eut la révolte des 
cœurs honnêtes contre le débordement d'injures sans 
péril qui furent répandues sur Napoléon III tombé à 
Sedan. Il se renferma en lui-même, pleura la France 
vaincue, et resta fidèle au serment qu'il avait prêté. » 

Un peu plus loin, M. Maxime Du Camp rappelle que, 
grâce à la présence habituelle de Sacy, d'Armand Bertin, 
parfois aussi de Janin et de M. Cuvillier Fleury lisant des 
lettres du Duc d'Aumale sur ses acquisitions de livres, les 
entretiens sur les éditions recherchées, sur les reliures de 
Pasdeloup, des Derome, de Bauzonnet, de Cape, « étaient 
de monnaie courante aux Débats, » L. T. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 75 



REVUE CRITIQUE 



DB 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



L'Abbaye de Sainte-Geneviève et la Congrégation de 
France, par M. Tabbé Féret. Paris ^ 2 vol. gr. in-8. 

Ce travail de haute érudition a été rédigé sur des documents 
inédits, appartenant pour la plupart à la bibliothèque Sainte- 
Geneviève. Les principaux sont deux grands ouvrages de Du 
Molinet : l'Histoire de Sainte-Geneviève et de son église ^ et les 
Fies des hommes illustres... de V ordre des chanoines réguliers 
en France; — VHistoria cancellarii S. Gen.y par un autre sa- 
vant génovéfain, le P. Fronteau; — le Livre de justice ou des 
métiers de Sainte-Geneviève, qui a fourni à M. l'abbé Féret plu- 
sieurs des pages les plus intéressantes de son livre, etc. 

Le premier volume renferme l'histoire de l'ancienne abbaye, 
précédée, comme il convient, d'une Fie de sa patronne. Le se- 
cond comprend son histoire relativement moderne, qui date de 
1624, époque où cette abbaye devient le « centre et la tête du 
nouvel ordre de chanoines réguliers de la congrégation dite de 
France », par suite de la réformation dont le cardinal de La 
Rochefoucauld, et le P. Faure, son digne auxiliaire, furent les 
promoteurs : — et dont elle avait grand besoin ! — 

Nous nous bornons à indiquer ce qui, dans ce savant ouvrage, 
est particulièrement de la compétence du Bulletin. 

Dans un document du xii® siècle, le Liber ordinis du couvent 
de Saint -Victor, dont l'historique se rattache par plus d'un point 
à celui de l'abbaye sa voisine, on voit figurer parmi les prin- 
cipaux officiers l'homme aux Armoires {Armarius) ou biblio- 
thécaire, ayant charge de tenir fidèlement le catalogue, de faire 
l'inventaire des livres deux ou trois fois l'an, et de veiller à leur 
conservation. Il en était sûrement de même à Sainte-Geneviève. Du 



76 BULLETIN OU BIBLIOPHILE. 

Molinet savait, par tradition, que la bibliothèque de Tancieiine 
abbaye avait ëtë considérable ; mais il n'en restait que le souvenir 
au commencement du xvii*^ siècle. Il raconte que le prédécesseur 
immédiat du cardinal, l'abbé de Brichanteau, promu à Tévèché 
de Laon, avait laissé l'administration du temporel de l'abbaye 
à son aumônier, lequel vendit, au poids du papier, un certain 
nombre de manuscrits. Du Moulinet ajoute : <c plusieurs biblio- 
thèques de Paris s'en sont accommodées ; j'en ay trouvé quelques- 
unes en icelle du cardinal Mazarin ; et j'en ay rencontré d'autres 
chez des libraires, que j'ay racheptés. » Parmi ceux qui avaient 
été acquis pour Mazarin, se trouvait évidemment le Livre de 
justice de Sainte-Geneviève, puisque M. l'abbé Féret l'a re- 
trouvé à la Bibliothèque nationale. 

Donc, à l'époque de la réformation de l'abbaye, les livres mon" 
quaient ! Le généreux cardinal lui fit don immédiatement de 5 à 
600 volumes pris dans sa propre bibliothèque, et lui légua en- 
suite tout le reste. Ce fut le premier noyau de la bibliothèque 
actuelle. Les trois savants religieux auxquels elle fut successive- 
ment confiée, Fronteau, Lalemant et Du Molinet, déployèrent un 
grand zèle pour l'accroître. Elle s'enrichit aussi de divers dons et 
legs; en 1687, elle comptait déjà 20,000 volumes et 400 manus- 
crits. En 1710, elle fut presque doublée par le legs que lui fit 
Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, de sa bibliothèque en- 
tière, composée de 16,000 volumes, a Ce recueil de livres est très 
grand et très curieux, écrivait ce prélat bibliophile. Je l'ay fait 
avec beaucoup de dépense et de plaisir, car je n'ay cessé d'en 
acheter pendant près de cinquante ans. Ce serait grand dommage 
que ces livres fussent dissipés. — C'est ce qui m'a persuadé que 
je les devois donner à une communauté capable de s'en servir, 
d'en aider le public et de les bien conserver, n Suivant son désir, 
ses livres avaient été réunis dans une salle spéciale : ils étaient, 
de plus (et sont encore), munis d'une étiquette indiquant leur 
provenance. 

Depuis longtemps quasi publique en fait, la bibliothèque Sainte- 
Geneviève fut régulièrement ouverte au public à partir de 1759. 

M. l'abbé Féret raconte aussi, d'après les documents contem- 
porains, la spoliation de l'abbaye et les profanations révolution- 
naires. La bibliothèque eut meilleure fortune que le reste. Les 
trois bibliothécaires. Pingre (l'astronome), Ventenat (le botaniste) 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 77 

et Viallon déclarèreat 58,107 volumes et 2,013 manuscrits. Ils 
demandèrent et obtinrent de continuer leur service « pour la 
nation et pour la municipalité. » Mais la belle collection de mé- 
dailles fut réunie à celle de la Bibliothèque nationale. Son con- 
servateur, Mongez, savant homme, qui est mort en 1835 membre 
de r Institut, mais chanoine des plus irréguliers, avait jeté des 
premiers le froc aux orties (1). 

Nous recommandons aussi les notices consacrées aux écrivains 
distingués qui ont appartenu à Sainte-Geneviève : sermonaires, 
controversistes, antiquaires, historiens. On y trouve même un 
poète, ou du moins un élégant versificateur, Sanlecque. Ceux qui 
intéressent le plus les bibliophiles sont : 

Du Molinet, armarius modèle, érudit universel et infatigable 
auteur d'importants ouvrages tant imprimés qu'inédits, et notam- 
ment d'un magnifique volume avec estampes justement recherché, 
le Cabinet de la bibliothèque Sainte-Geneviève (in- fol., 1692). 

Barre, auteur de la première grande histoire d'Allemagne pu- 
bliée en France (1748, 10 vol. in-4); 

Et le célèbre bibliographe Mercier, abbé commendataire de 
Saint-Léger, dont le nom lui resta, mais le nom tout seul, hélas ! 
Mercier était bibliothécaire de Sainte-Geneviève, quand cette 
abbaye reçut en 1764 la visite de Louis XV. A cette occasion. 
Mercier avait fait disposer sur des tables les articles les plus pré- 
cieux. Le Roi passa plus d'une heure à les examiner et à écouter 
les explications du savant ; il remarqua surtout la belle bible de 
1590, dite de Sixte-Quint. Grâce à Mercier, Louis XV a été 
bibliophile une heure dans sa vie ! 

En résumé, le travail de M. l'abbé Féret, sorti presque tout 
entier des sources originales, est fait pour intéresser non seule- 
ment le clergé, mais les bibliographes, les bibliophiles, et plut 
généralement tous les amis des sérieuses et fortes étude. 

B. E. 



(1) On sait qae rinstallation définitive de la Bibliothèque de Sainte-Geneviève 
ne remonte qu'à 1850. C'est seulement depuis cette époque qae l'ancien local 
a été transformé en dortoir. 



78 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Origins of English history, by Ch. Elton. — Zow- 
don^ B. Quaritchy gr. in-S de XV et 458 p., avec 
dix planches. 

Voici un livre de haute érudition et très bien imprimé, ce qui 
ne gâte rien. Nous aurions été surpris qu'il en fût autrement, car 
l'auteur est non seulement un érudit, mais un bibliophile dis- 
tingué. Son but a été de « reconstruire, en utilisant les plus ré- 
centes découvertes de la science, l'histoire de la Grande-Bretagne 
depuis les âges obscurs, antérieurs aux invasions (relativement) 
modernes, jusqu'à la conversion des Anglo-Saxons au chris- 
tianisme. » 

L'une des parties les plus intéressantes de l'ouvrage est celle 
qui traite du célèbre voyage d'exploration de Pythéas. Sa relation 
contenait des erreurs si considérables dans le calcul des distances, 
et dans l'évaluation de l'étendue de la Grande-Bretagne, que 
Strabon s'est est prévalu pour rejeter tous ses récits comme fabu- 
leux. M. Elton prend chaleureusement la défense de ce « Hum- 
boldt de l'antiquité. » Il s'efforce de démontrer que dans les con- 
ditions où naviguait Pythéas, ces erreurs étaient excusables, sinon 
inévitables. Il rappelle que trois siècles après. César renchérissait 
encore sur ces hyperboles, dans une lettre sur son expédition de 
la Grande-Bretagne, dont un fragment nous a été conservé par on 
rhéteur du iv* siècle. Il venait, écrivait-il, de « découvrir un 
monde nouveau, si vaste qu'il semblait plutôt environner l'Océan, 
qu'en être environné lui-même. » D'ailleurs, croire l'Angleterre 
trop grande ne sera jamais qu'un péché véniel pour un Anglais ! 

Sur d'autres points, M. Elton prouve la véracité de Pythéas, «i 
confrontant ses récits avec ceux d'autres voyageurs qui ont visité 
les mêmes pays à des époques plus récentes, mais où l'aspect des 
lieux, les coutumes des habitants n'avaient encore guère varié. 
Contrairement à l'opinion de plusieurs savants, il soutient que 
les fragments de cette relation qui nous sont parvenus se rap- 
portent à un seul et unique voyage. Il y a bien un de ces firag- 
ments qui le gêne un peu, la description du Stromboli. Mais ce 
morceau, cité par im seul scholiaste, est d'un style fort différent 
des autres. D'ailleurs, Pythéas avait dû beaucoup naviguer, avant 
d'entreprendre son grand voyage. 

D'après M. Elton, l'explorateur marseillais, partant de Cadix, 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 79 

fit le tour de TEspagne, reconnut chemin faisant Tembouchure du 
Tage, et s'en fut aborder à la cote du Finistère, où il visita l'île 
de Sein et ses prêtresses. Traversant ensuite la Manche dans toute 
sa longueur, il atteignit Cantium (Kent) et remonta vers le nord, 
en suivant la cote orientale de ce qui lui semblait un nouveau 
monde. Dans ce trajet, il avait rencontré l'embouchure de la 
Tamise, et l'avait remontée jusqu'à la hauteur du port actuel de 
Sandwich. Puis, faisant voile vers le sud, il accosta et explora le 
littoral de la Germanie (Garmara), depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe. 
Pendant ce trajet, il entendit parler par les naturels de la forêt 
Drejrnienne (Hercynienne), « si grande qu'il fallait deux mois 
pour la traverser, » et de ses fauves étranges. Côtoyant ensuite le 
Gutland, il pénétra dans la Baltique, et en longea le rivage méri- 
dional jusqu'à la Vistule. Il y signala le premier la présence de 
Tambre, qu'il prit pour l'écume congelée de la mer. Enfin, en 
sortant de la Baltique, il aurait remonté, en suivant la côte norwé- 
gienne, jusqu'au cercle polaire. Son point terminus, cette mysté- 
rieuse Thulé, sur laquelle on a tant disserté, disputé, forgé tant 
de merveilles, serait donc la Laponie ! Si cette solution du pro- 
blème est la vraie, c'est bien le cas de dire avec le fabuliste : 

De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien' 

Moins que rien, quelque chose de fort laid. N'est-ce pas un peu 
l'histoire de toutes les illusions humaines ? 

Les deux principaux arguments de M. Elton en faveur de cette 
identification sont : d'abord la proximité de la Mer gelée, dont 
Pythéas ne parle toutefois que par oui-dire ; puis l'existence par 
lui mentionnée de nombreux zoophytes [Méduses]^ qu'on ren- 
contre encore en grande quantité dans ces parages. 

M. Elton fait observer avec raison que Pythéas est fort innocent 
de toutes les fictions ultérieures, mises en circulation à propos de 
Thulé, comme son printemps éternel; et ce roi, modèle des 
veufs, qui toutefois mit du temps à mourir de douleur (1] ! 
Pythéas ne dit même pas que ce lieu fût habité. Toute son atten- 
tion était absorbée par le phénomène du soleil de minuit. 

(1) Sa fidélité conjugale était d'autant plus méritoire, que, suivant une tra- 
dition notée par Solin, les rois de Thulé avaient le droit d'user maritalement de 
tontes leurs snjettes. Cette coutume fort agréable ... pour eux, paraît aroir 
existé en Ecosse et ailleurs, dans des temps reculés. Ce serait le droit du set» 
gneur, dans toute sa pureté primitive. 



80 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

De son retour, oq sait seulement qu'en partant de Thulë, il 
mit six jours et six nuits pour rallier la côte est de la Grande- 
Bretugne (il n'a pas vu l'autre) ; et que, ne se souciant pas de re- 
faire le tour de l'Espagne, il remonta la Gironde jusqu'à Bor- 
deaux, d'où il regagna Marseille par terre. 

Tel aurait été ce « Périple, » qui a suscité tant de controverses, 
surtout par rapport à la position de Thulé, qu'on a placée tour à 
tour en Islande, aux îles Shetland, dans le Jutland, ou même, 
comme Strabon, nulle part, u Pythéas a, dit l'auteur d'un travail 
antérieur sur le même sujet (Lelewell), Pythéas a déjà fatigué des 
centaines d'écrivains qui, dans l'espace de 2270 ans, l'ont com- 
battu avec acharnement, ou se sont efforcés de l'expliquer et de 
lui rendre justice. » M. Elton comptera parmi ses apologistes les 
plus convaincus et les plus habiles. Disons encore qu'il n'est pas 
de ces savants personnels à l'excès, qui affectent de passer sous 
silence leurs prédécesseurs, ou n'en parlent que s'ils trouvent 
l'occasion de les prendre en faute. M. Elton cite, au contraire, les 
siens, et souvent avec éloge. Il reconnaît surtout avoir beaucoup 
profité du savant et rarissime ouvrage d'Arwedson : Pytheœ Mas- 
slliensis fragmenta, imprimé à Upsal en 1824. 

Un autre chapitre très curieux de M. Elton est celui qui traite 
des voyages imaginaires basés sur les découvertes de Pythéas, 
comme V Atlantide , de Platon, les Le'gendes hyperhordennes d'Hé- 
catée, et les Merveilles incroyables de Thulé, par Antoine Dio- 
gène, qui vivait du temps des successeurs d'Alexandre le Grand. 
On trouve dans la Bibliothèque de Photius l'analyse de cet ouvrage, 
que M. Eldon considère comme le prototype des pérégrinations 
fantaisistes de Cyrano. 

Les chapitres suivants sont consacrés à l'étude des diverses 
races, de la fusion desquelles s'est formée la nation anglaise 
actuelle. Il y a là d'importants problèmes anthropologiques, phi- 
lologiques et ethnologiques, magistralement élucidés. Pour prendre 
les choses ab ovo et même ante ovum, les conquêtes récentes de la 
géologie ont révélé l'existence, dans la Grande-Bretagne comme 
ailleurs, d'une première race dite paléolithique d'êtres humains ou 
quasi-humains; race nomade, guerroyant avec des succès variés 
contre les grands fauves de la période quaternaire, tantôt dé- 
vorants, tantôt dévorés. Ces sauvages ultra-primitifs ont dû périr 
jusqu'au dernier dans quelque cataclysme. D'après les données 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 81 

actuelles de la science, il existerait entre eux et leurs successeurs 
dans tout l'occident européen une solution de continuité absolue. 
U n'en est pas de même des hommes du deuxième âge de la pierre 
ou néolithiques^ dont on retrouve des armes et des ustensiles dans 
les cavernes, les gisements lacustres, etc. M. Ëlton croit que leurs 
descendants ont survécu, sur bien des points, non seulement à 
l'invasion immédiatement subséquente des hommes de l'âge du 
bronze, mais à celles de leurs congénères teutons et à celles qui vin- 
rent ensuite, et même aux conquêtes saxonne et danoise. II 
appuie son opinion sur certaines particularités persistantes de con- 
formation anatomique, sur des noms de localités et d'autres mots, 
qui n'ont rien de commun avec le langage des diverses races 
conquérantes, et ne semblent même pas provenir de source 
aryenne (1). M. Elton en conclut, avec d'autres éminents anthro- 
pologistes, que la postérité des hommes néolithiques a dû sub- 
sister dans des districts reculés, incomplètement envahis ; d'où il 
infère que les Anglais modernes pourraient bien être en partie de 
souche néolithique. C'est peut-être à ces rapports de famille qu'il 
faudrait attribuer leur fermeté, leur ténacité bien connues. Quant 
à nous. Français, notre légèreté incorrigible dit assez que nous 
n'avons pas dans les veines de sang néolithique. 

M. Elton croit aussi pouvoir attribuer une origine pré-celtique 
à certaines superstitions d'un caractère absolument barbare, 
comme les Cursing-Stones, pierres ou autels de malédiction dans 
le Devonshire ou l'Irlande, et cette étrange chapelle de Notre- 
Dame-de-la-Haine, près de Tréguier (Bretagne), où les femmes 
malheureuses en ménage, les maris jaloux ou désappointés j comme 
dit M. Elton, etc., allaient, et vont encore quelquefois, porter 
des offrandes pour obtenir la mort de la personne abhorrée. Peut- 



(l) Dans rimportant ouvrage de M. Drew, Jummoo and K<i8hinir, dont nous 
arons publié une transcription analytique (Cachemire et petit Thibet, E. Pion), 
Tauteor cite an certain nombre de inots employés seulement par les gens 
des castes maudites, et dans quelques peuplades misérables des hautes mon- 
tagnes. Ces mots, bien que désignant les objets les plus usuels, n'ont aLtolu- 
ment rien de commun avec les termes correspondants d'origine aryenne. 
M. Drew croit ressaisir là un indice de l'existence d'une race toute différente 
•t plus ancienne, détruite par les Aryens. Il serait curieux de comjiurer cet 
épaves avec celles signalées par M. Elton. 

1888. t 



82 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

être est-il inutile de remonter si haut pour expliquer ces pra- 
tiques, qui peuvent fort bien se rattacher soit aux. mythologies 
celtique ou teutonne qui n'avaient rien de débonnaire, soit à la 
décadence du paganisme romain. En revanche, nous croyons, 
comme M. Elton, que c'est aux temps préhistoriques qu'il faut 
reporter l'origine d'un mode tout à fait particulier de trans- 
mission des héritages, directement contraire aux coutumes teu- 
toniques et celtiques. C'est la contre-partie du droit d'aînesse, 
le Junior-rig/ity droit de Juveignerie^ qui s'est maintenu jus- 
qu'au XVII® siècle, avec des atténuations plus ou moins sensibles, 
dans plusieurs districts de la France et de l'Angleterre. Il subsiste 
même encore aujourd'dui dans un certain nombre de seigneuries 
anglaises, dont M. Elton a fait le relèvement. De plus, on en a 
retrouvé des vestiges dans des villages hongrois et slaves, chez les 
montagnards de l'Oural, dans l'Asie centrale et jusque chez les 
Maoris (Nouvelle Zélande) ! On en est réduit à des conjectures plus 
ou moins vraisemblables sur l'origine et les causes véritables de 
cette coutume. On croit distinguer dans sa persistance obstinée 
comme l'effort suprême, inconscient des derniers descendants 
d'une race subjuguée, pour résister à l'absorption totale, garder 
un dernier semblant d'autonomie, sauver cette unique épave d'un 
immense naufrage. 

M. Elton a fait une étude spéciale de ce sujet difficile, et les 
pages qu'il lui a consacrées sont peut-être les plus intéressantes 
de son livre. A l'époque de la rédaction du Coutûmier général, on 
rencontrait çà et là dans notre Bretagne des exemples de l'ap- 
plication rigoureuse du droit de Juveignerie, toutefois avec des 
variantes. Dans *certai nés localités de la Cornouaille, a le dernier 
né, soit fils ou fille^ demeurait seigneur de tout l'héritage. » 
Dans le duché de Rohan, c'était le fils dernier né des tenanciers 
qui « succédait au tout de la tenue et en excluait les autres, soit 
fils ou filles, ...et à défaut de mdles, la dernière née des filles... » 
Mais déjà, dans bien d'autres localités, ce droit avait été pro- 
fondément modifié. Dès le x® siècle, le code gallois d'Hoêl le 
Bon (dont une traduction française fait partie de la collection 
Crapeletj concédait au Juvégnieur seulement une portion des 
terres de l'héritage hors part. Mais il avait le meilleur logis avec 
ses dépendances [Tjrddjrn]\ « plus la coignée, la marmite et le 
soc de la charrue, attendu que le père de famille n'a pas le droit 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 83 

de disposer de ces objets au préjudice de son dernier fils. (1)» S'il 
n'y a qu'un logis, il aura la maîtresse chambre, etc. On trouve 
des dispositions analogues dans la coutume de Lille, où ce droit 
était appelé « de maisneté. » Dans les Tenurcs of kent, rédigées 
en vieux français (xiii* siècle), on rencontre le curieux exemple 
d'une sorte de transaction entre le droit fort amoindri du Puné 
(Puyné), et le droit d'aînesse. L'héritage est divisé par égales 
portions entre les fils ; à défaut de mâles, entre les filles. L'aîné a 
« la première élection »; mais V astre (atre, hearth, habitation) 
doit appartenir au puîné, sauf récompense convenable à ses par- 
cenars (co- partageants) , etc. L'aristocratie féodale et ses délégués 
étaient fort hostiles au Junior-right. 

Les dix planches jointes à cet ouvrage sont des reproductions 
de cartes empruntées à des livres rarissimes du xv*' el du xvi® 
siècle, judicieusement choisies pour faire connaître les idées qui 
avaient cours dans l'antiquité et au moyen âge sur la cosmo- 
graphie en général, et en particulier sur les îles Britanniques. 
Dans la planche 6, tirée du Ptolémée latin de 1478, la Calédonie 
(Ecosse) est ployée en potence au-dessus de l'Angleterre ; l'Ir- 
lande au moins de moitié trop petite. La position de l'Ecosse est 
déjà rectifiée, et l'ensemble moins inexact dans la carte de l'édi- 
tion de 1525. La plus curieuse de ces planches est celle tirée de 
YOlaàs Magnus, imprimé à Bâle en 1567, et qui est censée re- 
présenter l'Europe septentrionale (Scandinavie, Norwège et Fin- 
lande, pi. 4). On y remarque une tendance sensible à l'exactitude 
scientifique; une échelle climatériqué, un essai d'indication des 
parallèles. De plus, on s'est efforcé de donner, par l'illustration, 
quelque idée de l'histoire naturelle de ces contrées. Les forêts dei 
sapins y sont indiquées, ainsi que les volcans de l'Islande. Entre 
cette île et le Groenland a habité par des pygmées, » le graveur 

(1) Ce texte curieux nous reporte bien en- deçà du x® siècle, à une époque 
où éndemment l'emploi des métaux était d'invention récente, puisque ces trois 
objets, d'indispensable nécessité, ne pouvaient être facilement remplacés. Aussi 
M. Elton s'autorise de ce texte pour faire remonter l'établissement du Junior' 
Bight à l'âge du bronze. Cette coutume est, suivant lui, le produit d'an état 
social bien plus rudimentaire et voisin de la vie sauvage, que le privilège in- 
verse du premier-né. Les conjectores de M. Elton sur l'origine de ce droit 
témoignent d'une profonde érudition et d'une sagacité singulière. Nous en 
avons fait l'objet d'un article spécial qui paraîtra prochainement dans un recuei] 
de jorisprudcncc justement estimé, la France judiciaire. 



84 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

a figuré une rencontre entre une baleine et un baleinier, qui 
semble tourner assez mal pour celui-ci. Un autre bâtiment fuit à 
toutes voiles, poursuivi par un serpent de mer, long comme la 
moitié de la Norwège ; un ours blanc navigue sur un glaçon ; un 
cheval marin se cabre au-dessus des flots non loin de l'île de 
Thule\ placée à l'ouest des Shedands. Plus au sud, la licorne pré- 
historique de la forêt Hercynienne fait une pleine eau dans la mer 
du Nord. 

Nous aurions pu faire encore bien d'autres emprunts inté- 
ressants à l'ouvrage de M. Elton. Mais en voilà su£5samment pour 
le recommander à l'attention des savants et des bibliophiles fran- 
çais. Suivant un éminent critique anglais, dont nous partageons 
entièrement l'opinion : « comme introduction scientifique et clas- 
sique à l'histoire d'Angleterre, ce livre aura certainement peu de 
rivaux. » 

Baron Ebnouf. 

Les Voyages du D' Lacerda dans l'Afrique orientale, 
par M. Ferdinand Denis. Br. in-8 de 12 p. 

Cet opuscule en dit plus qu'il n'est gros. Il fait connaître au public 
français les travaux d'un vaillant et savant voyageur portugais, long- 
temps oublié dans sa propre patrie, et qui a exploré la région du 
Zambèze dès Tannée 1798, c'est-à-dire, le premier. M. F. Denis a 
exhumé sa relation, intéressante à tous les points de vue, des 
Annaes maritlmos et coloniaes, recueil officiel publié à Lisbonne 
de 1841 à 1846, et rarissime à Paris, a Rien ne manque, dit-il, 
à cet important récit : ni les fuites désolantes d'esclaves porteurs, 
ni les disettes inattendues de vivres..., ni les demandes parfois 
insolentes de présents, faites à main armée. Mais, malgré les diffi- 
cultés de la position, jamais les observations astronomiques et les 
impressions que produisent sur le naturaliste les grands spectacles 
de la nature, ne font un moment défaut... La maladie commence 
à s'emparer de lui dès les premières semaines de son étonnant 
voyage, et toujours il travaille !» Il ne lui fut point donné d'ac- 
complir la traversée de l'Afrique qu'il rêvait, de Tette à Angob. 
Le 18 octobre 1798, il tomba foudroyé au milieu des siens par 
une fièvre pernicieuse. Après sa mort, la discorde se mit dans l'ex- 
pédition. Il fallut rétrograder, et ce ne fut qu'à la fin de l'année sui- 
vante que les survivants rallièrent le point de départ. Quoique bien 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 85 

des documents précieux aient péri dans cette retraite désastreuse, 
il en reste assez pour mériter à Lacerda une place des plus hono» 
râbles dans le martyrologe des grands voyageurs. C'est à lui qu'ap- 
partient l'initiative des voyages de découvertes dans l'Afrique cen- 
trale. Livinsgtone, qui en fut le premier explorateur anglais, 
vint après deux voyageurs portugais, Monteiro et Gamitto, qui 
étaient arrivés jusqu'au Zambèze sur les traces de Lacerda, 

B. E. 

Le Culte de la Musique à Nîmes... pendant cinquante 
ans, par M. Ch. Liotard, secrétaire perpétuel de 
l'Académie de Nîmes. Nîmes, Tjp. Clavel-Ballivety 
in-8 de 115 pages. 

Ces Souvenirs d'un véritable amateur sont rédigés d'une façon 
aussi consciencieuse qu'intelligente, et il serait bien à désirer que 
des travaux analogues fussent faits dans toutes les grandes villes 
de province. On y trouverait des matériaux précieux pour l'his- 
toire de l'art musical en France, et même parfois des renseigne- 
ments dont l'histoire générale peut faire son profit. Nous voyons, 
par exemple, dans la brochure de M. Liotard, que dès l'année 
4786, le gouvernement avait fait dresser les plans de grands travaux 
d'embellissements pour la ville de Nîmes, et fait commencer les 
travaux de déblaiement de l'amphithéâtre romain. Il convient 
d'ajouter ceci à la liste déjà longue des grands travaux publics 
projetés, commencés dans les dernières années <lu règne de 
Louis XVI, et interrompus pour longtemps par la Révolution. On 
remarquera aussi un incident caractéristique du temps de la 
Terreur. Le 27 pluviôse an II, le représentant Borie met le théâtre 
en interdit, « parce qu'il avait été souillé par la tenue d'une 
assemblée de fédéralistes. » Cette expiation semblait même incom- 
plète aux patriotes les plus ardents, et l'on faillit démolir l'édifice. 
Notons enfin un témoignage non équivoque de la longue persis- 
tance des inimitiés religieuses à Nîmes. Tous les grands opéras 
modernes ont été joués dans cette ville peu de temps après leur 
apparition à Paris, notamment ceux de Meyerbeer; un seul excepté, 
les Huguenots^ mis en interdit par l'autorité municipale pendant 
près de quarante ans. Ce ne fut qu'à la fin de 1877 qu'elle se 
décida à en autoriser la représentation. 



86 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Ces indications suffisent pour prouver que cet opuscule, fort 

agréablement écrit, peut être lu avec intérêt, même ailleurs que 

dans le Gard. 

L. T. 

De Inorganisation et de Tadministration de Bibliothè- 
ques, par M. J. Cousin, bibliothécaire de la biblio- 
thèque universitaire de Douai. Paris, Pedone- 
Lauriely in-8 de xi et 374 pages. 

« Ce livre, dit l'auteur, est un simple manuel... Nous avons 
entrepris ce travail dans l'intérêt de tous ceux qui, par leurs fonc- 
tions, leurs aspirations ou leurs goûts, ont besoin de connaître les 
principes de la bibliographie et de la bibliothéconomie. » Il a 
pensé avec raison qu'il pouvait leur être utile, en réunissant dans 
un volume de médiocre étendue des renseignements éparpillés 
dans de grands ouvrages de genres très divers. 

Ce manuel est divisé en deux parties, dont l'une traite de l'éta- 
blissement et de l'organisation de la bibliothèque, l'autre de sa 
conservation. C'est naturellement dans la première que se trouve 
placé tout ce qui concerne le registre d'entrée-inventaire, les cata- 
logues alphabétique et méthodique. L'auteur donne, pour la con- 
fection et la conservation des cartes, d'excellents conseils, dont des 
ligures intercalées dans le texte facilitent l'intelHgence. A propos 
du catalogue méthodique, il reproduit les systèmes de classifica- 
tion les plus généralement estimés, ceux de la Bibliothèque Natio- 
nale, du Journal de l'imprimerie et de la librairie, de Brunet et 
de J. Techener qu'il appelle invariablement Techner, C'est une 
correction à faire dans la prochaine édition du livre de M. Cousin. 
A ce propos, nous lui en indiquerons une autre. Il cite (p. 108) 
les Considérations sur le coup d'Etat^ de G. Naudé. Il faut dire : 
les coups d'Etat. Autrement, un bibliothécaire novice pourrait 
croire que Naudé est l'auteur d'un pamphlet contre le 2 décembre. 

Il y a aussi, dans la seconde partie, des avis très judicieux sur 
les soins préventifs, restauratifs et administratifs à donner aux 
livres. L'aiticle delà reliure est très bien fait au point de vue pratique, 
mais les prolégomènes sont trop écourtés. M. Cousin cite, pour les 
reliures du moyen âge, quelques extraits du curieux inventaire 
des livres de la bibliothèque du Louvre, fait par Gilles Mollet à la 
fin du xiv® siècle, et de ceux des ducs de Bourgogne. Il parle aussi 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 87 

des reliures de la bibliothèque de Grolier, mais passe sous silence 
les grands artistes du xvii® et du xviii® siècle. Ne pas prononcer 
les noms de Boyet, de Pasdeloup, de Derome dans un article sur 
la reliure, c'est comme si on ne parlait ni de Corneille, ni de 
Racine dans une étude sur la tragédie ! Il faut savoir gré à 
M. Cousin d'avoir reproduit l'ingénieux et judicieux conseil donné 
par notre regretté confrère Amb.-F. Didot dans son rapport clas- 
sique sur la reliure, « d'approprier le choix des couleurs plus ou 
moins sombres, plus ou moins éclairées, à la nature des sujets 
traités dans les livres. » 

Mais, il y a aussi dans cet article une assertion malencontreuse 
que l'auteur fera bien de supprimer, c'est qu'une « reliure mo- 
derne, si magnifiques et bien exécutés qu'en soient les ornements, 
fera toujours mauvais effet sur un livre ancien. » Si les amateurs 
prenaient au sérieux un pareil axiome, les plus habiles artistes 
modernes, qui précisément trouvent la plus digne application de 
leur talent dans la parure des livres vraiment précieux (anciens 
pour la plupart), n'auraient plus qu'à aller se pendre! M. Cousin 
aurait dû se contenter de dire qu'il n'est pas raisonnable, en 
général, de sacrifier une bonne reliure ancienne bien conservée, 
même s'il s'agit d'un livre de grand prix. 

Voici encore, dans la préface, un passage du même genre, dont 
nous conseillerions fort le retranchement à l'auteur, parce qu'il 
constitue une véritable hérésie artistique, et une attaque plus 
qu'inutile conti^e les bibliophiles, ce Posséder des livres pour le seul 
plaisir de les posséder, dit M. Cousin ; les transformer en bijoux 
propres à être soigneusement placés dans leurs écrins, ou pour les 
montrer à des amis comme on montre des objets d'art ; y attacher 
plus ou moins de valeur suivant qu'ils sont plus on moins riche- 
ment reliés^ qu'est-ce que cela ? Autant vaudrait n* avoir point de 
livres [t!) Les livres ne sont que des instruments de travail, » 
C'est comme si l'on cherchait querelle â un amateur de céramique 
de ne pas se servir tous les jours, pour y mettre sa soupe, d'une 
soupière en vieux Sèvres, ou d'un plat de Palissy pour des œufs 
sur le plat. Il cite aussi, contre les bibliomanes, des boutades de 
La Bruyère et de Diderot, dont l'application ne nous paraît pas 
exacte, surtout la première, dirigée contre un riche ignare et pour- 
tant orgueilleux de sa bibliothèque toute reliée en maroquin plein; 
de sa tannerie ! Cette raillerie s'adresse évidemment à ceux qui 



88 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

achètent des livres par ostentation et non par goût. Mais après 
tout, si La Bruyère avait vraiment voulu dire du mal des biblio- 
philes, nous répondrions, comme ce curé de campagne à un paysan 
madré qui objectait à un beau sermon contre Tivrognerie le mi- 
racle de l'eau changée en vin par J.-G. aux noces de Cana : Ce 
n'est peut-être pas ce qu'il a fait de mieux II 

Qu'ont donc fait à M. Cousin les bibliophiles, et même les 
bibliomanes ? Il est bien des manies plus ridicules que celle-là, 
et moins inofieasives. 

Une dernière critique, mais moins sérieuse ! Dans l'article con- 
sacré aux rats et aux souris (chapitre des soins préventifs]^ M. 
Ck)usin donne à l'intention de ces rongeurs une série de recettes 
vénéneuses à faire tressaillir d'aise Locuste au fond de sa tombe ; 
pâte arsenicale, pâte phosphorée, racines fraîches de renoncule 
bulbeuse, pilées et mélangées avec de la graisse I ! a Mais il faut 
bien se garder, suivant lui, de recourir aux chats, car le remède 
serait pire que le mal. Ils pourraient causer des dégâts plus consi- 
dérables que les rats et les souris ! » Nous avons cependant connu 
des chats de bibliothèques d'une retenue exemplaire, et nous 
n'avons jamais entendu citer le moindre méfait du défunt angor^t 
légendaire de la maison Techener, dont le portrait figure dans les 
Chats de Champfleury. 

Ces réserves faites , nous reconnaissons volontiers que le manuel 
de M. Cousin est un livre bien fait, et qui pourra être fort utile ; 
— d'autant plus qu'il a eu l'idée judicieuse d'y adjoindre une 
table alphabétique et un appendice contenant les arrêtés, circu- 
laires, règlements et instructions sur la matière. 

Baron Ernouf. 



DU PRIX COURANT DES LIVRES ANCIENS 



Vente d'une série de livres rares provenant du cabinet de 
FEU M. Benjamin Fillon, — qui a eu lieu le 22 et le 
23 janvier 1883. 

Cette vente, depuis longtemps annoncée et attendue, se 



PRIX ACTUEL DE UYRES ANCIENS. 89 

composait de 207 numéros, beaucoup moins qu^on ne le 
supposait. La condition des exemplaires était en général 
très ordinaire, mais le catalogue rédigé avec soin par 
M. Claudin, libraire, est très intéressant. En mention- 
nant les adjudications saillantes, nous reproduirons quel- 
ques-unes des notes du catalogue^ où il y a de sérieux 
renseignements bibliographiques. 

i. Biblia historiata seu Biblia Pauperum. Edition xylographique ^ 
imprimée dans les Pays-Bas dans la première moitié du xy« siè- 
cle, de 1440 à 1450 au plus tard; petit in-fol., vél. —2,020 fr. 

« Livre précieux, connu sous le nom de Bible des Pauvres, parce que ces 
histoires de la Bible en images, avec légendes explicatives, étaient destinées au 
peaple, c'est-à-dire aux gens peu fortunés n'ayant pas le moyen d'acheter des 
manoserits, qui coûtaient fort cher. Ces xylographes ou livres gravés sur bois, 
produits de l'impression fixe ou tabellaire, ont précédé la typographie propre- 
ment dite ou impression en caractères mobiles. Les figures sont grossièrement 
gravées avec le texte et imprimées d'un seul côté sur un fort papier, au moyen 
dn frotton avec une encre bistre à la détrempe, l'encre noire d'imprimerie n'étant 
pas encore en usage. Les planches sont paginées au milieu, selon l'ordre de 
l'alphabet, et les feuillets collés dos à dos. — Les éditions xylographiques ont 
pour la plupart vu le jour dans les Pays-Bas, avant les premiers produits connus 
de Gntenberg. Les costumes, les détails d'architecture, la forme des lettres, les 
légendes explicatives, quelquefois en flamand, comme dans le Spéculum hu' 
manœ SàlvtUionis, concordent pour indiquer le lieu d'origine des premiers es- 
sais de ce genre. — La Bible des Pauvres a eu plusieurs éditions qui se tiraient 
au fur et à mesure des besoins. Quand une planche était un peu fatiguée ou 
qu'il loi était arrivé quelque accident, on en gravait une autre calquée sur l'an- 
eienne : on renouvelait ainsi peu z peu le matériel des ouvrages xylographiques. 
Ce sont précisément ces changements successifs qui ont permis d'établir entre 
eux les différents degrés d'antériorité des tirages, que l'on reconnaît à des 
signes presque imperceptibles comme des points oubliés, des parties plus ou 
moins ombrées, des cassures dans les planches, etc.. Parfois même, la planche 
étant plus usée par le frotton dans certaines parties que dans d'autres, l'impres- 
sion de la légende n'est pas très bien venue. On a, dans ce cas, à l'époque 
même, repassé la plume dans les contours, pour rendre les lettres lisibles, et 
oo a corrigé ainsi à la main ces défectuosités de tirage. Ce procédé de retouche 
à la plume se retrouve dans un certain nombre d'impressions du xv* siècle et 
notamment dans les premiers livres de Fust et Schoyfer de Mayence. — Le pré- 
sent exemplaire a des retouches de ce genre aux planches A et I du premier 
alphabet. D est très bien conservé, mais n'est pas complet. Nous n'avons que 
la première partie composée de vingt planches au lieu de quarante, avec signa- 
tures sans lacunes allant de A à Y inclusivement. L'édition s'identifie avec celle 
qui est exposée à la Bibliothèque Nationale, dans la galerie Mazarine (n* 2 de 
la Notice des objets exposés). C'est un des premiers tirages, car la planche R 



90 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

du premier alphabet, dont un des compartiments représente Adam et Ere tenant 
d'une main la pomme de l'arbre de vie et de l'autre cachant leur nadité, est 
avant l'addition d'un mur crénelé qui se voit dans les éditions postérieures dont 
les planches ont été renouvelées et augmentées. L'exemplaire de la Bibliothèque 
Nationale, semblable au nôtre, est ainsi décrit par M. Thierry, le savant sous- 
directeur de cet établissement : « Edition se rapprochant beaucoup de celle 
tt donnée par Hcinecken, comme la seconde, mais ne pouvant s'identifier corn- 
et plètement avec elle. » Elle porte le n** 3 dans l'ouvrage de Sotheby, Prineipia 
typographica. » 

2. Lettre d'indulgence imprimée sur vélirij par Jean Gutenberg, 
et datée de 1455; une feuille petit in-4 en travers. — 5,200 fr., 
acheté par la Bibliothèque Nationale. 

u Précieux spécimen des débuts de l'art d'imprimer en caractères mobiles, 
de fonte. Cette lettre d'indulgence est imprimée d'un seul côté à longues lignes 
au nombre de 31. Elle débute ainsi : « Univeraia Cristifidelibus présentes lit' 
feras inspecturis Paulimts Chappe consiliarius amhcisicUor et prœuratar ge- 
neralis aerenisslmi Régis Cypri.,. » 

« Le texte mesure environ 175 millimètres de hauteur depuis la base des 
lignes de la dernière lettre jusqu'au sommet de la première lettre initiale, la 
longueur des lignes est d'environ 233 à 235 millimètres, le côté droit étant 
mal justifié et les lignes inégales. 

c Voici dans quelles circonstances cette pièce a été publiée : 

(( La puissance des Turcs à la fin du moyen âge croissait sans cesse. En pré- 
sence des divisions des peuples chrétiens, Jean III, roi de Chypre, de la dy- 
nastie française, des Lusignan^ envoya, vers 1451, un de ses conseillers, Paulin 
Chappe, à Rome pour demander des secours au chef de la chrétienté. Le pape 
Nicolas V donna au fondé de pouvoir des Lusignan une bulle par laquelle des 
indulgences plénièies étaient accordées pendant trois ans (du 1*'' mai 1452 au 
1*** mai 1455), à tous ceux qui verseraient de l'argent pour subvenir aux frais de 
la croisade contre les Turcs, et aideraient ainsi de leur bourse la caisse du roi 
de Chypre. La nouvelle de la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, 
fit redoubler de zèle les vendeurs de ces indulgences qui se trouvaient alors à 
Mayence et qui venaient d'obtenir de l'archevêque Diether l'autorisation de 
faire leur quête dans ce vaste diocèse. Avant de se mettre en route et pour ne 
pas perdre de temps, il fallait se munir de formules toutes prêtes dans les- 
quelles on n'aurait plus qu'à insérer la somme reçue et le nom du donateur. 
Comme on espérait d'abondantes aumônes, au lieu de se servir d'un clerc ponr 
dresser l'acte de donation à remettre à chacun, on songea z utiliser le nouveau 
procédé de multiplier l'écriture sans le secours de la plume, comme on appe- 
lait alors l'imprimerie naissante. Il fut fait deux tirages de ces lettres d'indnl- 
gences, presque en même temps, l'un avec le millésime de 1454 et l'autre, par 
suite d'un simple remaniement, fut daté par anticipation de l'année suivante 
(1455). — Il n'y a guère que Gutenberg lui-même auquel on puisse attribuer 
l'impression de cette pièce dont les exemplaires sont partis de Mayence. Il pra- 
tiquait l'art typographique en cette ville en 1454-55. Le jugement au profit de 
son commanditaire Fust, qui le dépouille de la plus grande partie de son ma* 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 91 

tériel et du fruit de ses labeurs, est du 6 novembre 1455. A ces données pré- 
cises Tiennent s'ajouter des considérations d'un ordre plus matériel. On n'a 
qu'à examiner le Cathoiieon de 1460, également attribué à Gutenberg, et bien 
que les caractères de la Lettre d*indulgence de 1455 soient un peu plus gros, 
en les comparant, on ne pourra s'empêcher de leur reconnaître tout d'abord un 
certain air de famille. Cet examen est aussi caractéristique que la comparaison 
d'écriture grosse ou petite d'un même individu. En regardant de près les con- 
tours et la forme particulière de certaines lettres capitales, telles que N, M, D, 
I, £, T, dans la pièce de 1455, on les retrouvera exactement dans le Catho- 
iieon de 1460. Cette confrontation fera supposer, non sans motifs plausibles, 
que les deux corps de caractères, quoique de forces différentes, ont été tracés, 
gravés et fondus par la même main. Cette supposition s'affermira et deviendra 
plus nette si l'on jette les yeux sur le fac-simile donné par M. Hessels, p. 178 
de ses excellentes recherches sur Gutenberg [Gutenherg, tcas he the inventor af 
Printing? London, Çuaritch^ 1882). Ce fac-simile photographique reproduit 
la quinzième page du Traité de saint Thomas d'Aquin, Summa de artieulia 
Fidei, volume imprimé vers 1467 à Eltwill, près Mayence, par l'un des frères 
Bechtermuncze, qui étaient, paraît-il, les alliés de Gutenberg. Or, outre les 
lettres déjà signalées, on retrouve précisément dans cette page d'autres lettres, 
telles qu'une S majuscule, et un v minuscule d'une forme toute spéciale. La res- 
semblance est si frappante en plaçant la page de 1455 à côté de la page du 
Saint-Thomas d'Aquin, qu'on n'hésitera plus à assigner à ces deux sortes de 
caractères une origine commune. — Telle est notre conclusion; elle ne diffère 
pas au fond de l'opinion très judicieuse de M. Hessels (voir p. 146 et suiv. de 
son ouvrage), qui arrive au même résultat par d'autres observations. — Cet 
exemplaire de la Bulle d'Indulgence de 1 455 est entier et dans un état parfait 
de conservation. Il n'a jamais servi, c'est'à-dire que les bl^Qcs réservés n'ont 
pas été remplis à la plume, u 

3. Incipit summa que vocatur Cathoiieon, édita a fratre Johanne 
de Janua ordinis Fratrum Predicatorum . (In fine :) Altissimi 
presidio cujus nutu infantium lingue Jiunt diserte , qui quoque 
numerosepe parvulis révélât quod sapientibus celat^ hic liber 
egregius Cathoiieon dominice incarnacionis annis M.CCCCLX 
(1460), aima in urbe Maguntina nacionis inclite Germanice, 
quant Dei clementia tant alto ingenii lumine donoque gratuito 
ceteris terrarum nacionibus preferre illustrareque dignatux estj 
non calamij stili aut penne suffragio, sed mira patronarum 
formarumque concordia proporcione et modulo impressus atque 
confectus est,., Gr. in-fol., goth. à 2 col., couvert, en papier. 
— 2,350 fr. 

« L'impression de ce vénérable monument de l'art typographique est attribuée 
à Gutenberg lui-même par la plupart des bibliographes. Après la rupture de 
son association avec Fnst, en 1455, Gutenberg, aidé de quelques ouvriers, ses 
élères, restés fidèles à sa cause, et soutenu par le docteur Conrad Homery, pre- 



92 fiULLETm DU BIBLIOPHILE. 

mier syndic de Mayence, qui lai avait généreusement ooTert sa bonne, monta 
une nourelle imprimerie. C'est de cet atelier que, selon toute ▼raisenibUnce, 
sortit en 1460 le Catholieon, dont la forme des lettres est une réduction de 
celles de la Lettre d'indidgence précitée, à trente et une lignes, datée de 1455. 
Après la prise de Mayence, en 1462, par Adolphe de Nassau, l'atelier de Gn- 
tenberg, ainsi que celui de Fust et Schoyfer, ch6ma et resta désert; leurs ou- 
vriers se dispersèrent par toute l'Europe. Ce ne fut que rers 1465 que Fust 
reprit ses travaux. A la même époque, Gutenberg, à bout de ressources (U ne 
pouvait plus payer une rente qu'il devait au chapitre Saint-Thomas de Stras- 
bourg), fut nommé par Adolphe de Nassau gentilhomme de sa maison. Les de- 
voirs de sa charge l'appelaient à Eltwill, près Mayence, lien ordinaire de la 
résidence de l'archevêque- électeur; il y transporta une partie de son matériel 
d'imprimerie, créant ainsi une succursale plus à sa portée. Devenu vieux, et en 
raison même de ses nouvelles fonctions, ne pouvant s'occuper par lui-même des 
détails d'atelier, il initia au métier Henri Bechtermuncte, son beau-firère. Guten- 
berg mourut vers 1468; après son décès, Adolphe de Nassau remit à Conrad 
Homery, qui avait excipé de ses droits de co-propriété, la partie du matériel 
laissée à Mayence, comprenant notamment les instruments de la fonderie, des 
formes composées, etc.. Tel est le sens, selon nous, qu'on doit tirer du ceçn 
authentique de Conrad cité par les historiens de l'imprimerie. M. Hessels, avec 
le bon sens qui le distingue, tout en revendiquant pour Gutenberg les caractères 
du CcUholicon (voir p. 182 de son ouvrage), avoue de bonne foi qu'il ne sait 
comment infirmer les assertions d'Aug. Bernard, qui attribue l'impression du 
volume à Henri Bechtermuncze. Pour arriver à ce résultat, Ang. Bernard avait 
déterminé les productions de trois imprimeries existant selon lui à Bfayenee 
avant 1462. L'une était celle de Fust et Schoyfer, la seconde celle de Beehter- 
muncze, et la troisième celle de Gutenberg et Neumeister, associés. Il fallait 
bien qu'il attribuât quelque chose à Gutenberg, l'existence de son imprimerie 
étant incontestable par suite du reçu d'Homery. Mais, pour appuyer sa théorie 
parfaitement déduite, il n'y avait qu'un malheur, c'est qu'Aug. Bernard s'ap- 
puyait sur de faux documents. Or, il est prouvé maintenant que la fameuse 
inscription de Gutenberg et Neumeister donnant une de leurs impressions à la 
Chartreuse de Mayence est fausse et n'a jamais existé. D'après des documents 
qui nous sont venus d'Italie, Neumeister était copiste de manuscrits dans ee 
pays à la date précitée et ne pouvait par conséquent être en même temps l'as- 
socié de Gutenberg à Mayence; le fameux Calendrier de 1459, qui était attri- 
bué à Gutenberg et Neumeister, est de 1481, ainsi que l'a prouvé d'une façon 
irréfutable M. Hessels. Par suite de cette découverte, il n'y a plus lien de s'oc- 
cuper de la série de livres imprimés avec les mêmes caractères que ce Calen» 
drier, et qu'Aug. Bernard attribuait aux deux associés. Ces éditions n'ont d'ailleurs 
pas l'inégalité de côté des lignes que l'on observe dans les très anciennes impres- 
sions; elles sont trop régulièrement exécutées et nous ont toujours paru posté- 
rieures à la mort de Gutenberg. La falsification opérée sur le calçp&drier de 1481 
lève, au surplus, tous doutes à cet égard. Par suite de cette épuration, l'imprimerie 
que Bernard avait mise à l'actif de Gutenberg se trouvant éliminée, il ne reste plot 
d'après son système que deux imprimeries : l'une, celle de Fust et Schoyfer, 
dont l'existence n'est pas discutée; et l'autre, celle du Catholieon, qui doit être 
restituée à Gutenberg. Si Gutenberg n'a pas mis son nom à son livre, soit par 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 93 

modestie, soit pour éviter les réclamations de ses créanciers, il ne s'ensuit pas 
qne l'impression doive en être attribuée à Bechtermuncze, dont le nom n'ap- 
pamt qne sept ans plus tard dans un volume imprimé à Eltwill, avec une por- 
tion d*un 'matériel qui peut très bien lui avoir été prêté ou même cédé dans 
l'intervalle. En tout cas, on n'a pas trouvé la preuve certaine que Bechtermuncze 
ait exercé à Mayence avant d'être venu à Eltwill, tandis que la présence de 
Gatenberg est prouvée : Philippe de Lignamine, dans la Chronique qu'il a im- 
primée à Rome en 1474, dit positivement qu'il y avait en 1548 deux imprimeurs 
à Mayence, Fnst et Gutenberg, et il n'en nomme pas d'autres. Chacun d'eux, 
dit-il, habile dans l'art d'imprimer avec des formes de métal sur vélin, tire au 
sa de tout le monde 300 feuilles par jour : a Imprimendanim litterarum in 
« membranis eum melaUicis formis periti trecentaa cartas quisque eorum per 
c diem facere innotescunt apnd Maguntiam, Germaniœ civUatem. » {Chroniea 
Summor, Pontifie,, p. 121.) Ce témoignage est précis. Pour Gutenberg, le tirage 
de 300 feuilles, y compris des exemplaires sur vélin qui demandent une cer- 
taine habileté, ne peut s'appliquer qu'à un grand ouvrage, c'est-à-dire au Ca- 
thclican, qui était commencé en 1458 et ne devait pas se composer de moins 
de 373 feuillets (746 pages j, à 2 colonnes, soit près de 1,500 colonnes de 
66 lignes chacune, un véritable labeur de longue haleine. Le présent exemplaire 
du Catholican est un des premiers tirés. Le titre que nous avons rapporté est 
exécuté à la main à l'époque même et rubrique au pinceau. On s'est aperçu 
pendant le tirage que ce titre demandait trop de temps pour être fait ainsi à 
tons les exemplaires, il a été remplacé par un titre typographique, tiré en 
rouge. — Les marges sont très grandes, mais il y a des mouillures et quelques 
piqûres au commencement et à la fin, comme dans la plupart des incunables. 
Il y manque en plus le feuillet 4 du 16^ cahier (158« du volume); dans la 
lettre E, 3* ligne, après le mot Exomologesis jusqu'à infundit in octuagesimo 
die, inclusivement, o 

4. Manifeste de Thierry d'Isembourg (Diether von Isemburg), 
archevêque de Mayence, coatre Adolphe de Nassau, son com- 
pétiteur. Pièce en allemand, imprimée d'un seul côté sur une 
feuille in-folio, papier à plat, non plié (in-plano), et datée de 
1462. — 3,350 fr. àM. A. Cohn, libraire a Berlin, qui depuis 
Ta rétrocédé à la Bibliothèque Nationale. 

« Pièce rarissime, publiée sous forme de placard ou d'affiche. D'après Au- 
guste Bernard {De l'origine et des progrès de l'imprimerie en Europe, t. !•% 
p. 239-240), on n'en connaîtrait que 4 exemplaires, dont l'un qui se trouvait à 
Strasbourg a péri depuis, dans l'incendie de la bibliothèque. Voici comment ce 
bibliographe décrit ce monument typographique : (c Ce manifeste est daté du 
« 6 avril 1462 et dut être publié presque aussitôt. Il forme un in-plano exécuté 
ff avec le caractère du Batiônale et est composé de 106 lignes embrassant toute 
« la longueur du papier et ayant 32 centimètres de large et 49 de haut... On 
« voit dans le texte quelques eorrections faites à la main. On a oublié de 
a mettre en commençant la lettre A (la pièce débute par le mot allen)y qui avait 
« été laissée en blanc, à l'impression, pour le rubricateur, suivant l'usage. » — 
À ees renseignements, nous ajouterons qne dans notre exemplaire la lettre A a 



94 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

été mise à la main à l'époque même. Le papier porte pour filigrane la marque 
de la tête de bœuf du haut de laquelle part une tige surmontée d'une étoile. La 
pièce est parfaitement consenrée, à toutes marges, avec les barbes du papier. » 

5. Augustini de vere vite cognicione libellus. Absque nota [sed 
Moguntiœ^ Joa. Fust, circa 1465); petit in-4, goth., à longues 
lignes, au nombre de 28 à la page, mar. cit., fil. à comp., tr. 
dor. — 175 fr. à M. Cohn, libraire. 

« Edition précieuse et très ancienne, sans chiffres, réclames, ni signatures. 
Les lignes ne sont justifiées que d'un cùté et sont de longueurs inégales, ce qui 
démontre que l'impression en est fort ancienne. A la fin, on remarque l'écusson 
de Fust et Schoyfer tiré en rouge. Le volume est imprimé avec les caractères du 
De Officiis de Cicéron, sorti des presses de Fusr et Schoyfer en 1465 et 1466. 
Le présent volume est antérieur à la mort de Fust, qui arriva dans les six der- 
niers mois de 1466. Dans une pièce de vers latins qui est imprimée au verso du 
titre, il est fait allusion à Vari de Jean^ et ce Jeaviy cité également dans one 
autre pièce de vers de même fabrique placée en tête de la Grammaiica rith' 
mata de 1466, n'est autre que Jean Fust, ainsi que Ta prouvé Aug. Bernard. 
Voici du reste le commencement de ces vers : 

Augustine pater, aquiîino more, Johannis 
Ingenii vêtis, petis alta recondita célis 
Inde venis îucens, lucem cunctisque revdans, 



6. Opus de arte predicandi Sancti Augustini. Absque nota [sed 
Argentlnce, Joh, Mentelin^ circa 1466); petit in-fol., goth., à 
longues lignes, cart. — 300 fr. 

« Edition précieuse et célèbre dans l'histoire de l'imprimerie. Elle est pré- 
cédée d'un très curieux avis ou prospectus : « Canon pro recommendaiione 
« hujus libelli, » dans lequel il est dit en termes non équivoques que le livre 
a été exécuté à Strasbourg par Mentelin. Voici un extrait de ce passage : 
(i Çuapropter... discreto viro Johanni MBNTBL.nf incole Ahosntimeiisi mpass- 
(( soHiE AHTis MAOïsTRo modls omntbus perauaai quatenus ipse eisaumere di' 
c gnaretur onus et làborem mtUtiplicandi hune libeUum per viam impresaio- 
« nis, exemplari meo pro oculis habito. Ut sic eum ipse hrevi in iempore 
a eumdem libeUum ad magnam numerositcttem muUipiiearet,.., etc^. » — 
Quant à la date, on a des éléments suffisants pour la circonscrire dans des 
limites étroites. Il en existe une antre édition, reprodoisant exactement le même 
avis aux acheteurs, avec celte différence qae le nom de Mentelin, de Stras- 
bourg, est remplacé par celui de Jean Fust, de Mayence, qu'il y a trois tables 
au lieu d'une à la fin et que le texte de l'avis est qnelque peu modifié à la fin 
pour expliquer la manière de se servir de ces tables. Or, comme Jean Fnst est 
mort de la peste à Paris vers octobre 1466, il est certain que l'édition a été 
faite du vivant de ce dernier et avant cette date. 

« Sans nous arrêter à l'opinion de quelques bibliographes qui voudraient 
faire remonter cette impression de Saint-Augustin à l'année 1460, nous sommes 
cependant d'accord avec M. Madden sur ce point, que l'édition de Mentelin, 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 95 

qui a eu deux tirages successifs, a pu précéder celle de Fust et être imprimée 
en 1465 ou au commencement de 1466. Selon nous, les deux tables ajoutées par 
Fast constituent une amélioration. Si, comme le prétend Auguste Bernard, l'édi- 
tion de Mentelin n'est qu'une contrefaçon de celle de Fust, elle a dii être faite 
immédiatement après, c'est-à-dire dans les six derniers mois de 1466, au plus 
tard. En résumé, quel que soit le système que l'on adopte, on ne peut fixer à 
ce Tolume une date postérieure à 1466. L'exemplaire est grand de marges et 
sans défauts. II se compose de 22 feuillets à 39 lignes par page. Le dernier 
feaillet est entièrement blanc. L'avis au lecteur est du tirage qui commence au 
verso du premier feuillet. 

8. Incipit liber Beati Augustini de vita cristiana. (In fine :) Ex^ 
plicit lùber beati Augustini de vita cristiana. — Augustini Au- 
reli episcopi liber de singularitate Clericorum. (In fine :) Expli- 
cit Liber beati Augustini episcopi de singularitate Clericorum ^ 
per me Olricum Zel de Hanau clericum dioces. Moguntinensis 
anno ZC sexagesimo septinio (1467). Ens. 2 ouvr. en 1 vol. 
petit in-4, goth., de 20 et 35 ff., initiales rubriquées, cart. — 
360 fr. à M. A. Cohn. 

c Ces traités, qui forment 2 volumes distincts, ont longtemps passé pour être 
les deux premiers livres, avec date, imprimés par Ulric Zell à Cologne. Il existe 
an traité de saint Jean Chrysostome daté de 1466 et dont on avait contesté la 
date et même l'existence. Brunet n'indique que 19 feuillets pour le premier 
Traité et 33 feuillets pour le second. » 

9. Epistole s. Hyeromini. Sine nota [sed Argentinœ, tjpis Johan- 
nis Mentelin^ circa 1467, vel 1468); gr. in-fol., gothique, de 
223 fi. n. ch. à 2 col., de 50 lig., lettres initiales rubriquées, 
peau de truie. — 150 fr. 

« Edition princeps des lettres de saint Jérôme. Elle est sans chiffres, réclames 
ni signatures, et est imprimée avec les mêmes caractères que le Virgile, qui est 
reconnu pour être sorti des presses de Jean Mentelin, de Strasbourg. Cette édi- 
tion étant beaucoup moins complète que celle qui est datée de Rome, 1468, il 
est présumable, ainsi que le fait remarquer M. Brunet, qu'elle a paru la pre- 
mière, ou tout au moins avant que son éditeur eût eu connaissance de l'édi- 
tion romaine. La date de cette impression peut en outre être fixée dans des 
limites très étroites par un autre document. Si on n'admet pas la date de 1467, 
il est certain qu'on ne peut dépasser l'année 1469. La Bibliothèque Nationale, à 
Paris, possède un très précieux exemplaire des Epistolœ S. Hieronytnij même 
édition, arec une reliure authentiquement datée de 1469. L'impression du vo- 
lume, faite à Strasbourg, étant antérieure à l'achèvement de la reliure exécutée 
dans une autre ville, on doit en conclure que la date de 1468 est la plus ac- 
ceptable. » 

10. Prologus super tracta tum de instructione seu directione sim- 
plicium Ck)nfessorum, editum a Domino Antooino arcbiepis- 



96 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

copo Florentino. Ahsque nota \sed Moguntiœ^ P. Schoyfery 
circa 1468); petit in- 4, goth., de 143 ff. non ch., marque de 
Schoyfer tirée en rouge au verso du dernier ft, mar. rouge, tr. 
dor. [Hardy,) — 305 fr. 

(( Edition très rare. D'après Brunet (t. I, col. 333), ce Tolame serait imprimé 
avec les caractères du Durantus de 1459, et l'œavre de Fast et Schoyfer asso- 
ciés. Il serait par conséquent antérieur à 1466, date de la mort de Fast. — 
Nous ne pouvons partager cette opinion. Les caractères ne sont pas ceux du 
Durantus de 1459. UAntoninua est erécuté avec le caractère ayant serri pour 
la partie en prose de la Grammatica Bhythmata de 1468, sortie de la même 
officine. Aug. Bernard {Imprimerie en Europe, t. I, pp. 276-277) définit ainsi 
ce type : a Nouveau caractère de la force de celui du Rationale comme corps, 
mais d'un œil plus gros et j'ajouterai plus beau, quoique dans le même style. » 
Comme il est constant que ce caractère a été employé pour la première fois en 

1468, il n'est pas possible de faire remonter l'impression de VAntoninus an 
delà de cette date. Ce n'est donc pas à 1460 ou 1463, comme on l'a fait jusqu'à 
présent, qu'il faut fixer la date de ce volume précieux, mais bien à 1468 on 

1469. On n'a qu'à comparer le fac-similé des caractères nouveaux employés 
dans la Grammatica Rhytmata, planche IX, n"* 1 4, de l'ouvrage précité d'Aog. 
Bernard, pour être édifié à ce sujet. » 

16. Corn. Taciti annales et historiarum libri superstites. [Fene- 
tiis, per Findelinum de Spira, circa 1470); petit in-fol. de 
176 fi., mar. cit.. comp. avec entrelacs en mosaïque de diverses 
couleurs, genre Grolier, fil. à comp., dos à mosaïque, doublé 
de mar. rouge, large dent, intér. à petits fers, tr. dor. (Riche 
rel. de Duruy avec dorures exécutées par Marius Michel^ do" 
reur.) — 690 fr. à M. Cohn.. 

(( Edition princeps de Tacite; c'est un livre précieux que l'on trouve rare- 
ment en aussi belle condition. » 

17. Giceronis opéra philosophica varia. Romœ, Conradus Swey- 
nheym et Arnoldus Pannartz, 1471 ; 2 part, en 1 vol. in-fol. 
de 80 ff., dont les 2 derniers blancs pour la première et 88 ff. 
seulement pour la seconde partie, v. viol. — 250 fr. 

« Sous ce titre collectif nous désignons le recueil des ouvrages philosophiques 
de Cicéron, imprimé à Rome. La première partie commence de cette manière : 
M. TuUii Ciceronis ad Marcum fUium in Ubrumde Officiis primum prefatio. 
Elle contient : De Officiis; Paradoxa; De Amicitia; et De Senectute. » 

21. !VI. Valerii Martialis Epigrammatum opus. Impressum Fene- 

tiis impensis Joannis de Colonia sociique cjus Joannis Manthen 

de Gheretzertf M, cccclxxv (1475); petit in-fol., rel. en bois. 

[Rel. vénitienne du xt* siècle,) — 220 fr. 

«( Edition rare qui a été faite sur celle de Vindelin de Spire. — Bel exem- 
plaire dans sa première reliure, a 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 97 

26. Geographia di Francesco | Berlinghieri Fiorentino | allô illus- 
trissimo Fede | rigo duca Durbino liber | primus féliciter incî- 
pit. (Ce titre est imprimé en capitales au haut de la première 
coloune du feuillet signé : ^ ; 1.) [In fine) : Impresso in Fi- 
renze per Nicolo Todescho et emendato con somma diligenlia 
dallo auctore [clrca 1480); gr. in fol. à 2 col., de 51 vers par 
page, mar. rouge, fil. à comp. [Gruel.) — 620 fr. 

« Volume très rare, composé de 123 ff., y compris le dernier, et de 31 cartes 
a géographiques gravées sur métal, mais d'une manière très informe... » (Bru- 
net, Manuel du libraire, t. I, col. 790-91.) 

(t II y a deux et peut-être même trois sortes d'exemplaires de ce lirre pré- 
cieux. Les premiers exemplaires mis en vente ont la première page blanche, et 
au verso an titre imprimé en lettres capitales. Le dernier feuillet est blanc des 
deux côtés et il n'y a ni registre ni ccHophon. 

m Dans d'autres exemplaires, le corps du volume est exactement le même» 
les changements ne portent que sur le premier et le dernier feuillet. 

« On a dû commencer par remplacer le dernier feuillet blanc auquel on en a 
substitué un autre contenant le registre, le lieu d'impression et le nom du ty- 
pographe. Cette page est imprimée avec les mêmes caractères que ceux du 
▼olume. 

c Dans le registre imprimé, lu première page est annoncée comme devant se 
trouver en blanc (prima alba)y ce qui nous fait supposer que l'on a mis en venté 
une seconde série d'exemplaires sans autre changement que ce dernier feuillet 
contenant le registre et le colophon. Plus tard, voyant sans doute que le livre 
ne se vendait pas, on a cru que c'était faute de titre. On s'est alors avisé d'en 
faire un nouveau que l'on a imprimé entièrement en rouge sur la première page, 
restée en blanc dès l'origine, et que l'on a fait repasser sous presse, 

a 11 est facile de voir que ce titre n'est pas imprimé avec les caractères ronds 
du livre, comme le dernier feuillet, et que cette opération s*est faite beaucoup 
pins tard, au xvi* siècle (vers 1520 ou 1530), lorsque l'usage des titres s'est 
généralisé, et, au lieu d'être arbitraire comme auparavant, est devenu une règle 
dans la fabrication des livres imprimés. On n'a du reste qu'à examiner le titre 
du présent exemplaire disposé en cul-de-lurape, à la manière de certaines édi- 
tions des Junte, et à vérifier les types employés, pour être convaincu que le 
nouveau titre est postérieur de trente ou quarante ans à l'impression da corpa 
de l'ouvrage. — Selon M. Libri, qui avait un exemplaire de ee précieux vo- 
lume à vendre, c'est dans ce livre qu'on a donné pour la première fois des 
cartes gravées sur métal. Comme le fait observer fort judicieusement M. Bru- 
net, il faudrait que l'ouvrage de Berlinghieri ait paru avant le PtoUmée de 
Rome, 1478, où se trouvent des cartes gravées par le même procédé, pour avoir 
droit à la priorité. On doit cependant reconnaître que l'imprimeur du Berlin- 
ghieri, Nicolao Tedesco (Nicolas l'Allemand), appelé dans d'antres livres Nico- 
laus Laurentii, Wratisîaviensis diocesis (Nicolas, fils de Laurent, originaire 
de Breslau), est le premier imprimeur qui ait publié des livres avec gravures 
en taille-douce. C'est de son officine que sortit, en 1477, le livre célèbre da 
Monte Santo di Dio, illustré par Sandro Botieelli. — D'un autre côté, l'impri- 

l«8a. 7 



98 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

mear da Ptolémée de 1478, Arnold Backing, déclare dans sa préface que la 
gravure de ses cartes a été commencée il y a plus de trois ans par Conrad Sweyn- 
heim, ancien maître typographe, mort à la peine, laissant son travail inachevé. 
— Comme on le voit, Florence et Rome peuvent se disputer, à chances à peu 
près égales, l'honneur d'avoir inventé l'impression en taille-douce dans les livres, 
et ce sont des Allemands qui, dans les deux villes, ont les premiers pratiqué 
cette industrie. » 

28. Cladii (sic) Ptolomei viri Alexandrin! Cosmographie liber pri- 
mus incipit (item alii septem libri). (In fine) : Claudii Ptolomei 
viri Alexandrini Cosmographiœ octavus et ultimus liber expli^ 
cit; opus Donni Nicolai Germani secundum Ptolomeum finit 
anno M.CCCC.LXXXU {ïk^l), Jugusti vero Kalendas XFII, 
impressum Ulme per ingeniosum viriim Leonardum Hol prefati 
oppidt civis ; gr. in-fol. de 69 ff., à 2 col., non compris les 
cartes, initiales historiées et gravées sur bois, 32 cartes gravées 
sur bois, v. br. — 290 fr. 

(( Edition rare et très curieuse de Ptolémée. Elle est très bien imprimée avec 
un gros caractère semi-gothique ou rond à angles aigus tirant sur le gothique. 
Les lettres ornées sont très remarquables. Au milieu de la première lettre on 
voit l'éditeur présentant cette édition de Ptolémée au pape Paul II. Les cartes 
et les illustrations sont l'œuvre de Jean Schnitzner de Armssheim. (Voir l'on" 
vrage de M. Hasslcr : Buchdruckergeschichte Uïme.) » 

30. C'est l'ordre qui a esté gardée (sic) à Tours pour appeller de- 
vant le roy nostre souverain Seigneur ceulx des Troys Estatz de 
ce royaume. (A la fin) : Collacion par nous faicte avec l'original 
en ccste forme en papier j signé : J. Robertety le XXIII^ jour de 
mars y mil quatre cens quatre vingtz et trois (1483), avant Pas^ 
ques^ ainsi signé : P. Desmaye et P. Desmoulins -^ petit in-fol., 
goth., mar. br. [Cape,) — 200 fr. 

(( Volume fort rare, qui a dû être imprimé comme pièce de circonstance aus- 
sitôt après la session des Etats. Il est exécuté avec les mêmes caractères qoe 
ceux qui ont servi pour le livre Les Nobles malheureux de Bœcace, portant le 
nom de Jean Dupré, imprimeur à Paris, et a dû paraître vers 1484. Bf. le doc- 
teur Giraudet, dans un récent travail sur l'imprimerie à Tours, assure que le 
livre a été imprimé à Tours même. Rien n'est moins eertain, les filigranes du 
papier de ce volume sont VétoUe flamboyante, un P gothique surmonté d'une 
croix et un écu fleurdelisé, marques qu'on rencontre dans les papiers employés 
à Paris. — Quoi qu'il en soit, c'est un livre des plus rares; la bibliothèque 
Sainte-Geneviève, d'après M. B. Fillon, posséderait le seul antre exemplaire 
connu. Le présent exemplaire a appartenu à M. J. Tascherean, qui a fait refaire 
le cahier E (4 feuillets] qui manquait. » 

35. Hypnerotomachia Poliphili (opus a Francisco Columna com- 
positum, et a Léon. Crasso Veronensi editum). Fenetiis, MID 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 99 

(1499), in œdibus Aldi Manutii; in-fol. de 264 ff., dont 4 ff. 
prélim. et un ft pour TeiTata, fig. gravées sur bois, mar. vert. 
(Rel. origL) — 950 fr. 

« Edition originale du Songe xle Poliphile, rare et très recherchée. — Les 
dessins sont attribaés à Giovanne Bellini. (Brunet, Manuel du Libraire, t. IV, 
col. 778.) — Exemplaire complet, avec les feuillets CIII et CIV bien imposés . 
le feaillet d'errata refait. » 

38. Hore christifere Virginis Marie secundum usum Romanum. 
{Parisiis), Simon Fostre [Almanach de 1508 à 1528); petit 
in-4, goth., nomb. fig. gravées sur bois et bordures historiées 
à chaque page, mar. r. (Rel, anc.) — 1,100 fr. 

« Spécimen des Heures de Simon Vostre. Exemplaire parfaitement conservé, 
sanf un petit trou dans la marge inférieure du titre. « Edition décrite dans le 
« plus grand détail par Peignot (Recherches sur les Danses des morts, pp. 1 49- 
« 163), qui a même donné de longs extraits des vers français fort singuliers 
A qu'elle renferme. Au bas de chaque page de la Danse des morts se lisent 
« huit vers français que nous n'avons pas remarqués dans d'autres éditions. )> 
(Bmnet, Manuel du Libraire, t. V, col. 1590.) 

41. Hore divine Virginis Marie, secundum usum Romanum. (In 
fine) : Finit Parisius noviter impressum opéra Egjrdii Hardouyn 
commorantis in confinio Pontis Nostre Domine ante ecclesiam 
Sancti Dionjrsii de Carcere ad intersignium Rose et Germani 
Hardouon [sic)^ circa 1520; in-8, fig. et bord, historiées, v. 
m., fil., fermoirs. — 850 fr. 

« Spécimen des Heures illustrées, publiées par les frère» Hardouin. Bel exem- 
plaire imprimé snr vélin, d'une conservation parfaite. On y remarque 1 5 grandes 
figures, y compris celle du titre, peintes en miniature, et plusieurs petites. » 

43. Horae in laudem Beatissime Virginis Marie secundum consue- 
tudinem Ëcclesie Parisiensis. (A la fin) : Ces présentes heures à 
l'usage de Paris privilégiées pour dix ans commençeans (sic) à 
la présente date de leur impression furent achevées d'imprimer 
le vingt deuxiesme jour d'octobre mil cinq cens vingt sept (1 527) , 
par Maistre Simon du Boisy imprimeur pour Maistre Geofroy 
Tori de Bourges qui les vend à Paris à l'eàseigne du Pot^ Cassé ,* 
petit in-4, goth.. fig. etencadrem. gravés sur bois, v. br.. fil. 
à comp. — 470 fr. 

a Exemplaire grand de marges, dans sa première reliure qui est très fatiguée 
et en mauvais état, le dos est dénudé. Le premier feuillet de titre manque. » 

45. Imagines de Morte et epigrammata, e gallico idiomate, a 
Georgio i£mylio in latinum translata. Lugduniy sub scuto Colom 



« « 



100 BULLETIN OU BIBLIOPHILE. 

niensi^ apud Joh . et Franciscum Frellonios fratres , 1542; petit 
in-8, ûg. gravées sur bois d'après les dessins d'Holbein, vél. 

— 205 fr. 

(( Edition rare de la Danse des morts d*Holbein. — C'est an des beaux spé- 
cimens des impressions lyonnaises da xvi* siècle. » 

46. Horae in laudem beatiss. Virginis Marias, ad usum Romanum. 
Paris. ^ apud Sim, Colinœum^ 1543; petit in-4, impr. en rouge 
et noir, v. br., comp. genre Grolier. [Rel. du xvi* siècle,) — 
1,650 fr. 

(( Bel exemplaire provenant de la collection de M. Oidot, avec son ex-libris. 
Le dos de la reliure est refait. Hauteur des marges : 230 mill. 

47. Le Décamcron de Mess. Jean Bocace, Florentin, nouvel] . tra- 
duit d'italien en françois par Maistre Anthoine Le Maçon, con- 
seiller du roy. Imprime à Paris pour Es tienne Koffet^ dict le 
Faulcheur, 1545; in-fol., v. marb. — 810 fr. 

a Première édition de cette traduction justement estimée. » (Brunet, Manuel 
du Libraire, t. I, col. 1006.) — C'est un volume rare et recherché, qui est, en 
outre, remarquable par sa belle impression. On y voit des lettres ornées sur fond 
ciiblé très artistiques, ainsi que des figures gravées sur bois, à mi-page, d'une 
belle composition, qui paraissent être de Jean Cousin. — Exemplaire très grand 
de marges en médiocre condition. » 

51. Les vies des hommes illustres, grecs et romains, par Plu- 
tarque, translatées en françois par Jacques Amyot. Parisy Fas- 
cosan, 1567; 6 vol. — Décade contenant les vies des em- 
pereurs Trajanus, Adrianus, etc., par Ant. Allègre. Paris, 
Fascosan, 1567; 1 vol. — Les œuvres morales et meslées de 
Plutarque, translatées en françois (par J. Amyot). Paris, Fas- 
cosan^ 1574; 5 vol. Ens. 12 vol. petit in-8, mar. rouge. (Rel. 
anc.). — 500 fr. 

(( Véritable chef-d'œuvre de la typographie de Vascosan. » 

57. Biblica: historiae artificiosissime depictae : Biblische Historien 
figurlich furgebildet. Francofurti^ 1537; pet. in-4, nombr. 
figures grav. s. bois, de Hans Sebaid Beham; vélin. — 351 fr. 

« Recueil très recherché. Sur le titre on voit le monogramme de Hans Sebaid 
Beham. » 

• 

69. Institution de la Religion chrestienne, augm. de tel accroisse- 
ment qu'on la peut presque estimer un livre nouveau, par Jean 
Calvin. Impr, à Genève ^ par Conrad Badius^ 1561 ; in-4, réglé; 
V. f., compart., tr. dor. et ciselée. — 215 fr. 

• a Cet exemplaire a appartenu à Charles Dm Moulin, ministre de TEglisc 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 10! 

Réformée de Fontenay-le-Comte; on voit sa signatare autographe en haat do 
titre. Petite piqûre dans la marge inférieare. » 
MaoTaise condition d'exemplaire. 

88. Réflexions ou Sentences et Maximes morales (par La Roche- 
foucauld]. Paris j CL Barbin, 1665 ; in- 12 front, gravé, 23 lignes 
à la page; mar. rouge, doublé de mar. bleu, (il., large dent. 
(Thibaron-Joly.) — 305 fr. 

« Edition originale authentique des Maximes de La Rochefoucauld, publiée 
par l'aateor. Une édition subreptice, présentant un texte différent, atait d'abord 
paru à La Haye, chez les frères Steucker, dès 1664. Dans celle-ci, datée de 
Paris, 1665, l'auteur se plaint de cette publication faite à son insu. Cet exem- 
plaire, qui est très beau de eondition, e9t de second étctt, sans mélange, tel 
qu'il doit être, et donne le texte difinitivetnent corrigé de cette édition, 
reme par La Rochefoucauld lui-même, continuée depuis la Maxime chiffrée 
CCCXIII jusqu'à la Maxime CCCXVI inclusivement, et suivie des Réflexions 
sur le Mépris de Ja Mort. (Voir, pour plus de détails, le Catalogue Boche- 
bUièref n* 447.) — Hauteur des maires : 148 millim. » 

98. Usaige et description de l'Holomètre pour sçavoir mesurer 
toutes choses qui sont sous Testandûe de l'œil, tant en longueur 
et largeur qu'en hauteur et profondité, inventé par Abel Foui- 
Ion, vallet de chambre du Roy. A Paris , 1555, chez Pierre 
Béguin ; on fait les instruments chez Maistre Pierre le Com- 
passier ; pet. in-4, fig. grav. s. bois; demi-rel. mar. vert. — 
140 fr. 

« Edition rare. Elle est antérieure à celle de 1561 indiquée par Brunet, et à 
cdle de 1567 qiie mentionne La Croix du Maine. Il en a été publié une tra- 
duction italienne en 1564, à Venise. Le privilège accordé à Abel Foullon men- 
tionne ainsi une visite qu'Henri III aurait faite à l'atelier de son valet de 
chambre : « Comme ces jours passez après avoir veu certains artifices et 
ouvrages inventez par nostre cher et bien aimé varlet de chambre Abel 
FouiJLoif pour réduire en cuyvre, argent ou autre métal solide les caractères, 
Uttres et planches que les fondeurs, tailleurs et autres artisans ont accous- 
tumê faire en plomb, estain et bois.»» a quoy U luy sera besoing de faire de 
grandz fraiz, mises et despences dont il pourroit bien estre frustré par 
aucuns artisans ouvriers et imprimeurs, etc.» o 

99. Recepte véritable, par laquelle tous les hommes de la France 
pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors ; en 
ce livre est contenu le dessein d'un jardin, item, le dessein 
et ordonnance d'une ville de forteresse la plus imprenable 
qu'homme ouyt jamais parler, composé par maistre Bernard 
Palissy, ouvrier de terre, et inventeur des rustiques Figulines 
du Roy. La Rochelle, de l'impr. de B. Berton, 1563; petit in-4, 
vél. — 1 50 fr. 



102 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

106. Caprices de Francesco Goya. 80 planches à Teau-forte, y 
compris le portrait de l'auteur; gr. in-4, mar. rouge. [Hardj-.] 
— 380 fr. 

a Recueil de 80 planches allégorico-satiriqnes composées avec esprit » (Bra- 
net. Manttd du Libraire, t. II, col. 1685.) — Ces planches ont para à Madrid 
vei:s 1799. — Bel exemplaire, presque non rogné. » 

143. Recueil factice de pièces facétieuses en italien, poésies bur- 
lesques en patois de l'Italie, comédies, chansons, pièces popu- 
laires, etc., 55 pièces en 1 vol. pet. în-8, figures gravées sur 
bois, demi-rel. — 225 fr. 

a Recueil des plus curieux. Toutes ces pièces sont du zvi* siècle et en 
italien. » 

145. Œuvres de Corneille, première partie. Impr, à Rouen et se 
vend à Paris, chezJug, Courbé, 1648 ; front, gravé daté de 1645, 
portr. de Corneille, gravé par Michel Lasne, 2 fi. prél., 654 p. 
et 1 f. non chiffré. — Théodore, vierge et martyre (par le 
même). Impr, à Rouen et se vend à Paris, A, Courbé y 1646; 
4 fl. prél., 82 pages. Ens. 2 t. en 1 vol. pet. in-12; v. br. — 
550 fr. 

c Seconde édition originale collective de Corneille. — Exemplaire dans sa 
première reliure. » 

146. Le Théâtre François, par le sieur Corneille, auquel sont re- 
présentées les principales pièces qu'il a faites. Sans lieu, 1652 ; 
2 vol. in-12; mar. r., fil., dent. (Chambolle-Duru,) — 365 fr. 

<( Edition rare. Le tome I*** se compose du titre, 1 f. pour la table des deux 
Tolumes, cinq pièces avec pagination particulière : Le Cid, Horttee, Pompée, 
Le Menteur et la Suite du Menteur » Le tome II n'a pas de titre ni de feuillet 
préliminaire. Il contient cinq pièces, chacune avec pagination particulière : 
Théodore, Polyeucte, Cinna, Rodogune et Héradiu8, La première de ces pièces 
est datée de 1647 et porte dans un cartouche la mention suivante : Jouxte 
la copie imprimée à Rouen et se vend à Paris chez Augustin Courbé. Voici 
du reste ce qu'en dit M. Picot dans sa Bibliographie Cornélienne : « Nous ne 
connaissons de cette édition qu'un seul exemplaire appartenant à Bf. Benjamin 
Fillon, qui a bien voulu nous le communiquer. Cette édition clandestine a d& 
être détruite, car les exemplaires en sont de la plus grande rareté... tu,.. » 
~- La reliure de l'exemplaire est uniforme; les cartons ont été mis de même 
hauteur; bien qu'il y ait une différence de quelques millim. dans les maires 
de ces deux tomes, qui ont été complétés en deux fois et ainsi rapprochés l'on 
de l'antre à des intervalles différents. » 

149. Le Cid, tragi-comédie (par P. Corneille). Paris, Aug. 
Courbé, 1637 ; 4 ff. prél. et 128 pp. chiff. — La Suitte el le 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 103 

Mariage du Cid, tragi-comédie (par Chevreau). Paris ^ T. Qui- 
net, 1638 ; 4 ff. prél. non chiffr., et 108 pp. chifi. Ens. 2 pièces 
en 1 vol. pet. in-4, v. br., fil. — 570 fr. 

« Editions originales. Cet exemplaire da Cid, la première des deux pièces, 
est semblable à eeloi de la collection Goasin, cité par M. Picot. I/achevé d'im- 
primw porte la date du 24 mars 1637. — L'exemplaire du Cid est très court 
de marges, en tète; le titre courant est atteint. » 

154. Les œuvres de M. de Molière, reveues, corrigées et aug- 
mentées (publ. Vinot et La Grange). Paris ^ D, Thierry y 1682; 
8 vol. in-12, figures de Brisart et Sauvé, v. br. — 250 fr. 

« Première édition complète des oeuvres de Molière. » 

157. Le Misantrope, comédie de J.-B. P. de Molière. Paris y 
J, Ribouy 1667 ; frontispice gravé, in-i2, de 12 ff. prélim. et 
84 p., mar. citron. (David,) — 190 fr. 

« Edition originale. Sur les derniers feuillets de garde, M. Benjamin Fillon a 
consigné des réflexions sur les événements de 1870-71, qui se déroulaient pen- 
dant qne, loin du bruit et du tumulte, dans sa terre de Saint-Cjr en Tal- 
mondois, il achevait la lecture du Misanthrope, » 

167. Esther, tragédie, tirée de TEscriture sainte (par J. Racine). 
Paris y D, Thierry y 1689 ; in-4, fig. par Séb. Le Clerc, mar. r. 
[Hardy.] — 160 fr. 

a Edition originale. Hauteur : 247 millimètres. » 

168. Athalie, tragédie tirée de l'Ecriture sainte (par J. Racine). 
Paris y D, Thierry y 1691 ; in-4, fig. de J.-B. Corneille, grav. 
par Mariette, mar. r. [Hardy,] — 155 fr. 

d Edition originale d'Athalie. M. Cousin, dans le Jùumàl des sapants, 
octobre 1848, signale des différences essentielles entre l'édition originale in-4, 
qui est de beaucoup la plus rare, et celle en petit format. Hauteur des marges : 
254 millimètres. » 

1 76. La Hypnerotomachia di Poliphilo, (opus a Franc. Colunma 
compositum et a Léon. Crasso Veronensi editum). Finegiay in 
casa de figlivoli di Aldoy 1545; in-fol., demi-rel. mar. bl. — 
225 fr. 

it Cette édition est une réimpression, avec corrections, de celle d'Aide, 1499, 
et contient exactement les mêmes figures que la première édition. Elles sont 
tirées sur les planches originales. » 

185. Portulan de Gratioso Benincasa d'Ancône; pet. in-fol., cart. 
couv. en soie. — 505 fr. 

« Manoserit sur v^in, da xv* siècle, composé de 5 cartes coloriées es double, 
format in-folio, montées sur carton et collées dos à dos. Le nom de l'aatear de 



104 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ce portulan est indiqué à la 3* carte, au haut de laquelle «m lit cette ini- 
cription en lettres gothiques : Oraiiosus Benhteasa Anchonetanus eompoêuit 
Rome anno dni M, eeec. Ixvii, Ce portulan, daté de 1467, est parfaitement 
conservé. Il comprend la Méditerranée avec ses lies, les côtes d'Italie, de Pro- 
▼ence, de Languedoc, d'Espagne et d'Afrique. Deux autres cartes donnent le 
reste des cdtes et des tles de cette mer jusqu'à Constantinople et relérent 
toutes les côtes de la mer Noire, tant du côté de l'Europe que de l'Asie. L'Eu- 
rope baignée par l'Atlantique comprend une carte avec les côtes du Portugal, 
d'Espagne, de France et une paitie de la Hollande, de l'Angleterre, de l'Ecosse 
et de l'Irlande. Une des cartes les plus curieuses est celle qui indique les côtes 
d'Afrique du côté de l'Atlantique ainsi qu'une partie du Portugal. Parmi les 
lies de l'Océan, on remarque un groupe d'tles que Gratioso Benincasa qualifie 
« Insule fortunate Sancti Brandani ». Parmi ces tles on remarque Madère, 
les Canaries; d'autres sont appelées Isola dél Ferro (tle de Fer), Isola de 
Bracill, Isola de Ventura, Cholombi, etc.,. n 



VENTE 

DE LA 

COLLECTION DES LETTRES AUTOGRAPHES 

DE M. DUBRUNFAUT. 



La riche collection de lettres autographes de feu M. Du- 
brunfaut a commencé à se disperser. Elle comprenait prés 
de cent mille pièces de toute espèce et de tous pays, du 
XIV* siècle à nos jours. Une première série (chefs de gou^ 
çernement et princes) a été vendue les 29 et 30 janvier 
dernier. Les prix ont été beaucoup moins élevés qu a la 
vente de M. Benjamin Fillon ; peu de pièces, il est vrai, 
avaient Fimportance Jes documents réunis par celui-ci. Le 
catalogue, rédigé par M. Charavay, ne laisse pas d'être in- 
téressant, et nous croyons utile d'en extraire quelques no- 
tices, en indiquant le prix atteint par chaque pièce. 

4. LOUIS XI. — L. signée à son onde le duc d'Orléans, 18 no- 
vembre. Demi-p. in-4 oblong. — 27 fr. 

« Très jolie lettre par laquelle il le remercie des deux épées et do coateao 
qu'il loi a CBToyés. » 



PRIX ACTUEL DE LIVRES AUCIENS. 105 

ft. FRANÇOIS !•'. 

L. s. sor Télin, à son trésorier (Anet, 18 jaillet 1540), demi-p. in-fol. 
oblong (relative à l'iiiTeiitaire des papiers da feu chancelier de France, le car- 
dinal Duprat). — 6 fr. 

12. LOUISE DE SAVOIE, comtesse d'Angoulême, n. 1476, ré- 
gente de France pendant la captivité de son fils François I*'*', 
m. 1531. — L. a. s. à Charles-Quint; (1530), 1 p. in-fol. 
(Coll. d'Hunolstein,) — 300 fr. 

« Précieuse lettre historique où elle manifeste sa joie de la conclusion da 
mariage de son fils avec Eléonore d'Autriche, sœur de Charles-Quint, d 

14. CATHERINE DE MÉDICIS, n. 1519, femme d'Henri II 
(1533), m. 1589. — L. a. s. au vicomte de Turenne, 1 p. in- 
fol. Légères taches. — 85 fr. 

d Importante lettre où elle lui rappelle qu'il lui a promis de faire service au 
Roi et lui déclare que le moment est venu d'accomplir sa promesse. » 

15. CATHERINE DE MÉDICIS. — 9 1. s. à M. d'Ussac, gou- 
verneur de La Réole ; 1579-1580, 9 p. in-fol., traces de cachet. 
{CoU. Fossé' Darcosse,) — 125 fr. 

c Importante correspondance historique où elle parle de son entrée à la 
Réole, des troubles causés par les protestants, des désordres de Lan|i;on, de 
l'exécution de l'édit de pacification, du maréchal de Biron, etc. » 

16. MARIE STUART, reine d'Ecosse, n. 1542, femme de Fran- 
çois II (1558), décapitée en 1587. — P. s., sur vélin, comme 
reine douairière de France ; château de Sheffield, février 1582, 
demi-p. in-fol. oblong. — 200 fr. 

a Elle accorde à Jean Botz la première prébende qui vaquera. » 

17. CHARLES IX. — L. s. au duc de Longueville, gouverneur 
de Picardie. Blois, 3 mai 1572 ; 2 p. in-fol. {Collection Benj . 
Fillon,) — 21 fr. 

Pièce historique. Ordre au due de réparer les forteresses de Picardie et de 
surveiller les armements que le due d'Albe fait sous prétexte de réprimer les 
entreprises des Gueux. Fin de la lettre : « Il faut senllement mettre peine à estre 
bien et diligemment advertj des actions et deppartemens dudit duc, du costé 
qu'il fera tourner ses forces et du progrès des entreprises desdits Gueulx, car 
j'estime qu'il aura affaire à esteindre le feu qui est chez lui. 

24. HENRI IV. — L. s. au marquis de Pisany. (Mantes, 27 avril 
1593) ; 2 p. in-4, in-fol, cachet. (Coll. de Montigny.) — 24 fr. 

En chiffres avec traduction. Relative aux négociations avec le pape qui pré- 
cédèrent l'abjuration du roi. » 

26. MARGUERITE DE VALOIS, n. 1652, fille de Henri II, pre- 



106 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

mière femme de Hemri IV (1572), m. 1615. — - L. a. s. à Cat* 
herine de Médicis (1579) ; 4 p. in-fol. — 200 fr. 

« Saperbe lettre historique où elle l'assure que son mari a la meilleare to- 
lonté de conclure la paix, a Nous partons dans trois jours pour aller à Nesrae 
où le roi mon mari a mandé ceux du conseil establi par tous, Madame. Il a 
aussi escrit à Monsieur le maréchal de Biron de venir. . . » Détails fort cu- 
rieux sur les projets de mariage du prince de Condé avee Mademoiselle de 
Yaudéniont. Départ du vicomte de Turenne (depuis maréchal de Bouillon) 
qui va s'embarquer à La Rochelle pour la Flandre, c non pour ancone mené 
ni pratique que pour voir de la gaire et acquérir de la resputation et de 
l'expérianse. )> 

28. MARIE DE MÉDICIS. — L. s. avec la suscription et 4 lignes 
autographes, au duc de Bouillon (1632); 1 p. in-4y cachet en 
soie. — 16 fr. 

Prie le duc de recevoir dans Sedan son fils Gaston, qui n'a plus d'autre asile. 

29. LOUIS XIII, n. 1601, roi en 1610, m. 1643. — L. a. s. au 
prince de Condé; Paris, 18 déc. 1626, 1 p. in-4, cachet brisé. 
Très légère déchirure dans un angle. — 46 fr. 

« Superbe lettre dans laquelle il lui annonce qu'il a fiait nnc assemblée de 
notables en sa ville de Paris a pour avoir leurs advit sur les r^lements que je 
désire faire pour la réformation de mon estât. » 

32. LOUIS XIV. — L. a. s. au maréchal de Catinat; Versailles, 
22 août 1690, 1 p. 1/2 in-4, cachet. Légères taches. — 300 fr. 

« Précieuse lettre où il le félicite de la victoire de Staffarde (remportée par 
Catinat, le 18 août, sur le prince Eugène). « L'action que Toot vméa de 
faire me donne tant de joie que je suis bien aise de vous le dire moy même 
et de vous assurer que je vous sais le gré qu'elle mérite. Elle n'augmente 
pas l'estime que j'avois pour vous, mais elle me fait connaître que je ne me 
suis pas trompé quand je vous ay donné le commandement de mon armée. . • » 
La minute autographe de la réponse de Catinat est sur le recto du deuxième 
feuillet. » 

33. Réponse de 20 lignes autographes sur un rapport autographe 
du duc d'Antin, daté de Versailles, 6 juillet 1708. — 40 fr. 

Sur les réparations à faire aux châteaux de Marlj et de Saint-Germaia-en- 
Laye. 

36. LOUIS XV. — L. a. s. (au duc de Nivemois); Versailles, 
4 février 1756. 1 p. in-4. — 200 fr. 

« Importante lettre historique où il exprime sa satisfaetion des sentiments 
que le roi de Prusse (Frédéric II) a témoignés à son égard. « Je ne puis pins 
cependant doutter de l'existence de eeux (les engagements) qui le Hmt aetnelle- 
ment avec l'Angleterre et ee n'est que d'après une connoissanee précise des 
conditions qu'ils renferment que je pouray fixer mon jogement sar les avas* 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 107 

tages récîproqoei qui résolteroient pour moj et pour le Roy de Prusse d'un 
renonyellemeiit d'alliance entre nous . . . )> 

38. MARIE LECZINSKA, n. 1703, fiUe du roi de Pologne Sta- 
nislas Leczinski, femme de Louis XV (1725), m. 1768. — L. 
a. s. au cardinal de Fleury ; ce 7 (mai 1729), 1 p. în-4, cachets 
et soies. — 44 fr. 

c Superbe lettre où elle le tranquillise sur l'état de sa santé et exprime son 
contentement du choix que le Roi a fait du nouvel archevêque (Yintimille, 
nommé archevêque de Paris à la place du défunt cardinal de Noailles). a Vous 
ne me devez pas remercier des marques de confiance que je vous donne, puis- 
que je vous ai choisi pour mon résident auprès du Roy. » 

39. LOUIS XVI, n. 1754, roi en 1774, décapité le 21 janvier 
1793. 

{• L. aut.; (7 mars 1776), 1 p. 1/2 in-S. — 34 fr. 

a Pièce historique. Il demande que le Parlement procède à l'enregistrement 
de ses édits qui ont ponr objet d'assurer l'abondance dans Paris, de délivrer le 
commerce d'une gène qui lui était préjudiciable et de pourvoir au soulagement 
de ceox de ses sujets qui ne subsistent que par leur travail et sont les plus 
exposés à l'indigence. » 

2^ Billet de 4 lignes aut. à Malesherbes, 1/2 p. in-18. Légères 
taches. 

■ 

41. LOUIS XVI. — Dossier de 9 pièces sur la fuite de Louis XVI 
et sur l'arrestation de celui-ci à Varennes. — 150 fr. — En 
voici l'analyse : 

lo L. a. s. du procureur syndic Beville à Pastoret; 21 juin 
1791, midi, 1/2 p. in-fol. 

« On assure que le Roi est parti de Paris, ce qui donne lieu à beaucoup d'in- 
qniétnde. Demande de nouvelles et d'instructions, v 

2® L. S. de BailljTy maire de Paris, à Pastoret; (21 juin 
1791), 1/4 de p. in-fol. 

o n mande qu'il n*est arrivé aucune nouvelle à l'Hôtel de Ville. » 

3* L. a. S. de Royer^Collard (le célèbre philosophe), secré- 
taire-grefiSer adjoint de la municipalité de Paris, à Pastoret ; 
(21 juin 1791), 1 p. in-fol., vig. 

a Résumé de la première enquête faite aux Tuileries par les officiers muni- 
cipanx de Paris sur la fuite du roi. Très cnrienx document, m 

k^ Copie certifiée conforme par les députés du Rhône-et- 
Loire de la lettre des officiers municipaux de Sainte-Méné- 
hould; 22 juin 1791, 3 p. in-fol., cachet. 
« Ils annoneent que le sieur Dronet, maître de poste, vient de se mettre à 



108 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

la poursuite de Toitures qui sont suspeetes et qui ont pris la ronte de Va- 
rennes. » 

5® L. a. 8. de Lavarenne ; Metz, 23 juin 1791, 2 p. ia-fol. 

<( Il mande que la municipalité de Verdun lui a fait part de l'arrestation de 
Louis XVI à Varennes et a sollicité des secours. Il a fait partir ansaitM 
12 pièces de canon escortées par 200 hommes de troupes de ligne et 50 gardes 
nationaux. » 

6** Copie certifiée œnforme par Lavarenne, de la délibération 
des corps administratifs de Metz; 23 juin 1791, 1 p. in-4. 

« Ils requièrent M. de Lavarenne de leur remettre les clefs de la ville de 
Metz. » 

7® L. 8. de Desmousseaux à Pastoret; Paris, 24 juin 1791, 
3/4 de p. in-fol., tête impr. et vig. 

« n craint que la foule qui accompagnera le cortège du Roi soit la cause de 
beaucoup de désordres et rende la police de Paris très difficile. « Ne seroit-ee 
pas le cas de soumettre cette réflexion à l'Assemblée nationale et ne ponrroit- 
elle pas décréter quelques mesures à cet égard ? » 

8^ V ,^,^2LT Alexandre Beauharnais et quatre autres députés ; 
Paris, 25 juin 1791, 1 p. in-fol., vig., tête impr. et cachet. 

« L'Assemblée nationale autorise son président à envoyer au département les 
clefs de la voiture du roi qui viennent de lui être remises, a 

9** P. S. par Gallien, Leprince et Desprez; 25 (juin 1791), 
3 p. in-4. 

« Compte-rendu de la présentation de MM. Dronet et Guillaume (qui avaient 
arrêté Louis XVI) au Conseil général du département de Paris. On leur dé- 
cerne des couronnes et on demande qu'il soit frappé une médaille en leur bon* 
neur. On arrête également qu'il faudra réclamer une garde particnlière pour le 
Roi, la Reine et le daupbin. » 

43. MARIE-ANTOINETTE, n. 1755, femme de Louis XVI (1770), 
décapitée le 16 octobre 1793. — L. aut. au garde des sceaux, 
3/4 de p. in-8. — 50 fr. 

«c Jolie pièce. La reine prie M. le garde des sceaux de faire placer nn. in- 
duite qu'a M. le cbevalier Théodore de Lameth, et dont Bftadame de Lamballe 
lui a déjà parlé de sa part, sur l'abbaye de Coulon, qui a été nommé hier, on 
sur celle de Bourgeuil, qui doit l'être incessamment... » 

46. LOUIS XVII, n. 1785, second fils de Louis XVI, m. 1795. 

— Devoir d'écriture autographe signé Louis Dauphin, 1 p. in-4. 

— 100 fr. 

a Précieux autographe provenant de M. Jourdan Domesnil, maître d'écri- 
ture du dauphin. » 

49. NAPOLÉON !•', n. 1769, empereur en 1804, m. 1821. — 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. t09 

L. aut., sig. Buonaparte, lieutena/it^colonel, aux officiers muni, 
cipaux de Bonifado; Olmette, 11 janvier (1793), 1 p. in-4. — 
1,000 fr. 

« Précieuse pièce, écrite comme lieutenant-colonel des volontaires nationaux 
d'Ajaccio. « Nous arriverons demain dans votre ville, en conséquence de l'ordre 
da général Paoli, commandant de la division. J'aurois avec moi deux com- 
pagnies. Les sergents • major de logement arriveront une heure avant. Je 
connois votre zèle et votre civisme et je ne doute point de votre activité 
pour que U troupe ne manque de rien. Nous partirons incontinent pour Bo- 
nifaccio. » 

54. NAPOLÉON I". — L. aut., sig. Bp, (à son oncle Fesch) ; 
Paris, 21 fructidor (an 111), 1 p. 1/2 in-8. — 300 fr. 

a Précieuse lettre, a L'on est ici très tranquille. L'on a très tort de voir les 
choses au tragique. La République, puissante au dehors, saura bien rétablir 
la police au dedans. La famille et Louis se portent bien. Je suis très content 
de ce dernier. Il mérite toute mon amitié et est digne de mes soins. » — Il 
dit en post-scriptum : a Rien de nouveau de la Vendée ni du Midi, si ce n'est 
que la Convention a fait des décrets très sévères pour les prêtres et les 
émigrés. » 

56. NAPOLÉON P^ — L. s. à Bernardin de Saint-Pierre ; Paris, 
23 frimaire an VI, 1/2 p. in-4. (Coll. Lajarriette.) — 50 fr. 

«( Curieuse épitre où il le remercie de l'envoi de ses ouvrages. « Votre plume 
est un pinceau. Il manque à la Chaumière indienne une troisième sœur. Vous 
vous donnerez par là le tems de finir votre grand ouvrage en satisfaisant l'im- 
patienee du public. » 

59. NAPOLÉON !•'. — Apostille signée, comme premier consul, 
sur un rapport à lui adressé ; Paris, 1 5 floréal an VllI, 5 p. in- 
fol., vig. et tête impr. — 61 fr. 

a Important document historique. C'est le rapport sur le plan et sur les 
fnis d'une expédition de découverte proposée par l'Institut. Ce voyage aurait 
pour but d'explorer la côte du sud-ouest de la Nouvelle-Hollande où les Euro- 
péens n'ont pas encore pénétré; le capitaine Baudin est désigné pour être le 
chef de l'expédition. — Bonaparte approuve le projet. (L'expédition eut 
lien, mais Baudin n'en revint pas; il mourut à l'Ilc-dc-France le 16 septembre 
1803.) 

60. NAPOLÉON P'. — L. a. s. (à Madame Danès); la Malmai- 
son, 23 floréal (an VIIÏ), 1/2 p. in-8. [Coll. Lajarlette,] — 
205 fr. 

a Précieuse lettre, dont voici le texte : « Je vous envoie, Madame, 10,000 fr. 
Je vous remercie de vous être adressée à moi. Je serai toujours fort aise de 
trouver l'occasion de vous être agréable. » 

63. NAPOLÉON V\ — Apostille de quatre lignes aut. sig. Na- 



110 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

poléon sur une lettre aut. sig. à lui adressée par le maréchal 
Rochambeau; 14 ventôse an XIII, 1 p. 1/2 in-4. — 40 fr. 

a Pièce historique dans laquelle le maréchal Rochambeau proteste aTee la 
plus grande énergie contre les inculpations dont on accable son malheu- 
reux fils, prisonnier des Anglais. — Napoléon renvoie le maréchal à Bari>é- 
Marbois. » 

68. NAPOLÉON I". — L. s. iV., au duc d'Otrante; Dresde^ 
30 août 1813, 1 p. in-4. [Coll. Lajarriette.) — 39 fr. 

(( Importante lettre, relative à la victoire qu'il a remportée le 21 an delà da 
Boher, sur Tarmée russe et prussienne et celle qu'il a remportée depuis devant 
Dresde, sur la principale armée autrichienne, russe et prussienne eommandée 
par l'empereur Alexandre et forte de 200,000 hommes : « Je lui ai fait 30,000 
prisonniers et enlevé cinquante pièces de cancm, trente drapeaux et huit cents 
voitures ou caissons. Au nombre des prisonniers se trouvent plusieurs généraux. 
Mon avant-garde poursuit vivement l'arrière-garde de l'armée ennemie qui est 
acculée aux montagnes de la Bohême, tandis qu'un de mes» corps déborde cette 
armée sur sa droite, ce qui promet encore déplus gvands succès... » 

69. NAPOLÉON P'. — Lettre à écrire au maréchal Sainte Cyr, 
pièce écrite par Menneval et portant neuf lignes autographes 
de Napoléon ; (7 sept. 1813), 8 p. in-fol. — 31 fr. 

(( Précieux document historique. Au nom de l'empereur, Menneral demande 
à Gourion Saint-C jr des renseignements sur la bataille de Dennewits (perdue 
par les Français le 5 septembre) et lui donne des instructions militaires. » 

70. NAPOLÉON P'. — L. aut. sig. iV., à Timpératrice Marie- 
Louise ; Fontainebleau, le 20 (avril 1814], à neuf heures du 
matin, 3/4 de p. in-8 papier doré sur tranche et enveloppe. 
[Coll, Lajarriette >^ — 3,800 fr. 

« Précieuse lettre, écrite le jour même où il quitta Fontainebleau pour se 
rendre à l'île d'Elbe, En voici le texte : 

« Ma bonne amie, je pars pour coucher ce soir à Briare. Je partirai demain 
matin pour ne plus m'arréter qu'à Saint-Tropez. Bausset qui te remettra cette 
lettre te donnera de mes nouvelles et te dira que je me porte bien et que j'es- 
père que ta santé se soutiendra et que tu pourras venir me rejoindre. Mon* 
tesquion, qui est parti à 2 heures du matin, doit t'étre arrivé. Je n'ai point de 
tes nouvelles d'hier, mais j'espère que le fourrier du palais me rejoindra ee kht 
et m'en donnera. Adieu, ma bonne Louise. Tu peux toujours conté sur le 

courage, la constance et l'amitié de ton époux, 

ff N. 

» Fontainebleau, le 20, à 9 heures du matin. 

n Un baiser au petit roi. » 

(Cette lettre, la dernière que Napoléon ait adressée à sa femme, fut confiée 
au préfet du palais Bausset. Celui-ci n'arriva aux Tuileries que lorsque Marie- 
Louise en était partie et ne put lui remettre cette lettre qu'elle ne connut 
jamais. H la conserva donc et c'est de sa petlte-fiUe que M. de Lajarriette 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 111 

acquit ce précieux autographe. En 1860 ladite lettre figura, sous le n" 2242, 
dans le catalogue de la collection de ce célèbre amateur, et elle fut achetée par 
M. Dubmnfaut au prix de 1,200 fr.) 

71. NAPOLÉON P'. — Apostille de 3 lignes aut. sig. I^apol. et 
corrections autographes sur un rapport autographe du général 
Drouot; Paris, 27 mars 1815, 1 p. in-fol. — 65 fr. 

(f Pièce historique, écrite pendant les Cent-Jours. Drouot propose une gra- 
tification pour les officiers qui ont suivi l'Empereur depuis Porto-Ferrajo. — 
Napoléon augmente presque tous les chiffres et porte la gratification de 
28,300 à 35,600 fr. 

72. NAPOLEON !•'. — Pièce autographe, avec ratures et correc- 
tions, 1 p. in-fol. (Coll. Lajarriette.) — 35 fr. 

(( Précieuse pièce écrite à Sainte-Hélène, d'où elle fut rapportée par le général 
Montholon. C'est une note fort intéressante sur la construction des ponts et 
pontons pour le passage des troupes. » 

73. NAPOLÉON I«'. — Pièce autographe, écrite à Sainte-Hélène, 
1 p. in-fol. oblong. — 300 fr. 

a Précieuse pièce. C'est le plan de la maison qu'il habitait à Sainte-Hélène. » 

74. NAPOLÉON I". — lo 7 1. a. s. et 1 1. s. de Bourrienne, 
secrétaire de Napoléon P*^ ; an X-1821, 8 p. in-4. — 2° Notes 
sur le prétendu manuscrit de Sainte- Hélène^ manuscrit auto- 
graphe de Bourrienne; (mai 1817), 18 p. 1/2 in-4. — 500 fr. 

« Important document historique dans lequel Bourrienne s'élève contre l'au- 
thenticité d'une publication faite sur un prétendu manuscrit venant de Sainte- 
Hélène. Très curieux détails. » 

82. JOSÉPHINE DE BEAUHARNAIS, n. 1763, femme de Bona- 
parte en 1796, m. 1814. — L. aut.,' sig. Lapagerie de Beau- 
harnoisy à M...; Fontainebleau, 8 mars 1786, 2 p. 1/2 in-4. — 
300 fr. 

<i Précieuse lettre sur ses démêlés avec son premier mari, Alexandre de Beau- 
harnais. Elle parle des arrangements qu'elle désire prendre pour payer ses 
dettes. « Je ne peux croire que les vues de M. de Beauhamois en me faisant 
demander l'état de mes effets ne soient que pour s'épargner des surprises ; de- 
puis son retour de la Blartinique il a rebuté presque tous les mémoires qui lui 
ont été présenté, en promettant de les payer si je reconnaissoit que ces dits 
mémoires étoient véritable, je n'ay pas refusé de le faire puisque le marchant 
avoit foumy sa marchandise et que l'ouvrier avoit travayé ; mais tous ces objets 
ne sont point resté à ma posession ; M. de Beauhamois a tout fait vendre 
aussitôt son arrivée à Paris, il doit mieux sçavoir que personne ce que sont 
devenus les meubles; je luy ay envoyer par la gouvernante de son fils il n'y a 
pas un mois la note de ce que j'ay en ma poscession qui consiste en très pen de 
chose. Quant aux bijoux et diamant, j'ay été bien surprise d'une note que m'a 



112 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

remis moa beau père, il y a quinze jours, qui lui a été adressée par le jouallier 
qui les avoit fourni : c'est le compte totale de tout ce qu'il a fourni à M. de 
Beauhamois pour son mariage, dans lequel il se trouve beaucoup d'objets pour 
lui, et qui lui ont servi à faire des présents, il demandoit que je reconnusse 
avoir reçu touts ces objets, cela lui étoit, disoit-il, nécessaire pour ces arrange» 
ments avec M. le vicomte. J'ay répondue à ce jouaillier que je ferois un faux 
en convenant de ce qu'il désiroit, mais que je lui envoyois volontiers la note de 
ce que j'avois reçue de M. de Beauharnois et qui étoit en ma poscession. Cette 
note a consisté dans une paire de girandolle, une paire de bracellet, une 
montre et son cordon garnie de petit diamant... » 

85. JOSÉPHINE DE BEAUHARNAIS. — Lettre signée de Rose- 
Claire des Fergers de Sannois, femme de Joseph Tascher de 
la Pagerie, mère de l'impératrice Joséphine, au marquis de 
Beauharnais; septembre 1783, 3 p. 1/3 in-4. — 350 fr. 

a Très curieux document. C'est une copie ou minute de la lettre que la mère 
de Joséphine adressa au père de son gendre pour se plaindre de la conduite de 
celui-ci (qui venait d'intenter à sa femme un procès en séparation). Elle fait un 
triste tableau de la conduite qu'avait menée Alexandre de Beauharnais pendant 
son séjour à la Martinique et parle de l'amour que lui a inspiré Madame de 
Longpré. C'est cet amour qui lui fait demander à se séparer de sa femme, a II 
n'est guère possible que ma fille puisse rester avec lui, à moins qu'il ne lui 
donne des preuves bien sincères d'un véritable retour et d'un parfait oubli..» 
Qu'il est douloureux pour moi d'être séparé d'elle, et de me rappeler tous les 
dangers qu'elle a couru pour se rendre malheureuse. Nous sommes, Monsieur, 
tous mortels; si elle venait à avoir le malheur de vous perdre, à quels maux ne 
serait-elle pas exposée. Pour les prévenir, vous me rendriez le plus grand des 
services, si vous pouviez obtenir de son mary de la laisser venir répendre ses 
larmes et ses chagrins dans le sein de ses honnestes parenls, je vous le demande 
même au nom de toute l'amitié que vous avez pour elle, car peut-elle encore 
vivre avec un mary qui est assez foible pour employer les promesses et l'argent 
pour se couvrir de honte, en achetant le déshonneur de sa femme. O ma pauvre 
fille, toutes vos peines sont dans mon sein, elles ne me laissent de repos ni 
jour, ni nuit, venés mêler vos pleurs à ceux d'une tendre mère, toutes vos 
amies vous rendent justice, vous aiment toujours et vous consoleront, rendes la 
moi, Monsieur, et vous me donnerés une nouvelle existence. Le vicomte a jugé 
de tontes les femmes par celles qu'il a connues, mais il est encore de l'honneur 
et de la vertu, si elle est devenue plus rare depuis la guerre, qu'il y croye en- 
core, et s'il est juste il le doit, sa triste prévention a pour jamais empoisonné 
le reste de mes jours. Adieu, Monsieur, je vous recommande ma fille, vous êtes 
bon père, bon ami, judicieux, c'est cette persuasion qui adoucit en quelque 
façons mes maux et mes chagrins, je vous recommande mes ]>ctits enfants, don- 
nés-moi, je vous prie, de leurs nouvelles... » 

86. MARIE-LOUISE, n. 1791, deuxième femme de Napoléon 
[18i0), m. 1847. — L. a. s. à sa chère maman (Letizia Bona- 
parte) ; Saint-Cloud, 22 août 1812. 1 p. 1/2 in-4. — 200 fr. 

a Superbe lettre où elle s'informe de sa santé et de celle de la prince5se 



\ 



PRIX 4<yFl}Pi DJË UVI^S ANCIENS. 113 

PauUne et de la reii^ d*£spagoe* Elle a ceçu d'excellentes nouvelles de TEin- 
pcceur qui est toujours à Titritep^ e^ se montre très content de la marche des 
«fiaires. Son fils mfarctie tout seul et a bien grandi, mais il ne veut pas encore 
parler. Elle vit très solitaire à Saint-Cloud, car elle fuit les distractions pour 
se liyrer à son chagrin, a II faut se borner à faire des vœux pour que ces in- 
tpiiétades finissent bien vite et pour que nous puissions voir revenir victorien:^ 
Ters nous l'Empereur, car je sens que je ne pourrois être heureuse que dans ce 
moment. » 

89. NAPOLÉON II, duc de Reichstadt, fils unique de Na- 
poléon 1er, n. 1811, m. 1832. — Minute de lettre autographe, 
en français, avec sa signature au crayon en tète de la pièce, 
1 p. 1/2 in-4. [Coll, Lajarriette.) — 55 fr. 

a Belle lettre à un grand personnage autrichien, qui a été proposé pour la 
place de gouverneur militaire des provinces ultramontaines. » 

90. LOUIS XVill, n. 1755, roi en 1814, m. 1824. — L. a. s. 
au procureur général du Parlement de Paris; Compiègne, 
19 août 1774, 1 p. in-4. [Ck)lL Fossé Darcosse.) — 40 fr. 

« Curieuse épttre sur l'achat de la terre de Brunoy. Il consent à laisser à 
M. de Brunoy la jouissance de cette terre sa vie durant. « J'en attends toutefois 
que la chasse fasse partie de mon marché. C'est ce dont je désirois principale- 
ment pouvoir jouir tout à l'heure, sans cependant en vouloir priver M. de Brunoy 
po'sonnellement. » 

108. ANGOULÊME (Charles de Valois, ducd'), fils naturel de 
Charles IX et de Marie Touchet, n. 1573, m. 1650. — L. a. s. 
au cardinal de Richelieu; 30 (septembre 1627), 1 p. in-fol., 
cachet et soies. [Coll. Fossé Darcosse,) — 31 fr. 

(I Pièce historique où il lui rend compte des opérations du siège de La 
Rochelle, a ... Le frère de M. Darras a été tué d'un coup de canon. Les Anglais 
ont perdu plus de 200 hommes. J'ai fait br&ler aujourd'hui tous les moulins 
qui étaient près de La Rochelle, excepté celui de Saint-Nicolas. Les ennemis 
étoient sortis; mais, avec une fuite honteuse, on les a chassés jusque sur la 
contrescarpe. . • n 

114. LOUIS, DUC DE BOURGOGNE, petit-fîls de Louis XIV. — 
L. a. s., datée du camp de Lovendeghem (23 juillet 1708), 
4 p. 1/2 in-4. — 14 fr. 

Ecrite quelques jours après la prise de Gand et la défaite d'Oudcnarde. Le 
dae pense que les ennemis n'oseront pas entreprendre le siège de Lille. 

132. LOUISE-MARIE DE FRANCE, fille de Louis XV, religieuse 
carmélite, n. 1737, m. 1787. — L. a. s. au comte de Ver- 
gennes ; 15 sept. 1776, 3/4 de p. in-4 ; cachet. — 205 fr. 

ff Très curieuse lettre. Elle demande la prq|^J(jqn de M. de Vergennes pour lu 
1883. 6 



114 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

poète Gilbert auquel elle désire que l'on accorde la première pension vacante- 
sur la Gazette de France. Ce jeune homme a consacré ses grands talents poé» 
tiques à la défense de la religion, et il importe, par ces bienfaits, de lui enlever 
la tentation de se jeter dans le parti opposé, où il trouverait une fortune 
brillante. » 

133. LOUISE-MARIE DE FRANCE. — L. a. s.; 23 sept. 1783, 
1 p. in- 4. Belle pièce. — 100 fr. 

134. LOUISE-MARIE DE FRANCE.— L. a. s.; 10 févr. 1786, 
3/4 de p. iri-4. Jolie pièce. — 80 fr. 

135. LOUISE-MARIE DE FRANCE. - L. a. s. au marquis de 
Brienne; 23 ocl. 1787, 1 p. in-4, cachet. (Coll. Fossé- 
Darcossc). — 100 fr. 

« Superbe lettre, écrite deux mois avant sa mort et relative aux Carmélites 
de ?ieufchâtcnu. » 

139. BERRI (Charles-Ferdinand, duc de), fils de Charles X, n. 
1778, assassiné en 1820. — L. a. s. au comte Etienne de 
Damas; Blankemburgh, 21 nov. 1797, 1 p. in-4 (Coll. 

Chambry). — 17 fr. 

(( Très belle lettre où il mande que le duc d'Enghien est déjà arrivé à 
Vienne. » 

143. CHARLES LE TÉMÉRAIRE, duc de Bourgogne, rival de 
Louis XI, n. 1433, tué en 1477. — L. s., en latin, au duc de 
Milan; de son camp, 22 avril 1476, 1/2 p. in- fol. oblong, trace 
de cachet. Tachée d'humidité. — 55 fr. 

<( Intéressante lettre où il parle des évéchés de Mayence et de Cologne qui 
doivent être prochainement pourvus d'un titulaire. » 

153. DUNOIS (Jean d'ORLÉANS, comte de), fils naturel du duc 
Louis, dit bâtard d'Orléans, un des plus illustres guerriers du 
XV® siècle, compagnon de Jeanne d'Arc, n. 1403, m. 1468. — 
L. s., avec la souscript. aut., à MM. de la chambre des comptes 
du roi à Paris; Rouen, 30 octobre, 1 p. in-4. (Coll, Lajar- 
riettej. — 50 fr. 

n Superbe et précieuse lettre on il les prie de (aire an plus tôt la vérification 
des lettres de noblesse accordées par le Roi à Pierrot le Serf en raison des 
grands services rendus par celui-ci alors que la Normandie était an pouvoir des 
Anglais, n 

157. ORLÉANS (Gaston, duc d'), fils de Henri IV, frère unique 
de Louis XIII, n. 1608, m. 1660. — L. a. s. au cardinal 
de Richelieu ; Paris, 28 août 1628, 3 p. pi. in.4, cachet et 
soies. — 27 fr. 

a II désirerait être mis à la tète de Texpédition contre les Anglais et parle 
des affaires de la guerre pendante. » 



\ 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 115 

158 ORLÉANS (Gastoa d'). — L. s., Paris, 14 juillet 1650; 1/2 
p. in-fol. — 11 fr. 

Ordre de payer 1800 1. t. au sieur Bruno, (( notre introducteur des ambas- 
sadeurs et garde de nostre cabinçt de raretés, b 

160. ORLEANS (Marguerite de Lorraine, duchesse d'). — P. s.; 
Bruxelles, 2 déc. 1634, 3 p. in-fol. — 205 fr. 

« Importante pièce. Etat de certaines sommes payées par son ordre. Parmi 
les personnages on remarque le grand peintre Van Dyck, qui reçoit 200 livres 
pour le portrait de la duchesse, Henri Çuars, peintre anglais, pour un portrait, 
Prompy professeur de luth, etc.» 

168. LOUIS, DUC D'ORLÉANS. — L. a. s. au cardinal Fieury 
(1732); 2 p. in-4. — 10 fr. 

(( Envoi d'une lettre de l'abbessc de Chellcs, sa sœur, qui donne sa démission; 
il proteste contre la demande qu'elle fait de l'abbaye de Saint-EIoy. Il craint 
des scandales d'une tête comme la sienne, m 

171. ORLÉANS ( Charlotte- A glaé d'), sœur du précédent, du- 
chesse de Modène, une des maîtresses du maréchal de Riche- 
lieu, n. 1701, m. 1761. — L. a. s. au Roi; 30 sept. 1739, 1 p. 
in-fol. Très rare, (Coll. Fossé- Dar cosse,) — 105 fr. 

« Superbe lettre où elle le remercie de lui avoir fait part de la célébration 
du mariage de Madame. )) 

199. ENGHIEN (Louis-Antoine-Henri de Bourbo.n, duc d), 
n. 1772, fusillé par ordre de Napoléon dans les fossés du châ. 
teau de Vincennes, le 21 mars 1804. — L. a. s. (au baron de 
Flachslanden) ; Mulheim, 1®"^ nov. 1795, 1/2 p. in-4. Très rare, 
(ColL Fosse'-Darcosse ,) — 75 fr. 

« II lui accuse réception du paquet qu'il lui a envoyé, d 

211. LÉOPOLD, duc de Lorraine en 1690, n. 1679, m. 1729. -- 
L. a. s. à Fournier; Lunéville, 25 oct. 1704, 3 p. 1/2 in-4. — 
45 fr. 

« Superbe lettre. Ayant appris que le général Marlborough marchait pour 
s'emparer de Trêves, il lui envoie une lettre pour demander à ce général de 
respecter ses États. » 

212. ÉLISABETH-CHARLOTTE D'ORLÉANS, fille du frère de 

Louis XIV, femme du précédent, n. 1678, m. 1744. — L. a. 

s. à Louis XV; Lunéville, 1" déc. 1736, 2 p. in-fol. (Coll. 

Fossé' Darcosse), — 40 fr. 

a Snperibe lettre où elle lui annonce le prochain mariage de sa fille aînée 
avec le roi de Sardaigne. » 



116 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

215. GUISfi (Claude d« Lor&aute, duc d^), cbef do cette iUuftre 
maison, n. 1496, m. 1550. — L. s., avec la souacriptîoQ aut., 
au duc de Mautoue; Bordeaux, 1*^^ juillet, dp. in-fol, cachet. 

— 40 fr. 

(( Il lui avait demandé pour son écujer d'écurie des harnais de giun7% 
desquels le duc veut lui faire présent. II le remercie de très bon cœur et loi 
fait en retour des offres de service. » 

235. LONGUE VILLE (Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse 

de), la célèbre frondeuse, n. 1669, m. 1679. — L. a. s. àScu* 

déry; Moulins, 29 août, 3 p. in-8, cachet et soies. Fortement 

tachée d'eau (Coll, Rathery). — 42 fr. 

(( Très belle lettre. Elle a mandé à M. Chapelain ses sentiments sur Marie, 
(( Il vous les auroit dit sans doutte si il ne s'étoit pas imaginé que vous les 
devinés aysément et que vous estes fort persuadé que les gens qui n'ont 
pas tout à fait méchant goût ne peuvent qu'admirer ce qui part de votre 
esprit. » 

240. BONAPARTE (Charles de), père de Napoléon I", n. 1746, 
m. 1785. — L. a. s. à un ami; Ajaccîo, 1 9 déc. 1781,2p.in-4. 
Très rare. — 510 fr. 

Relative à des travaux qu'il dirige. 

241. BONAPARTE (Lœtitia), femme du précédent, n. 1750, 
m. 1839. — L. s. Vostra aff^* Madré à son fils Lucien; 
Paris, 12 décembre 1809, 3 p. in-4. {Coll, Fossé- Darcosse,), — 
52 fr. 

(( Curieuse épttre où elle l'engage à divorcer. «... L'empereur va faire 
divorce avec l'impératrice, la chose est décidée et ne tardera pas à être publiée. 
On ne s'occupe plus que des formes. Louis va aussi se séparer d'avec sa femme, 
mais sans faire divorce. . . Ne vous montrez pas ohHiné, mon cher fU», poar 
faire ce qu'on vous demande. J'espère qu'il ne se passera pas longtemps que 
nous serons tous contents... » 

242. BONAPARTE (Joseph), frère aîné de Napoléon, roi de 
Naples, puis d'Espagne, n. 1768, m. 1844. — L. aut., sig. 
Buonapartey-d un ami; Ajaccio, 10 nov. 1790, 3 p. 1/2 in-4.-r- 
610 fr. 

a LsTTas dxb pli» cvaiBuns où il te déclare partiaim de la Hévolutiom. 
parle avec orgiMil de la noblesse de sa Camille, a Dès le onzième siècle l'nn de 
mes ançaitres fut exilé de Florence; sa puissance donnoit ombrage i la répu- 
blique. Cet acte est authentique. TTons avions encore en Toscane nne commen- 
deric de Saint-Etienne, il j a six ans. Lorsqne J'j ai faits m ▼•iage, il y a un 
an, j'j ai été bien tA du Gmui Duc «etoeUMaffit CMiptwv. it < ia a s fli ^ des 
prétentions et j'ai même un procès pour une snccesaios ^oitMUnMt qam }9 iw 



f 

i* 



PRIX ACrrOEL DE LIVRES ANCIENS. Ii7 

▼ois cq>eadciit q«e bien dans l'éloignenent. D«pois qme nous sommes en Corse, 
nous sTons été alliés aux premières maisons de l'isle, aux d'Omano, aax 
Colonne^ etc. » Il sont beaucoup d'enfants; son frère l'officier (Napoléon) Ta 
en emmener un à Paris. Intéressants détails. » 

243. JOSEPH BONAPARTE. — L. a. s. à LHcien Bonaparte. 
Naples, 24 nov. 1806, 1 p. in-4. (Coll. Lajarriette,) — 12 fr. 

Curieuse lettre sor le brigandage dans le sud de l'Italie et les intrigues des 
Anglais. 

244. BONAPARTE (Joseph). L. a. s. au maréchal Jourdan ; New- 
York, 9 sept. 1830, 2 p. m-4. — 30 fr. 

« Témoignage d'nne vive affection, et approbation de ses opinions et de ses 
principes qui sont les siens aussi. «... Je suis ami ainsi que vous de la liberté 
et de l'ordre, je n'ai pas tardé à me rendre ici à la suite des nouvelles arrivées 
par Londres, sur les événements glorieux de la fin de juillet à Paris.. . Si je 
n'avois vu le nom du duc d'Orléans parmi les nouvelles autorités, je serois 
arrivé en même temps que ma lettre. — Je sais ce que peuvent ici ceux qui 
s'occupent de diplomatie, pour la paix de la France et de l'Europe; je pense 
comme eux que Napoléon II auroit dû être proclamé, avec une régence provi* 
soire, et les restrictions proposées par la Charte de 1815. < — Je le désire, non 
pour mon ambition particulière, mais pour le bien de mon pays : vous con- 
noissez mes opinions, les nations ont des droits à exercer, les individus des 
devoirs à remplir. . . » 

247. BONAPARTE (Charlotte), fille du précédent, femme du 
frère aîné de Napoléon III, dâèbre par l'amour que lui porta 
Léopold Robert, n. 1802, m. 1839. — 1® L. a. s. à une dame; 
Fiorence, l*' juillet 1834, 4 p. in-8. 

« Superbe lettre d'envoi de lithographies qu'elle a faites d'après les dessins 
de Son mari. i> 

2^ 12 lithographies faites par elle d'après les dessins de son 
mari^ 12 p. in-fol. — 200 fr. 

254. BONAPARTE (Louis). — L. a. s. i^ aa mère; bains de 
Toplitz, 7 août 1810^ 3 p. 1/2 in-4. — 105 fr. 

« Superbe lettre écrite après son abdication, a Je sois «bssi bien ma» pot» 
sible et hors des affaires et des embarras de ce monde pour n'y jamais rentrer, 
je vons en réponds bien. J'espère que mon frère permettra que je demeure avec 
Tons et nn de mes enfants le reste de mes jours, mais je vons prie de ne lui 
pins parler de moi... » Il a tant besoin de retraite «t d'olMeorité qu'il irait 
«oIoAtifirs «a Corse on «a Provence. • 

270. BONAPARTE (Caroline), 2« sœur de Napoléon P', reine 
et KaplM, îsnoM M Murat, n. 1782, m. 1889. ~ L. a. 



118 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

S. (à Talleyrand) ,• Portici, 3 octobre (4812), 2 p. 1/4 m-4. — 
66 fr. 

(( Superbe lettre sur la campagne de Russie. «... Oui, Thistoire de cette 
dcruière campagne ressemble à un enchantement, et quand dans quelques siècles 
on lira les historiens de celui-ci, ils seront accusés d'invraisemblance; cela ne 
pourra être autrement, puisque nou8 qui sommes témoins des événements avons 
peine à les croire J*ai assez régulièrement des nouvelles du Roi; il me con- 
firme que l'Empereur est en parfaite santé. Lui-même se porte à merveille : ainsi 
quand nous aurons des lettres de Moscou, je crois qu'U ne nous restera plus 
rien à désirer. . . » 

274. MURAT (Joachim). — L. s. au général Milhaud; quartier- 
général de Cronach, 8 oct. 1806, à 3 heures du matin, 2 p. 1/4 
in- 4. (Coll. Fossé Darcosse.) — 30 fr. 

(( Pièce historique, écrite six jours avant la bataille d'Iéna.Il lui mande que 
les hostilités sont commencées depuis la veille et lui ordonne (de marcher en 
avant et d'attaquer l'ennemi avec précaution, sans néanmoins se compromettre. 
(( Vous ferez observer à vos troupes la plus sévère discipline; vous ferez res- 
pecter les personnes et les propriétés; vous direz aux autorités qne nous 
ne venons point pour faire la guerre aux Saxons, mais pour les délivrer 
de la présence des soldats d'une puissance qui la première a violé leur 
territoire. . . » 

286. HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, fille de Henri IV, 
femme de Charles I«', n. 1609, m. 1669. — L. a. s. au cardinal 
Mazarin; Oxford, 15 avril (1644), 3/4 de p. in-foL, cachet 
brisé. (Coll. Fossé- Darcosse,) — 103 fr. 

a Superbe pièce. Elle lui recommande un de ses serviteurs qui retoome en 
France: « ...Je ne l'ai voulu laisser aller sans vous prier, pour l'amour 
de moi, de le vouloir favoriser dans ses affaires. Vous m'obligerez extrê- 
mement... » 

290. ANNE, REINE D'ANGLETERRE. — L. s. avec souscription 
autographe au duc de Savoie (Saint-James, 8 nov. 1708); 1 p. 
in-4, cachet et soies. 

Félicitations sur les résultats de la dernière campagne. S'engage a sontenir 
ses efforts dans celle qui va s'ouvrir. 

316. LÉOPOLD II. — L. s. en latin, avec souscription auto- 
graphe, à sa sœur Marie- Antoinette. (Vienne, 20 mars 1790); 
1/2 p. in-fol., cachet. — 45 fr. 

Lui annonce qu'il maintient le comte de Mercy-Argenteau, dans ses fonctions 
d'ambassadeur. 

322. FRÉDÉRIC II. — L. s., avec un post-scriptum de 6 lignes 



V 



é 

^ 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 119 

aut.,au cardinal de Fleury; camp de Kuttenberg, 13 juia 1742, 
3 p. in-4. (Coll, Fossé- Darcosse,) — 51 fr. 

a Pièce historiqae où il exprime son chagrin de la retraite du comte de 
Broglie et explique les raisons qui l'ont empêché de marcher vers Prague. Il dit 
en post-scriptum : (c La situation des affaires est si triste, lorsque l'on Toit sur 
les lieux, que tous ne sauriez vous la représenter telle dans Péloignemcnt ; en 
un mot, je ne vois pas comans on y peut tenir, et je vous écris vrai, pour ne 
TOUS point tromper; mais je crois, par les mauvaises dispositions qui ce sont 
faites, les choses désespérées. t> 

360. CHRISTINE, n. 1626, reine de Suède en 1632, abdique 

en 1654, m. 1689. — L. a. s., en français, à Gassendi; 

Stockholm, 25 sept. 1652, 3 p. in-4, cachet et soies. (Coll. 

B. Fillon.) — 101 fr. 

a Magnifique lettre, qui commence ainsi : a Vous este si généralement 
honoré et estimé de tout ce qui se trouve des personnes raisonnables dans le 
monde, et l'on parle de vous avec tant de vénération, que l'on ne peut, sans se 
faire tort^ vous estimer médiocrement. Ne vous estonnés donc pas s'il se trouve 
«u bout du monde une personne qui se croit intéressée à vous estimer 
infiniment et ne trouvés pas estrange qu'elle ait suborné vos propres amis 
pour vous faire conoistre qu'elle ne s'éloigne pas des sentimens de tout le genre 
liomain... » 

379. PIERRE P', dit le Grand, n. 1672, empereur de Russie 
en 1689, m. 1725. — L. s., avec 4 lignes autographes, au 
général-major Henning; 1724, 3/4 de p. in-4, cachet. Précieuse 
pièce, — 225 fr. 

380. PIERRE P'. — Pièce autographe, 1/2 p. in-4. Belle pièce. 
— 200 fr. 

388. NICOLAS P'. — L. a. s., en français (à la comtesse de 
Sainte- Aldegonde). Saint-Pétersbourg, 26 février — 10 mars 
1831, 2 p. in.4. — 45 fr. 

a II portait une telle estime à M. de Sainte-Aldegonde qu'il s'est plu à l'at- 
tacher à sa personne. Il a été heureux de revoir M. l'ambassadeur de Mortemart. 
Son séjour en Russie ne peut que lui être pénible : la reconnaissance de l'em- 
pereur lui en est d'autant plus sincère, i) 

400. CHARLES-EMMANUEL P', duc de Savoie, dit le Grand, 
n. 1562, m. 1630. — L. a. s. à sa femme; Turin, 3 janv. 1589, 
1 p. pi. in-fol., cachet. Magnifique lettre. — 37 fr. 

401. CATHERINE D'AUTRICHE, duchesse de Savoie, fille du 
roi d'Espagne Philippe II, femme du précédent. — L. a. s. à 



120 fitLlErm I)U BtBLTOPBHJ&. 

son mari ; Tarin, 1*' dée. 1595, 8 p. %i^fol.^ csdiet. Superbe 

lettre. — 31 fr. 

403. MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE, reine de Sardaîgne, 
épouse de Charles- Albert, mère de Victor-Emmanuel. — L. a. 
s.,«n français, aune marquise; Turin, 19 sef)t. 1841, 1 p. i/2 
in- 8. Charmante épître. — 12 fr. 

407. ESTE (Ëléonore d'), sœur du duc Alphonse II, qui fut aimée 
par le Tasse. — L. s. à l'ambassadeur Ariosto ; Ferrare, 10 avril 
1574, 1 p. 1/2 in-fol., sceau. Superbe lettre. Rare, (Coll, Succi.) 

— 60 fr. 

409. FARNÈSE (Alexandre), troisième dac 'de Parme, un des 
plus grands généraux du xvi* siècle, adversaire de Henri IV, 
n. 1546, m. 1592. — L. a. s. au roi d'Espagne; Rînghembei^ 
30 octobre 1586, 3 p. in-fol., cachet. — 1*20 fr. 

'« l*rès belle lettre sur la mort de son père, to 

419. PHILIPPE V. — L. a. s. à Louis XIV ; Madrid, 4 jimv. 
1707, 3 p. in-4. — lOOfr. 

« Pièce historique où il déclare qu'il se mettra à la tête de l'armée, 'k 'Cë|A!lr- 
dant malgré l'ardeur qui me |>orte à courir à la gloire, je n'ay -pas Toula dé* 
cider sans sçavoir auparavant votre sentiment là-dessus et je m'y soumettrai 
àVeugléî&ent, pei^uàdé comme je le suis que je ne p'ûfs toiêux faire qife de 
siriVre en tout vos t^onseiU... Si 

421. ELISABETH FARNÉSE, reine d'Espagne, seconde femme 
du précédent. — L. a. s., en italien, à Louis XIV; AmnJMift, 
27 mai 1715, 1 p. in-4. — 40 fr. 

<c Elle lui annonce l'arrivée du duc de Saint- Aignan et lui demande la conti- 
àftation de lK>n ârmitié. D 

431. LÉOPOLD I»', n. 1790, roi des Belges èh 1831, m. 1*65. 

— L. a. s. à madame de Falk; Lakèh, '6 avril 1*843, 3 p. în-4, 
enveloppe et cachet. — 45 fr. 

'<c Lettre de condoléances sur la mort de son mari. « 

432. LOUISE D ORLÉANS, n. 1812, fille de Louis-PhÙîppev 
femme du précédent, m. 1850. — L. a. s. à sa mère; Laken, 
8 août 1842, 2 p. in-4. — 15 fr. 

<i li'rès belle lettre où elle fait allusion k la mort récente de son JMre» 
le duc d'Orléani. i> 

434. *WASHim>TON (Oéc^es), %>iiéiiMir et ^Mnfer prësidélà 
de la RépuM^«ie ^èft élat^^Fèi^, 4t. 1 T'as*, m. 179^. -^ h. a. 



H 



VENTE DES liA^UâGUttS DE fi^MOillON.PALACE. 421 

a<i colonel Humphreys; Philadelphie, 11 dëc. 1781, 1 p. in-fol. 
L^ère tache. — 82 fr. 

m B«tle lettre militaire. » 

435. WASHINGTON (Georges). — L. a. «. au colonel Hum- 
phreys; Mount-Vernon, 10 oct. 1787, 2 p. 1/2 in-4. — 
128 fip. 

iR Superbe et importante lettre historique toote relative à la Constitution 
américaine. » 

436. WASHINGTON (Georges). — L. a. s. de ses initiales 
à Richard Peters ; Philadelphie, 21 janvier 1797, 1 p. in-4 
oblong. Légère déchirure dans un angle, (Coll, Fossé- Darcoxse.) 
— 41 fr. 

450. BOLIVAR (Simon). — L. s. à don Luis Lopez Mendez, 
chargé des affaires de la république de Venezuela à Londres; 
quartier-général d'Angostura, 12 juin 1818, 1 p. in-fol., tête 
impr. — 30 fr. 

« Belle et importante lettre, au sujet de cinq navires d'armes qui n'ont pu 
Cttëore loi parvenir. Affaires générales, situation des opérations militaire». 
Aiaai privé dans les moments les plus précieux et lès plus décisifs des arm^ 
«t des munitions que portaient les navires attendus, il n'a pas la satisfaction 
de dater aujourd'hui sa dépêche de Caracas, et de lui annoncer qu'il ne 
Mate plus d'Espagnols svtr le territoire de la r^nblique. Morillo ett 
■Knrt, dit-on, de la grave blessure qu'il a reçue dans la sanglante bataille de 
Lémen. a 

-»«t -■■<. 1 ■ ! « ■ ■ t f • ■ • • • . ■ ■ . , ...... 



VENTE 

DÉ LA 

COLLECTION DE MANUSCRITS DE HaMILTON-PaLACE. 



L'achat de la coUection de manuscrits du duc de Hamiltôn 
]f)ât le gôuvemémeiitp'russien est peut-être pour les biblio- 
philes révénemeat le 'plus important de Tannée 1882. On 
'Mrtmt qUe ^ cabinet renfermait de véritables noerveilles 
ft les 'teiaftetnrs rffe 1 -Ettrdpe «tetitièi^ ^e disposaietfl à se te» 
eî^uter à grand renfort de 1[)illets de banque ; déjk les 
principaux libraires aVaieiH Teoa leurs commissions. Les 



122 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

négociations avaient été si bien menées et avec un tel 
secret par les agents de T Allemagne, que ce fut une vraie 
surprise d'apprendre la conclusion du marché. Nos voisins 
ont payé leur succès près de 2 millions, mais les détails que 
nous donnons plus bas prouvent, croyons-nous, qu'ils ont en 
somme fait un assez bon marché. — La collection Hamilton 
avait été formée par le grand père d'abord et le père du duc 
actuel, William Alexandre Anthony Archibald, duc d'Ha- 
milton et de Brandon en Ecosse et en Angleterre et de Châ- 
tellerault en France, mort à Paris le 15 juillet 1863. Le 
Bulletin du bibliophile a consacré dans le temps un article 
à la mémoire de cet amateur délicat, dont l'urbanité, la 
grâce hospitalière étaient bien connues de tous ceux qui 
avaient eu le plaisir ou l'honneur de le fréquenter (1). 

On annonce la publication prochaine d'un catalogue de 
cette collection ; mais en attendant qu'il paraisse et que 
nous en entretenions nos lecteurs, ceux-ci prendront peut- 
être intérêt aux détails que nous pouvons dès à présent 
leur donner. M.* Techener avait visité en 1859 les galeries 
et la bibliothèque d'Hamilton-Palace. Ses notes de voyage 
combinées avec les renseignements fournis par les différents 
journaux qui ont parlé de l'acquisition du musée de 
Berlin, nous permettront de donner une idée de cette riche 
collection de manuscrits. 

Le duc d'Hamilton avait réuni près de 700 manuscrits; 
beaucoup venaient d'Italie, d'autres de France; il possédait 



(1) Un soir, nous étions à causer avec le duc d'Hamilton, dans sa chambre, 
au palais d'Hamilton, en Ecosse, et après avoir beaucoup parlé de lirres et de 
bibliophilie, il se leva, ouvrit une des bibliothèques, qui étaient remplis d'El- 
zevirs, en choisit deux volumes, bien reliés en maroquin vert par Derome et il 
nous les offrit, en souvenir de notre séjour à HamiUon Paktce, avec cette affec- 
tueuse bienveillance dont il avait le don et le secret. 

Sur notre insistance il écrivit sur le Sallustb Elzevir, 1634: A Monsieur 
Techener, souvenir 17 août 1859, HamUion Brandon et ChaiéUerayU et sur 
le Florus Elzevir, 1638 : ^ Monsieur Techener fis, souvenir 17 aoiU 1859, 
Hamilton Brandon ct Chatellehault. Ces denx volâmes avaient autrefois 
appartenu à M. Ant. Aug. Renouard [N. de l'E.]. 



^ 






VENTE DES MANUSCRITS DE H AMILTON- PALACE. 123 

en outre un certain nombre de mss. grecs, la plupart riche- 
ment ornés ou précieux par leur ancienneté. La perle de la 
collection au point de vue artistique était sans contredit 
le manuscrit de Dante, orné d'un grand nombre de dessins 
à la plume par Sandro Botticelli, Tun des maîtres les plus 
exquis de l'école florentine du xv° siècle. Ce manuscrit 
valait à lui seul plus du tiers de la somme déboursée par 
le gouvernement allemand pour l'acquisition de tous les 
manuscrits Hamilton(l). Mais on y remarquait d'autres 
volumes qui n'étaient pas indignes de ce chef-d'œuvre; 
citons notamment un Horace sur vélin, avec une peinture 
de Julio Clovio au premier feuillet ; les Sonnetti e canzoni 
de Pétrarque avec le commentaire de Fr, Filelfoy manus- 
crit in-fol.; un grand missel in-fol., sur vélin, avec ini- 
tiales, vignettes et ornements de Julio Clovio, exécuté 
pour le cardinal Jules de Médicis (Clément VII), relié en 
maroquin rouge aux armes de Dupuy ; un Antiphonaire 
du XV* siècle, renfermant 532 miniatures ; une Bible latine 
ornée de 432 peintures ; un exemplaire du Romanzo de 
Paolo e Daria de Gasparo Visconti, ayant appartenu à 
Ludovic le More, etc. 

Les manuscrits français ou d'origine française n'étaient 
pas moins précieux. Mentionnons d'abord le psautier de 
Sainte-Salaberge, de Laon, du vu® siècle, avec arabesques 
et initiales très curieuses, dans le style mérovingien. Citons 
ensuite un missel à tusaige cCAngierSy du xiv* siècle, avec 
belles miniatures; un évangéliaire latin, écrit en lettres 
onciales d'or sur vélin pourpré ; le Romant de Bertrand 
du Guesclin; un recueil de fabliaux et de poésies fran- 
çaises du XIII* siècle ; le Traité de l'âme décote du roi 



(1) Voir sar ce ms. l'article ftairant : Lippmaim, Die Zeichnungen des Safi' 
dro BotiieeUi zur OoêUliehen Komoedie, dans le Jahrbuch der Koeniglkh- 
Preussisehen Kunstaamndungen, Bd. IV, !•• Heft (1883), p. 63. Un des dessins 
da manascrit a été reproduit dans cet article; c'est celui qni représente Dante 
et Béatrix, an Paradis. 



i94 BULLBTm DU BIBUOPHELB. 

Renë d'Anjou, manuscrit date de 1435, in*«4) avec reliure 
êti maroquin vert, signée Padeloup ; La Cité de Dieu^ «le 
daint Augustin, traduction de Raoul de Presles, 2 vol. 
in-fol. ornés de nombreuses miniatures; un Roman du 
Séint^Graal avec reliure de Padeloup ; un traité intitulé : 
Ordre pour conquérir un pajrsy ms, in-4 sur vélin avec 
peintures, relié par Derome; — Aexxx exemplaires da 
Roman de la Rose du xrv* et du xv* siècle, le second orné de 
plus de 200 miniatures de toute beauté ; un livre d'heures 
du commencement du xvi* siècle, avec peintures et ome- 
tnents, de premier ordre ; ' — Texemplaire des Statuts de 
i'ordre de la Toison d*or^ présenté à Charles-Quint, avec 
rdinre en velours garnie d'ornements en or et de pierre- 
ries et renfermant 500 blasons peints; -^ le manuscrit 
autographe de YHeptamérony relié aux armes de Louis XIV; 
**^ un recueil de chansons en musique, écrit par Gilbert 
sur vélin, avec dessins d'Abraham Bosse, venant delà vente 
de Girardot de Préfont ; ^^ du même Gilbert, un recueil 
d'emblèmes avec dessins à l'encre de chine, venant de la 
bibliothèque du marquis de Paulmy ; — ^ le Pèlerinage dm 
la {fie humaine^ superbe manuscrit sur vélin, ayant appar* 
tenu à Gaignat; une très belle copte du Jea des Echecs 
woraiisé de Jacques de Cessoles, datée de 1375 et ayant 
uppartenu à Gaignat et au duc de la Yallière ; *— éeos. 
«kefs-d'œuvre calligraphiques de Jarry et de Rousselet; ^^ 
tin livre d'Heures sur vélin, du xnr* siècle, admirablonest 
enluminé, relié aux armes du oardinal de Roban-*Soubiae ; 
•M»- ^hfin, pour terminer par un chef-d'oBuviv, k tradocdcNi 
iÎKinçaise de Diodore de Sicile par Antoine Machault, 
iSDemplaire ofim par l'auteur à FVranoois I^^ avec relivv» 
aux armes de ce prince et miniatures ; l'une de ces dernières 
représente le roi et ses fils, entourés des principaux sei- 
{fiieui^ de la cour (1). 



{n9 880 du CaUlogue) et Tendu 1 . 476 livre*, aTait élé «iMNrtte «elMié 4 



TENTE DES MARtmCEITS DE HAMILTON- PALACE. ifh 

Les mannâfirits grecs sont également assez nombreux, 
«t plusieurs de toute beauté; on y remarque notamment 
trois évangéliaires grecs du x^ siècle, avec peintures. 

Une partie de oes manuscrits sera déposée au cabinet d^s 
estampes de Berlin, les autres seront portés à la Biblior 
thèque Royale de la même ville. 

On comprend que Tachât de cette belle collection pmr 



autre vente anonyme : M. ****^ Cnite en 181 4, au prix de 2.000 livres. En voici 
le titre exact : 

Les trois premiers livres de Diodore Sicilien, historiographe 
grec des aatiquitez d'Egipte, Ethiopie, et autres pays d'Asie et 
d'Afrique, translatez de latin en francoys, par maistre Anthoine 
Macauh, notaire secrétaire, et valet de chambre ordinaire du roy. 
In-fol. mar. bl. dent. b. r. aux armes de François l^*", et dont il 
porte le ehiiiV« sur le dos et sur les plats de la couverture. 

« Superbe manuscrit du xvi* siècle, sur vélin, contenant 173 feuillets 4e 
30 lignes à la page, avec des miniatures et un grand nombre d'ornements peint' 
par de très habiles artistes. Il a été présenté au roi François I^r, et il a l'avan- 
tage d'être d'une conservation parfaite. Pour faire connaître plus particulièi^- 
ment le mérite de ce volume précieux, nous ne pouvons mieux faire que de 
rapporter ici la note suivante, extraite du catalogue des livres du cabinet de 
H. F. Didot, n« 880. 

a La première miniature représente François l*f entouré des seigneurs et des 
savants de sa cour; elle a 10 pouces de haut sur 6 pouces et demi de large. 
Cette peinture, d'un grand fini dans l'exécutî<m, a le mérite d'offrir les (traits 
de plusieurs grands hommes de ce temps. Toutes les pages où commencent les 
chapitres sont encadrées dans des Slets d'or et d'outre-mer. Les lettres initiales 
ont 19 lignes de haut &ur 12 de large; plus de cinquante de ces initiales of&ent 
la peinture de l'objet principal de chaque chapitre. Le 3* livre surtout présente, 
à commencer de la page 130, une suite de petites miniatures d'une perfection 
admirable, et de la plus grande exactitude de formes. » 

L^s CENT NOUVELLES DP JiçHÀN BoGCÀGE , OU Ic livrc dccamc- 
ron^ autrement dit le prince Galiot, translate en langue françoise, 
par Laurans du premier fait le 45™® jour de Juin 1414; in^fol., 
velours vert, 

m Très beau manuscrit snr viLHf, jécrit en ancienne bâtarde. 

« Ltt Icitrta capitalas sont richement «nhimioées, ot If !t9h>me oottitst 
U mini»tiirçs d'qne pfin^ux^ tfh fioie; prAwan^ par m çpAservutiDn ç% 49m 9^ 
reliurç ori^[inal^ il vient de la bibliothèque de Claude d'Urfé. Acl^^ç à U ▼fSi^ 
Pâzû de B^ysieo, faîte à Londres le 28 mars 1791. » 



126 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

l'Allemagne n'ait pas été sans exciter la mauvaise humeur 
du public anglais. Le Times notamment a témoigné son 
mécontentement. La Gazette Nationale lui a répondu 
avec assez d'aigreur, en faisant remarquer avec raison, 
que les manuscrits du duc d'Hamilton, une fois arrivés à 
Berlin, seront à la disposition de tous les savants d'Europe, 
qui pourront lesconsulter et les étudier. Un instant, c'est le 
Times qui l'a affirmé, le gouvernement prussien aurait 
manifesté l'intention de rétrocéder au gouvernement an- 
glais les manuscrits, relatifs à l'histoire d'Ecosse. Nous 
ignorons si la négociation a échoué ou réussi. 

— Le musée de Berlin a fait tout récemment une autre 
acquisition importante; il a payé 45,000 francs une pré- 
cieuse collection de peintures japonaises, comprenant près 
de 200 albums et panneaux ; cette collection avait été for- 
mée par le docteur Gierke, pendant son séjour au Japon. 
Elle renferme de nombreux spécimens de l'art japonais, 
formant une suite chronologique depuis le xni® siècle jus- 
qu'à nos jours. 



EXPOSITION PUBLIQUE 

DE RELIURES ANCIENNES, DE MANUSCRITS ET d'eSTAMPES 

Appartenant à des amateurs. 



L'exposition organisée, en 1882, par l'Union centrale 
des arts décoratif Sj portait sur trois industries différentes : 
papier, étoffe et bois. La première seule doit nous arrêter. 
L'exposition rétrospective comprenait deux grandes divi- 
sions : estampes et dessins d'une part, livres, manuscrits et 
reliures de l'autre. La première série intéresse moins les 
bibliophiles ; toutefois , nous devons y signaler quelques 



EXPOSITION PUBLIQUE DE RELIURES ANCIENNES. 127 

articles, le dessin et la gravure ayant servi à rornementation 
du manuscrit et du livre imprimé. En premier lieu, un cer- 
tain nombre de lettres ornées et de miniatures coupées dans 
des manuscrits ; le goût de ces mutilations est heureusement 
un peu perdu aujourd'hui, mais on sait qu'il fut un temps 
où les amateurs ne se faisaient nul scrupule de commettre 
ces actes de vandalisme, et les manuscrits des biblio- 
thèques publiques y ont perdu plus d'un feuillet. Le livre, 
dans certains cas, a couru les mêmes dangers et subi les 
mêmes dommages ; ainsi, sous le n° 280 du catalogue, 
nous trouvons indiqués 189 titres de livres des xv° et xvi® 
siècles, dessinés ou gravés par Holbein, Albert Durer, 
Josse Amman, Jean Cousin, etc.; sous le n** 281, onze cent 
quatre-vingt-dix lettres ornées des xv° et xvi® siècles, dues 
au crayon ou au burin des plus grands maîtres de Té- 
poque. Ces mutilations sont aujourd'hui moins communes ; 
la valeur des livres a tellement augmenté que personne ne 
s'aviserait de déprécier ainsi un exemplaire d'un livre un 
peu rare. .Parmi les collections de gravures, il faut surtout 
noter celle de M. Dutuit, qui, a lui seul, exposait 19 
nielles, dont quelques-uns non décrits, plusieurs Marc 
Antoine de toute beauté, des Rembrandt, parmi lesquels 
une épreuve de la Pièce aux cent florins ^ premier état; 
citons également dans la même collection une série impor- 
tante d'estampes historiques (n*** 715-731). Mentionnons 
encore les bois exposés par M. de Liesville, ayant trait a 
l'imagerie populaire, aux cartes, aux papiers, aux étoffes, 
et la collection d'estampes pouvant servir à l'histoire des 
mœurs, depuis le règne de Louis XVI jusqu'à la fin de la 
Restauration, prêtée par M. Sardou. 

Nous arrivons maintenant à l'exposition des livres et 
reliures; pour plus de commodité, nous suivrons l'ordre 
du catalogue, en étant toutefois assez bref et en passant 
sous silence plus d'une merveille prêtée par des biblio- 
thèques publiques ou par de généreux amateurs. 

La bibliothèque d'Abbeville avait envoyé un joyau ines- 



128 DU BULLETIN BIB]|.IOPfilL£. 

timable, de l'époque carlovingienne, un évangéliaire éori^ 
en lettres d'or sur vélin pourpre, datant du règne de 
Charlemagne et donné par Angilbert, gendre de cet ejpo^- 
pereur et abbé de S. Riquier au monastère de ce non^. 
Signalons encore un volume relié aux armes de Louis XII 
(opuscules de Guillaume de Marre, imprimés à Pai'is eq 
1511 et 1513) et plusieurs beaux volumes reliés au xvu® 
siècle pour être donnés en prix à Amiens, à Eu, à Lyon^ à 
Paris ; la plupart de ces reliures étaient remarquables; les 
écoliers d'antan étaient, il faut le reconnaître, mieux 
traités que ceux de nos jours ; au lieu d'affreux bouqum^, 
indignement reliés, ils recevaient de beaux et bons ouvrages 
richement vêtus. 

Collection Alkan aîné, — Beaucoup de curiosités, qo^ 
tammeut les Œuvres du marquis de Villetie (Londres, 
1786, in-18), imprimées sur papier de guimauve; un 
autre exemplaire de la même édition sur papier de tilleul. 
— M. Germain Bapst avait exposé plusieurs Heures fort 
belles de Simon Vostre, Gilles Hardoin, Pigouchet et 
Kerver, notamment les petites Heures de Pigouchet, de 
1496, avec reliure du temps en cuir gaufré. — M. Chaiçç 
d* Est' Ange avait prêté un Démosthème de 1670, avec 
notes marginales de Racine, un César de 1665, avec la 
signature de Molière. — La Bibliothèque de la Chambre 
des Députés n'avait envoyé que quatre manuscrits, mais 
tous quatre précieux à titres divers : c'étaient une Bible 
historialey de Guiard Des Moulins, manuscrit du xv° siècle, 
avec peintures, ayant appartenu à Marguerite d'Orléans, 
comtesse d'Etampes ; un bel exemplaire du même temp», 
de la traduction de Tite-Live, par Pierre Bersuire, priei)Lr 
de S. Eloi ; un miasel de l'abbaye de S. Claude, enfin la 
célèbre copie de la Nouvelle Héloïscy faite par Rousa^u 
lui-même pour la maréchale de Luxembourg^ et ornée de 
dessins origiogUK à^ GrAvelot, -^ M. Jules Desnoj'f^, 
de l'Institut, avait prêté plusieurs précieux manuspri^, 
parmi l#squeb I^nlUit un f)«gyppius du vm^ siècle, étudié 



EXPOSITION PUBLIQUE DE RELIURES ANCIENNES. 129 

et publié il y a quelques années par M. L. Delisle; ce ms. 
est un exemple curieux d'écritures onciale, minuscule e^ 
cursive, réunies dans le même volume. — Dans la vitrine 
de MM, Fontaine et Hai^ernay on remarquait surtout deux 
missels à figures, l'un du xv° siècle, dit de Charles VI, 
Tautre du xvi® ; des Heures à l'usage d'Angers, de Simon 
Vostre, datées de 1510, avec reliure à mosaïque du temps, 
une reliure du xvi° siècle de Clovis Eve et plusieurs beaux 
volumes de Derome. 

MM, Gruel et Engelmann, — Les Heures du pape 
Alexandre VI avec treize miniatures attribuées à Mem- 
ling ; un autre livre d'Heures exécuté entre 1429 et 1445, 
pour Adolphe IV, comte de La Marck et de Clèves ; une 
reliure de Maioli, plusieurs Le Gascon. 

M, le {ficomte de Hillerin, — Un fragment d'une bible 
en figures du xiii® siècle, dont d'autres débris existent à 
la Bibliothèque nationale, au Musée britannique et à la 
Bodléienne^ à Oxford. 

M. Le Barbier de Tinan. — Beaucoup de belles re- 
liures aux armes de de Thou (3°^ armes), de Colbert, du 
comte d'Hoym, de la comtesse d'Artois, d'Henri de Bour- 
bon, évêque de Metz, fils naturel d'Henri IV. Notons 
aussi un texte des Psaumes de David, relié en maroquin 
brun, aux armes d'Henri III, avec les têtes de mort et la 
devise : Spes mea Deus. 

M, Lesoufaché, — Plusieurs beaux manuscrits, des 
Heures de Vostre, de Tory, de Kerver, etc., une suite 
curieuse d'ouvrages sur la broderie, notamment la Fleur 
des patrons ; des Entrées de rois et de princes, avec gra- 
vures, entr 'autres celle d'Henri II à Paris (1549); les 
Guerres^ etc., de Tortorel et Perissin, etc.; le Voyage en 
Terre Sainte^ de Breydenbach (1488). 

M, Pierre Mahé, — Un superbe livre d'Heures du 
XV® siècle, de belles reliures, et beaucoup de volumes aux 
armes de princes français. 

M, Damascène Morgand, — Un exemplaire de l'édition 

t«83. 9 



130 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

originale de TOraison funèbre d'Anne de Gonzague par 
Bossuet (Paris, 1685, in-4), aux armes du prince de Condé; 
// libro ciel Cortegiano^ de Castiglione (1528, Aide, in- 
fol.), exemplaire de Grolier; plusieurs ouvrages aux armes 
du comte d'Hoym, de Colbert, de de Thou, de Le Tellier, 
de Mademoiselle de Blois, etc. 

M. Eugène Paillet. — Plusieurs belles reliures de Le 
Gascon, Padeloup, Lortic, etc.; l'édition princeps des cinq 
premiers livres des Annales de Tacite (Rome, 1515), avec 
reliure du temps ; un volume aux armes d'Henri III, avec 
la tête de mort et la devise : Spes mea Deus ; la chronique 
de Fréculphe, évcque de Lisieux, exemplaire de Maioli. 

M. Charles Read. — Editions originales de plusieurs 
ouvrages de polémique religieuse des xvi® et xvii*^ siècles. 

M, le baron R, Seillière, — Plusieurs manuscrits in- 
téressants, dont Tun orné d'une curieuse reliure, aux armes 
d'Henri II ; The fayts of armes and Chyvalrye^ traduction 
d'un ouvrage de Christine de Pisan, imprimée par Caxton, 
en 1489 ; Philippe de Mornay, De V institution de l'Eu- 
charistiey in-4, 1598, annoté par l'auteur et relié à ses 
armes et des spécimens de sa collection de livres gothiques 
français. 

Société de C histoire du protestantisme français» — 
30 articles presque tous curieux ; beaucoup d'ouvrages en 
allemand de l'époque de la Réforme ; gravures intéres- 
santes du même temps. 

Nous avons laissé volontairement de côté quelques 
collections plus importantes que celles dont nous venons 
de parler ; les détails que nous allons donner à leur sujet 
intéresseront peut-être les lecteurs du Bulletin, L'exposi- 
tion de M, Claudin comptait 258 numéros dont beaucoup 
venaient des collections de M. Benjamin Fillon et d'un 
bibliophile normand ; les catalogues de ces collections ont 
paru ou paraîtront prochainement. M. Claudin avait par- 
tagé cette curieuse collection en deux séries : V* histoire 
générale de l'imprimerie ; 2® histoire de l'imprimerie dans 



EXPOSITION PUBLIQUE DE RELIURES ANCIENNES. 131 

les villes de France. En tête delà première figuraient quatre 
beaux manuscrits du xv° siècle, dont un portulan, daté de 
Rome, 1467; un Justin, écrit pour Georges d'Amboise ; 
un Juvénal, exécuté pour le chancelier de France, Pierre 
Doriol. — Histoire de l'imprimerie (n*** 5-72); on y remar- 
quait la Bible des pauvres ^ impression xylographique de 
la première moitié du xv® siècle; la première édition de 
Tacite (Venise, 1468 ou 1470), la géographie italienne de 
Berlinghieri (Florence, v. 1480), un des premiers ouvrages 
publiés avec planches en taille-douce; la première édition 
du Songe de Poliphile (Venise, Aide Manuce, 1499), exem- 
plaire de M. Fillon, qui a publié dans la Gazette des 
Beaux-Arts (année 1879) une excellente étude sur cet 
ouvrage, si célèbre pour les belles gravures dont il est orné ; 
une série de fragments originaux ou de reproductions for- 
mant une histoire de Tart typographique, particulièrement 
en France; beaucoup de ces planches figureront dans l'his- 
toire des origines de l'imprimerie en France, dont M. Clau- 
din a déjà fait paraître les premiers fragments. — Histoire 
de r imprimerie dans les villes de France ip^^ 74-258), Beau- 
coup de livres curieux : les Méditations du cardinal de 
Torquemada, 1481, Albi, premier livre à date certaine 
imprimé dans cette ville ; Traités juridiques d'Onofrcdi 
(Avignon, 1500), Tun des deux exemplaires connus de ce 
livre rarissime ; une grammaire latine élémentaire, impri- 
mée h Cambrai en 1518; le premier livre imprimé dans 
cette ville, connu jusqu'ici, date de 1523; deux des trois seuls 
ouvrages imprimés à Hesdin avant sa destruction, au xvi® 
siècle; le premier livre imprimé à Montpellier (1577), etc., 
etc. Cette collection renferme plusieurs ouvrages qui man- 
quent encore aujourd'hui à la série analogue exposée h la 
Bibliothèque nationale, dans la galerie Mazarine. 

Bibliothèque de feu M. Didot, — 66 articles. Beaucoup 
de beaux livres d'Heures des écoles française, italienne et 
flamande des xiv° et xv° siècles ; on remarquait aussi une 
miniature de Jehan Foucquet, de belles reliures, aux 



132 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

armes du comte de Mansfeld, de Gaston d'Orléans, etc., 
et le fameux traité des proportions du corps humain, avec 
dessins attribués à Rubens. Notons en passant que cette 
attribution a paru douteuse à quelques visiteurs. 

Les héritiers de M. Didot n'exposaient qu'une partie des 
richesses rassemblées par lui, celles qui leur restent au- 
jourd'hui; M. Dutuit avait pu être plus libéral et avait en- 
voyé de véritables merveilles ; plusieurs beaux manuscrits 
parmi lesquels une coutume de Normandie, de l'époque de 
Charles V, avec ornements et enluminures de la main des 
artistes qui travaillaient pour ce prince ; trois impressions 
xylographiques dont l'Apocalypse, première édition ; le 
traité des Devoirs de Cicéron [Mayencey Fust et Schœfifer, 
1467); beaucoup de beaux ouvrages à gravures, la Nef 
des fols y de Brandt, de 1497 ; les Simulachres de la 
Morty d'Holbein, de 1538 ; la Danse des MortSy de Paris, 
1490 et 1492 ; des reliures aux armes de rois de France 
(Louis XII, François 1°% Henri II [5 volumes], Charles IX, 
Henri III, Henri IV, Louis XIII, etc.), d'Anne de Mont- 
morency, de Jacques P*", roi d'Angleterre, de deThou, du 
cardinal de Richelieu, de Fouquet, de Colbert, trois Gro- 
lier, deux Maioli, dont l'un a aussi appartenu à Grolier, 
des volumes reliés par Le Gascon, Padeloup, Derome, etc. 

M. Dutuit possède beaucoup de beaux ouvrages à gra- 
vures. M, Louis Gonse en exposait toute une collection 
très remarquable, comptant plus de 460 articles et for- 
mant une histoire de l'illustration des livres imprimés par 
la gravure depuis les origines de la typographie jusqu'à la 
fin du xvii° siècle. Citons seulement le Defensorium i^ir^ 
ginitatis Marine f^irginis (v. 1470), école allemande; le 
Rosariuniy de Gouda, 1479, exemplaire à peu près uni- 
que, orné de gravures sur bois, de l'école de Cologne; des 
impressions italiennes de la fin du xv° et du commence- 
ment du XVI* siècle (Dante de Venise, 1491 ; Biblia latina, 
ibid,y 1498; Virgile, ibid,, 1520), etc.; des Heures de 
Simon Vostre, Le Rouge, etc. ; douze éditions différentes des 



CHRONIQUE. 133 

Emblemata d^WcisLt y de 1532 à 1577, avec les différentes 
suites de gravures exécutées pour cet ouvrage, etc. Nous en 
passons et des meilleurs. Le xvii° siècle n'était pas moins 
riche; gravures de Thomas de Leu, de Léonard Gaultier, 
de Michel Lasne, de Van der Holst, de Bolswert, etc. 

Seule de toutes les grandes bibliothèques publiques, la 
ilf«zar//ie avait prêté quelques-uns de ses joyaux; seule- 
ment vingt-six volumes ou ouvrages, mais la plupart de 
premier ordre. Citons parmi les manuscrits un bréviaire, 
avec peintures, exécuté au Mont-Cassin, dans les dernières 
années du xi® siècle ; ce volume est, dans son genre, pro- 
bablement unique à Paris ; une Légende dorée en français, 
venant vraisemblablement de la librairie de Charles V ; 
un livre d'Heures resté inachevé, exécuté pour Charles de 
Guyenne, frère de Louis XI (mort en 1472); un très beau 
livre d'Heures, de l'école française, datant du commence- 
ment du xv° siècle. Au nombre des impressions rares, on 
remarquait la Bible à quarante-deux lignes ou Bible Maza- 
rine, exemplaire sur papier, le premier décrit, la Bible de 
Mayence (1462), exemplaire sur vélin; les Grandes Heures 
de Vérard. Les reliures étaient également richement repré- 
sentées; une de Louis XII, deux de Henri II; une reliure 
dite à lafanfarcy faite pour Henri III, et datée de 1574 ; un 
Grolier ; un Maioli ; deux volumes aux armes de Louis XIII, 
admirablement conservés; la plus belle reliure connue aux 
armes du chevalier Kenelm Digby; enfin, plusieurs re- 
liures à petits fers, exécutées pour le Cardinal Mazarin. 



CHRONIQUE 



— MM. A. Darcel et J. Guiffrey viennent de réimprimer un 
livret très rare, la Stromatourgie de Pierre Dupont (Société de 
rhistoire de l'Art français, Paris, 1882, in-8). Cet ouvrage fut 



134 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

publié à Parisien 1632, sous le titre suivant: Stromatovrgie 
I ov I DE l'excellence DE | LA HÀNUFÀCTVRE DES | Tapits dits de 
Turquie. | Novvellement establie en | France sous la conduite 
de noble homme | Pierre Dv | pont, Tapissier or | dinaire du 
Roy esdits ouurages. — De l'édition originale on ne connaît qu'un 
exemplaire, conservé à la Bibliothèque Nationale. MM. Darcel et 
GuifFrey ont donné le texte de cette première édition et y ont ajouté 
l'analyse d'une série de documents, parfois assez intéressants, réunis 
par l'auteur lui-même pour accompagner une réimpression de son 
ouvrage. Cet opuscule n'est pas sans intérêt pour l'histoire de la 
tapisserie en France, mais les lecteurs modernes liront la préface 
des éditeurs avec plus d'intérêt que l'œuvre même du sieur du 
Pont, qui est bien l'un des plus ennuyeux écrivassiers qu'on puisse 
trouver et qui ne donne que rarement des renseignements précis. 

— M. Albert Babeau nous fait pénétrer dans l'intérieur de 
François Pithou et nous décrit d'après les inventaires et les actes 
du temps la maison que cet excellent érudit, ce bibliophile délica^ 
habitait à Troyes, rue du Bois. Les détails fournis par les inven- 
taires sont si nombreux et si précis que nous pouvons nous repré- 
senter Pithou étudiant et agissant dans sa maison ; nous connaissons 
la disposition intérieure de l'hôtel, les meubles qui le garnissaient, 
les œuvres d'art qui y figuraient, etc. (Revue de Champagne et 
de Brie, décembre 1882J. 

— Dans la même Ra'ue (p. 483) on trouvera quelques détails 
sur la famille de xMarlot, T historien de Reims. 

— La Revue de l'Art chre'tlen^ publiée depuis déjà 25 ans à 
Arras, vient de changer de format et de direction. Elle paraîtra 
désormais à Lille (rue Royale, 26), en quatre fascicules trimestriels, 
in-4 à 2 col. L'impression s'est fort améliorée, aussi bien que les 
gravures. La première livraison vient de paraître (janvier 1883); 
elle se recommande aux amateurs par l'élégance de l'impression 
et de l'ornementation. Nous ne ferons de réserve que pour la cou- 
verture, trop chargée d'ornements et qui n'est pas du meilleur 
goût. Les articles renfermés dans cette première livraison sont in- 
téressants. M. X. Barbier de Montault décrit longuement les portes 
de la cathédrale de Bénévent, ouvrage en bronze du xii* siècle, 
et donne de curieux détails sur différents monuments analogues, 
étudiés par lui dans ses tournées archéologiques, ou mentionnés 



CHRONIQUE. 135 

par les historiens italiens. Une photographie assez grande et bien 
réussie accompagne ce mémoire. 

Citons encore un intéressant article de M. W. H. James Weale 
sur les trésors de l'art chrétien en Angleterre ; un autre de M. J. 
Corblet , ancien directeur de la Revue , sur l'Autel chrétien ; un 
troisième de M. L. de Farcy sur quatre anciens ostensoirs, avec 
deux photographies ; quelques notes intéressantes sur les ouvrages 
illustrés et les progrès de la gravure sur bois au xix® siècle. Chaque 
livraison donnera une revue des travaux archéologiques publiés 
par les Sociétés savantes de la France et de l'étranger, une chro- 
nique artistique, et un bulletin bibliographique étendu. Souhaitons 
à la nouvelle Revue de l'Art chrétien une existence plus longue 
encore qu'à sa mère, la revue de M. l'abbé Corblet. 

— Sous le titre de Documents parisiens sur r iconographie de S. 
Louis ^ M. A. Longnon vient de publier (Paris, 1882, in-8 ; publi- 
cations de la Socie'te' de l'histoire de Paris et de l'Ile de France}^ 
la description par Peiresc, de peintures du monastère des Corde- 
lières de Lourcine, de l'église basse de la Sainte-Chapelle, enfin 
d'un livre d'heures de Jeanne II, reine de Navarre. Ces dernières 
seules nous intéiessent. Ce manuscrit, communiqué en 1621 à 
Peiresc par les Cordelières de Lourcine, avait été exécuté vers 
1330. La description rédigée par le célèbre érudit est excellente et 
faite avec grand soin ; elle permet de se faire une idée de ce beau 
manuscrit. Le calendrier était enrichi d'une multitude de figures 
grandes et petites, signes du zodiaque, figures allégoriques, images 
de saints ; il en était de même pour l'office de la Trinité et pour 
celles de Notre-Dame, mais la partie la plus intéressante du ma- 
nuscrit était celle qui renfermait les Heures de Monseigneur Saint 
Lojs, roj de France, Ici, en effet, les peintures représentaient les 
principaux événements de la vie du saint Roi : Ve'tude, la prière, 
le voyage du sacre, le sacre, le couronnement, la translation de la 
couronne d'épines, la mort du roi^ le sermon ou harangue funèbre» 
Une autre planche représentait les reliques de la Sainte-Chapelle, 
adorées par les membres de la famille royale : Philippe de Valois, 
sa femme Jeanne de Bourgogne, un jeune prince, qui est sans 
doute Jean de Valois, plus tard roi de France sous le nom de 
Jean II et une princesse âgée, que Peiresc croyait à tort être Agnès 
de France, duchesse douairière de Bourgogne. Au volume est 
jointe la reproduction des dessins de Peiresc et de gravures exé- 



136 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

cutëesau xvii* siècle, d'après quelques-unes des miniatures décrites 
par le savant archéologue. Ces gravures, qui ne sont pas signées» 
sont certainement très fines, mais elles reproduisent bien inexacte- 
ment les miniatures du livre d'heures de Jeanne de Bourgogne ; 
il sufiBt d'y jeter un coup d'oeil pour le reconnaître*. 

— Dans le Bulletin de la même Société (septembre-octobre 
1882), M. Grassoreille donne de curieux détails sur les registres 
capitulaires de Notre-Dame de Paris pendant la guerre de cent 
ans ; on y apprend comment ces registres, dont le premier com- 
mence en 1326, étaient tenus et conservés, quelle valeur a le texte 
des délibérations qu'ils renferment, etc. 

— Au commencement de l'année dernière, M. Vauthier, gref- 
fier du tribunal à Blois, avait remarqué que beaucoup de registres 
de l'état civil dans le département d'Indre-et-Loii-e étaient reliés 
avec des parchemins provenant d'anciennes chartes. Cette décou- 
verte engagea M. de Grandmaison, archiviste du département, à 
examiner attentivement ces volumes. Les registres de l'état civil 
dans l'arrondissement de Chinon lui ont fourni près de 500 frag- 
ments de chartes très anciennes, ayant fait partie du dépôt d'ar- 
chives, qu'il dirige aujourd'hui. Volés vers le commencement du 
siècle, ces précieux documents avaient sans doute été vendus à vil 
prix à un relieur, qui les a employés vers 1839. Presque toutes ces 
chartes viennent du fonds de Saint-Julien de Tours , et sont du 
x' siècle. Le peu qu'on en peut lire fait regretter d'autant plus 
qu'il soit impossible de les compléter ; M. Grandmaison n'a pu 
reconstituer entièrement que 12 chartes, datées de 940 à 984. 
L'une d'elles porte la signature de l'archevêque de Tours, Théoto- 
Ion, en caractères grecs. Cette habitude était assez répandue 
chez les clercs de cette partie de la France ; plusieurs exemples 
en ont été relevés à Saint- Martin de Tours, et certains manuscrits 
du XI* siècle exécutés à l'abbaye de la Trinité de Vendôme renfer- 
ment des lignes entières écrites en lettres grecques. Il n'en faut 
pas conclure que les copistes du x® et du xi* siècle savaient le 



(1) M. Longnon a depais complété sur certains points sa notice sor le lirre 
d'heures de la reine Jeanne; voir le BuUetin de la Société de l'histoire de 
Paris, numéro de septembre-octobre 1882, pp. 129-131. — Nous apprenons au 
dernier moment que le manuscrit décrit par Peiresc appartient aujourd'hui à 
lord Asbumham* 



V 



CHRONIQUE. 137 

grec ; c'était de leur part un ra£Bnement, une élégance de calli- 
graphe, ou si Ton veut une pédanterie. 

— Un érudit de Béziers, M. A. Baluffe, vient d'attirer l'atten- 
tion sur un tableau du musée de Montpellier désigné ainsi que 
suit au catalogue : Portrait d'un jeune Espagnol, Le personnage 
est représenté debout, de trois quarts, tourné à droite, avec de 
longs cheveux noirs tombant sur les épaules. Suivant M. Baluffe, 
ce serait un portrait de Molière, à l'âge de 35 ans, et l'auteur de 
la toile serait Sébastien Bourdon, qui aurait portraité le grand 
comique lors de ses tournées théâtrales en Languedoc. L'auteur 
de cette petite découverte compare les traits du personnage figuré 
avec le portrait de Molière tel que le trace Mademoiselle Poisson 
dans ses mémoires. Avis aux moliéristes, qui feront bien de véri- 
fier l'exactitude de ces rapprochements. 

— Un médecin de Châlons-sur- Marne, M. le docteur Dorin, 
vient de mourir à l'âge de 94 ans, léguant ses collections ornitholo- 
giques et sa bibliothèque à sa ville natale. 

— On a annoncé il y a déjà plusieurs mois la découverte, à la 
bibliothèque de Nantes, d'une sorte de gazette, datant de 1494- 
1495; ce serait le premier journal périodique connu. Cette gazette 
dont les numéros se vendaient un sou dans les rues de Paris, parut 
pendant dix mois et donnait des nouvelles de l'expédition de 
Charles VIII en Italie. 

— Le Giornale Ligustlco di archeologia^ storia e letteratura 
(Genova, in-8), publie en ce moment une étude de M. N. Giuliani 
sur le poète génois du xvi® siècle, Ansaldo Ceba, étude dans 
laquelle on trouve d'intéressants détails sur les éditions anciennes 
des œuvres de cet auteur. ' 

— Dans le Bulletin de la Société de V histoire de Paris (novem- 
bre-décembre 1882, pp. 170-172), nous trouvons une curieuse 
lettre d'Alexandre Lenoirdu 24 décembre 1801 touchant la maison 
dite aux Singes, située rue Saint-Honoré ; on sait que c'est dans 
cette maison que naquit Molière. 

— M. Mac-Roose, conservateur du musée Plantin à Anvers, 
vient de faire paraître la première partie d'une histoire de Chris- 
tophe Plantin. 

— Sous le titre de Felasquezand Murillo, M. Charles B.Curtis 
publie à la librairie J. W. Bouton (706, Broadway, New- York ; 



138 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

London, Sampson Low, Marston, Searle and Rivingtoa, 188,Fleet 
Street), un catalogue de l'œuvre de ces deux maîtres, donnant la 
liste de leurs tableaux, classés par sujets, le nom du possesseur 
actuel de chaque toile, l'histoire de chaque tableau, l'indication 
des gravures qui en ont été faites. Quatre gravures à Teau-forte 
reproduisent autant d'oeuvres inédites de Murillo et de Vélasquez; 
du premier le mariage de Sainte-Catherine, à Cadix, dernière 
œuvre du maître , et saint Diego surpris par le gardien du cou- 
vent, tableau exécuté pour le cloître de San-Francisco de Séville; 
du second, son propre portrait, et celui d'Innocent X, actuellement 
au palais Doria à Rome. 

— L'administration du Musée Britannique fait imprimer l'his- 
toire de la publication du catalogue des ouvrages imprimés de 
cette bibliothèque ; on y raconte les difficultés qui ont si longtemps 
retardé cette entreprise. Jusqu'ici 22 volumes, contenant chacun 
en moyenne 4 ou 5,000 articles, ont paru. La souscription au ca- 
talogue coûte 6 1.10 shell. par an (environ 165 francs). 

— La commission nommée en 1879 par le conseil municipal 
d'Anvers pour préparer la publication du Codex diplomaticus 
Rubenianus, voulant faire connaître immédiatement au public les 
résultats de ses recherches, publie depuis 1882 mu Bulletin- Rubens 
(Anvers, de Backer). Les trois numéros parus de ce bulletin ren- 
ferment les procès- verbaux des séances de la commission, des 
notices sur plusieurs tableaux du maître, une sur Adrien de Vries, 
une lettre de Philippe de Marnix au père de Rubens (1577), plu- 
sieurs lettres de Peiresc, etc. 

— M. Charles Henry, bibliothécaire à la Sorbonne, avait été 
chargé l'an dernier d'une mission scientifique en Italie, pour y 
rechercher des documents inédits sur l'illustre Fermât. Un premier 
rapport, adressé par lui à M. le ministre de l'Instruction publique 
renferme 26 lettres inéditesde Fermât, des lettres de Torricelli, du 
P. Mersenne, etc.; une lettre inédite de Galilée, une également 
inédite de Lagrange, etc. 

— Notre collaborateur, M. Tamizey de Larroque, cite un fait 
qui prouve une fois de plus l'insuffiance du dépôt légal. Sur onze 
ouvrages ou opuscules, publiés dans les deux dernières années par 
un écrivain qu'il ne nomme pas, trois seulement sont entrés par 
le dépôt à la Bibliothèque Nationale ; il résulterait de ces chiffre» 




CHRONIQUE. . 139 

que les trois quarts des imprimés se perdent en route ou ne sont 
pas déposés. M. Tamizey de Larroque propose un remède qui, 
croyons-nous, ne serait qu'un palliatif bien insuffisant ; il conseille 
à tous les écrivains de déposer eux-mêmes leurs ouvrages à la 
Bibliothèque. Le conseil est bon, mais bien peu de personnes le 
suivront ; la révision des lois et règlements concernant le dépôt 
légal serait chose bien plus efficace [Poly-bibliony janvier 1883). 

— M. Hessels, dans un livre tout nouveau [Gutenberg : was he 
the incentor of Printing ? Londony Quariich, 1882, in-8, xxvii- 
201 pp.), examine à nouveau la question de savoir si c'est Guten- 
berg qui le premier a employé des caractères mobiles. M. Hessels 
se prononce pour la négative. Ecartant les documents faux, ou du 
moins suspects, dans lesquels il est parlé de ces premiers essais, il 
recourt pour se former une opinion à l'examen des livres attribués 
à Gutenberg. L'un de ceux-ci est une Prognosticatlony dont le seul 
exemplaire connu existe aujourd'hui à Darmstadt; on date géné- 
ralement ce livre de 1460, malheureusement l'une des lettres de 
la date a été grattée et dans le livre on nomme le pape Sixte IV, 
élu en 1471, mort en 1484; en réalité, l'ouvrage paraît être de 1482» 
La fameuse Bible dite Mazarine, le Donat à 35 lignes sont resti- 
tués par M. Hessels à SchoefTer. En un mot Gutenberg est presque 
entièrement dépouillé. L'auteur se garde d'ailleurs de rien affir- 
mer. Peut-être ne saura-t-on jamais la vérité exacte sur ce fait 
capital pour l'histoire de la civilisation. Où et quand commen- 
ça-t-on à imprimer en caractères mobiles ? Est-ce à Harlem ? est-ce 
à Mayence ? On connaît à peu près l'époque, mais on ignorera sans 
doute toujours le nom de l'ouvrier de génie qui trouva ce pro- 
cédé, si simple que nous pouvons nous étonner qu'on soit resté 
si longtemps sans le découvrir. 

— On parle beaucoup en ce moment d'un livre absolument unique. 
C'est une édition in-folio des Fables de la Fontaine, imprimée à un 
seul exemplaire pour M. Feuillet de Couches et illustré sur sa 
demande par les plus célèbres artistes du xix® siècle, les plus célè- 
bres dans tous les sens du mot, car si beaucoup des dessins sont 
des meilleurs maîtres de l'école moderne, d'autres sont l'oeuvre 
d'artistes moins habiles sans doute, mais plus illustres; citons 
notamment le sultan Abdul-Âziz, le roi de Suède, le roi de Por- 
tugal, etc. Ce livre unique appaitient, dit-on, aujourd'hui à un 
bibliophile russe. On peut rappeler à propos de cette curiosité 



140 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

littéraire et artistique Texemplaire de \ affaire Clemenceau d'A- 
lexandre Dumas fils, illustré par les meilleurs artistes de notre 
époque, exemplaire dont la Gazette des Beaux- Ai ts a parlé 
en 1880. 

— A la dernière vente de la collection Didot, la Bibliothèque 
Nationale a acquis plusieurs articles importants, entre autres, un 
ms. français du xiv* siècle, de toute beauté, ayant fait partie de la 
librairie du Louvre jusqu'en 1424. La famille de M. Didot a en 
outre offert à notre grand établissement littéraire : 1° un exemplaire 
sur vélin des Institutes, publié à Venise en 1 4 7 6 par un imprimeur 
français, Jacques Lerouge ; 2° un placard xylographique, proba- 
blement unique, de la fin du xv« siècle, renfermant un petit poème 
français contre les bourdeurs et bourderesses . 

— Le Musée Britannique a entrepris l'impression du répertoire 
alphabétique des livres imprimés qu'il possède. On sait que le 
catalogue manuscrit, mis à la disposition du public dans ce grand 
dépôt littéraire, se composait de volumes in-folio, dont les feuillets 
portaient des bulletins écrits sur des bandelettes de papier légè- 
rement collées par les bords; le classement de ces bulletins était 
facile et les intercalations toujoui*s possibles. A ces bulletins écrits à 
la main ou autographiés, on a d'abord substitué des bulletins im- 
primés, occupant moins de place, plus nets et pouvant être tirés à 
aussi grand nombre qu'on le désire. Non seulement tous les livres 

' nouvellement acquis sont catalogués de cette manière, mais encore 
on a entrepris la refonte de tout l'ancien inventaire manuscrit, qui 
sera ainsi incessamment réimprimé, et des parties de cet inventaire 
imprimé sont mises à la disposition du public au fur et à mesure de 
leur achèvement. Au mois d'avril 1882, la Bibliothèque Nationale 
de Paris avait reçu 14 fascicules, comprenant 3,012 colonnes, soit 

. un total d'environ 54,000 articles ou mentions. Espérons que 
l'achèvement de cette œuvre utile ne se fera pas trop attendre. 
(Article de M. L. Delisle dans le Répertoire des travaux histo- 
riques, année 1882, n® 2, pp. 306 et suiv.) 

— Nous venons de parler du catalogue des imprimés du Musée 
Britannique; c'est le moment de signaler un nouvel effort de 
l'administration de notre Bibliothèque Nationale pour répondre 
aux légitimes désirs du public français. Depuis le commencement 
de l'année 1882, paraît tous les mois un Bulletin mensuel des 
récentes publications françaises , donnant la liste des ouvrages et 



\ 



CHRONIQUE. 141 

opuscules d'origine française, parus postérieurement à 1880 et 
reçus par la Bibliothèque Nationale; sont seuls laissés de côté les 
fascicules de publications périodiques, les pièces destinées à faire 
partie de recueils factices, les réimpressions d'ouvrages liturgiques, 
classiques et populaires. On y a joiAt le catalogue des cartes fran- 
çaises et étrangères, apportées chaque mois à la section géogra- 
phique, et celui des ouvrages français ou d'origine française, an- 
térieurs auxix" siècle, acquis par la Bibliothèque. Chaque article 
est suivi de la cote qu'il porte dans les collections. On comprend 
l'utilité de ce répertoire. Tous les livres entrés à la Bibliothèque 
après le 1®' janvier 1882 sont ainsi immédiatement signalés, 
puisque depuis déjà plusieurs années la librairie Klincksieck 
publie un bulletin mensuel des acquisitions étrangères de cet 
établissement. — Ajoutons que pour rendre l'usage de cette pu- 
blication plus facile, chaque numéro mensuel est découpé, aussitôt 
qu'il a paru, et le bulletin de chaque ouvrage est rangé dans deux 
répertoires classés l'un par ordre méthodique et l'autre par ordre 
alphabétique de noms d'auteurs, répertoires qui sont à la dispo- 
sition du public. L'amélioration peut paraître aujourd'hui encore 
bien faible; dans quelques années, on se rendra mieux compte 
de l'utilité de cette publication, qui dès maintenant est très fré- 
quemment consultée par les travailleurs. Le Bulletin mensuel se 
trouve à la librairie Champion, quai Malaquais. 

— Le Missel de Thomas James^ évêque de DoL — Un calque 
de la collection de M. le comte A. deBastard a permis à M. L. De- 
lisle de retrouver un fort beau missel exécuté vers l'an 1483 
par le célèbre miniaturiste florentin Atta vante. Dès 1852, M. de 
Montaiglon réimprimait deux lettres en italien de cet artiste, 
relatives à l'exécution d'un missel pour l'évêque de Dol. Plus tard 
le P. Cahier publiait quelques ornements empruntés à ce volume 
sans dire où il était conservé. Enfin M. Delisle a reconnu dans 
un calque de la collection de M. de Bastard, tiré du missel d'un 
évêque de Dol, une page d'un fort beau volume donné par M. le 
cardinal de Bonald à la cathédrale de Lyon, et attribué par les 
savants lyonnais à Riario Sforza, cardinal archevêque de Naples. 
M. Delisle prouve que les armoiries figurées dans ce volume 
sont bien celles de Thomas James et que par suite le volume 
aujourd'hui conservé à Lyon est celui qu'Attavante exécuta pour 
ce prélat. L'une des miniatures est ainsi signée. Actavanti de 



142 fiULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ACTAVANTIBUS DE FlORENTIA HOC OPUS ILLUMINAYIT A. MCCCGLXXXIII. 

[Bibliothèque de V École des chartes, XLIII, 311-315). 

— Sous ce titre : VŒuvre paléo graphique de M. le comte de 
Bastard, M. L. Delisle donne dans la BibL de U École des chartes 
(XLIII, pp. 498-523] d'intéressants détails sur cette somptueuse 
publication, la plus belle peut-être dont les manuscrits du moyen 
âge aient jamais été' l'objet. On sait à la suite de quelles circons- 
tances regrettables cette collection, exécutée en grande partie aux 
frais du gouvernement français, est restée inachevée. Jamais il n'y 
eut reproduction plus exacte des miniatures et des ornements du 
moyen âge. Bien peu de particuliers possèdent une partie de cette 
collection; nul ne la possède complète. Chose plus étonnante, 
pas une bibliothèque au monde ne peut se vanter d'avoir toutes 
les planches ; les trois exemplaires les moins incomplets sont ceux 
de la Bibliothèque Nationale à Paris, du Musée Britannique et du 
musée de Berlin. Avec les tables de ces trois exemplaires, et en 
s'aidant des notes de l'auteur, M. Delisle a pu dresser une liste 
complète des planches exécutées, et indiquer leur place dans cha- 
cune des séries dont l'œuvre entière devait primitivement se com- 
poser. M. de Bastard, outre son grand ouvrage intitulé : Peintures 
et ornements des manuscrits, avait entrepris également un recueil 
de peintures tirées des mss. de la librairie de Jean de Berry, 
recueil interrompu dès 1 835 ; un autre composé de planches copiées 
sur les miniatures d'un ms. de Girart de Nevers, ayant fait partie 
de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, et conservé aujourd'hui 
à la Bibliothèque Nationale ; 25 planches furent exécutées avant 
Tannée 1844. M. de Bastard avait encore commencé la repro- 
duction d'un ms. de l'histoire de Jésus -Christ, venant proba- 
blement de S. Martial de Limoges et qui, après avoir appar- 
tenu à l'auteur, fit partie de la bibliothèque de M. Diiot ; il a été 
vendu en 1879. En 1878, les trente peintures dont se compose 
le volume ont été reproduites en noir sous le titre suivant : 
Exposition internationale de 1878. Histoire de Jésus- Christ en 
figures, gouaches du TLWau xiii* siècle, conservées jadis à la col- 
légiale de Saint^Martial de Limoges, (Paris, in- fol.) Sur toutes 
ces publications M. L. Delisle donne de très intéressants détaib, 
dont les amateurs et les bibliothécaires auront à profiter. 

— MM. Paul Ewald et Gustaf Loewe vont publier à Heidel- 
berg (librairie G. Koester) un album renfermant 40 planches de 



CHRONIQUE. 143 

spécimens d'écriture visigothique, empruntés aux plus célèbres 
manuscrits des bibliothèques d'Espagne. On sait qu'avant l'acqui- 
sition toute récente des manuscrits de Silos par la Bibliothèque 
Nationale, il était très difficile en France d'étudier cette curieuse 
écriture ; les mss. de Silos sont extrêmement précieux, mais leur 
étude ne permettrait pas de faire l'histoire complète de la paléo- 
graphie espagnole. Le recueil de M. Ewald, dont voici le titre 
abrégé : Exempta Scripturae Fisigotlùcae XL tabulis expressa.., 
renfermera des fac-similé en photogravure des plus célèbres 
manuscrits espagnols; citons seulement le célèbre Ovetensis\ ou 
manuscrit d'Oviedo, un Forum Judlcum^ de iMadrid, du ix® siècle, 
un S. Augustin, de l'Escurial, du vi® ou du vu® siècle, en majus- 
cules, etc. La souscription est ouverte jusqu'au l®*" février 1883; 
l'ouvrage coûtera pour les souscripteurs 25 francs (20 marks) ; 
après cette date, le prix sera porté à 50 marks (62 fr. 50 c). On 
souscrit chez l'éditeur, à Heidelberg. 

— Les notes archéologiques, historiques et littéraires, laissées 
par Edouard Fournier, ont été achetées en partie par la biblio- 
thèque de l'Arsenal, où M. Paul Lacroix les a classées et en a 
formé 20 vol. in-4. Celles de ces notes qui se rapportent à l'his- 
toire de Paris ont été acquises par la Bibliothèque de la ville et 
formeront environ 15 volumes. 

— La Ubrairie Stuber, de Wurzbourg, mettait récemment en 
vente au prix de 500 marks (750 francs) un bel exemplaire de la 
célèbre version allemande de la Bible, imprimée à Nuremberg par 
Antoine Koburger, en 1483. Cette édition, imprimée en carac- 
tères gothiques sur 2 colonnes, est illustrée de 150 gravures sur 
bois, datant d'environ 1470, et qui comptent parmi les meilleures 
productions artistiques de l'époque : ces estampes sont très cu- 
rieuses pour l'histoire du costume des différentes classes de la 
société allemande au xv* siècle. 

— M. Maurice Tourneux, le savant éditeur de la Correspon- 
dance de Grimm, a été chargé d'uîie mission en Russie ; il doit 
examiner les mss. et livres de Diderot, conservés à Saint-Péters- 
bourg, et en dresser le catalogue. Cette mission sera sans aucun 
doute très fructueuse, peu d'érudits en France connaissant aussi 
bien que M. Tourneux l'histoire littéraire du xviii® siècle. 

— La Revue de Champagne et de Brie (août 1882) publie, sous 



144 fiULLETm DU BIBLIOPHILE. 

la signature Ad. Varin^ une liste des portraits de Lafontaine, dont 
l'auteur a pu constater Texistence ; il en compte 120 jusqu'en 
l'année 1870, et le nombre a dd: s'augmenter depuis. Cette liste 
pourra rendre des services; on doit cependant regretter que 
M. Varin n'ait pas indiqué la date des éditions pour lesquelles cer- 
tains de ces portraits ont été gravés. 

— M. Tamizey de Larroque donne dans le Polybiblion (XXXV, 
277-278 et 551-552) une liste d'ouvrages anonymes non indiqués 
par le Dictionnaire de Barbier, et qui devront prendre place dans 
le Supplément. La plupart de ces ouvrages sont des traités de 
piété des xvii* et xviii® siècles, traités dont il sera, croyons-nous, 
assez difficile de découvrir les auteurs. 

— La quatrième livraison de la Bibliothèque de l'école des 
Chartes de l'année 1882 renferme une bibliographie complète des 
travaux et mémoires de M. Jules Quicherat ; ce répertoire, dressé 
par M. A.. Giry, indique 350 mémoires ou volumes, publiés par cet 
éminent érudit. La plupart de ces mémoires seront prochainement 
réunis en volumes par les soins des amis et des anciens élèves de 
M. Quicherat. 

— M. G. Hérelle a commencé la publication dans la Revue de 
Champagne et de Brie (septembre 1882), d'un Répertoire général 
et analytique des principaux fonds anciens conservés aux archives 
départementales de la Marne. Il comprendra l'indication des 
fonds, la description des cartulaires, et la bibliographie des im- 
primés. Une seconde partie, sous le titre àe Répertoire analytique^ 
formera comme un dictionnaire des principaux lieux du dépar- 
tement, avec l'indication des pièceis concernant chaque localité. 
L'auteur donne d'abord la liste des anciens inventaires d'archives 
qui sont aux archives départementales de la Marne. 

— Dans la même Revue, on a réimprimé une pièce assez rare de 
Boursault : Le portraict de S, A. la duchesse douairière d'Angou- 
lesme, ou le Temple de la Fertu, en vers héroïques^ par le sieur 
Boursault, à Paris^ MDCLXII, ou le Songe véritable. 

— Dans une vente d'objets d'art, faite à Genève en 1882, un 
exemplaire de V Histoire du docteur Faustus, avec 107 dessins 
originaux de Tôpffer, a été acquis au prix de 455 francs à 
M. Mirabaud, de Paris. 



DEUX LETTRES INEDITES DE JEAN PRICE 



A BOURDBLOT. 



Jean Price, qui signait Du Pris^ naquit à Londres en 
1600 et mourut à Rome en 1676, ayant donné au public, 
comme s'exprime Bayle en son Dictionnaire critique 
« plusieurs ouvrages très doctes » (1). Malgré cet éloge 
d'un bon juge, malgré les éloges antérieurs de deux autres 
bons juges, Claude de Sarrau (2) et Paul Colomiès (3), le 
savant humaniste est maintenant a peu près oublié de tout 
le monde, soit dans son pays natal, soit dans les deux pays 
où il se plut à résider, la France et Tltalie. Je voudrais 
que les pages que Ton va lire de lui inspirassent à quelque 
érudit le désir de lui consacrer une de ces études spéciales 
qui sont en ce moment si fort à la mode sous le titre de 
monographies. Il me semble que ces pages, à la fois 
agréables et instructives, écrites de Londres en 1635 et 
1636, donnent la meilleure idée du correspondant de 
Bourdelot (4), et que personne ne pourra me reprocher 



(1) Edition Beuchot, t. XIÏ, p. 316. 

{Vj Bayle résume ain»i le bien qu'en dit ce magistrat dans une de ses inté- 
ressantes lettres, qui mériteraient tant d'être remises en lumière {Epist.f CLVII, 
p. 162) : (( C'était un homme que la constance dans l'adversité et le savoir 
rendaient digne d'admiration. » 

(3) a II était d'une littérature vaste et d'un grand jugement. » [Bibliothèque 
choisie, p. 142.) Colomiès énumère (pp. 143, 144) quelques-uns des savants 
hommes qui célébrèrent l'érudition de Jean Price, Pricœus. 

(4) Il s'agit là de Jean Bourdelot, avocat au Parlement de Paris, maître des 
requêtes de la reine Marie de Médicis, mort a Paris en 1638, commentateur de 
Lucien, d'Héliodore et de Pétrone. Il ne faut ctmfondre ce philologue ni avec 
son frère Edme Bourdelot, médecin de Louis XIII, ni avec son neven Pierre 
Michon, plus connu sous le nom de l'abbé Bourdelot, tour à tour médecin du 
comte de Noailles, ambassadeur à Rome, du prince de Condé et de la reine 
Christine, personnage sur lequel on peut consulter quatre recueils inappréciables 

1883. 10 



146 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

d'avoir naguères exagéré leur valeur, en les sigualant 
comme très curieuses (1). 

Philippe Tamizey de Larroque. 

I. 

A Monsieur Bourdeloty à Paris, 

Monsieur, je ne m'efforceray d'excuser mon silence avec 
des formalitez. Vous Tattribuerez, s'il vous plaist, à mon 
esloignement de cette ville a laquelle aprez une absence 
de six mois, main tenant je suis revenu , et mesme astheure ( 2) 
le principal subject de la présente n'est que l'hommage 
que je vous doibs, et le soing que j'ay de me ramentevoir 
a voz bonnes grâces. Pour autres choses je n'ay rien qui 
me puisse excuser de ce que je vous importune, si fault-il 
tousjours adjouster quelques particularitez de ces quar- 
tiers, pour satisfaire et à vostre attente et à ma promesse. 
Et premièrement pour le faict des nouveaux livres, nous 
avons icy Apparatuni dd origines ecclesiasticaSy de Mon- 
seigneur l'evesque de Mountagut, homme fort docte (3). Ce 
livre est in-folio divisé en onze sections, et est plein de 
très bonne érudition sacrée et prophane, mais il parle 



pour rhistoire anecdotique du xvn* siècle, le Mencigiana, les Mémoires de 
Daniel Huet, les Historiettes de Tallemant des Réaux et les Lettres de Guy 
Patin, Pourquoi ne possédons-nous pas de ce dernier recueil une édition aussi 
excellente que l'édition donnée par notre ami si regretté, M. Paulin Paris, des 
piquants récits de Tallemant ? 

(1) I^s Correspondants de Feiresc, fasc. V. Claude de Saumaise, Lettres 
inédites écrites de Dijon, de Paris et de Leyde, etc. 1882, in-8, p. 128, n. 2. 

(2) A cette heure. On sait que l'abréviation asteure se retrouve souvent dans 
les lettres de ce grand et cher Henri IV, qui ne fut pas moins excellent écrivain 
qu'excellent roi. 

(3) Richard de Montaigu ou Montagu fut évéquc de Chester, puis de Nort- 
wich. Il mourut en 1641. Voir, dans le Moréri de 1709, un bon article sur c^ 
prélat auquel on attribue « beaucoup d'érudition. » On y rappelle qu'Isaac Ca- 
saubon, qui croyait pourtant avoir à se plaindre de lui, l'appela, dans une de 
ses lettres, homo doctus et acris ingenii. 



DEUX LETTRES INÉDITES DE JEAN PRICE A BOURDELOT. 147 

fquod nollem factum) trop rudement de M. Scaliger(l). 
Nous avons aussy Historia animalium minutorum seu in- 
sectilium in-fol. par un médecin de ceste ville (2) : elle est 
remplie de figures, mais de boys. En cecy vous m'obli- 
gerez, Monsieur, tant, que de le communiquer avec mes 
très humbles baise-mains à M. Moreau (3). 

Asteure on imprime encores un nouvel œuvre de 
M. Selden, in-fol. soubz ce tiltre : de mari clauso, seu de 
dominio maris libri 2(4). Desja je scay bien que vous en 
appréhendez le dessein. On est parvenu jusques k la 
page 180. Devant deux mois le reste sera achevé. L'Au- 
theur par sa courtoisie m'en a communiqué quelques 
cahiers, hors desquelz pour voslre entretien, et pour vous 
monstrer quelque eschantillon de la disposition de l'œuvre 
j'ay voulu icy soubscrire les sommaires des vingtz premiers 
chapitres (5). 

Martin, nostre libraire, arriva icy longtemps y a, et 
aprez une délibération de trois mois (à cause de la vaca- 
tion) a finalement exposé ses libvres en vente. J'en ay 
achepté une demi-douzaine de fort bons. Parmy les petites 
droUeries qu'il m'a vendues, il y a un traité de M. Alatius, 

(1^ Joseph Scaliger avait si rudement, toute sa vie, traité ses adversaires, 
qu'on ne saurait le plaindre d'avoir été malmené par l'évéque R. de Montaigu. 

(2) Je ne retrouve pas le nom de l'entomologiste anglais de 1635. Dans le 
Nouveau manuel de bibliographie universelle par MM. F. Denis, Pinçon et de 
Martonne, on ne signale aucun ouvrage sur les insectes entre le Traité de 
J. Bauhain ^Montbéliard, 1593) et la Dissertation de Merian (Amsterdam, 
1719). 

(3) René Moreau est le célèbre médecin qui fut professeur au collège de 
France et dont le nom revient si souvent dans les lettres de Guy Patin, lequel 
Pavait en grande estime et disait de lui, en 1631 : a M. Moreau, notre doyen, 
savant homme de forte tête. » 

^4) Jean Selden, surnommé par Grotius la gloire de V Angleterre, et son Mare 
Clausum (composé dès 1625, publié seulement dix ans après) sont trop connns 
pour que je m'avise d'en rien dire ici. Ne portons pas de Peau à la rivière, de 
Pesprit à l'Académie française et de beaux livres rares chez M. Téchener. 

[b) Je n'ai pas cru devoir reproduire la longue citation de Priée, laquelle était 
une primeur en octobre 1635 et ne serait aujourd'hui qu'une inutile vieillerie. 



148 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de pselliSy et eorumscriptiSy in -8, dédié à M. Gaffarel. Plus 
Ptolomei Euergeti III jEgypti Régis monumentum Aduli" 
tanum grecs ex uet. Cod. MembranaceOy par le mesme 
Alalius in-4 avec la version (1). Le tout n'est qu'une feuille 
de papier, mais il y a quelque chose dedans pas mespri- 
sable. Encor il y a : Antiquîssime Picture que Rome visitur 
Typus a Laurentio Pignorio accurate explicatus^ in-4, 
Pataviiy 1630(2). Item Inscrittione délia base délia colonna 
rostrala gia nel Foro Romano drizzata^ à Caio Duilio 
suppleta ed illustrata per Gauges de Gorze^ da Pesaro. In 
Roma, 1635, in-4. Cecy ne vault rien. Le peu qu'en a 
dict Ciaconius est autre chose (3). Mais que diray-je de ce 
grand livre Roma Sotterranea duquel le mesme Martin 
nous a apporté 4 ou 5 exemplaires (4)? Monsieur, je n'estois 
jamais trompé de la façon. Jamais livre mieux à mon ad vis 
a veriffié le vieux mot : MevaXyj B{6Xc; Msy^exaxov (5). Je le 

; i ) J'ai eu l'occusion de parler ici de Léo Allatiu.s et de Gaffarel, en commen- 
t.mt iiiie lettre inédite de Gabriel Naudé. Je n'ajouterai qu'un mot : les deux 
plaquettes annoncées par Pricc ne sont pas mentionnées dans le Manuel du 
Wivaire. 

(2'i L'antiquairi! Laurent Pignoria naquit en 1571 à Padoue et mourut dans 
la même ville en 1631. La dissertation citée par Pricc d'une façon incorrecte et 
iacumplète roule sur les cérémonies des noces [de Ritu nupiiarum) et a été 
iu"»érét; dans le tome l**" du Thésaurus antiquitatum Italiœ. 

[Z) Priée veut parler du travail si estimé et si souvent réimprimé d'Alphonse 
(}liucon : Uistoria utriusque hdli Daciei a Trajano Cœsare gesti, ex simula- 
cris quœ in columna ejusdem Romœ viduntur coUeeta, (Rome, in-fol., 1556, 
ir)76, 1380, 1616, etc.) 

(4) Antoine Bosio, mort en 1629, avait laissé inachevé le beau recueil auquel 
il travaillait depuis plus de trente ans. Le chevalier Aldobrandino publia Pon- 
vrage de son ami en 1632 (gr. in-fol.). Priée va juger bien sévèrement le recueil 
de Bosio. Il serait injuste d'oublier que cet antiquaire a eu le dangereux honneur 
de traiter le premier un aussi vaste et aussi difficile sujet. Tenons-lui compte des 
immenses difficultés qu'il eut à vaincre, et saluons en lui le noble préconear de 
cet illustre commandeur J.-B. de Rossi, auquel un solennel hommage a été ré- 
cemment rendu par l'Allemagne, la France et l'Italie. (Voir, dans la Revue des 
Deux- Mondes du 15 janvier 1883, l'attachant article intitulé : Une FMe ar- 
chMpgique à Rome, par M. A. Geffeoy, de l'Institut de France, ancien direc- 
teur de l'Kcole française de Rome.) 

(5) C'est le mot si souvent cité du grammairien Callimaque : un grand livre 
eut un grand mal. 



DEUX LETTRES INEDITES DE JEAN PRICE A BOURDÉLOT. 149 

feuilletay presque d'un bout à l'autre, et ne me souviens 
d'y avoir veue une seule antiquité ethnique. Vray est-il 
que sur les tombeaux des Papes, evesques et semblables 
(desquelz ceste grand Moles est remplie) on void les traces 
de quelques cérémonies ecclésiastiques, pas encore bien 
esclaircies mesmes par les plus doctes, mais combien peu 
est cela au prix de ce que nous en attendions ? Plus il y 
va encor ceste impertinence que vous y voyez quelque 
vingt foys réitérées les mesmes pierres, ou certes fort peu 
différentes. Monseigneur le conte d'Arondel (1) pourtant 
s'en fit achepter un exemplaire à vingt escus ou six livres 
sterlins et le faudra voir plus à loisir. Le dict seigneur 
(selon que m'a conté M. Selden) (2) a recouvert depuis peu 
quelques inscriptions grecques. Je ne les ay pas encores 
veùes, et à la fin que vous sachiez que ce grand person- 
nage prend plaisir non seulement aux antiquitez mortes, 
mais encores aux vives, je m'en vay vous conter une his- 
toire estrange, mais véritable. Estans en son tour annuel, 
trois mois a, dans une de ses terres (in comitatu Sa/o- 
pientiy environ 50 lieues d'icy) (3), les villageois, (scachanz, 
je pense, son génie (4), lui présentèrent un vieillard aagé 
de cent cinquante-deux ans. Au commencement (comme 
firent aussy tous ceux de sa suitte et compagnie), il se 
mocquoit de ceste affaire comme d'une impossibilité. 
Après, en ayant soigneusement cherché le fonds et par 



(1) Sar Thomas Howard, comte d'Arundel, mort en 1696, Toir les intéres- 
sants renseignements donnés par un anonyme dans la Biographie universelle, 

(2) Selden était très lié avec le comte d'Arundel, qui le protégea comme il 
protégea tant d'autres savants archéologues. Ai-je besoin de rappeler que ce fut 
Selden qui déchiffra et publia les inscriptions gravées sur les marbres rapportés 
de Grèce en 1627 et qui ont été appelés marbres d'Arundel (Marmora Arun- 
deUiana,., auspieiis et impensis Thomœ, Comitis ArufuMliœ, etc. Londres, 
1629, in-4.) ? 

(3) Le comté de Salop ou Shrop. C'était dans un autre comté, le comté de 
Surrey, que le comte d'Arundel possédait une maison de campagne qui devint 
célèbre par la généreuse hospitalité qu'y trouvèrent les plus renommés savants 
et artistes de l'Angleterre. 

(4) C'est-à-dire son humeur, son goût, sa curiosité. 



150 BULLETIN DU BIBLIOPfflLE. 

descriptions, instruments locatifs (1) et pareilles espreuves 
(les plus preignantes (2) et significatives de toutes autres, 
en une chose de ceste nature) trouvé la non branslante 
vérité du rapport, il le feit emporter dans une litière h la 
cour, où l'ayant faict voir au Roy et à la Reyne(3), il l'en- 
voya tout doucement à Londres où il le garde et chérit 
maintenant dans son palais, et le gardera (selon qu'on 
tient) tandis qu'il sera en vie. Beaucoup de monde y va 
journellement le voir, mais la plus grand part on la ref- 
fuse tant plus parce qu'on craint qu'estre harrassé et inter- 
rompu avec tant de visites pourroit affoiblir les espritz, et 
consequemment accourcir les jours de ce plus que demy- 
Nestor. Vingt ans y a qu'il est aveugle ; ses paupières 
pourtant il les ouvrit et ferme fsicj aussi bellement 
qu'aulcun aultre. Je l'ay veu et parlé à luy par deux foys. 
J'ay voulu, Monsieur, insérer ce divertissement et pour 
vous oster en partie l'ennuy de mes autres babilleries (4), 
et pour vous laisser voir que nous avons icy un homme 
qui pour son aage pourroit estre l'ayeul de M. d'Espernon, 
lequel (comme on m'a dict en France) a six vingtz ans (5). 
Nostre Reyne Dieu mercy est une aultrefois grosse et 
un moys y a qu'on prie Dieu dans nos églises pour son 
heureux accouchement (6). L'amour que le roy luy porte 



(1) Ce sont des baux. 

(2) Pressantes, expression que Ton retrouve dans les Mémoires de Saint- 
Simon où tant de mots de la vieille langue nous ont été conservés. Voir encore 
les Lettres de Sautnaise déjà citées (p. 49). 

(3) Charles I*** et Henriette-Marie de France. 

(4) M. Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, n'a cité, sous le 
mot babiUerie, qu'une phrase de saint François de Sales. 

(5) On s'exagérait beaucoup la longévité de Jean-Louis de Nogaret, premier 
duc d'Ëpernon. Né en mai i 554, il n'avait en réalité que quatre-vingt et un ans 
au moment où Price lui en attribuait cent vingt. L'ancien favori du roi Henri fil 
mourut âgé de près de quatre-vingt-huit ans, le 13 janvier 1642. 

(6) Henriette accoucha d'une fille, la princesse Elisabeth, qui s'éteignit 
quinze ans (8 septembre 1650), tuée, dit-on, par la douleur que lui causa la 
mort tragique de son père. Quelques historiens prétendent que la jeune fille ne 
mourut pas du contre-coup de la hache de Witheal, mais des mauvais traite- 



DEUX LETTRES INÉDITES DE JEAN PRICE A BOURDELOT. 151 

est indicible (1). Le bruict court que le jeune Palatin, 
nepveu de Sa dicte Majesté, viendra bientost en Angle- 
terre (avec permission de son oncle pourtant s'entend) et 
que desja on luy prépare un palais icy à Londres. Nostre 
flotte va et revient chasque mois. Ces grandz prépara tifz, 
menaces et levées de boucliers de Tun et l'autre costé 
s'abboutiront à néant. On grommelé icy furieusement, sur 
leChange(2), de la supercherie des trois vaisseaux François, 
trois mois a, dans la mer Méditerranée, faicte sur un na- 
vire anglois, solitaire, chargé de marchandise, les parti- 
cularitez de laquelle affaire je n'adjousteray tant parce 
que j'estime que vous ne les ignorez pas, comme aussy 
pour vous avoir desja trop destourné de voz meilleures 
occupations. 

Au reste, Monsieur, si vous me jugez capable de vous 
rendre service, vous pourrez très commodément addresser 
vos commandements à l'enseigne de la Roze, dans le ce- 
metière (3) de Saint-Paul, à la boutique de M. Tomson, 
marchand libraire, le compagnon duquel (ut hoc obiter 
dicam) nous attendons d'heure à autre de retour d'Italie; 
avec vingt-six grandes caisses de livres, le catalogue 
desquelz ledict Tomson me faict croire que je seray le 
premier à lire. Sur cela vous suppliant ardemment de 
communiquer ce papier tel qu'il est, avec mes très hum- 
bles recommandations, à M. d'Ingram de Puy (4), surtout 



ments qui lui furent prodigués dans IMle de Wigth, où cette douce Tictime avait 
été reléguée après l'horrible drame du 9 février 1649. 

(1) C'est ce que confirme Bossuet dans ce passage de l'admirable oraison fu- 
nèbre de Henrietre-Marie de France, où il nons montre le roi d'Angleterre 
^ronvant un charme innocent dans les agréments infinis de la reine son épouse, 
dont l'heureuse fécondité redoublait tous les jours les sacrés liens de leur 
amour mutuel. 

(2) Comme nous dirions : à la Bourse. 

(3) De Cœmeterium, Dans le langage provençal on disait eementeri, La langue 
populaire de la Gascogne a conservé cette dernière forme. M. Littré nous rap- 
pelle qu'Ambroise Paré écrivait cemetière et que Marguerite Buffet, dans nés 
Observations f de 1688, recommandait de ne pas employer ce mot déjà suranné. 

(4) Sic. Je ne connais pas ce personnage. Son nom n'anrait-il pas été défiguré 



152 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de me continuer Thonneur de vostre amitié, je prieray 
Dieu, Monsieur, qu'il vous veuille multiplier ses grâces en 
longue vie, pour le bien du public, et le contentement de 
voz amis et serviteurs, entre lesquelz je prens l'hardiesse 
de me conter, mesmes comme un des plus acquis et 
affectionnez. 

Du Pris. 

A Londre% ce 28 d'octobre xtUo anglieano, 1635 (1). 

II. 

jé Monsieur Bourdelot, à Paris. 

Monsieur, c'estoit un honneur plus grand que je n'osois 
pas espérer que d'avoir le contrechange de ma lettre par 
la vostre du vingt neufviefme novembre, mais de voir ren- 
forcée cette faveur par une autre en datte du quatriesme 
janvier mesme devant que je recogneusse la première, 
cela me charge d'un surcroy d'obligation si violant qu'il 
faict de nécessité que j'ahane dessoubs le faix. Mais 
laissant à part ces préambules je vous rends très humbles 
grâces du tesmoignage que reçois par vos lettres de vostre 
bon portement, et de la continuation de vostre honorable 
amitié en mon endroit. Je m'estudieray selon mes foibles 
forces et petitesse de me monstrer pas totalement indigne 
d'un tel bien. 

J'ay eu pour agréables les nouvelles d'Ammianus Mar- 
cellinus et Âchilles Tatius, comme des pièces qu'ont 
besoing de mains pas ordinaires. Celle cy pourroit 
acquérir splendeur et réputation plus que cy devant par 
moyen de M. Patricius Junius, Bibliothécaire de Sa Ma- 
jesté (2), lequel, dez deux ans, me dit en avoir une copie 



par le copiste, et le prétendu Ingram de Poy ne serait-il pas le même qae Jac- 
ques du Puy, prieur de Saint-Sauveur, que nous allons trouver dans la lettre 
«uivante ? 

(1) Manuscrits de la bibliothèque de Carpentras, reg. XLI, t. XXII, fol. 62-64. 

(2) Les recueils biographiques ne nous apprennent presque rien de ce savant. 



DEUX LETTRES INÉDITES DE JEAN PRICE A BOURDELOT. 153 

escrite à la main beaucoup plus corrigée et ample que la 
vulgaire, et que M. Holstenius (1) sur sa promesse de la 
mettre bientost en lumière, pendant son séjour icy, s'en 
servist à son gré. Cecy je dis pour Tinterest de luy qui 
travaille sur cette pièce, à qui je veux bien comme au 
parent de M. Loyauté, vostre amy, qui estoit prest (comme 
vous me disiez) à meliorer (2) mon Apulée (3). C'est à 
vous. Monsieur, si vous prennez à gré Tadvancement de 
l'œuvre ou d'escrire à M. Holstenius à Rome, ou me 
mander ce que bon vous semble en cest affaire. 

Vostre histo're de la grotte de Civita Vecchia et des 
Serpens veluz, on l'a oûye et receûe avec admiration et 
créance (4). Voyla ce qui touche la vostre de la première 
datte. Quant à l'autre (car deux seulement je proteste d'en 
avoir receùes, bien que, ce me semble, vous parlez d'une 
troisiesme) apportée par le sieur Gotard le jeune, vous en 
eussiez eu response plus que 15 jours à si vous eussiez 
mis la lettre de M. de Peyresc dans la vostre (5), mais 

Le Moréri ne lai donne que ces quatre lignes : a Junius (Patrice) était biblio- 
thécaire de Jacques 1*% roi de la Grande-Bretagne. — (On voit par le témoignage 
de Price que Junius fut aussi bibliothécaire de Charles I*''.) — Il publia le livre de 
Job sur un ancien manuscrit, dont Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople^ 
lui avait fait présent... » Pourquoi Bayle, qui a consacré de si plantureux ar- 
ticles à divers homonymes de ce bibliothécaire, à Junius (Hadrien), à Junius 
(François), à un autre Junius (François), a-t-il négligé Junius (Patrice)? 

fl) Holstenius, le bibliothécaire du Vatican, est aussi connu que l'est peu le 
bibliothécaire de Jacques I«r et de Charles I**". Je me dispenserai donc de redire 
sur lui ce que Ton trouve partout. 

(2) Du latin meliorare, qui a formé l'italien migliorare, La forme mdiorer 
n'a pas été recueillie dans nos vocabulaires et peut-être n'a-t-elle jamais été em- 
ployée qu'à l'étranger. 

(3) ViUB et observcUiones in apologiam Apulei. (Paris, 1675, in-4.) Jean 
Bonrdelot fit imprimer à ses frais cet ouvrage sur lequel on peut voir les lettres 
déjà citées de Claude de Saumaise. (P. 128 et surtout pp. 130, 131.) Des âpret 
critiques de Saumaise, qui, on le sait, avait la dent cruellement dure, j'ai rap- 
proché (en note) l'éloge donné par Richard Simon à la grande érudition de 
VhabUe seoliaste, 

(4) Price ne flattait-il pas ici beaucoup trop son correspondant, et les récits 
de ce dernier sur les serpents velus de la grotte de Civita-Vecchia avaient-ils 
réellement inspiré antant de confiance et d'admiration aux savants de Londres ? 

(5) Peiresc était en correspondance avec Jean Bourdelot, comme avec Pierre 



154 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

voyez comme il advint. Gotard laissa la vostre chez 
M. Thomson, disant qu'il avoit encor un autre jour me 
bailler, mais qu'il la vouloit livrer a moy mesme. J'attendis 
de jour en jour qu'il me vinse quérir, ce qu'il ne fist 
pas. Thomson ne me sçavoit dire où il se tenoit ; ainsy 
passèrent presque trois sepmaines sans la pouvoir recou- 
vrer. A la fin quand je m'estois résolu en tout cas de vous 
escrire je l'ay rencontré heureusement chez Thomson , 
sans cela possible encores je ne l'eusse pas acquise. 
J'espère, Monsieur, quececy me purgera en vostre endroict 
et vous ostera le moindre soupçon de ma nonchalance. 
Mais quelle revanche puis-je prendre du bien que m'avez 
départi en la lettre de ce brave homme M. de Peyresc ? 
Comment pourray-je exprimer la joye et contentement 
que je sens à voir mon pauvre et plus pénible que profi- 
table labeur, approuvé par un si grand père et censeur 
des lettres (1), et moy mesme aucunement admis en la 
clientèle d'un si illustre personnage ? Certes que ses hautes 
qualitez m'ont dez longtemps lié à luy, et les relations 
que m'en fist bien souvent le bon vieillard feu M. Pigno- 
rius (avec qui je fis en Padoue très bonnes habitudes) (2) 
me remplirent d'une envie ardente mais généreuse à tous 
ceux qui estoient honnorez de sa cognoissance. Faictes, je 
vous supplie. Monsieur, qu'il sçache combien je me re- 
cognois son obligé, et que cy après (soubs vostre protec- 
tion, et ma fiance en son bon naturel) j'essayeray de luy 
tesmoigner aultant par ma main et plume. Cependant 
(pardon demandé d'avoir tant chargé vostre pacquet) je 
vous prie de luy faire tenir ces deux grandes figures (la 

Bonrdelot. J'espère avoir le triple plaisir de publier les lettres des oos et des 
autres. 

(1 ) Ce surnom de jgl^rt des lettres fait penser à François I*r, et le rapproche- 
ment est d'autant plus légitime qu'il j eut vraiment quelque chose de rojal 
dans la générosité avec laquelle Peiresc protégea les artistes, les lettrés, les sa- 
vants, les voyageurs, etc. 

(2) Sur Pignorius et Peiresc, voir une note des Lettres inédites de Saumaise, 
p. 91. 



DEUX LETTRES INÉDITES DE JEAN PRICE A BOURDELOT. 155 

planche desquelles on luy fist croire comme je voy par sa 
lettre qu'elle estoit demeurée ià graver). Mais vous sçavez 
bien que cella n'est qu'un happelourde (1), que la planche 
estoit preste, et quele chiche delibrairela refusa), Tune pour 
soy mesme, l'autre pour M. le Cardinal Barberin à Rome. 
Voyez encore trois pourtraicts (par une main qui n'a 
pas mal rencontré) de nostre vieillard de 152 ans, lequel 
(hélas le bon homme) mourut 18 jours aprez la date de 
ma dernière, scavoir est le 15/25 novembre. Deux de ces 
pourtraicts sont pour vous et M. Saint-Sauveur du Puy 
(j'entens le gentilhomme long et maigi'e) (2), l'autre pour 
le dict sieur de Peyresc, à qui (puisqu'il en est si curieux) 
j'envoyeray avec meilleure commodité des particularités 
plus précises touchant cette histoire. A ceste heure je vous 
prie tous de vous contenter de l'eschantillon que vous puis 
donner. Ma traduction des quatre lignes angloises cy 
dessus mises, lesquelles en mon rabouteux François (3) 
ainsi sonnent: Le vieil vieil fort vieil homme Thomas Par, 
fils de Jean Par, de TViningtorij en la parroisse d'Albert 
bury-y dans la Comté de Salopy lequel naquit Van 1483 
soub le règne du Roy Edouard Quatriesme, et vit à présent^ 
dans le Strandy âge de 152 ans et quelques mois y 1635. 
Cecy fut gravé durant sa vie, mais, il deceda comme j'ay 
dict, le 15 novembre (4). Encores il m'a semblé aucune- 
ment nécessaire d'enclorre une schedule (5) des erreurs dans 
Apulée, laquelle (avec les trois pièces susdites et mes très 
humbles salutations) je vous prie d'envoyer à M. de Peyresc. 

(1) Happelourde a toujours été du féminin. Il y a eu ici, dans le mot une, 
élision de Ve devant l'A du mot suivant. 

(2) Savait-on que Jacques du Puy fut si long et si maigre ? 

(3) Le français de Price est certainement parfois un peu raboteux, mais n'est- 
il pas aussi parfois bien savoureux ? 

(4) Au prodigieux vieillard, sur lequel Price nous donne tant de détails, nous 
pouvons, nous Français, opposer un vieillard non moins prodigieux da xvi* 
siècle, que le cardinal d'Armagnac, alors- évéqne de Rodez, rencontra dans les 
Cévennes. Voir Lettres inédites du cardinal d'Armagnac, 1874, p. 97, note 2. 

(5) Encore un latinisme! Schedula veut dire petit feuillet, petite page, petit 
papier. 



156 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Pour nouvelles, nous tenons pour asseuré le mariage 
de Pologne que les estais de ce royaulme là s'y sont tous 
accordez (1), et que si le Pape n'octroyera sa dispense, le 
Roy s'est résolu de l'accomplir sans icelle. Asteure il y a 
en cette ville une Pucelle qui n'a point de sentiment ; les 
médecins du Roy par son exprez ordre luy visitèrent et 
mirent des espingles dessoubz ses ongles, les soles des 
pieds, et autres parties^ de son corps les plus vivides (2). 
C*est une affaire. Monsieur, qu'en quelque façon confond 
la philosophie. Demandez, s'il vous plaist, ce qu'en semble 
au Père Campanella (3) . Ce mois passé encores (je 
n'escry point des fables) la femme d'un especier (4) en 
ceste ville enfanta un enfançon, et quinze jours après trois 
autres (5), mais elle avec tous ses quatre asteure est 
morte. Cecy me réduit en mémoire (6) ce qu'a A. Gellius, 
lib. 10. cap. 2. (7); Paulus, 1. 3, ^si pars hœred. petat.; 
et Julianus, 1. 36., § de Solution. (8). 

(i) Le roi de Pologne était alors (depuis 1632} Vladislas VII, qui mourut ea 
mai 1648 et qui épousa, en 1637, Cécile, fille de l'empereur Ferdinand II, en 
1646 Marie-Louise, fille de Charles de Gonzague, duc de Nevers et de Mantone. 
Voir sur ce dernier mariage les attrayantes pages de M. Albert Vandal, dans 1« 
Bévue des Deux- Mondes du l'r février 1883, sous ce double titre : Un Jtfa- 
rtage politique au xvnP siècle, Marie de Gonzague à Varsovie. 

(2) De vividus, plein de vie. On chercherait vainement ce latinisme dans nos 
recueils lexieographiques, 

(3) On sait que Thomas Campanella, obligé de fuir de Rome, s'était réfugié 
" Paris où il devait mourir en 1639. * 

(4) Dans le provençal l'épicier s'appelait espessier, 

(5) Cela n'est rien à côté des neuf enfants (neuf filles) qu'eut d'une seule 
couche la grand'mère de la maréchale de Moulue, ainsi que l'atteste le sarant 
médecin Laurent Joubert en ses Erreurs populaire (Bordeaux, Millanges, 
1578.) Voir sur cette singulière assertion, dans la Revue de Gascogne (t. XII, 
1871, p. 333), une note en laquelle on demandait une enquête au sujet de ce 
que plusieurs sceptiques ont pris pour une bonne et belle gasconnade. 

(6) C'est-à-dire me ramène en la mémoire, de redueere, 

(7) Ce qu'a, ce que contient Àulu-Gelle dont le chapitre indiqué est ainsi ré» 
snmé dans le titre dudit chapitre : Combien d'enfants peuvent naître, séUm 
Aristote, d'un même accouchement, Quid Aristoteles de numéro puerperii me» 
morim mandaveriU Le maximum établi par Aristote est cinq entants. 

(8) Je ne puis apprendre au lecteur ce que disent, sur cette délicate matière, 
les jurisconsultes Paul et Julien. Mais n'estime- t-on pat que Priée, en tout ee 



DEUX LETTRES INÉDITES DE JEAN PRICE A BOURDELOT. 157 

Je chercheray un dictionnaire Wallois de tous costez ; 
le regard (1) de vostre commandement et du bien que 
recevra le public par un si bel œuvre que celuy de vostre 
Étymologie (2) m'oblige d'y mettre tout soing et dili- 
gence. Mais en ce que dittes que je scay la vostre langue 
comme ma maternelle et me priez d'y vouloir contribuer 
ce que seroit de mon industrie, cela je prens, Monsieur, 
pour un mot facétieux de vostre esprit, ou pour un traict 
oblique de vostre plume. 

Je vous supplie de m'achepter (s'il y a moyen) ces livrets 
Marciani Heracleot œTzz^lTzXouq grœco-lat.y cum notis Feder , 
Morellij Paris, in- 8 (3). Heraclidis Pontici in Homerum 
AUegoriae grsecolat. etc., Basil, ^ 1544, in-8 (i). Guntheri 
Ligurinus cum notis Conrad, Rittershusii, Lipsise, 1594, 
in-8 (5). Rittershusii notée in Epistolas Plinii, Hamburg^ 
1609, in-8. Theodori Marcilii historia Strenarum. Paris, 
in-8. Jani Gruteri Suspicionum libri 9. Witteberg, 1591, 
in-8 (6). Je vous rembourseray l'argent par la voye que 
m'ordonnerez. A cette heure je me promets qu'avez veu 

paragraphe, fournit de notables additions à l'article si curieux sur les cas rares 
du Dictionnaire des sciences médicales? 

(1) Regard est ici pour considération. 

('2j Le Moréri cite, parmi les ouvrages de Jean Bourdelot qui n'ont pas été 
donnés au public, un Traité de Vétymologie des mots français. D'après le 
même dictionnaire, £dme Bourdelot cultiva aussi la science étymologique. On 
voit que c'était là une maladie de famille. 

(3) Voir Manuel du libraire, t. III, col. 1403. 

(4) Noiribid., col. 105. 

(5) J.-C. Brunet (t. Il, col. 1830) indique, pour l'édition de Conrad Rittershu- 
aius, un autre nom de lieu (Tubingue) et une autre date (1598). Le format est 
le même. L'auteur du Manuel du libraire n'aurait-il pas en coonaissance de 
l'édition réclamée par Priée? Ou Priée se serait-il deux fois trompé en prenant 
Leipsick pour Tubingue et 1594 pour 1598? Cette dernière explication me pa- 
rait la meilleure, car M. Gaston Paris, auquel nous devons une magistrale étude 
sur le Ligurint^ {Dissertation critique sur le poème latin du Ligurinus 
attribué à Ounther. Paris, 1872, in-8}, cite (p. 19) l'édition donnée en 1598, à 
Tubingue, par Conrad Rittershausen. 

(6) Ces trois ouvrages ne sont pas mentionnés dans le Manuel du libraire. 
Heureusement que les lecteurs du BuUetin du bibliophile connaissent tous les 
livres qui ont été négligés par Brunet ! 



« 

158 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



Seldenum de mari clauso^ car il y a deux mois qu'il est 
en vente (1). Obligez moy, je vous prie, tant que de me 
faire scavoir par quel moyen on a osté M. de Puylau- 
rant (2) et comme se porte Monsieur le Cardinal le grand 
manieur de la France ains de la chrestienté (3) a qui je 
ne songe jamais sans me souvenir du passage de Nicetas 
Choniates en la vie de Manuel Comnène, là où il parle 
de Théodore (4). 

Je baise les mains au bon homme M. Moreau et salue 
très humblement les bonnes grâces de M. S. Sauveur du 
Puy (le favori des trois grâces, la fleur de modestie, gé- 
nérosité et courtoisie). Excusez, s'il vous plaist, Tennuy 
de la présente. C'est pour Tinterest du passé et l'amende 
de mon silence. Honorez moy, je vous supplie, tousjours 
de vostre amitié et je demeureray perpétuellement, 
Monsieur, vostre très fidelle et très obéissant serviteur. 

Du Prix. 

A Londres, ce 10/20 février 1636 (5). 



(1) Le mémorable traité de Selden parut donc en décembre 1635. 

(2) Antoine de Laage, devenu duc de Puyiaurens en 1634, était mort au château 
de Vincennes le l*** juillet 1635. Si Priée avait demandé à Madame de Rambouillet 
comment on avait osté [de ce monde] M. de Puyianrens, la spirituelle marquise 
aurait sans doute répondu qu'on s'était servi, pour cela faire, de cette terrible 
chambre qui valait son pesant d*arsenic. 

(3) Peut-on mieux caractériser le cardinal de Richelieu qu'en l'appelant le 
grand manieur de la chrestienté? Le mot mérite de rester. 

(4) A la suite du nom de Théodore le copiste a écrit d'une façon à peu près 
illisible celui de Styppiotta. — Priée fait ici sans nul doute allusion au passage 
dans lequel Pïicetas raconte l'élévation de Théodore (Nicetœ Chaniatœ Histaria, 
dans la Byzantine de Bonn, p. 77). 

(5) Même collection, même registre, même tome, foU 53-60* 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. ' 159 



DU PRIX COURANT DES LIVRES ANCIENS 



VENTE 

DE LA 

BIBLIOTHÈQUE WILLIAM BECRFORD 

À LONDRES 
(Deuxième partie) 

Cette vente a eu lieu du 11 au 23 décembre dernier, 
mais l'espace nous a manqué pour rendre compte à nos lec- 
teurs de cette auction mémorable, bien que la deuxième 
partie n'ait pas eu l'importance de la première. La série 
des livres intéressant la bibliophilie française est ce qui a 
surtout captivé notre attention ; nous demandons à nos lec- 
teurs de leur communiquer nos impressions personnelles. 

13. Gaguin (R.). Mer des croniques et miroir hystorial de France. 
Paris, P. Fiart pour A, Girault, 1525; in-fol. goth., fig. sur 
bois, mar., fil., tr. dor. [Rel. angl.] Médiocre. — 167 fr. 

28. Galerie des peintures, ou recueil des portraits et éloges en 
vers et prose du roy, de la reyne, des princes, princesses et 
autres seigneurs et dames les plus illustres de France, la plus- 
part composez par eux-mêmes. Paris, 1663; 2 tomes en 1 vol. 
in-12, front., mar. rouge, fil. (Boyet,) — 2,780 fr. 

Àax armes du comte d'Hoym; excellente reliure» mais intérieurement un peu 
rogné. 

31. Galerie du Patais-Royal gravée d'après les tableaux de diffé- 
rentes écoles qui la composent, avec une description de chaque 
tableau par MM. de Fontenai, Morel, etc. Paris, 1786-1808; 
3 vol. in-fol., mar. rouge, non rognés. [ReL angl.) — 1,875 fr. 

Grand papier, épreuves avant la lettre. Exemplaire choisi pour M. Beckford 
par M. D. Colnaghi. 

75. Garnier (R.). Tragédies. Paris, 1582; mar. bleu doublé de 
soie, tr. dor. (Bozérian jeune.) — 176 fr. 

Notes manuscrites de M. Beckford, 



160 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

86. Gautier de Sibert. Histoire des ordres royaulx, hospitaliers- 
militaires de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare 
de Jérusalem. Paris ^ 1772; in-4 réglé, portrait du comte de 
Provence, fig., mar. rouge doublé de soie, tr. dor. — 3,660 fr. 

Exemplaire en grand papier contenant dix dessins originaux d'Eisen sur 
vélin et les eaux-fortes des figures. Beau livre! 

108. Géorgie vitz (B.). Opéra Nova (Pellegrinaggio délia Terra 
Santa, Miserie dei Schiavi, Profetia de.Turchi et Epistola contra 
rinfedeli). Roma^ 1555; fig. sur bois, veau, comp. dor., tr. 
dor. etgauff. — 327 fr. 

Exemplaire de présentation au cardinal de Ferrare, avec ses armes sur les 
plats de la reliure. Très curieux volume. 

120. Gerini (A.). Pitture del Salone Impériale del Palazzo di Fi- 
renze. Firenze^ 1751; in-fol., titre gravé, portrait et 26 pi., 
mar. rouge, fil. [Bisiaux,] — 780 fr. 

Aux armes de Madame de Pompadour; livre agréable à cause de la prove- 
nance. 

121. Germain (P.). Eléments d'orfèvrerie Paris ^ 1748; in-4 de 
100 pi., mar. rouge, fil. [KeL angl.) — 780 fr. 

Exemplaire court de marges et pas séduisant d'aspect. 

129. Gesneri (C). Historia Plantarum. P<ir/.v, 1541; in-8, mar. 
ol., fil., tr. dor. — 505 fr. 

Aux dernières armes de J.-A. de Thon. Joli volume. 

130. Gesneri (C). Historia animalium. Tiguri, 1551-87; 5 vol. 
in-4, nombreuses fig. sur bois, mar. rouge, fil. (Derome.) — 
415 fr. 

Première édition; un de ces livres estimables des belles bibliothèques d'au- 
trefois. 

134. Gessner (S.). Œuvres. Paris, 1799; 4 tomes en 1 vol. in-8, 
mar. vert, fil., doublé de soie. (Boz^rian,) — 505 fr. 

Exemplaire en grand papier avec les figures de Moreau avant la lettre. 

142. Giannone (P.). Histoire de Naples. La Haye, 1742; 4 vol. 
in-4, mar. bleu. (Padeloup.) — 320 fr. 

Exemplaire en grand papier. Beau et bon livre. 

148. Gibecière de Mome, ou le thresor du ridicule. Paris, 1644; 
in-8, front., mar. rouge, fil., tr. dor. (ReL angl.) — 115 fr. 

Le titre est doublé; médiocre exemplaire. 

168. Gillray (J.). Caricatures. Collection de 672 planches de ce 
célèbre caricaturiste ; épreuves de la plus belle condition, beau- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. IGl 

coup sont en deux états (noires et coloriées), avec 3 portraits de 
Gillray et 2 dessins originaux. 4 vol. in-fol., mar. bleu, fil., 
tr. dor. (Rel, angL] — 7,700 fr. 

169. Gillray (I.). Caricatures. Collection de 513 planches humo- 
ristiques coloriées, avec quelques gravures de Woodward, 
Rowlandson et autres caricaturistes. 5 vol. in- fol., demi-rel. 
cuir de Russie. — 6,565 fr. 

495. Giraud (abbé). L'invocation et l'imitation des saints. Paris, 
1686-87; 4 vol. in-16, fig. de Sébastien Le Clerc, mar. olive, 
fil., doublé de mar. brun, tr. dor. [DuxseuiL) — 705 fr. 

Joli livre, comme tout ce que Sébastien Le Clerc a illustré. 

496. Giraud (abbé). Même ouvrage, même édition. 4 vol. in-i6, 
mar. vert, doublé de mar. rouge. [Dusseuil.) — 1,260 fr. 

Exemplaire plus joli encore que le précédent et provenant de la bibliothèque 
du duc de Lu Vallière. 

229. Godeau (A.), évêque de Grasse. Instructions et prières chres- 
tiennes. Paris^ 16"49; in-12, réglé, mar. rouge, fil. [Boyet,] — 
93 fr. 

230. Godeau. Paraphrase sur les épislres de saint Paul et sur les 
épistres canoniques, avec élévations à Jésus-Christ et médita- 
tions chrestiennes sur le texte de l'épistre aux Hébreux. Paris, 
1651-52; 7 vol. in-12 réglés, mar. rouge doublé de mar. rouge. 
[Dusseuil.] — 380 fr. 

249. Gœthe. Les souffrances du jeune Werther. Paris, 1809; 
in-8, mar. bleu doublé de soie. [Bozerian jeune.) — 605 fr. 

Double suite des figures, avant la lettre et eaux-fortes. Ces livres-là se ven- 
dent aussi cher en Angleterre qu'en France. 

254. Gohory. Livre de la conqueste de la Toisoii-d'Or par le 
prince Jason. Paris, 1563 ; in-fol. oblong, 26 grav. de R. Boyuin 
d'après L. ïyri, maroq. brun, plats dorés à petits fers. — 
10,225 fr. 

Reliure exécutée, dit le catalogue, par N. Eve, avec les armes du duc de 
Guise peintes sur les plats, mais un peu effacées. 

255. Gohory (L). Livre de la Fontaine périlleuse, avec la chartre 
d'amours. Paris, 1572; mar. rouge, tr. dor. [Ane. rel.) — 
440 fr. 

269. Gmélin. Voyage en Sibérie. Pari^, 1767; 2 vol. in-4, fig., 
mar. rouge. (Derome.) — iî7 fr. 

1883. il 



162 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

276. Gongora (L. de) y Lope de Vega Carpio, quatro Comedias 
famosas recopiladas por A. Saachez. Madrid^ 1617; ia-8, mar. 
olive, fil. — 1,265 fr. 

Joli Tolume relié aux armes et chiffre de Louis Phélypeaux, marquis de La 
Vrillière. 

376. Gresset. Ses œuvres. Paris, 1803; 3 vol. in-8, mar. vert 
dent, doublé de soie. (Bozérlan.) — 1,720 fr. 

Exemplaire en grand papier, portraits et double suite des figures avant la lettre 
et eaux -fortes. 

385. Grimm (baron) et Diderot, correspondance littéraire, philo- 
sophique et critique, avecle supplément. Paris, 1813-1814; 17 
vol. in-8, pap. vélin, veau, tr. dor. — 270 fr. 

Exemplaire contenant 24 pages de notes manuscrites de M. Beckford. 

388. Gringore (P.). Les fantaisies de Mère Sote (en prose et en 
vers). Paris, pour /. Petit, 1516; petit in-4 goth., fig. sur bois, 
mar. bleu. [Padeloup.] — 4,550 fr. 

Superbe exemplaire d'un volume du plus grand prix dans une semblable con- 
dition. 

389. Gringore (P.). Les menus propos (en vers). Paris, G, CoU' 
teau, 1521 ; petit in-i, mar. rouge. — 340 fr. 

Deux feuillets refaits; rogné, en très mauvais état; mauvais exemplaire. 

422. Guarini (B.). Opéra poetiche. Fenetia, 1601; in-8, réglé, 
mar. brun, ornem. dor. sur les plats. [ReL du xvi® siècle.) — 
4,410 fr. 

Jolie reliure très fraîche, mais sans aucune provenance réelle; nous insistons 
pour éviter toute erreur. 

427. Guarini (B.). Opère. Ferona, 1737-38; 4 vol. m-4, ûg., 
mar. bleu. [Rel. de Padeloup signée,) — 390 fr. 

428. Guarini (G.-B.). Pastor Fido e TEuridice di O Rinuccini. 
Fenezia, 1788; 2 vol. in-8, vignettes, mar. rouge doublé de 
soie. — 265 fr. 

Exemplaire imprimé sur viLiN. Les livres sor vélin sont toujours des livres 
précieux, ils deviendront d'un très grand prix. • 

435. Guazzo (M.). Historié (1524-46). Finegia, 1546; in-3, nuir. 
olive, fil. — 305 fr. 

Aux premières armes de J.-A. de Thoa. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 163 

438. Guer (M.). Histoire de l'âme des bêtes. Amsterdam^ 1749; 
2 vol. in-8, mar. rouge, fil. (Derome,) — 1,440 fr. 

Aax armes de Madame de Pompadour. Singulière provenance et reliure bien 
conservée. 

441. Guéroult (G.). Chroniques et gestes des empereurs. Lyon^ 
1552; 2 tomes en 1 vol. petit in-4, i^^. et plans de Rome, 
Constantinople et Paris gravés sur bois, veau, tr. dor. [Rel, 
angl.) — 159 fr. 

451. Guichard (C). Funérailles et diverses manières d'ensevelir 
des Rommains, Grecs et autres nations. Lyon, 1581; in-4, fig. 
sur bois. mar. noir, riches orneofi. dor. à petits fers. {Le Gas- 
con,) — 310 fr. 

458. Guichenon. Histoire généalogique de la royale Maison de 
Savoye. Lyon, 1660; 2 vol. in-fol., mar. rouge, fil., tr. dor. 

— 1,515 fr. 

Exemplaire en grand papier, nombreux portraits, cartes et armoiries de BIa- 

DEMOISELLE DE MoNTPENSIEB. 

471. Guilleville (G.). Pèlerin de la vie humaine, mis en prose 
par Jean Gallopez, Paris, M. Le Noir, 1520; petit in-4 goth., 
fig. sur bois, cuir rouge, tr. dor. — 530 fr. (Très ordinaire.) 

474. Guise (duc de). Ses mémoires. Cologne, à la Sphère {Elz.)y 
1669; 2 tomes en 1 vol. petit in-12, mar. rouge, fil. [Derome,] 

— 795 fr. 

Assez joli exemplaire. 

494. Habert. Description poétique de l'histoire du beau Narcis- 
sus. Ljron, 1550; in-8, mar. rouge. — 212 fr. 

516. Hamilton Family. Historical et genealogical Memoirsofthe 
House of Hamilton with genealogical Memoirs of the several 
Branches of the Family, by J. Anderson. Edinburgh, 1825; 
in-4, planches et vues, mar. rouge, fil., tr. dor. et gauff. — 
465 fr. 

536. Hamilton (comte A.). Œuvres, avec la suite des quatre Fa- 
cardins et de Zeneide, terminées par M. de Levis. Paris, 1812- 
13; 4 tomes en 3 vol. in-8, demi-rel. mar. olive. — 660 fr. 

Double suite des figures avant la lettre et eaux-fortes. 

537. Hamilton. Œuvres. Paris, 1812; 4 vol. in-8, mar. vert, tr. 
dor. (ReL angl.] — 870 fr. 



164 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

573. Harrisii (B.) Matrona Ephesia. Impensis authorls, 1664 ; 
in- 12 réglé, mar. cit., comp. de mar. divers, doublé de mar. 
rouge, avec l'inscription sur mar. vert : Ex Musae Pauli Girar- 
dot de Préfond. (ReL de Monnier,) — 3,435 fr. 

Très jolie reliure ancienne. 

646. Hedlinger (chevalier). Œuvre, ou recueil des médailles, avec 
explication par C. de Mechel. Basle, 1776-78; 2 tomes en 1 v. 
in-fol., fig. par C. de Mechel, mar. bleu, tr. dor. (ReL angL). 

— 148 fr. 

654. Heinsii (D.) Orationes. Lugd. Batav.y L. Elzevir, 1621; 
petit in-8, mar. rouge, fil. — 1,665 fr. 

Joli volume aux troisièmes armes de J.-A. de Thou. 

662. Ueliodore. Les adventures amoureuse (sic) de Theagenes et 
Gariclée sommairement décrite et représentée par figures. Dédié 
au roy par Pierre Vallet. Paris j 1613; in-8, 120 fig., mar. 
bleu, tr. dor. et gauff. (Jujc armes du marquis de Blandford,] 

— 365 fr. 

669. Hénault (le président). Nouvel abrégé chronologique de 
l'histoire de France. Paris^ 1749; in-4, vign. de Cochin, mar. 
bleu, dent., fil. — 1,415 fr. 

Exemplaire eu grand papier, reliure de Derome signée. Beau livre, mais pas 
très rare en cette condition. 

679. Ilenrico II. La magnifica et triumphale Entrata del Re di 
Francia et sua consorte Chaterina nella citta di Lyone. Lyone^ 
1549; petit in-4, (ig. sur bois, veau, tr. dor. (Rel, angL) — 
165 fr. 

681. L'Entrée de Henri II à Lyon, 1549. — L'entrée de Henri II 
a Rouen. 1551. Les deux rel. en 1 vol. petit in-4 vélin vert. 

— 5,000 fr. 

La première de ces deux entrées est à toutes marges, la seconde est un peu 
rognée, c'est la plus rare et la plus précieuse. La reliure cassée et en mauvais 
état. 

682. L'Entrée de Henri II à Paris en 1549. — Jodelle. Le recueil 
des inscriptions, fig., devises, pour une fête donnée en- l'hôtel 
de ville en 1558, et 2 autres pièces reliées en 1 vol. in-4 vél. 

— 11,750 fr. 

Aux premières armes de Jacq. Auguste de Thou. Ce superbe volume, d'une 
cousorvation parfaite, fait aujourd'hui partie de la collection précieuse de 
M. H. Destailleurs, architecte à Paris. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 165 

691. Henriques (M.). Abrégé chronologique de l'histoire de Lor- 
raine. Paris ^ 1775; 2 vol., portrait de Marie- Antoinette, mar. 
rouge, armoiries. — Supplément à l'histoire de la maison de 
Lorraine imprimée à Toul en 1704. Toul^ 1712; 2 tomes en 
1 vol., mar. rouge. (Bisiaux,) — 295 fr. 

693. Henry (J.). Livre delà toute belle sans pair qui est la vierge 
Marie. Paris y J. Petite s, d.; in-8goth., mar. puce, tr. dor. — 
198 fr. 

699. Herbelot (B. d'). Bibliothèque orientale, avec des additions 
par H. -A. Schultens, et un supplément par Visdelou. La Haye^ 
1777-79; 4 vol. in-4 grand papier, cuir de Russie, tr. dor. — 
202 fr. 

700. Herbertstain (S. Libero Barone in). Comentari délia Moscovia 
et parimente délia Russia. Venetia^ 1550; petit in-4, carte et 
6g., cuir de Russie, tr. dor. — 93 fr. 

701. Herbertstain (S. Baronis in) Rerum Moscoviticarum Com- 
mentarii. Basileœ^ 1551; in-fol., carte et fig. sur bois, veau, 
fil. à comp. — 4.065 fr. 

Exemplaire de Grolier, ayec sa devise, mais le dos était mal refait en Angle- 
terre, il y a quarante ans environ, il ne restait que les plats. 

725. Herodianus Angelo Politiano interprète. Paris, H. Stepha^ 
nus, 1544; in-8, mar. bleu, fil. (Boyet,) — 404 fr. 

Aux armes du comte d'Hoym. 

728. Hérodote, traduit par M. Larcher. Paris, 1786; 7 vol. in-4, 
mar. rouge, fil. [Derome.) — 265 fr. 

Exemplaire en grand papier. 

733. Héros de la Ligue, ou la procession monacale conduitte par 
Louis XIV pour la conversion des protestans de son royaume. 
Paris, 1691; in-4, mar. rouge, tr. dor. (Simier,) — 416 fr. 

Vingt-quatre portraits satiriques, épreuves avant les numéros. 

734. Héros de la Ligue. Fig. remontées, avec bordures dorées, 
mar. rouge. — 415 fr. 

735. Herrera. Historia gênerai de los hechos de los Castellanos 
en las islas i tierra firme del Mar Oceano. Madrid, 1601-15; 
8 tomes en 4 vol. in-fol., titres gravés, mar. citron, fil. {Boyet,) 
— 1,060 fr. 

Aux armes du comte d'Hoym. Très beaa livre. 



166 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

741. Hervieux. Nouveau traite des serins de Canarie. Paris ^ 
1713; in-12, mar. rouge, fil. (Derome.) — 147 fr. 

Aux armes de la princesse de Condé. 

746. Hésiode, avec des notes et du combat d'Homère et d'Hé- 
siode, traduit par M. Gin. Paris, 1785; in-12, mar. rouge, 
fil. [Derome,] — 212 fr. 

Aux armes du roi Louis XVI. 

747. Hesiodi Opéra, gr. et lat. cum Pasoris indice, studio C. Schre- 
velii. Lugd. Batau,, 1650; mar. cit. (Derome.) — 235 fr. 

Signature et notes manuscrites de Racine. 

751. Heures à l'usaige de Paris au long sans requérir (almanach 
1508 à 1528). Paris, Simon Fostre; gr. in-8, fig. et encadre- 
ments gravés sur bois, mar. olive, compart. dor., tr. dor. — 
3,410 fr. 

Exemplaire imprimé sur peau rélin, les initiales sont peintes en or et en cou- 
leurs. Reliure exécutée, dit le catalogue, par Clovis Eve(?) pour Philippe de Saint- 
Germain dont le nom est sur la reliure et les armes peintes à Pintérieur. 

761. Hieronymi (D.). Epistolae selectae, opéra P. Canisii. Paris, 
1588; in-8, réglé, mar. rouge, comp. fleurs de lis, tr. dor. — 
2,750 fr. 

Reliure faite par Clovis Eve pour Marguerite de Valois, suirant les assertions 
du catalogue. 

775. Histoire admirable et véritable d'une fille champêtre du pays 
d'Anjou, laquelle a esté quatre ans sans user d'aucune nourri- 
ture que de peu d'eau. Paris, 1587; in-8, veau, tr. dorées. — 
75 fr. 

776. Histoire antique et merveilleuse du château de Vicestre près 

Paris. Paris, 1606; in-16, fig. sur bois sur le titre, mar. rouge. 

(Padeloup.) — 915 fr. 

Charmant petit livre provenant de la bibliothèque du doc de Lavallière; de 
toute rareté. 

823. Holbein. Histonarum Veteris Testamenti icônes. Lugduni, 
1539; petit in-4, fig. sur bois, mar. pourpre. (Rel. a/igl.) — 
505 fr. 

Médiocre exemplaire, court de marges. 

824. Holbein. Icônes histonarum Veteris Testamenti. Lugduni, 
1547; petit in-4, fig. sur bois, mar. rouge. — 680 fr. 

Exemplaire de Horace Walpole avec sa signature, reliure anglaise. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 167 

825. Hoibein. Icônes veteris Testamenti, with introduction by 
T. F. Dibdin. London^ Pickeringj 1830; in-8, fig. sur bois, 
mar. blanc, fil., doublé de soie. tr. dor. [Rel. angl,] — 187 fr. 

Exemplaire imprimé sur papier de Chine. 

828. Hoibein (Hans). Portraits des personnages les plus illustres 
de la cour de Henri VIU, imitation des dessins originaux d'Hol- 
beinpar J. Chamberlaine. A'. /., 1792-1800; gr. in-fol., mar. 
bleu doublé de soie. — 1,010 fr. 

Beaucoup de ces portraits sont en deux états, noirs et coloriés. On a ajonté 
deux miniatures et une épreuve sur chine de Henri VIII. 

829. Hoibein (H.). Dance des morts, 31 gravures par Hollar. 

— Vie de Jésus-Christ, 16 gravures par Hollar. En 1 vol., 
épreuves montées sur papier teinté, mar. bleu, tr. dor. [ReL 
angl.) — 880 fr. 

847. Hollar (Wenzel). Portraits de Richard H, comtesse de Port- 
land, Charles I®', Charles II, marquis Hamilton, etc., d'après 
Van Dyck, Vorsterman, Clouet, etc. 33 pièces en 1 vol. in-fol. 

— 1,290 fr. 

848. Hollar (VV.). Collection de 40 titres variés gravés par cet ar- 
tiste, montés sur papier teinté et reliés en 1 vol. in-4, cuir de 
Russie, tr. dor. [ReL angl.) — 655 fr. 

849. Hollar (W.). Vues de Tanger et des environs. 1673; 14 
eaux-fortes. — Navium variae figurae et formae. 1647; 16 eaux- 
fortes. Epreuves montées sur papier teinté, inT4 obi., demi-rel. 

• cuir de Russie, tr. dor. — 1,765 fr. 

850. Hollar (V.). Gravures de quadrupèdes, oiseaux, etc. 40 pi. 
(y compris une épreuve avant la lettre de dédicace à T. Pauw), 
cuir de Russie, tr. dor. — 960 fr. 

852. Hollar (W.). Ornatus Muliebris Anglicanus. Titre et 27 fig., 
1640. — Four Seasons and Masked Lady. 5 fig. En 1 vol. petit 
in-4, mar., tr. dor. [ReL angl.) — 860 fr. 

853. Hollar (W.). Portraits de personnes célèbres. 37 planches 
montées sur papier teinté, cuir de Russie, tr. dor. [ReL angl.) 

— 940 fr. 

871. Homeri IHas, versibus neo-graecis translata a N. Lucano. 
Venetia^ S. de Sabio^ 1526; petit in-4, nombreuses fig. aur 
bois, mar. rouge, fil. [Derome.) — 1,135 fr. 

Lirre rare et curieux; fort bel exemplaire. 



168 BULLETm DU BIBLIOPHILE. 

898. Horae in Laudem Beatisssimae Virginis Mariae, ad usum Ro- 
manum (cum calendario et almanach, 1543-68). Paris ^ apud 
S, Colinœurrij 1543; in-4, encad., fig. gravées par G. Tory, 
veau br., comp. dor., tr. dor. et gauff. [Rel, du xvi* siècle,) — 
8,810 fr. 

L'exemplaire, grand de marges, était dans une bonne reliare da temps, mais 
•ans aucune prétention d'art ni de goût. La description du catalogue était fan- 
tive sous tons les rapports. 

902. Horatius. Fenetiis, Aldus ^ 1527; in-8, mar. olive, tr. dor. 
— 1,135 fr. 

Exemplaire du cardinal Sacbetti. 

910. Horatius; accedunt D. Heinsii deSatyra Horatiana libriduo 
et notae. Lugd. Batav.j Elzevir^ 1629; 3 tomes en 1 vol. petit 
in-12 réglé, mar. rouge doublé de mar. rouge. [DusseuiL) — 
1,150 fr. 

Assez joli exemplaire; reliure fragile qui a été cbarmante autrefois certai- 
nement. 

912. Horatius cum scholiis J. Bond. Amst.^ D, Elzevir, 1676; 
petit in-12 réglé, mar. rouge, fil. {Bojret.) — 1.160 fr. 

Joli exemplaire, très rare dans cette condition. 

927. Houbraken (J.). Quarante-sept portraits choisis, très belles 
épreuves (plusieurs en deux états) : Chaucer, Cromwell (avec 
le dessin original), Catherine d'Aragon, Anne Boleyn, etc., etc., 
montés sur papier teinté, in-8, demi-rel. cuir de Russie, tr. 
dor. — 2,880 fr. 

943. Hoyers (Annae Ovenae). Geistliche und Weltliche poemata. 
Amst., L, Elzevir, 1650; in-8 goth., front, et musique, mar. 
rouge, fil. [Derome,) — 630 fr. 

Bonne condition, rien d'extraordinaire. 

945. Hrosvitae opéra nuper a G. Celte inventa. Norimbergce^ 1501 ; 
in-fol., fig. sur bois, veau, tr. dor. {Clarke et Bedford.) — 
440 fr. 

Beau livre, superbes gravures sur bois, sans condition de reliure. 

972. Hulsen (E. von). Aigentliche Wahrafte Delineation und Ab- 
bildung aller Furstlichen Aufizûg und Rûtterspilen bey Johann 
F. Hertzogen zu Wurttembergs Kindtaufi von Prinz Ulrich und 
dann bey Hocherwelt seines Bruoders mit Magdalena Elisabetha 
von Hessen, fig. Stuttgart, 1617. — Weckherlin (G.-R.). Bes- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 169 

chreibung des zu Stutgarten bey den Fûrstlichen Kindtauf und 
Hochzeit Frewden-Fests. Tubingeriy i618; 2 parties en 1 vol. 
in- fol. oblong, veau. — 530 fr. 

973. Humbert. Combat à la Barrière faict en cour de Lorraine. 
Nancy, i627; petit in-4, fig. de Callot, veau. — 480 fr. 

975. Humboldt (A. de) et A. Bonpland. Voyage dans l'intérieur 
de l'Amérique septentrionale. Paris, 1808-1824; 5 vol. in-4 
de texte et 13 vol. in-fol. de pi., pap. vélin, pi. color., demi- 
rel., mar. rouge, non rog. — 910 fr. 

1002. Hurtado de la Mendoza. Vie et aventures de Lazarille de 
Tormes. Brusselles, 1702-1701; 2 tomes en 1 vol. in-12, port, 
et fig., mar. bleu. (Boyet.) — 505 fr. 

Aax armes de Machault d'Amouville. 

1003. Hurtado de Mendoza. Même ouvrage. Paris, 1801 ; 2 vol. 
in-8, mar. vert, tr. dor. — 183 fr. 

Exemplaire en grand papier ayec les 40 figures de Ransonnette en épreuves 
avant la lettre. 

1081. Itinerarium Portugallensium e Lusitania in Indiam et inde 
in Occidentem et demum ad Aquilonem A. Madrignano Inter- 
prète. Mediolani, 1508; in-fol., carte, mar. rouge, tr. dor. 
[Roger Payne.) — 1,970 fr. 

1095. Jacobi, Frederici II Régis Legati, Hodoeporicon Rutheni- 
cum, fig. par de Bry. Francofurti, 1608. — Descriptio et deli- 
neatio geographica Detectionis Freti ad Occasum supra terras 
Americanas in Chinam atque Japonem ducturi recens investigati 
ab H. Hudsono Anglo. Item Narratio de Australia incognita per 
P. Ferdinandez de Quir. Amst., 1612; 3 cartes. En 1 vol. petit 
in-4 veau fauve, fil., tr. dor. — 1,770 fr. 

Aox armes et chiffres de J.-A. de Thou. Joli volume. 

1096. Jacobi II, Magnae Britanniae Régis, sacra exequialia des- 
cripta a Corolo de Aquino. Romœ, 1702; in-fol., mar. noir, 
fil. — 580 fr. 

Aux armes de Louis XIV. 

1119. Jardin d'armoiries de Germanie inférieure. Gendt, 1567; 
in-16, nombreuses planches coloriées, vélin. — 233 fr. 

1124. Jean Damascène (sainct). Histoire de Barlaam et de Josa- 



170 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

phat, roy des Indes, traduicte par Jean de Billy. Paris, i*578; 
in-8, mar. olive, fil. — 4,920 fr. 

Reliure avec le Christ en croix, la tète de mort et la devise de Henri III, roi 
de France. 

1128. Jeanne (F. Jacques). Thresor sacré des prérogatives et 
grandeurs de la glorieuse et très sainte Vierge Marie.- Par/.?, 
1620; in-8, dg., mar. rouge, comp. dor. à petits fers. (Le Gas- 
con.) — 310 fr. 

Notes manuscrites de M. Beckford. 

1129. Jeannin (président). Ses ncgotiations (f/c) . Jouxte la copie 
(Elz,), 1659; 2 tomes en 5 vol., port., mar. rouge, fil. [Pade- 
loup,) — 215 fr. 

1136. Jehan (sainct) Lapocalypse (mystère composé en vers par 
Loys Chocquet). Paris ^ 1541 ; in-fol. goth., fig. sur bois, mar. 
bleu, riches ornem. dor. — 6,430 fr. 

Reliure aux chiffres de Louis XIII et d*Anne d'Autriche. C'est la partie qui 
se trouve à la fin du Mystère des actes des apôties. 

1173. Joinville. Histoire de S. Louys IX, roy dé France, aug- 
mentée par Du Gange. Paris y 1668; in-foL, port., mar. rouge, 
tr. dor. — 280 fr. 

Aux armes du marquis de La Yieuville; petit papier et non en grand papier, 
comme l'indiquait le catalogue. 

1174. Joinville. Histoire de S. Louis. Les annalles de son règne 
par Guillaume de Nangis, sa vie et ses miracles par le confes- 
seur de la reine Marguerite. Paris, 1761 ; in-fol., cartes, mar. 
bleu, tr. dor. — 270 fr. 

Reliure très ordinaire. 

1190. Joinville. Histoire de S. Loys IX, roy de France, avec di- 
verses pièces... par C. Ménard. Paris, 1617; in- 4 réglé, mar. 
fleurs de lis, arm. et chiff. de Marie de Médicis. — 580 fr. 

Reliure très fatiguée, 

1197. Joseph (Flavius). Antiquitez judaïques et histoire de la 
guerre des Juifs contre les Romains, avec sa vie traduite par 
M. Arnauld d'Andilly. Bruxelles, 1701-3; 5 vol. in-8, fig., 
mar. rouge, tr. dor. — 606 fr. 

Reliure mal faite, exemplaire cnrdinaire. 

1215. Jovii (P.). Vitae XII Vicecomitum Mediolani principmn. 
Lutetiee, R. Siep/ianus, 1549; in-4, 10 fig. sur bois par Geof- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 171 

froy Tory, mar. brun orné de mar. de différentes couleurs, tr. 
dor. — 4,770 fr. 

Reliure avec le monogramme de Th. MAIOLI, sur les plats. 

1216. Jovii (P.). Elogia doctorum Virorum. Basileœ^ 1556; in- 
fol., veau brun, comp. dor., armoiries peintes sur les plats, tr. 
peinte et gautf. [Rel. allemande du xvi* siècle.) — 660 fr. 

1230. Junii (H.). Emblemata et ^Enigmata. Antverpiœ^ C. Plan- 
tinus, 1565; fig. sur bois de Goltzius. — Sambuci. Emblemata 
et Nummi. Ibid.j 1566; fig. et port. gr. sur bois. 2 parties en 
1 vol. in-8 vélin, fil. — 1,990 fr. 

Aux premières armes de J.-A. de Thou. Très joli volume. 

1235. Justinian (Jerosme). Description et histoire de l'isle de 
Scios (avec histoire et documents de la maison Giustiniani) . S. 
Ly 1506 (pro 1606); in-8 réglé, fig. d'arm., médailles, mar. 
rouge. — 660 fr. 

Exemplaire aux armes de Giustiniani. 

1236. Justiniani Augusti Historia opéra Procopii, Agathiae et Jor- 
nandis. Lugduni^ 1594; in-8 réglé, vélin, fil., tr. dor. {Ànc. 
rel.) — 310 fr. 

1239. Justinus cum notis J. Vossii. Lugd. Batav,^ Elzevir^ 1640; 
in-12 réglé, mar. rouge, comp. à petits fers. {Le Gascon.) — 
1,060 fr. 

Jolie reliure. 

1241. Justiniano (L.). Laude devotissime et santissime. Fenetia, 
1517; in-8, fig. sur bois, mar. rouge. [Padeloup.) — 505 fr. 

1250. Juvénal. Satyres traduites par J. Dusaulx. Paris^ Didot, 
1796; 2 vol. in-4 mar. rouge fil. doublé de soie. [Bozérian,] 

— 303 fr. 

Exemplaire en grand papier aux armes de la duchesse de Berry. Epreuves 
avant la lettre des figures de Moreau le Jeune. 

1396. La Brosse (G. de). Description du jardin royal des plantes 
médicinales. Paris, 1636; in-4, mar. rouge, tr. dor. [Ane. rel.) 

— 138fr. 

Exemplaire de la bibliothèque Le Tellier de Courtanvaux auquel on a ajtnité 
un grand dessin peint sur vélin représentant les bâtiments et le Jardin «tes 
plantes. 

1398. La Bruyère. Caractères de Théophraste, avec les caractères 
de ce siècle. Nouvelle édition augmentée de la défense de M. de 



172 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

La Bruyère par M. Coste. Amst,^ 1731; 2 vol. in- 12, front., 
mar. rouge fil. doublé de mar. vert. {^Aux armes de M. de 
Fougny.) — 1,175 fr. 
Très mauvaise reliure. 

1404. La Chambre (sieur de). Traité de la connaissance des ani- 
maux. Paris ^ 1647; in-4, mar. rouge, dor. à petits fers. (Le 
Gascon.) — 220 fr. 

Jolie reliure. 

1406. La Chambre (de). Discours de l'amitié et de la haine qui 
se trouvent entre les animaux. Paris y 1667; in-4 réglé, mar. 
rouge, comp. dor. à petits fers. [Le Gascon,) — 1,325 fr. 

Grand papier. Jdlie reliure. 

1407. La Chau et Le Blond (abbés de). Pierres gravées du cabinet 
du duc d'Orléans. Paris^ 1780-84; in-4, îi%.^ vignettes, port., 
mar. rouge doublé de soie. — 1,790 fr. 

Joli recueil des vignettes en premières épreuves. 

1418. Lactantius de Divinis Institutionibus adversus gentes, de 
Ira Dei et de Opificio Hominis. In Monasterio Sublacensi, 
1465; in-fol., mar. rouge, tr. dor. — 7,195 fr. 

Première édition de Lactance et le premier livre imprimé en Italie avec une 
date. Très bel exemplaire avec l'errata. 

1432. La Fontaine. Fables. Paris, 1755-59; 4 vol. gr. in-fol., 
fig. d'Oudry, mar. bleu. (Derome.) — 2,070 fr. 

Exemplaire en très grand papier, beau d'épreuves. Malheureusement la reliure 
est lourde et passée. 

1434. La Fontaine. Fables. Anvers, 1688, et La Haye, 1694; 
5 vol. in-8 régi., fig. de J. Cause, mar. rouge, fil. — 1,085 fr. 

Reliure médiocre. 

1435. La Fontaine. Fables. Paris, 1743; 2 vol. — Œuvres di- 
verses. Paris, 1744; 4 vol., port, et vignettes. Ens. 6 vol. in- 
12, mar. cit., fil. (Padeloup.) — 530 fr. 

1437. La Fontaine. Fables. Paris, 1787; 6 vol. in-12, fig. de 
Simon et Coiny, mar. rouge, tr. dor. — 530 fr. 

Reliure de Bradel très ordinaire, exemplaire rogné. 

1440. La Fontaine. Contes et nouvelles. Amst, (Paris, Barbou), 
1762; 2 vol. in-8, 2 portraits par Ficquel et fig. d'Eisen, mar. 
rouge doublé de soie. [Derome le jeune.) — 2,100 fr. 

Edition des Fermiers généraux. Bel exemplaire. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 173 

1462. La Marche (Olivier de). El Cavallero determinado tradu- 
zido en lengua castellana pôr Don H. de Acuna. Anvers, 1553; 
in-4, %. sur bois par A. Sylvius, mar. brun, compart. peints 
en noir, tr. dor. et gauff. — 2,335 fr. 

Cet exemplaire, recouvert d'une curieuse reliure, a appartenu au duc de Croy 
qui a écrit sur le feuillet de garde : a 1554. Jy parviendray Croy, » et sur le 
titre, deux vers italiens. Très précieux volume. 

1480. La Motte (A. Houdart de). Fables nouvelles, avec un dis- 
cours sur la fable. Paris, 1719; in-4 gr. pap., front, de Coy- 
pel, fig. de Gillot, veau f., tr. dor. — 220 fr. 

1518. La Perrière (G. de). Théâtre des bons engins. Paris, D. Ja- 
not, 1539; petit in-8, 100 fig. d'emblèmes et encad. gravés sur 
bois, mar. bleu, tr. dor. — 505 fr. 

Grand de marges, mais mal relié. 

1522. La Peyrere (J.). Relation du Groenland. Paris, 1647; 
in-8, carte et fig., mar. rouge, tr. dor. — 170 fr. 

Exemplaire de Guyon de Sardière avec sa signature. 

1529. Larcher. Mémoire sur Vénus. Paris, 1775; in-4, mar. rouge. 
(Derome.) — 176 fr. 

Exemplaire de Larcher, le seul imprimé sur papier fort. 

1549. La Salle (A. de). Histoire du Petit Jehan de Saintré et de 
la dame des Belles-Cousines, extrait de la vieille chronique de 
ce nom, par Tressan. Paris, 1791; in-12, mar. rouge doublé 
de soie. (Bozerian.) — 385 fr. 

Exemplaire imprimé sur vélin, figures de Moreau, épreuves avant la lettre. 

1553. Lascaris (Constantini) . Erotemata cum opusculis variis, gr. 
et lat. Fenetiis, Aldus, 1494-95; petit in-4, mar. bleu, fil., 
tr. dor. [Simier.] — 345 fr. 

Première édition des Aides et premier livre imprimé par les Aides avec une 
date, trous de vers raccommodés. 

1559. La Serre (P.). Breviere des courtisans. Brussellc^ 1630; 
in-8, 2 port, et fig. par Van Horst, mar. rouge, tr. dor. [Boze- 
rian.] — 320 fr. 

1562. La Serre (P. sieur de). Histoire de l'entrée de la Reyne 
Mère dans les Provinces-Unies des Pays-Bas. 1639; port, en 
pied du prince d'Orange et fig. — Histoire de l'entrée de lii 
Reyne Mère dans la Grande-Bretaigne. 3 port, et fig. 2 parties 



174 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

en 1 vol. in-fol., maroq. rouge, fil., tr. dor. (Rel, angl.) — 
1,665 fr. 

1569. Lastanosa (Don V.-J. de). Museo de las Medallas descono- 
cidas espaiiolas. Zaragoza, 1645; petit in-4, fig., mar. rouge, 
fil., dent., doublé de soie. [Rel, de Derome le jeune signée.) — 
910 fr. 

1572. Lastanosa (Don V.-J. de). Tratado de la Moneda laquesa y 
de otras deOro y Plata del Reyno de Aragon. Zaragoza, 1681 ; 
petit in-4, mar. rouge, fil., dent., doubfë de soie. [Rel, signée 
de Derome le Jeune.) — 910 fr. 

1574. Laudonnière (capitaine). Histoire de la Floride... mise en 
lumière par Basanier. Parisy 1586; in-8, mar. rouge, tr. dor. 
— 1,340 fr. 

Volume d'une très grande rareté, ^et exemplaire, qui n'était pas très grand 
de marges, relié par Bozérian, avait pour nous un déCaut fort grare : il avait été 
lavé et mal lavé an chlore autrefois, l'encre avait même quelque peu coulé. 

1595. Le Blanc. Traité historique des monnoyes de France et dis- 
sertation sur quelques monnoyes de Charlemagne, Louis le Dé- 
bonnaire, etc. Parisj 1690 et 1689; 2 vol. in-4 gr. pap., mar. 
vert, fil. (Derome.) — 185 fr. 

1603. Le Brun (G.). Grande galerie de Versailles et les deux sa- 
lons qui l'accompagnent. Paris, 1752; gr. in-foL, 52 planches, 
mar. bleu, large dent. [Padeloup.) — 1,790 fr. 

Beau livre. 

1605. Le Carpentier. Recueil des plans, coupes et élévations du 
nouvel hôtel de ville de Rouen. Paris^ 1758; gr. in-fol., fig., 
mar. rouge, large dent., doublé de soie. — 1,665 fr. 

Exemplaire en grand papier aux armes du duc de Luxembourg. 

1630. Le Gendre (sieur). Description de la place de Louis XV 
que l'on construit à Reims. Paris ^ 1765; gr. in-fol., planche» 
gravées par Cochin, Chofiard, etc., mar. rouge. [Rel, signée de 
Derome,) — 360 fr. 

1637. Le Grand. Controverse sur la religion chrétienne et celle 
des mahométans, ouvrage traduit de l'arabe. Paris, 1 767 ; in-8, 
mar. rouge. {Derome,) — 330 fr. 

Exemplaire de déiicaoe aux armes deR.-C.-L. ChoÎMal» dnc de Pndin. 

1645. Le Hay. Recueil de cent estampes représentant diffikieates 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 175 

nations du Levant. /*«m-, 1714; gr. in- fol. de 103 pi. (dont 
3 publiées plus tard), texte gravé, inai\ rouge. — 380 fr. 

Exemplaire aux armes et au chiffre de Louis XIV. 

1655. Le Juge. Histoire de saincte Geneviefve. Paris, 1586; in- 
16, mar. vert, tr. dor. — 185 fr. 

1656. Le Laboureur (J.). Relation du voyage de la royne de Po- 
logne. Paris j 1647; in-4, mar. rouge. (Bozeria/i.) — 178 fr. 

1657. Le Loyer. Des spectres ou apparitions et visions d'esprits, 
anges et démons. Angers , 1586; petit in-4 veau. [Rel. angl.) 

— 80 fr. 

1685. Léon (J. de). La fauconnerie. Aixy 1643; in-8, 5 (ig. sur 
bois et une sur cuivre, vélin. — 910 fr. 

1686. Léopard. Le magnificat du pape et de S. Mère Eglise de 
Rome, avec les vies de la papesse Jeanne et du pape Hilde- 
brand. Montelimas, 1586; petit in-8, mar. vert, fil. [Padeloup.) 

— 202 fr. 

Rarissime, joli exemplaire. 

1695. Le Quien de La Neufville. Histoire des dauphins de Vien- 
nois, d'Auvergne et de France. Paris , 1760; 2 vol. in-12^ 
mar. rouge, fil. {De rame.) — 640 fr. 

Aux armes de Madame de Pompadour. 

1710. Le Sage. Le diable boiteux, Paris, 1756; 3 vol. in-12, 
fig., gr. pap., mar. rouge, fil., tr. dor. (Jnc. rel.) — 910 fr 

1714. Le Saunyer (Guillaume). Décades de l'esperans, qui est un 
sommaire et briefve interprétation de chascun chapitre des 
epistres de sainct Paul (en vers). Rouen, s. d.; in-12, fig. sur 
bois, mar. rouge. [Bisiaux.) — 265 fr. 

1715. Lescaigne (T. de). Disputation entre l'homme et la raison, 
composé nouvellement a lonneur de la glorieuse Vierge Marie, 
mère de Dieu. Querulosa Hominis cum Ratione disputatio. 
Quod Maria est Mater Dei et Hominis, etc. Paris, D, Janot, s, 
d,; mar. rouge. (Padeloup.) — 183 fr. 

Très rare; entièrement écrit en latin, quoiqu'une portion du titre soit en 
français. 

1722. Leslaeus (J.). De Origine, moribus et rébus gestis Scoto- 
rum. Romœ, 1573; in-4, carte et port., mar. olive, comp. dor., 
tr. dor. et gaufi. — 680 fr. 

Aux armes du roi de Suède. 



176 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1744. Leti (G.). Vie de l'empereur Charles V. BrusselleSy 1715; 
4 vol. in-12, port, et fig., mar. bleu. [Padeloup.) — 303 fr. 

Aux armes de Machault d'AmouvilIe. 

1765. Lévy (président). Journal historique, ou fastes du règne de 
Louis XV. Paris, 1766; 2 tomes en 1 vol. in-12, mar. rouge. 
[Derome.) — 185 fr. 

Aux armes de la comtesse d'Artois. 

1836. Livii Historiae, cum notis variorum et J. Gronovii. Amst,, 
D, Elzevir, 1678-79; 3 tomes en 6 vol., port., mar. rouge dou- 
blé de mar. rouge, fil. [Dusseuil.) — 530 fr. 

1838. Livre de bien vivre. /*ari>, A, Férardy 1492; in-fol. vél. 
— 8,330 fr. 

Exemplaire imprimé sur vélin, orné de trente-huit miniatures et de nom- 
breuses initiales peintes en or et en couleurs. C'est la partie qui précède VArt 
de bien mourir. 

1839. Livre fort excellent de cuysine. Impression par le grant es- 
cuver de cuysine. Ljon, par O, Arnoullet^ 1542; in- 8 goth., 
fig. sur bois sur le titre, veau. — 835 fr. 

Marges rognées. 

1844. Lobineau (Dom G. -A.). Histoire de Bretagne. Paris, 1707 ; 
2 vol. in-fol., portrait et fig.. maroq. rouge, fil., tr. dor. — 
1,010 fr. 

Aux armes et au chiffre de Louis XFV. Superbe exemplaire. 

1874. Longi Pastoralia, graece (ex recensione D. Coray). Paris, 
P. Didot, 1802; gr. in-fol., mar. bleu, fil., doublé et gardes 
en vélin, tr. dor. (Rel. angl. de C. Lewis.) — 18,685 fr. 

Exemplaire sur peau vélin, avec l'inscription suivante imprimée en lettres 
d'or : (( Exemplaire unique imprimé sur vélin auquel on a joint les dessins ori- 
ginaux par Prud'hon et F. Gérard pour la bibliothèque de M. Junot, gouver- 
neur de Paris. » Livre magnifique et dont l'exécution et les dessins sont d'une 
grande beauté. 

1880. Longus. Daphnis et Cloé, traduict par le sieur de Marcas- 
sus. Paris, 1626; in-8, (ig. de Crispin de Pas, mar. bleu, fil. 
(Bisiaux.) — 480 fr. 

1882. Longus. Amours pastorales de Daphnis et Chloé, 1718; 
in-8, fig. gravées par Audran sur les dessins du Régent, Phi- 
lippe duc d'Orléans, mar. rouge, dent., doublé de soie, tr. dor. 

— 872 fr. 

Avec la figure des Petits Pieds. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 177 

1895. Louis XIII. Le soleil au signe de Lyon : entrée triomphante 
du Roy et Anne d'Autriche dans la ville de Lyon. Lyon, 1623; 
in-fol., 12 planches gravées par Faber, Huret, Autquers, etc., 
mar. olive, fleurs de lys, armes. — 5,925 fr. 

Exemplaire de dédicace à Louis XIII et relié à ses armes. Superbe volume. 

1896. Louis XIII. La voye de laict, ou le chemin des héros au 
palais de la gloire ouvert à l'entrée triomphante de Louys XIII 
en la. cité d'Avignon, le 16 de novembre 1622. Avignon, 1623 ; 
in-8, front., port, et 8 gr. planches par Louis Palma, mar. 
rouge, fil. plats dorés à petits fers. [Le Gascon,) — 1,350 fr. 

Volume curieux extrêmement rare en pareille condition. Charmante reliure. 

1897. Louis Xin. Eloges et discours sur la triomphante récep- 
tion du roy en sa ville de Paris après la réduction de La Ro- 
chelle (par J.-B. Machaud). Paris, 1629; in-fol., planches, 
mar. rouge, fleurs de lys, armes. — 1,325 fr. 

Exemplaire de dédicace à Louis XIII et relié à ses armes. 

1928. Lucanus cura Aldi Romani. Fenetiis, Aldus, 1515; in-8, 
veau, fil., comp., tr. dor. — 7,320 fr. 

Exemplaire de Grolier avec sa devise; les initiales sont peintes en or et en 
couleurs. Beau volume. 

1929. Lucanus. Fenetiis, Aldus, 1515,- in-8 réglé, veau fauve, 
fil., comp. peints, tr. dor. et gauf. [Kel, du xvi® siècle.) — 
3,030 fr. 

1930. Lucanus de Bello Civili. Lutetiœ, R. Stephanus, 1545; 
in-8, mar. brun, fil., comp. genre Grolier, tr. dor. — 3,400 fr. 

Aux armes de Le Fèvre de Caumartin, ajoutées. 

1931. Lucanus de Belli Civili cum notis variorum accurante 
C. Schrevelio. Lugd. Batav., 1658; in-8, carte, mar. rouge, 
riches ornem. dorés. — 2,120 fr. 

Aux armes et monogramme de Henri Petit Pu Fresnoy. 

1944. Lucifer. Mandement à l'Antecrist pape de Rome et à tous 
ses suppostz de son église. Lfon, 1562; petit in-8, lettres 
rondes. — 360 fr. 

Superbe exemplaire d'une pièce fort rare. 

1950. Lucretius cum interpretatione et notis T. Creech. Oxon.y 
1695; in-8, mar. bleu. [Boyet.) — 1,540 fr. 

Aux armes du comte d'Hoym. 

1883. 12 



178 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1978. Lussan (Mademoiselle de). Anecdotes de la cour de Fran- 
çois P^ Londres (Paris), 1748 ; 3 vol., mar. bleu, fil. [Derome.) 
— 300 fr. 

Aux armes da duc de Grammont. 

1979. Lussan (Mademoiselle de). Annales galantes de la cour de 
Henri II. Amsterdam^ 1749; 2 vol. in-12, mar. cit., tr. dor. 

■ {Boyet,) — 335 fr. 

Aux armes du duc de Grammont. 

2021. Machaud (J.-B.). Eloges et discours sur la triomphante ré- 
ception du roy en sa ville de Paris après la réduction de La 
Rochelle. Paris, 1629; petit in-fol., planches, demi-rel. mar., 
tr. dor. — 126 fr. 

2048. Macrobii Opéra cum notis variorum. Lugd, Batav,, 1670; 
in-8 réglé, mar. rouge doublé de mar. rouge. (Dusseuil.) — 
985 fr. 

Beau volume très bien conservé. 

2081. Maintenon (Madame de). Mémoires. Amsterdam, 1756; 6 
vol. — Lettres. Amsterdam, 1756; 9 vol. Ensemble 15 vol. 
in-12, mar. olive, tr. dor. (Ane. rel.) — 455 fr. 

2100. Malebranche (Père). Lettres dans lesquelles il répond aux 
réflexions de M. Arnauld sur le Traicté de la nature et de ia 
grâce. Rotterdam y 1686-87; 3 tomes en 1 vol., mar. r. (Boyet.) 
— 310 fr. 

Reliure d'une rare perfection. 

2124. Mandeville (Jehan de). Très plaisant livre nommé Mande- 
ville, parlant moult autentiquement du pays et terre doultre 
mer et du sainct voiage de Jherusalem. S. l. n. d. (circa 1485); 
petit in-fol., 103 fig. sur bois color., mar, brun, tr. dor. — 
782 fr. 

Très incomplet et en mauvais état. 

2163. Marcolino. Le Sorti intitolate Giardino di Pensieri. Fenetia^ 
F. Marcolino, 1540; in-fol., nombr. fig. sur bois par J. Porta 
Garfagnino, veau, comp. peints, genre Grolier, tr. dor. et gauf. 
— 3,535 fr. 

Exemplaire de J.-A. de Thon, reliure très mal restaurée. 

2168. Marée (V.). Traité des conformités du disciple avec son 
maistre (S. François avec Jésus- Christ). Liège, 1656-60; 4 part. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 179 

en 3 vol. petit in-4, front, et port., mar. vert. (Hel, de Derome 
le Jeune signée.) — 404 fr. 

2171. Marguerite de Valois, royne de Navarre, son tombeau. 
Parisy 1551; in-8, port, gravé sur bois, mar. rouge, tr. dor. 
(^nc. re/.) — 485 fr. 

2172. Marguerite de Valois, son tombeau, autre exemplaire. 
Paris, 1551 ; in-8, mar. bleu, tr. dor. (^/zc. reL) — 460 fr. 

Longues notes manuscrites de Horace Walpole. 

2173. Marguerite, reine de Navarre. Ses mémoires. Paris, 1661 ; 
in-8 réglé, mar. rouge doublé de mar. bleu, fil. [DusseuiL) — 
378 fr. 

2174. Marguerite de Valois. L'Heptaméron des nouvelles. Paris, 
1559; in-4, mar. brun, comp. de fleurs de lys, couronnes, etc., 
doublé de vélin, fil., avec la date de May 1695, au centre. — 
10,100 fr. 

Aux armes du Roi Louis XIV....! 

2178. Marguerite de Valois, reine de France et de Navarre. Ses 
mémoires, auxquels on a ajouté son éloge, celui de M. de Bussy 
et la fortune de la cour. La Haye, 1715; 2 tomes en 1 vol., 
port., mar. bleu. [Bojret.) — 620 fr. 

Aux armes de la comtesse de Verrue. 

2179. Marguerite, reine de Navarre. Ses nouvelles (l'Heptaméron). 
Berne, 1780-81 ; 3 vol. in-8, fig., mar. rouge, fil. {Roger 
Payne,) — 1,160 fr. 

Belles épreuves des figures gravées par Longueil d'après Freudenberg et Dun- 
ker. Exemplaire de Dunker donné par lui à M. Beckford. 

2180. Marguerite, reine de Navarre. L'Heptaméron. Suite en deux 
états des figures de Freudenberg, avant la lettre et les numéros, 
reliée en 2 vol. in-8, non rog. — 1,235 fr. 

2184. Mariage. Les quinze joyes de mariage. Rouen, 1596; signa- 
ture de Le Riche. — Varin (J.-P.). Les espines de mariage. 
Paris, 1607. En 1 vol. in-12, mar. rouge, fil. {Dusseuil.) — 
350 fr. 

2191. Mariette (P.-J.). Traité des pierres gravées. Paris, 1750; 
2 vol. petit in-fol., fig., mar. bleu. (Padeloup.) — 740 fr. 

2221. Marot (C). Ses œuvres et ses traductions. Lyon, Et. Dolet, 



180 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1545; 2 tomes en i vol. in-12, mar. rouge, tr. dor. [Ane, rel,) 
— 330 fr. 

Rogaé à la lettre! Très mauvais exemplaire. 

2222. Marot (C). Ses œuvres et ses traductions. Lyon [au Ro- 
cher), 1545; 2 tomes en 1 vol. in-8, mar. bleu, tr. dor. (Thou- 
venin,) — 730 fr. 

Très médiocre exemplaire. 

2223. Marot (C). Œuvres. La Haye, Ad, Moetjens, 1700; 2 vol. 
petit in-12, mar. bleu, non rognés. — 755 fr. 

2225. Marot (Jean). Sur les deux voyages heureux de Gênas et 
Venise, victorieusement misa fin par Loys XII (en vers). Paris j 
Geoffroy Tory pour P, Rofet dit le Fauleheur, 1532. — Re- 
cueil Jehan Marot. Paris, s, d. En 1 vol. in- , mar. cit., fil., 
tr. dor. [Ane. rel.) — 1,135 fr. 

Très joli volume. 

2236. Martene et Durand (Doms). Voyage littéraire de deux bé- 
nédictins. Paris y 1717; 3 parties en 1 vol. in-4, fig., mar. 
rouge, tr. dor. (Boy et.) — 290 fr. 

Aux armes du cardinal de Rohan. Notes manuscrites de MM. Googh et 
Beckford. 

2242. Martialis Epigrammata. Lugduni, S, Gryphius, 1546; in-8 
réglé, veau fauve, comp. genre Grolier, tr. dor. — 1,890 fr. 

Reliure au chif&e de François II, étant dauphin. 

2243. Martialis epigrammata cum notis variorum. Lugd. Batav,, 
1670; in-8, mar. rouge doublé de mar. rouge. [Dusseuil,) — 
l,0u0fr. 

2275. Martyn (P.). Ex.traict ou recueil des isles nouvellement 
trouvées en la grande mer Oceane. Item trois narrations de Cuba 
(par P. Martyn) et de la mer Oceane et de la prinse de Tenus- 
titan (par Ferdinand Cortese). Paris, S, de Colines, 1532; petit 
in-4, mar. bleu, fil. [Derome.) — 3,180 fr. 

Livre très rare. Bel exemplaire. 

2279. Marulli (Michaelis Tarchaniotae) Hymni et epigrammata. 
Florentiœ, 1497; in-4, veau, compartim. peints, tr. dor. — 
6,945 fr. 

Exemplaire de Grolier, avec sa devise. Les initiales sont peintes en or, 

2284. Majeri (M.). Atalanta fugiens : hoc est emblemata nova de 
Secretis Naturae chymica cum 50 fugis musicalibus trium vo- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 181 

cum. Oppenheimliy 1618; petit in-4, 50 ïi^. de J.-T. de Bry, 
musique, mar. bleu, fil. {Bisiaux,) — 328 fr. 

2297. Massuccio, cinquanta novelle, intitolate il Novellino. f^i" 
negia, M. Sessa, 1541. — Boccaccio (G.). Laberinto d'amore. 
1545. En 1 vol. in-8, mar. brun, comp. genre Grolier, tr. dor. 
— 9,215 fr. 

Reliure faite pour Thomas Maioli. Joli volume. 

2390. Mémoires historiques, critiques et anecdotes de France 
(anecdotes des reines et régentes de France). Amsterdam^ 1764 ; 
8 part, en 4 vol., mar. vert, fil. [Derome.) — 460 fr. 

Aux armes de Madame Victoire, fille de Louis XV. 

2397. Menagii (iEg.). Poemata. Amst.j Elzev., 1663; in-12, mar. 
bleu, non rogné. — 860 fr. 

2403. Mendano (J, de). Sylva de varios romances. Granada^ 
1588; 2 parties en 1 vol. in- 16, mar. rouge. [Ane, rel.) — 
690 fr. 

2432. Meursii (J.). Elegantiae latini sermonis Aioisiae Sigeae Tole- 
tanae Satyra sotadica de arcanis, amoris et veneris. S. l. n. d., 
in-i2, mar. noir, tr. dor. — 227 fr. 

Edition originale et non l'édition elzévirienne comme l'indiquait le catalogue. 

2442. Mezeray (F.-E. de). Histoire de France. Parisy 1643-51; 
3 vol. gr. in- fol., cartes et portrait, mar. bleu. (Rel. de Derome 
signée.) — 830 fr. 

2447. Mézeray. Abrégé chronologique de l'histoire de France. 
Amsterdam^ 1688; G vol. — Histoire de France avant Clovis. 
Amsterdam, 1688; 1 vol. Ensemble 7 vol. in- 12, mar. bleu 
doublé de mar. rouge, tr. dor. — 1,715 fr. 

2507. Miracles Nostre-Dame. Rouen, par J. Le Forestier, s, d,; 
petit in-4 goth., fig. sur bois sur le titre, réglé, vélin vert. — 
655 fr. 

2514. Misson. Nouveau voyage d'Italie. La Haye, 1702; 3 vol. 
in-12, fig., mar. rouge, tr. dor. [Ane, rel.) — 178 fr. 

2519. Mocenico (A.). La guerra di Cambrai. Finegia, 1544; in-8, 
mar. brun, comp. peints genre Grolier. — 9,975 fr. 

Aux armes du marquis de Ménars, dit le catalogue; c'est Thomas Maioli qu'il 
fallait mettre. 



182 BDLLETIN DU BIBLIOPHILE. 

2530. Molière. Œuvres. Paris, 1739; 8 vol. in-12, ^g. de Pimt, 
mar. bleu doublé de soie. {Padeloup,) — 2,525 fr. 

Exemplaire de Lamoignon. Beau lirre dans cette condition. 

2542. Monceaux (Jérôme de). Histoire de la vie de sainte Chris- 
tine. Paris, 1703; mar. rouge, tr. dor. — 410 fr. 

Aux emblèmes de la maison de Saint'Cyr. 

2561. Montaigne. Essais. Paris, 1588; in-4 réglé, titre gravé, 
mar. rouge, fil., doublé de mar. rouge, fil. [DusseuiL) — 
3,030 fr. 

Edition originale. Superbe exemplaire dans cette condition. 

2562. Montaigne. Essais. Amsterdam [Elzev.), 1659; 3 vol. pet. 
in-12 réglés, mar. rouge, fil., doublé de mar. rouge. (DusseuiL] 
— 5,050 fr. 

Très bel exemplaire. 

2566. Montalambert (A. de). Merveilleuse hystoire de lesperitqui 
depuis naguères cest apparu au monastère des religieuses de 
Sainct-Pierre de Lyon. Paris, 1528; petit in-4 goth., fig. sur 
bois, gardes soie, tr. dor. [Rel. angl.) — 1,565 fr. 

2584. Montfaucon (B. de). Monumens de la monarchie françoise. 
Paris, 1729-33; 5 vol. in-fol., nombr. fig., veau, tr. dor. (Rel. 

angl.) — 985 fr. 

2595. Montrésor (M. de). Mémoires, tefde [Elzevir)^ 1665; 2 v. 
petit in-12 réglés, mar. rouge, ornem. dorés à petits fers. [Le 
Gascon,) — 1,995 fr. 
Riche reliure. 

2625. Moreau (P.). Saincts prières de l'âme chrestienne. Paris, 
1G32; in-8, texte encadré, fig., mar. rouge, ornem. dorés à 
petits fers. (Le Gascon,] — 1,590 fr. 

D'une conservation ordinaire. 

2656. Mornay (du Plessis). De la vérité de la religion chrestienne. 
Anvers, Plantin, 1581; in-4 réglé, mar. olive, ornem. dorés 
avec les lettres P. -A. au centre, aux coins et au dos. — 6,185 fr. 

Reliure dans le genre de celles exécutées par Clovis Ere pour Bfargnerite de 
Valois, mais d'une exécution moins élégante et moins fine. 

L. T. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 183 



REVUE CRITIQUE 



DB 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Souvenirs littéraires de M. Maxime Du Camp 
DE l'Académie française (deuxième volume). 
Paris y Hachette et O^y éditeurs ; in-8. 

J'ai rendu compte du premier volume des Souvenirs littéraires 
de M. Maxime Du Camp, et mon article se terminait par le désir 
exprimé de voir le second volume suivre de près le premier. A 
ce désir, les éditeurs, MM. Hachette, viennent de donner satis- 
faction par la publication de ce volume impatiemment attendu. 

Ecrit de la même plume spirituelle, facile, et dans les mêmes 
conditions de périodicité, il a déjà obtenu, en livraisons, auprès 
des lecteurs de la Revue des Deux- Mondes , et il obtiendra auprès 
de ceux du livre, le même succès que son aîné, riche comme lui 
d'anecdotes, de réparties, d'esquisses, de portraits et de révé- 
lations sur des célébrités que nous avons coudoyées. Parmi elles, 
ce sont dans les lettres : Th. Gautier, Gérard de Nerval, Janin, 
Dumas, Mérimée, Lamartine ; dans les arts : Fromentin, Dela- 
croix, Géricault, Ingres, Préault, le P. Enfantin, et bien d'autres 
encore. 

J'ai peu connu la personne de Th. Gautier, mais j'ai beaucoup 
aimé l'écrivain ; je faisais grand cas de sa prose et peut-être plus 
encore de ses vers, presque autant que M.Maxime Du Camp. Je le 
savais chargé, à la Presse, du feuilleton hebdomadaire des théâ- 
tres, et pendant longues années je me suis rarement refusé le 
régal de son article du lundi. Je trouvais à son style brillant et 
coloré un cachet d'originalité qui me plaisait. Or, voilà que 
M. Maxime Du Camp m'apprend aujourd'hui que, durant trois 
ans au moins, j'ai été, avec tous les lecteurs de la Presse, victime 
d'une illusion, et que ces feuilletons que j'attribuais à Gautier 
étaient l'œuvre de Louis de Cormenin, et, quelquefois par occasion. 



184 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de M. Maxime Du Camp lui-même. Croyez donc après cela à la 
personnalité du style, et répétez après Bufton : « Le style, c'est 
l'homme même !... » 

Je savais bien par les préceptes et les exemples de Ch. Nodier, 
ce ciseleur de la phrase, qui avait donné autrefois du GeoÉfroy, 
sans qu'ils s'en doutassent, aux abonnés des Débats^ que le pas- 
tiche d'un auteur n'est pas aussi difficile qu'on le croit communé- 
ment, mais je ne supposais pas que l'imitation de la manière d'un 
écrivain pût aller presque jusqu'à le tromper lui-même. Or, c'est 
ce qui serait arrivé au bout de quelques mois à Th. Gautier qui, 
lisant le feuilleton de son Sosie littéraire, lui disait quelquefois : 
« Louis, tu as fait aujourd'hui du très bon Théo. » 

J'avais toujours cru aussi que le Barnai'e, à l'exception de la 
préface, était de J. Janin, et les Nuits du Ramadan, de Gérard 
de Nerval. Or, ici, je me trompais encore, et M. Maxime Du 
Camp m'apprend que Janin a eu pour collaborateurs Auguste 
Barbier, Edgar Quinet, F. Pyat, Th. Burette et E. Becquet ; que 
Gérard de Nerval fut heureux de recourir, pour son roman publié 
par le ISationaL h la plume désintéressée et discrète de F. Wey (1). 

Autres révélations. Il m'apprend encore que la folie, précédant 
la mort, s'était emparée du pauvre Gérard, d'Armand Barthet et 
de P. Deltuf, auteurs, l'un du Moineau de Lesbie^ l'autre des 
Pigeons de la Bourse, de Prévost Paradol, qui l'avait trouvée 
dans l'héritige de son père, enfin de Lamartine, sous la forme 
oc de prodigalité maniaque. » 



(1) La découverte de cet acte d'obligeance confraternelle fut faite par 
MM. A. Houssaye, Gautier et Du Camp, qui, inventoriant les manuscrits de 
Gérard de Nerval, trouvèrent celui des Nuits du Ramculan, dont an tiers aa 
moins était de la main de F. Wey. 

« Gérard, ajoute M. Du Camp, entraîné par le décousu de sa vie, ne par- 
venait que difficilement à remplir sa tâche quotidienne, car il faisait des 
feuilletons au fur et à mesure des exigences du journal. H parla de son em- 
barras à F. Wey, qui se mit à sa disposition avec une complaisance et nue 
discrétion absolues. 

» Donner son argent, c'est facile; mais donner son travail, n'en retirer. ni 

le bénéfice matériel ni le bénéfice moral, c'est là un fait rare, que nous aurions 

toujours ignoré si l'original même des Nuits du Ramadan n'avait passé sons 

nos yeux ; ce fait m'a paru trop honorable pour n'être pas dévoilé. » 80U' 

:venir8, t. II, p. 176. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 185 

a Dans l'affaiblissement des facultés mentales, dit M. Du Camp, le souvenir 
des grandeurs passées subsistait. Lamartine entrait dans les magasins et ache- 
tait sans compter. Une fois, il fit l'acquisition de 60 pendules ; une autre fois, 
il se commanda 300 paires de chaussures. Un ami le suivait à distance et 
faisait comprendre aux marchands qu'on ne devait pas tenir compte de ces 
fantaisies. » 

Pauvre raison humaine ! Qui, dans ce maniaque prodigue, dans 
cet homme au cerveau malade, aurait reconnu le brillant esprit 
d'autrefois, le poète des Méditations ^ le Périclès de la tribune 
française, l'homme d'Etat renversant le drapeau rouge et arrêtant 
le flot populaire!... 

La lecture des Souvenirs ouvre la voie des révélations. Elle 
m'en a apporté plus d'une, en industrie comme en littérature. 

Ainsi j'avais toujours jusqu'ici considéré M. de Lesseps comme 
l'inventeur du projet de percement de l'isthme de Suez ; or, il me 
faut reconnaître, avec M. Maxime Du Camp, qu'il n'en est que 
l'exécuteur. 

Je me souviens d'avoir vu, en 1832, assis sur les bancs de la 
cour d'assiseâ, dans un costume étrange, au milieu des enfants de 
Saint-Simon, un homme à la tête superbe, devant lequel tous s'in- 
clinaient. C'était le Père Enfantin, et c'est à lui qu'appartient la 
première idée du percement de l'isthme. 

Avant de fonder une nouvelle religion, Enfantin, ingénieur de 
mérite, administrateur d'un chemin de fer, s'était occupé de 
sciences et d'industrie. Entouré de disciples, sortis pour la plu- 
part de l'Ecole polytechnique, ingénieurs, qui des mines, qui des 
ponts et chaussées, tous hommes du métier, il avait créé la Société 
d'études du canal de Suez. Le percement fut le rêve de trente ans 
de sa vie, et il voyait son projet, favorisé par l'Empereur, sur le 
point d'aboutir quand le cordon qui étrangla Abbas Pacha, son 
protecteur, vint renverser ses espérances. Le firman de concession 
qu'il attendait fut rendu, mais au nom de M. de Lesseps, que le 
nouveau vice-roi, Saîd Pacha, avait connu consul de France au 
Caire. 

Ce coup fut rude pour Enfantin, a qui avait espéré que le canal 
de Suez serait une œuvre Saint-Simonienne, et qui porterait son 
nom ; » mais il se résigna et ne craignit pas de faire l'éloge des 
qualités et des généreux efforts de M. de Lesseps. 

a J'ai été un vieux niais de m'affliger, dit-il an jour à M. Max. Du Camp, 
car tout ce qui est arrivé a été heureux ; c'est un fait providentiel. Entre mes 



186 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

mains, l'affaire eût échoué ; je n'ai plas la force et l'élasticité nécessaires pour 
faire face à la fois à tous les adversaires, pour combattre en même temps au 
Caire, à Londres et à Constantinoplé ; j'aurais eu bien assez d'avoir à vaincre 
les sables, j'aurais été vaincu par le mauvais vouloir des hommes. Pour réussir» 
— et l'on réussira, — il fallait, comme Lesseps, avoir le diable au corps et 
cette ardeur qui ne compte ni les obstacles ni les fatigues. Grâce à Dieu, c'est 
Lesseps qui mariera les deux mers ; je crois bien que je serais resté dans le lac 
Timsah et que je m'y serais noyé, et l'entreprise avec moi. Il importe peu que 
le vieux Prosper Enfantin ait subi une déception, il importe peu que ses enfants 
aient été trompés dans leur espoir ; mais il importe que le canal de Suez soit 
percé, et il le sera ; c'est pourquoi je remercie Lesseps et je le bénis. 

Certes, cette conversation honore le caractère du P. Enfantin, 
et n'étonne pas de la part d'un homme qui disait : u Là où il n'y 
a pas d'abnégation, il n'y a pas de vraie grandeur ; » mais n'y 
aurait- il pas justice à lui faire une part dans la gloire attachée au 
nom de M. de Lesseps et à l'exécution du grand travail que, le 
premier, il avait rêvé ? 

M. Maxime Du Camp a vécu dans la société des artistes et des 
écrivains les plus célèbres de son temps, voire dans la familiarité 
de quelques-uns. Presque tous, sans le vouloir et sans s'en douter, 
ont posé devant lui ; aussi les Souvenirs littéraires ont-ils une 
riche galerie d'esquisses et de portraits. Ingres et Gros, Delacroix 
et Géricault s'y coudoyent avec Alfred de Musset et Th. Gautier, 
Mérimée et Alexandre Dumas, Lamartine et J. Janin. Entre toutes 
ces illustrations, comment parler des unes et ne pas parler des 
autres ; comment faire un choix et se permettre une exclusion ? 
Pour nous, nous nous récusons, convaincu que les lecteurs des 
Souvenirs ne feront pas plus que nous, ni choix ni exclusion ; 
que l'étude du premier portrait ne fera que les mettre en goût, et 
qu'ils ne sortiront de la galerie qu'après avoir admiré le dernier. 

Parmi tous ces grands noms il en est trois, les moins célèbres 
peut-être, auxquels M. Maxime Du Camp a réservé toutes ses 
préférences. Ce sont ses intimes, ses amis d'enfance, avec lesquels 
il a partagé les bons et les mauvais jours, L. de Cormenin, 
G. Flaubert et L. Bouilhet. 

C'est à peine si, au théâtre, j'ai rencontré par hasard le premier 
une ou deux fois ; je n'ai parlé au second que le jour où il vint 
s'asseoir à la 6* chambre de police correctionnelle, auprès de 
M« Sénard, que Madame Bovarjr, bien conseillée, avait choisi 
pour défenseur; quant au troisième, je l'ai vu plus souvent à 
Paris et à Rouen. Je me souviens même d'avoir dîné avec lui chez 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 187 

l'un de mes anciens confrères, aujourd'hui député de la Seine, 
E. Delattre. Le dîner fut gai, et Bouilhet y apporta sa part d'ap- 
pétit et de bonne humeur. 

Après une soirée de causeries, l'heure de la retraite était arri- 
vée, et nous allions nous séparer, quand Delattre, qui connaissait 
ma passion pour les autographes, demanda à l'auteur de V Oncle 
Million j alors en plein succès, quelques lignes de vers ou de 
prose. 

Bouilhet regardait alors la pendule, dont le sujet était un Sa- 
turne à la faux, que Delattre, en arrivant; avait sans plus y 
prendre garde, coifié de son chapeau. Se retournant vers nous 
et montrant du doigt Saturne et le chapeau : voyez, nous dit le 
poète improvisateur : 

Voyez ce gibus taciturne 

Sur la pendule au cadran d'or. 

Biars a coiffé Vulcain, — c'est fort ! . . . 

Mais Delattre a coiffé Saturne ! ' . . . 

Tandis que chacun de nous riait et applaudissait, Bouilhet 
écrivait et signait son quatrain, qu'il m'offrait en me promettant 
de le compléter. Quelques jours après, en effet, il m'adressait un 
exemplaire de l'Oncle Million j avec un gracieux ex-dono de 
l'auteur. 

Dans un premier article j'avais reproché à M. Maxime Du 
€amp d'avoir donné à ses trois amis une trop large part, à ce 
point que ses Souvenirs pouvaient devenir les leurs, aussi bien 
que les siens. Je retire volontiers ce reproche après avoir lu les 
pages douloureusement émues que son affection a consacrées à 
leur mémoire. J'ai compris qu'en les frappant la mort l'avait 
cruellement atteint, et qu'en emportant leur âme, elle avait em- 
porté la moitié de la sienne, animœ dimidium suœ, La lecture de 
ces pages funèbres a mouillé mes yeux ; c'a été un triomphe pour 
l'écrivain, mais c'en a été un surtout pour l'homme de cœur. 

Ce que j'aime chez M. Maxime Du Camp, c'est sa bonne foi, 
son respect de la vérité, l'indépendance de son caractère et de sa 
plume qui ont valu à l'auteur des ConvuUions de Paris tant d'at- 
taques et tant d'injures. 

Les Con\fulsions de Paris , — Paris, ses organes, ses fonctions, 
sa vie, voilà les deux grands ouvrages qui recommandent le nom 
de M. Maxime Du Camp, et lui ont ouvert les portes de l'Aca- 



188 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

demie. Les Souvenirs littéraires n'ont ni Tampleur ni l'importance 
de ces deux premières œuvres, mais ils sont bien de la même 
famille. On les lira avec un vif intérêt, plutôt deux fois qu'une, 
et ils auront le mérite de montrer la souplesse et la flexibilité 
d'un talent qui sait se prêter aux contrastes de compositions si 
différentes. 

H. Moulin, 

ancien magistrat. 

Les imprimeurs et les libraires dans la Côte-d'Ob, 
par Clément- Janin. Seconde édition, avec portrait 
et fac-similé. Dijon, Darantière, imprimeur, 1883, 
1 vol. in-8 ; de viii-240 pages (1). 

I. 

Il y a encore des bénédictins; il y en aura toujours, il faut 
l'espérer pour l'honneur des lettres et pour la joie, vive et pure, 
des fervents amis des livres ! Nous voulons parler de ces sincères 
et patients érudits qui, sans jamais se lasser, cherchent, et savent 
découvrir aux bonnes sources, des documents précieux pour l'his- 
toire de leur pays. Ces matériaux, ils les classent avec soin (on 
pourrait dire : avec amour), puis ils les mettent en œuvre avec 
goût, avec persévérance, heureux de produire, de loin en loin, 
un livre appelé à rendre de réels et durables services, parce qu'il 
ne contient que des choses exactes, exposées avec une attrayante 
lucidité. 

Ils sont rares, les ouvrages auxquels peut se fier, d'une ma- 
nière absolue, le travailleur sérieux, et l'on ne saurait trop 
remercier les savants écrivains qui, sans le moindre souci de 
la gloire bruyante, et simplement désireux d'être utiles, con- 
sacrent leurs loisirs à ces études ardues que leur belle passion 
littéraire transforme le plus souvent en véritables plaisirs ! 

On rencontre surtout en province, dans le calme favorable 
d'une vie méthodique, à l'abri des fièvres mondaines, ces érudits 
de bon aloi, au regard vif, au teint reposé, aux cheveux blan- 
chissants, qui, charmés de leurs trouvailles de la veille, et non 

(1) En vente à Paris, chez M. Alphonse Picard, libraire, 82, me Bonaparte. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 189 

moins séduits par les recherches projetées pour le lendemain, 
vivent, au milieu de leurs vieux livres et de leurs chers manus- 
crits, en parfaite santé physique et morale, trouvant les journées 
trop courtes et les saisons clémentes, eu dépit des orages de juillet 
ou de la bise glaciale de décembre. 

Parmi ces aimables et trop modestes savants qui ont, d'or- 
dinaire, pour but principal d'éclaircir, de compléter l'histoire de 
leur ville ou du département qu'ils habitent, à un point de vue en 
rapport avec leurs aptitudes spéciales, nous signalerons aujour- 
d'hui avec empressement un neveu par alliance de Jules Janin, — 
propriétaire à Dijon, bibliophile distingué, auquel on doit déjà de 
nombreux travaux historiques sur la Côte-d'Or. 

M. Clément- Janin a publié, notamment, avec un succès incontesté : 
Sobriquets des villes et villages de la Côte-d'Or y Journal de la 
guerre de 1870-71, à Dijon, et dans le département de la Côte^ 
d'Or y Notes sur les prix des denrées en Bourgogne, les Hôtelleries 
dijonnaises^ la Communauté' Israélite de Dijon^ les Pestes en 
Bourgogne (1349-1636), les Cris de Dijon, le Véritable récit de 
la ville de Saint-Jean de Laône, Felizeman du garson de Mossieu 
Morisô, poème inédit du xvii* siècle, etc. 

Sa dernière production : les Imprimeurs et les libraires dans 
la Côte-d'Or, réussira certainement, car le style de l'auteur est 
excellent, et l'œuvre abonde en renseignements d'un haut intérêt, 
groupés avec une attachante clarté. 

II. 

Le département de la Côte-d'Or a été fertile en imprimeurs et 
en libraires justement estimés. De la première imprimerie di- 
jonnaise, qui fut établie en 1490, au Petit- Ci teaux, rue Saint- 
Philibert, par les soins de Jean de Cirey, abbé de Citeaux, et 
dirigée par Pierre Metliuger, natif d'Augsbourg, jusqu'à M. Vic- 
tor Darantière, successeur de Rabutot en 1870, et actuellement 
installé dans l'ancien hôtel de Chabot-Charny, à Dijon, la liste 
des imprimeurs émérites est longue ! 

L'un des plus célèbres est Pierre Grangier (xvi* siècle), qui 
imprima, en 1530, Claudius de Merula de adventu Eleonorae 
Divionem, petit in-8 gothique aujourd'hui introuvable, et céda 
ses presses à son fils Antoine en 1560. Ce digne artiste dijonnais, 
que Tabourot des Accords appelait « le bon vieillard Pierre Gran- 



190 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

gier, » eut plus d'un grave souci en exerçant sa profession, car, 
à cette époque, la justice était terriblement sévère à l'égard des 
imprimeurs et des libraires, et le nombre était grand des livres 
condamnés à être mis en cendres. On se souvient de l'infortuné 
Dolet, étranglé et brûlé lui-même, en place de Grève, le 3 août 
1546! 

Au XVII® siècle, les imprimeurs de Dijon ont été Antoine et 
Jean Grangier, Jean des Planches, Claude Guyot, Nicolas Spirinx, 
Pierre PalUot, historiographe du Roy et généalogiste de Bour- 
gogne, qui épousa la fille de Spirinx et mourut le 5 avril 1698, 
âgé de 89 ans ; Louis Secard, Claude et Philibert Chavance, An- 
toine Michard, puis sa veuve ; Claude Michard et Jean Ressayre, 
qui épousa une fille de Philibert Chavance. 

Au xviii* siècle, on trouve encore des Grangier, puis Jean Ber- 
trand Auge, successeur de Claude Guyot; Pierre Causse, Pierre 
de Saint, Louis-Nicolas Frantin, directeur de la librairie de sa 
tante, la veuve Coignard. Il fut célèbre par ses impressions sur 
papiers de luxe, qui rivalisèrent parfois avec celles de PieiTC 
Causse. Nous mentionnerons aussi Jean-Pierre Moroge, Philippe 
Marteret, les Hucherot, les Capel, les De Fay et Jean-Nicolas- 
Alexandre Douillier. 

Au xix® siècle, on rencontre d'abord Jean-Baptiste Berthaux- 
Petitot, en 1803. Arrivons, sans plus tarder, à M. Victor Daran- 
tière. Depuis dix années au moins, il est en possession de la 
faveur méritée des amateurs. La plupart des livres imprimés par ce 
véritable typographe offrent une perfection fort séduisante. Il faut 
signaler spécialement ses couvertures polychromes, très originales 
et d'une rare élégance. M. Clément -Janin a eu grandement raison 
de lui confier l'impression de l'ouvrage dont nous nous occupons. 
Ce joli volume est orné de plusieurs fac-similé curieux ; on y 
trouve la reproduction, si intéressante, des marques des anciens 
imprimeurs dijonnais, et un portrait de Pierre Palliot, d'après 
le tableau de Revel, gravé en 1698 par Drevet. 

La deuxième partie du volume est consacrée, à bon droit, aux 
libraires. Depuis la veuve Jehan Gaultier et Huguenin Damon, 
libraires à Dijon, vers 1450, « à l'heure même où Gutenberg 
essayait ses premiers caractères mobiles, » jusqu'à maintenant, 
tous les libraires de la Côte-d'Or ont leur place dans cette galerie. 
Ils sont mentionnés, ainsi que les imprimeurs, dans l'ordre chro- 



CHRONIQUE. 19 1 

nologique, avec leur filiation exacte, les dates utiles à connaître, 
les faits saillants de leur histoire, et l'indication minutieuse de 
leurs principales publications. En outre, le cas échéant, M. Clé- 
ment-Janin agrémente son excellent travail de réflexions et de 
détails pittoresques, piquants et authentiques, sur les habiles 
imprimeurs qu'il ressuscite en quelque sorte et d'une façon fort 
ingénieuse. 

Voilà donc un livre des plus intéressants et vraiment curieux 
pour les bibliophiles bourguignons. Bien complet, bien coordonné, 
enrichi d'une table onomastique et d'une table des nombreux 
ouvrages cités, il répond à toutes les exigences, et il serait beau- 
coup à souhaiter qu'un semblable travail existât pour chaque 
département. 

Cette seconde édition constitue un livre nouveau, car elle ren- 
ferme deux fois plus de matières que la première. Ce qui concerne 
les libraires est, notamment, inédit. Il faut donc féliciter M. Clé- 
ment-Janin ; ses recherches ont été persévérantes, et méritent un 
succès durable et légitime. 

Alexandre Piedagnel. 



CHRONIQUE 



— Le comte Ouvarow prépare un grand ouvrage sur l'archéo- 
logie russe; le premier volume, relatif à VJge de pierre^ a paru 
tout récemment à Moscou. 

— La municipalité de Rome a décidé qu'une plaque commé- 
mora tive en marbre serait apposée sur l'hôtel del Orsoy habité 
par iVIontaigne pendant son séjour sur Rome. Voici la traduction 
de cette inscription, telle que l'ont donnée la plupart des journaux 
parisiens, moins une faute que la plupart ont commise, traduisant 
Libro dei Saggi par Livre des Sages, 

S. P. Q. R. — Dans cette ancienne auberge del Orsoy demeura 
le moraliste français Michel de Montaigne ^ auteur du Livre des 



192 BULLETIN. DU BIBLIOPHILE. 

Essais^ qui a beaucoup contribué au progrès de la nouvelle phi' 
losophie. Le Sénat de Rome lui avait conféré le titre de citoyen 
romain. 

— M. Eugène Révillout, conservateur adjoint au Musée du 
Louvre, a été chargé par le gouvernement l'été dernier d'une 
mission en Angleterre et en Irlande, afin d'étudier les papyrus 
démotiques de Dublin et d'achever l'examen de ceux du Musée 
Britannique. 

— La commission historique des monuments de la ville de 
Paris a fait placer une plaque cdmraémorative sur la maison dans 
laquelle est mort Pascal, au coin de la rue Rollin et de la rue 
Monge. 

— La France a acheté pour la somme de 70,000 francs la col- 
lection, unique en son genre, de livres et de dessins sur l'Egypte, 
laissée par Mariette-Bey. Une partie servira à l'école du Caire, qui 
continue l'œuvre de cet illustre égyptologue. 

— La Llbreria Dante (Florence, via dell' Orivolo) a mis récem- 
ment en vente les deux premiers volumes de sa collection d'opus- 
cules rares ou inédits. Cette collection comprendra non seulement 
des textes de langue, mais encore des ouvrages de toute espèce, 
ayant rapport à l'histoire littéraire. Chaque volume, tiré à 200 
exemplaires numérotés, est imprimé en beaux caractères, sur 
papier à la main, tiré à bras et accompagné d'une gravure sur 
bois reproduisant une ancienne estampe. Les deux volumes mis en 
vente sont les suivants : 1. Commedia di dieci Fergine, texte 
inédit du xiv® siècle. — 2. Index Mediceae Bibliothecae^ premier 
catalogue de la Laurentienne, postérieur à son ouverture au public 
parle pape Clément VIL — Sont annoncés comme devant paraîu*e 
successivement : LuigiPulci, Strambotti. — Car mina goliardicay 
poésies satiriques. — Canzonete rammentate nel Decamerone, 
— Laudij de Jacopone da Todi. 



LE PALAIS A L'ACADEMIE 



FAUTEUIL DE TARGBT. 

1634-1883. 

Le fauteuil que revendique le Palais par Target, Tavocat 
au Parlement, le rival de Gerbier, est marqué parmi les 
quarante fauteuils académiques du numéro XII. 

En comptant les titulaires qui Tout occupé, on re- 
connaît qu'il se partage entre TEglise, le grand monde 
et la littérature, auxquels s'ajoutent, comme complément, 
la politique et le Barreau. 

Il ne saurait se recommander de Tun de ces grands 
noms devant lesquels s'abaisse le temps. Ni un Corneille, 
ni un Racine, ni un La Fontaine, ni un Bossuet, ne s'y 
sont assis; il ne compte guère, sauf une ou deux excep- 
tions, que d'honnêtes célébrités. 

Ses litres littéraires ne sont point de ces ouvrages qui 
commandent l'admiration de la postérité, mais seulement 
l'estime des contemporains. Ce sont : l'Essai sur V élo- 
quence de In chaire; — VAmi des lois ; — les Questions 
de littérature légale et le Roi de Bohême; — Colomba- 
Carmen et le théâtre de Clara Gazul ; — Beaumarchais 
et les Mirabeau ; — les Philosophes classiques au xix° 
siècle, et les Origines de la France contemporaine. 

Comme il ne faut pas le laisser sans nom, pas plus 
que les autres, nous l'appellerons le fauteuil du Cardinal 
Maury, ou de Charles Nodier, mais le peuple qui porte 
toge, gens togata, l'appellera le fauteuil de Target (1). 

(t) L'histoire de ce fauteuil a été écrite surtout en vue du Palais et de 
1883 13 



194 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

La longévité qu'il distribue à ses titulaires est comme 
la célébrité qu'il en reçoit, moyenne. Elle est de dix-huit 
ans et dix mois pour chacun d'eux ; seulement, à l'Aca- 
démie comme partout ailleurs, — nous l'avons déjà fait 
remarquer — le principe de l'égalité n'existe pas plus 
pour la longévité que pour l'intelligence; là, comme 
ailleurs, il y a des tendances à l'usurpation, et tel de 
ses membres accroît volontiers son bien au préjudice de 
son voisin. Ne sera-ce pas toujours, hélas, la loi de ce 
monde, à laquelle l'Académie ne saurait faire exception!... 



I. 

G. BAUTRU. 

1588-1634-1665. 

Guillaume de Bautru, Angevin d'origine, fils d'un con- 
seiller au grand Conseil, grand rapporteur de France, était 
académicien de la création. Il fut admis dans la Compagnie 
par la grâce du cardinal fondateur, à titre de bel esprit et 
de gentilhomme. 

N'était-ce qu'un bouffon, amuseur d'Anne d'Autriche 
et de Richelieu, ou faut-il l'accepter comme un per- 
sonnage sérieux et considérable ? Il y a chez lui de l'un 
et de l'autre ; bouffon par l'humeur, le caractère, les 
railleries et les corrections qu'elles lui attirèrent, per- 
sonnage sérieux par la naissance, les titres, les emplois et 
les dignités. 

Peut-être est-ce le bouffon qui fît la fortune de l'am- 
bassadeur ! . . . 



l'avocat Target, Tan de ses éloquents représentants. Le titre de l'article Tiii- 
diquc d'aillears suffisamment. 

Nous n'avons pas oublié toutefois, en étudiant la figure de Nodier, «{u'il 
fut l'un des fondateurs du Btdletin, et qu'il mit souvent à son service son talent 
d'écrivain et sa science d'émdit. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 195 

La Reine en faisait assez peu de cas, quand après sa 
paix avec le cardinal de Retz, elle le livrait sans façon au 
Coadjuteur, en disant : « Mon Dieu ! Monseigneur, ne 
ferez-vous pas donner des coups de bâton à ce coquin de 
Bautru, qui vous a si fort manqué de respect? » 

Le frère de Bautru, M. de Nogent, avouait « qu'ils 
essayaient Tun et l'autre de resjouir le cardinal (1) », 
c'était Guillaume, plus avant dans la confiance de Riche- 
lieu, qui avait la mission de revoir et de corriger les 
épreuves des pièces que Son Eminence destinait à l'im- 
pression . 

Ces services, sa complaisance et son dévouement, joints 
aux agréments de l'esprit et à l'habileté de conduite, en 
firent un homme titré, un conseiller d'Etat, un introduc- 
teur des ambassadeurs, un ministre plénipotentiaire, qui 
fut envoyé tour h tour en Flandre, en Espagne, en Angle- 
terre et en Savoie. 

Tallemant des Réaux nous a tracé du personnage, au 
physique et au moral, un portrait peu flatteur. « Il 
était petit, mais bien fait ..., bon courtisan ou bon bouf- 
fon, si vous voulez; de mœurs et de religion fort liber- 
tin ... et jamais il n'a pu s'empescher de mesdire. » 

Balzac l'appelait « le père des équivoques et des pas- 
quinades, des bons et des mauvais mots (2) ». 

Sa réputation de hâbleur et de menteur était si bien 
établie, que Marigny disait de lui : « Il est né d'une 
» fausse couche, a été baptisé avec du faux sel, ne loge 
» que dans les faubourgs, ne passe que par les fausses 
» portes, cherche toujours des faux-fuyants, et ne chante 
» jamais qu'en faux-bourdon. » 

On l'accusait aussi de mauvaises mœurs et d'irréligion. 
A quelqu'un qui, le voyant un jour ôter son chapeau de- 
vant une croix, lui disait : « Vous êtes donc mieux avec 



;^l) Lettre de Bautru de Nogent au cardinal de Richelieu^ du 7 octobre 1633. 
\V) Lettre de Balzac à Chapelain, du 26 septembre 1644. 



196 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Dieu qu'on ne le suppose ; — Oh ! nous nous saluons, ré- 
pondit-il, mais nous ne nous parlons pas. » La même ré- 
ponse a été attribuée à Piron ; auquel des deux appartient- 
elle ? L'un et l'autre étaient bien capables de la faire. 

On a prêté à Bautru beaucoup de bons mots et de fines 
réparties, parmi lesquels il faut faire un choix ; son ami 
Ménage et Tallemant des Réaux en rapportent un grand 
nombre. 

Un jour, un poète était venu le consulter sur un 
ouvrage qu'il voulait faire imprimer. La lecture terminée : 
« Un peu longy un peu long! se contente de dire Bautru. 
Que faire ? reprend l'auteur, en regardant son Aristarque. 
Une chose bien simple, lui répond Bautru, avec un grand 
flegme, en retrancher la moitiéy .,, et supprimer Vautre, » 

Une mission diplomatique l'ayant conduit en Espagne, 
il visita la bibliothèque de l'Escurial, dont les conser- 
vateurs étaient des moines ignorants, remarque qui n'avait 
pas échappé à la perspicacité du visiteur. 

Présenté le soir au roi Philippe IV : « Sire, lui dit-il, 
si j'étais roi d'Espagne, je ne serais pas embarrassé par 
le choix d'un bon ministre des finances; je le prendrais 
parmi les moines bibliothécaires de l'Escurial. — Pour- 
quoi donc, demanda le Roi ? — Oh ! sire, repartit Bau- 
tru, ce sont les plus honnêtes gens du monde ; ils ne tou- 
chent jamais au dépôt qui leur est confié. » 

L'abbé de Marolles le rangeait parmi « les épigramma- 
tistes français. » Il n'a guère fait cependant dans sa vie 
que deux pièces, et ce sont deux satyres, l'une VOno- 
sauflrc, contre M. de Montbazon, l'autre YAmbigUy contre 
J. Du perron, le frère du cardinal. 

Ses satyres et ses railleries lui attirèrent plus d'une 
représaille et plus d'une correction manuelle. 

Un jour, il avait été bâtonné par le duc d'Epernon, qui 
avait 11 se venger de certaine épigramme, et ce jour-là ou 
le lendemain, il se présenta devant Anne d'Autriche, un 
bâton à la main. « Qu'avez-vous donc, lui demanda la 



LE PALAIS A L'ACADËMIE. 197 

Reine étonnée, est-ce la goutte? — Non, Madame, s'em- 
pressa de répondre le prince de Guéménée, plus prompt 
cette fois à la répartie que Bautru, — il porte un bâton, 
comme saint Laurent portait son gril ; c'est l'instrument 
de son martyre. » 

Et la Reine et son entourage de rire, mais Bautru faisait 
bonne contenance et savait même quelquefois prévenir les 
attaques des mauvais plaisants. 

Il avait épousé la fille d'un maître des Comptes, une 
certaine Marthe ou Marie Bigot, qui vécut mal avec lui et 
eut le mauvais goût de lui préférer l'un de ses valets. Il 
corrigea le valet-Sosie, le fit condamner aux galères et 
plaida contre sa femme. La querelle eut de l'éclat ; à ceux 
qui faisaient allusion à sa mésaventure, il disait : « Oui, 
les Bautru sont c..., mais ils ne sont pas sots. » 

Sommes-nous de l'avis de Bautru ? Non. Nous trouvons 
qu'il manqua d'esprit en cette occurrence, et à sa phrase va- 
niteuse noiis préférons la sentence pleine de sens de Molière : 

« Le bruit est pour le fat, la plainte est pour le sot; 
L'honnête homme trompé s'éloigne et ne dit mot. » 

Ce n'est pas que Bautru manquât d'esprit, mais il avait 
encore plus de vanité que d'esprit. 

Il avait acheté, en 1636, la châtellenie de Sérant, à 
quatre lieues d'Angers, sa ville natale. Or, il se hâta « de 
l'ériger en comté, sur la foi d'une lettre royale, dont la 
suscription lui donnait la qualité de Comte de Sérant (1). » 
Il y fit bâtir un magnifique château avec chapelle (2). 

(1) Est-ee Séran, Céran ou Serrant f La biographie Michaad est poar la 
première manière d'orthographier^ le dictionnaire de la Conversation pour la 
seconde, la biographie Didot pour la troisième. 

Nous croyons que cette dernière est la vraie. C'est celle adoptée par 
M. R. Kerviler, auteur de G. Bautru, comte de Serrant, l'un des 40 fon- 
dateurs de V Académie française, In-8, 1876. Nous l'adoptons avec d'autant 
plus de confiance que nous savons qu'il est dans les habitudes de M. R. Ker- 
viler, quand un doute se présente à son esprit, de ne rien négliger pour l'éclair- 
cir. II remonte aux sources, interroge les actes publics, et fouille les docu- 
ments historiques. 

(2) Ce château est aujourd'hui la propriété de M. le duc de la Trémouille. 



198 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Ce fut là qu'il se retira, y recevant la visite de quelques 
vieux amis, oubliant les attaques de certaines Mazari- 
nadesy et continuant son commerce de lettres avec Ménage, 
Huet, Costar, Chapelain et Balzac. Il y passa les der- 
nières années de sa vie, cloué dans son fauteuil, impotent, 
rongé de goutte, cherchant quelques adoucissements à ses 
souflFrances dans les raffinements de la table, négligeant 
fort sa chapelle, mais soignant toujours sa cuisine, sa 
cave et sa bibliothèque. 

Il vint mourir à Paris, à soixante-dix-sept ans, en 1665, 
et les registres de la paroisse de Saint-Eustache de cette 
année nous apprennent qu'il fut enterré dans le chœur de 
cette église; que son convoi réunit au curé 150 prêtres, 
et qu'il coûta la somme, alors assez forte, de 405 livres 
tournois. 



II. 



L ABBE J. TBSTU DE BEL VAL. 

1626-1665-1706. 

A un indévot succéda un abbé, Jacques Testu de Belval. 

Il y avait en ce temps-là à l'Académie deux Testu, — comme 
il y avait eu deux Porchères et trois Habert, comme il 
devait y avoir deux Tallemant, trois d'Estrées, trois Cois- 
sin, trois Rohan, deux de Broglie et deux Dumas, — Testu 
de Belval et Testu de Mauroy, tous deux prêtres et ayant 
abbayes, tous deux pauvres auteurs et faisant des vers 
médiocres, tous deux nés et morts la même année, et 
aujourd'hui aussi oubliés l'un que l'autre (1), 

(1) L'abbé J. Testu de Belval était né à Paris, en 1626, et il y mourut en 
1706, à quatre-vingts ans. 

a II était grand, maigre et blond, et, à quatre-vingts ans, il se faisait verser 
peu à peu une aiguière d'eau à la glace sur sa tète pelée, sans qu'il en tombât 
goutte à terre, et cela lui arrivait souvent depuis beaucoup d'années. » iSSoMfcl- 
Simon. Mémoires. 

Pour l'abbé Testu de Mauroy, voir l'étude que nous lui avons consacrée an 
fauteuil de Berryer. Bulletin du Bibliophile de janvier-septembre, 188fi. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 199 

Testu de Mauroy avait succédé au P. Président de 
Mesmes, et, qui le croirait ! avait été préféré à Fontenelle, 
qui ne fut élu qu'après trois échecs. Le malin vieillard 
racontait volontiers ses mésaventures électorales aux can- 
didats malheureux une première ou une seconde fois, pour 
les consoler, disait-il, mais il ajoutait spirituellement que 
jamais son récit n'avait consolé personne. 

L'abbé Testu de Belval eut des succès dans l'église et 
dans le monde. 

Appelé à prêcher devant la cour, il y réussit assez pour 
que ses prédications lui valussent les titres d'aumônier et 
de prédicateur du Roi, l'abbaye de Belval et le prieuré de 
Saint-Denis-de-la-Chartre. 

Il était l'ami de l'abbé de Rancé, qu'il visitait quel- 
quefois h la Trappe, et du chanoine Santeul, qu'il allait 
voir à Saint- Victor. 

Il se fût fait un nom dans la chaire, si sa santé ne l'eût 
forcé d'y renoncer. 

c( Par de tristes vapeurs je me vis arrêté, » 

dit-il lui-même dans une de ses poésies. 

Obligé de déserter la chaire, il se jeta dans le monde ; 
il y fut accueilli avec empressement par Mesdames de Sé- 
vigné, de Montespan, d'Heudicourt, de Montchevreuil, par 
Madame la duchesse de Richelieu, et par toute la fleur de 
la société féminine de l'époque. 

(( Il avait, d'ailleurs, tout ce qu'il fallait pour réussir dans 
cette société charmante, beaucoup d'usage du monde et de con- 
naissance des hommes, un grand désir de plaire, sans empresse- 
ment de le montrer, une vivacité d'autant plus piquante, qu'il 
réveillait toujours et n'offensait jamais, une facilité de parler sur 
toutes sortes de matières. 

}) Comme il n'aimait pas à être contredit, mais beaucoup à être 
écouté, il goûtait peu le commerce des honmies (1). » 

Saint-Simon nous a laissé de l'abbé un portrait moins 

(1) D'Alembert. Eloges, 



200 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

flatte que celui de d'AIembert ; il est vrai que le duc était 
un frondeur et d'Alembert un académicien. 

a L'abbé de Belval, dit-il, avait une infinité d'amis consi- 
dérables dans tous les états ; il primait partout ; on en riait, mais 
on le laissait faire. Il était très bon ami et serviable, bon homme 
et honnête homme, mais fort vif, fort dangereux et fort di£Gcile à 
pardonner à quiconque l'avait heurté. » 

Son entêtement et sa manie de parler sans vouloir 
admettre la contradiction l'avaient fait surnommer Tétu^ 
tais'toi,.. 

Sa conversation, toutefois, était variée, spirituelle et 
brillante; ses appréciations souvent fines et justes. Il 
disait des trois sœurs de Mortemart, qu'il connaissait 
bien : « Madame de Montespan parle comme une per- 
sonne qui lit, Madame de Thianges comme une personne 
d'esprit qui rêve, Madame l'abbesse de Fontevrault comme 
une personne qui parle. » 

L'abbé de Belval avait longtemps espéré de hauts em- 
plois dans l'Eglise, et ses débuts, ses relations avaient pu 
lui faire croire à la réalisation de ses espérances. Il avait 
même rêvé un évêclié, que ses amis, et surtout ses amies^ 
avaient vivement sollicité pour lui, mais toutes les sollici- 
tations s'étaient brisées devant les refus répétés du Roi. 
« L'abbé Testu, avait répondu Louis XIV, n'est pas assez 
homme de bien pour conduire les autres. » Serait-il vrai 
que, pour fléchir les rigueurs du monarque, l'abbé aurait 
inutilement tenté la conversion de Ninon de Lenclos, qu'il 
avait connue autrefois, en même temps que Madame Scar- 
ron ? Celle-ci, devenue Madame de Maintenon, n'avait 
point oublié l'abbé Testu, et était restée avec lui en corres- 
pondance, comme avant ses grandeurs. 

Quand il fut reçu à l'Académie, l'abbé Testu n'avait 
d'autre titre que sa réputation de prédicateur, et ce ne fut 
que plusieurs années après sa réception qu'il publia ses 
Stances chrétiennes, 1669, in-8. 



LE PALAIS A L'ACADÉinE. 201 

La Doctrine de la raison^ ou F Honnêteté des mœurs, 
selon les maximes de Sénèque, 1696, in-12. 

Réflexions sur les prédicateurs, 1697, in-12. 

C'est avec ce modeste bagage qu'il a obtenu de Titon* 
du-Tillet une place sur son Parnasse, les louanges de Ma- 
dame de Sëvigné et les éloges outrés du marquis de Saint- 
Aulaire et de Tabbé Tallemant. 

Madame de Sévigné avait la faiblesse de trouver fort 
belles ses Stances chrétiennes, mais dans le poète, la Mar- 
quise ne voyait apparemment que l'homme du monde 
aimable et le causeur spirituel. 

M. de Saint-Aulaire l'appelle « illustre confrère, tou- 
jours assez paré de ses grâces naturelles, assez riche de 
son propre fonds. » 

Il loue ses sermons « remplis de l'onction qui touche le 
cœur, ses poésies accompagnées des grâces qui charment 
l'esprit, ouvrages où ses mœurs étaient peintes et qui l'ac- 
quittaient en même temps envers la religion et envers 
l'Académie. » Il faut croire que la dette n'était pas lourde à 
payer ou que les créanciers étaient de facile composition. 

Dépassant encore dans l'éloge M. de Saint-Aulaire, 
l'abbé Tallemant disait de l'abbé Testu : « Il est aisé de 
juger par les choses qui nous restent de lui de la grandeur 
et de la beauté de son génie, » 

Que dirait-on de plus de Corneille ou de Bossuet, de 
La Fontaine ou de Voltaire ? Mais n'oublions pas que le 
marquis de Saint-Aulaire et l'abbé Tallemant payaient 
ici sans réserve leur tribut à la coutume académique, que 
n'effraye point l'exagération. 

Comme contraste et pour revenir à la vérité, terminons 
par ces quelques lignes empruntées à d'Alembert : 

(( L'abbé Testu était un académicien peu brillant, et dont le 
portrait offrait d'ailleurs quelques disparates embarrassantes, 
ayant été successivement compagnon de l'abbé de Rancé à la 
Trappe, puis prédicateur à la mode, et faisant pour la cour des 
cantiques sacrés, puis homme du monde, plus à la mode encore. 



202 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

et auteur de poésies galantes ; enfin, misanthrope solitaire, dévot 
et vaporeux. » 

m. 

LE MARQUIS DE SAINT-AULAIRE. 

1643-1706-1742. 

En donnant le marquis de Saint-Aulaire pour succes- 
seur a Tabbé Testu de Belval, TAcadémie nommait, 
malgré l'opposition de Boileau, un grand seigneur, quel- 
que peu poète, de préférence à un homme de lettres. 

François-Joseph de Beaupoil, marquis de Saint-Au- 
laire, était né au château du Bary, dans le Limousin, en 
1643 (1). Sa naissance et ses goûts l'appelaient à l'état 
militaire, dont le terme fut pour lui la Lieutenance géné- 
rale de sa province. Ses débuts furent marqués par plus 
d'un duel, et Madame de Sévigné écrivait alors que ce sa 
jeunesse faisait trop de bruit. » 

Le jeune militaire avait l'amour de la poésie et il occupa 
les loisirs que lui laissait la vie de garnison à tenter quel- 
ques essais en vers. Ces essais parurent-ils anonymes dans 
les recueils du temps? Nous ne savons, mais sa vocation 
littéraire se révéla tardivement, et ce ne fut qu'à soixante 
ans qu'il publia, sans nom, la première pièce à sensation, 
que l'opinion publique attribua à un autre marquis plus 
connu dans le monde poétique, au marquis de la Fare. Il 
pouvait donc dire Javec plus de droits que le Francaleu de 
Piron : 

« Et j'avais soixante ans quand cela m'arriva ! d 
Le marquis de Saint-Aulaire partagea sa vie entre son 

(1) Est-ce Sainte-Aulairef comme Font écrit T. Tastet et la biographie Di- 
dot? N'est-ce pas plutôt S'ainZ-Aulaire, comme l'écrÎTent d'Alembert, Moréri, 
Bouillet, Weiss, Biographie Michaudf 

Un acte notarié du 27 janvier 1673, qui fait partie de notre collection d'aa- 
tographes, donne raison à ces derniers . Il est signé de la main du marquis : De 
Saint-Aulaire, 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 203 

gouvernement, rAcadémie, la société de Madame de Lambert 
et la petite cour de la duchesse du Maine. 

« Les salons de Madame de Lambert étaient le rendez- 
vous des gens du grand monde, de Télite des ' gens de 
lettres, et Ton considérait comme un honneur d'y être 
admis. » Ils furent les premiers à s'ouvrir au xviii® siècle, 
et précédèrent ceux de Mesdames de Tencin, Geoffrin et 
du Deffand. 

A ses dîners du mardi venaient s'asseoir les grands sei- 
gneurs, à ceux du mercredi les hommes de lettres ; le 
marquis de Saint-Aulaire était des uns et des autres et en 
faisait le charme. Après une longue liaison, son fils épousa 
la fille de la marquise, pour laquelle elle avait écrit UAvis 
d'une mère. 

La duchesse du Maine avait fait de Sceaux un Versailles 
ou un Marly, en miniature. C'est à Sceaux que, Princesse 
du sang, ou Poupée du sang, comme certains l'appelaient à 
cause de sa taille minuscule, elle avait établi sa cour et 
tenait ses assises littéraires. 

Sceaux avait ses soupers, où les convives faisaient assaut 
d'esprit ; son théâtre, pour lequel travaillaient l'abbé Ge- 
nest, Moncrif et Malézieu, et sur lequel parurent Voltaire 
et Madame du Châtelet. 

Doyen et patriarche de la cour de Sceaux par son âge, 
le marquis de Saint-Aulaire en était l'âme par sa gaieté, 
son esprit et ses vers faciles. La duchesse l'appelait son 
Apollon ou son Berger. 

A ce nom d'Apollon qu'elle venait de lui donner dans 
l'un de ses petits soupers, il répondit par ce quatrain bien 
connu, mais qu'on ne peut pas ne pas rappeler, quand on 
parle de Saint-Aulaire : 

(c La divinité qui s'amuse 

A me demander mon secret, 

Si j'étais Apollon, ne serait pas ma muse ; 

Elle serait Thétis et le jour finirait. » 

Une autre fois, à la même duchesse, qui lui demandait 



204 BULLETIN DU BIBLIOPHmE. 

rexplication du système, encore nouveau, de Newton, il 
répondit par ce couplet, chanté sur un air à la mode : 

oc Bergère, détachons-nous 
De Newton, de Descartes; 
Ces deux espèces de fous 
N'ont jamais vu le dessous 
Des cartes (ter), » 

A ces vers nous préférons ceux-ci, peut-être moins 
connus, et qui ont le mérite d'avoir provoqué de la part 
de la reinette de Sceaux une réponse improvisée et ver- 
sifiée. 

Amie du plaisir, mais nullement mécréante. Madame la 
duchesse du Maine était allée, nous ne savons à Toccasion 
de quelle solennité, à confesse, et quelques jours après 
elle en faisait la confidence au marquis, en rengageant à 
l'imiter. 

A ce conseil, de Saint-Aulaire répondit par ce quatrain 
galant : 

« Ma bergère, j'ai beau chercher, 
Je n'ai rien sur la conscience; 
De grâce, faites-moi pécher, 
Après je ferai pénitence. » 

Le dernier mot de ce quatrain était à peine prononcé, 
que la duchesse ripostait par cet autre, ni moins spirituel^ 
ni moins libre : 

a Si je cédais à ton instance. 
On te verrait bien empêché. 
Mais plus encore du péché 
Que de la pénitence. » 

Avec ces deux quatrains le souvenir de la confession 
nous semble bien loin... 

Les habitués de Sceaux devaient avoir l'esprit toujours 
en éveil ; ses hôtes et surtout les membres de l'Ordre de la 
Mouche à miely devaient être toujours prêts à une passe 
d'armes. Or, cette surexcitation continuelle, ces exercices 



\ 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 205 

d'esprit de toutes les heures n'étaient pas sans efforts et 
sans fatigue, et Ton ne s'étonnera pas que le marquis de 
Saint-Aulaire écrivît à Madame de Lambert : 

« Je suis las de l'esprit; il me met en courroux, 

Il me renverse la cervelle ; 
Lambert, je viens chercher un asile chez vous, 

Entre Lamotte et Fontenelle. » 

Le crédit de Madame la marquise de Lambert et la pro- 
tection de la duchesse du Maine ne furent pas sans in- 
fluence sur Télection de Saint-AuIaire à l'Académie, mais 
cette élection fut toute une affaire, grâce à l'opposition 
de Boileau. 

Sévère de mœurs et de style, Boileau, qui blâmait « la 
morale lubrique » de Quinault, ne pouvait guère goûter 
les vers légers et galants de Saint-Aulaire. Puis on attri- 
buait à ce dernier certaine pièce contre les satyriques, 
dans laquelle l'auteur du Lutrin avait cru se reconnaître. 
N'était-ce pas plus qu'il n'en fallait pour expliquer la 
mauvaise humeur et l'hostilité du vieux poète ? 

Vainement les amis du candidat avaient tenté de dés- 
armer l'irritation de Despréaux. La recommandation de 
Lamoignon lui-même, les instances de l'abbé Abeille et 
de M. de Lavau avaient été impuissantes. « Voilà, dit-il, en 
lisant une pièce de vers que lui avait remise un des amis 
de l'auteur, se flattant par là de conquérir sa voix, un 
plaisant titre pour obtenir un fauteuil à l'Académie ? Je 
n'ai pas de voix à donner à un homme qui, à soixante 
ans, écrit des vers aussi pitoyables et aussi impudiques (1).» 

A l'abbé de Lavau qui lui parlait en faveur du Marquis 
et faisait valoir sa naissance et son rang : « Je ne lui dis- 
pute point, répondait-il brusquement, ses titres de no- 
blesse, mais ses titres au Parnasse. » 

L'abbé Abeille était encore plus malmené que son con- 
frère l'abbé de Lavau. Comme il insistait auprès de Boi- 

(1) D'Alembcrt. Eloges. 



206 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

leau, dans Tintérêt de Saint-Aulaire, avec lequel il était 
lié, et qu'il ajoutait que le marquis après tout n'était pas 
un poète de profession, et qu'il se bornait à faire à ses 
heures de petits vers comme Anacréon, « Comme Ana- 
créon, reprit avec humeur le satyrique, et vous l'avez lu, 
vous qui en parlez ? Eh bien ! donc, Monsieur, si vous 
estimez tant les vers de votre Marquis, vous me ferez le 
très grand plaisir de mépriser les miens. » 

Boileau resta sourd à toutes les sollicitations. Sa boule 
noire empêcha l'unanimité des suffrages, mais n'empêcha 
pas l'élection « d'être approuvée du public qui, soit 
humeur, soit justice, ne joint pas toujours sa voix à celle 
des académiciens (1). » 

Chagrin, le poète regagna, après l'élection, sa maison 
d'Auteuil, qu'il ne quittait plus guère, et où, plus que 
septuagénaire, infirme, attristé, il passa les dernières 
années de sa vieillesse. Il en sortit encore une fois l'année 
suivante, pour venir à l'Académie apporter son vote au 
marquis de Mimeure. 

Aujourd'hui, après un siècle et demi, quelle différence 
faisons-nous entre le marquis de Saint-Aulaire et le mar- 
quis de Mimeure ? Les deux marquis ne sont-ils pas pour 
nous Arcades amboy et comprenons-nous bien que Boileau 
ait eu une boule noire pour l'un et une blanche pour 
l'autre ? 

c( Qui Bavium non odit, amet tua carmina, Maevi. » 

De Saint-Aulaire vécut trente-six ans de la vie aca- 
démique, et devint doyen de la compagnie. Comme direc- 
teur il reçut l'abbé Dubos et le duc d)e la Trémoille, suc- 
cédant au maréchal duc d'Estrées. 

Cette réception, par les circonstances qui l'entourèrent, 
est peut-être unique dans les fastes de l'Académie. 

Son directeur avait alors quatre-vingt-quinze ans sonnés 

(1) D'Alembert. Eloges. 



LE PALAIS A L'ACADÉBIIE. 207 

et le récipiendaire n'en avait que trente à peine. Faisant 
allusion à ce rapprochement, de Saint-Aulaire disait : 

c( que sa voix, afiaiblie par les années, était peu propre à 
célébrer tous les mérites du maréchal d'Estrées, et qu'il ne pou- 
vait qu'arroser de ses larmes la cendre que le récipiendaire venait 
de couvrir de fleurs. 

» La différence des hommages que nous lui rendons, ajoutait- 
il, est assortie à celle de nos âges. 

» Le mien ne me permet pas de me flatter d'être longtemps 
témoin des progrès que vous allez faire dans la carrière où vous 
entrez. 

» Le voile qui dérobe la connaissance de l'avenir est prêt à se 
déchirer devant mes yeux. » 

Trois ans ne s'étaient pas écoulés depuis cette séance, 
que le jeune duc de la Trémoille était mort, et que le 
vieux marquis de Saint-Aulaire lui survivait, et pouvait 
encore assister à la réception de son successeur, le cardinal 
de Soubise. 

Comme Fontenellc, il touchait à sa centième année 
quand la mort se présenta. Il la reçut en philosophe et en 
chrétien ; le chrétien, à ses dernières moments, se fit 
assister d'un prêtre, mais comme le prêtre s'oubliait à 
l'exhorter un peu longuement : « Monsieur, lui dit le 
philosophe avec douceur, et en se retournant, je vous re- 
mercie de vos soins et vous suis fort obligé ; ne vous suis- 
je plus bon h rien ? » 

Boileau et Voltaire, jugeant Saint-Aulaire, ont exagéré 
le blâme et l'éloge, ce qui a fait dire à d'Alembert : « Si 
l'humeur l'a condamné par la bouche d'un grand poète, les 
grâces l'ont absous par celle d'un autre. » 

Non, les vers du marquis ne sont ni pitoyables ni impu- 
diques ; non, il n'est pas l'égal d'Anacréon. C'est en vain 
que Voltaire, qui l'avait connu à la cour de Sceaux, l'a loué 
en vers et en prose, et lui a ménagé une place dans le 
Temple du Goût; c'est en vain qu'il a dit en vers : 



208 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

a L'aisé, le tendre Saint- Aulaire, 
Plus vieux encor qu'Anacréon, 
Avait une voix plus légère : 
On voyait les fleurs de Cythère 
Et celles du sacré vallon 
Orner sa tête octogénaire; » 

et qu'il a répété en prose : « Anacréon, moins vieux, 
fit de bien moins jolies choses que Taise, le tendre Saint- 
Aulaire. » C'était surfaire le talent du marquis, qui res- 
tera facile, gracieux, prompt à l'improvisation, mais qui 
n'ira jamais au delà. 

D'Alembert a composé son Eloge et l'a lu à la séance de 
réception de Condorcet, du 23 février 1782. 

IV. 

JEAN-JACQUES DORTOUS DE MAIRAN. 

1678-1743-1771. 

J.-J. Dortous de Mairan est l'homme de science du 
douzième fauteuil. 

Il était né en 1678, à Bézlers, comme de nos jours 
M. Viennet, et il mourut, comme son prédécesseur, plus 
que nonagénaire. 

Orphelin de père, à quatre ans, de mère à seize, il fit 
ses études au collège de Toulouse, et, lorsqu'il en sortit, 
il traduisait le grec et le latin h livre ouvert, comme Ra- 
cine, TéhWe de Port-Royal. 

Venu à Paris à vingt ans, aussi heureusement doué 
pour les lettres et les arts que pour les sciences, il con- 
sacra quatre années à l'étude des mathématiques et de la 
physique. 

Il débuta par être le secrétaire du Régent qui, en mou- 
rant, se souvint de lui et lui légua sa montre, en témoi- 
gnage d'estime. 

Quelques Mémoires remarquables, couronnés par l'Aca- 
démie de Bordeaux, le firent admettre par ce corps savant 



LE PALAIS A L'ACADEMIE. 209 

comme Tun de ses membres, et par l'Académie des scien- 
ces, comme associé géomètre. Il en fut, après un stage de 
six mois, nommé membre titulaire. 

C'est à cette époque que se placent ses travaux, qui 
fixèrent l'attention des savants sur la théorie du chaud et 
du froid, et sur la réflexion des corps. 

Lorsque la vieillesse eut amené Fontenelle à se démettre 
de ses fonctions de secrétaire perpétuel, le choix de l'Aca- 
démie se porta sur M. de Mairan, pour le remplacer. 

La tâche du successeur était lourde et difficile; M. de 
Mairan sut la remplir à la satisfaction de ses confrères. La 
manière dont il s'en acquitta, et le succès des Eloges qu'il 
eut à prononcer, lui assurèrent, comme à Fontenelle, un 
fauteuil à l'Académie française. Il y fut reçu un mois après 
le duc de Nivernois et Marivaux ; il était déjà membre des 
sociétés royales de Londres, d'Edimbourg, d'Upsal, de 
l'institut de Bologne, de l'académie de Pétersbourg, et, 
dit Grimm, de toutes les compagnies savantes de l'Europe.. 
Il eut aussi la direction du Journal des sai^antSy qu'il en- 
richit de Mémoires et de dissertations. 

Sa haute situation scientifique et littéraire lui permit, 
sous le patronage du cardinal de Fleury, de doter Béziers. 
sa patrie, d'une académie destinée à propager dans le 
Midi le goût des sciences exactes. 

Il était en correspondance avec presque tous les savants 
français et étrangers, avec Madame du Châtelet et avec 
Voltaire qui le consultait volontiers, quand à Cirey, avec 
la belle Emilie, il faisait des observations astronomiques, 
ou étudiait la physique. 

a J'abuse de vos bontés, Monsieur, lui écrivait-il, mais vous 
êtes fait pour donner des lumières, et moi, pour en profiter. » 

Une autre fois : 

« Je vais me mettre demain à vous étudier et à vous admirer. 
Je vous devrai mon instruction et mon plaisir. Vos livres sont 
1883. 14 



210 BULLETIN DU BIBLIOPHULE. 

comme vous, Monsieur, sages, instructifs et agréables. Heureux 
qui peut ou vous lire ou vous entendre ! (i) » 

Peu s'en fallut qu'il ne s'engageât dans une discussion 
en règle avec Madame du Châtelet sur la question des 
Forces vives et mortes, et il eût imprudemment accepté la 
lutte si son amie, Madame Geoffrin, ne lui en avait fait 
sentir le ridicule ; « Ne voyez-vous pas, lui dit-elle, moitié 
gaie, moitié sérieuse, qu'on se moquera de vous, si vous 
allez tirer votre épée contre un éventail? » L'avis était sage 
et M. de Mairan en profita. 

Ses connaissances étaient étendues et variées ; il parlait 
également bien de peinture, de sculpture, de musique, et 
il n'était pas seulement musicien en tbéorie, il était encore 
habile à jouer de plusieurs instruments. 

Il a beaucoup écrit et sur beaucoup de matières, sur 
l'astronomie, la géométrie, la physique, la chronologie et 
l'histoire naturelle. Nous avons de lui : Traité physique et 
historique de l'aurore boréale ; 

Des variations du baromètre ; 

De la cause du froid et du chaud; 

De la réflexion et des forces motrices des corps; 

Lettres d'un missionnaire de Pékin ; 

Eloges des académiciens de l'Académie des sciences de 
1741 à 1743. Parmi ces éloges se trouvent ceux des car- 
dinaux de Polignac et de Fleury. 

« Tous ces ouvrages sont écrits avec beaucoup de clarté, de 
précision, et souvent même d'élégance. On y remarque toutes les 
propriétés du style philosophique (2). » 

A l'occasion de ses Eloges, Voltaire lui écrivait : 

« Je vous remercie bien tendrement, Monsieur, de votre livre 
à* Eloges, et je souhaite que de très longtemps on ne prononce le 
vôtre, que tout le monde fait de votre vivant... 



(1) Lettres de Voltaire à M. de Mairan, de février 1734 et décembre 1786, 

(2) L'abbé Arnaud. Discours de réception à l'Acad. 



LE PALAIS A L'ACADEMIE. 211 

» Adieu, Monsieur. Je vous félicite d'une vieillesse plus saine 
que la mienne ; vivez aussi longtemps que le secrétaire votre pré- 
décesseur, dont vous avez le mérite, l'érudition et les grâces (1). » 

Ce prédécesseur était Fontenelle, et M. de Mairan eut 
plus d'un trait de similitude avec lui. 

Les deux secrétaires perpétuels se ressemblaient par le 
calme et Tégalité du caractère, les agréments de Tesprit, 
une philosophie insouciante, régoïsme, la longévité et la 
possession d'un double fauteuil. 

Comme Fontenelle, il était resté homme de science et 
homme du monde. Comme lui, il avait entouré sa vieillesse 
de soins et de précautions. 

Pour combattre les inclémences de Thiver, « son vieux 
valet de chambre, Rendu, avait, d'après ses instructions, 
établi une sorte de concordance entre son thermomètre et 
les différentes étoffes de la saison. Son maître lui de- 
mandait le matin : à quoi est le thermomètre ? et Rendu 
répondait : à la ratiney ou au velours^ ou à la fourrure^ 
suivant le degré de froid. » 

Comme Fontenelle, et jusqu'à la fin, il vécut de la vie 
mondaine et ne changea rien à ses habitudes. Il avait ses 
heures d'études et ses heures de distractions. Presque 
chaque jour, malgré ses quatre-vingt-dix ans, il dînait en 
ville, donnait à ses visites ses après-midi, et rentrait le soir 
chez lui, à une heure quelquefois assez avancée, franchis- 
sant d'un pied sûr les quatre-vingts à cent marches du 
grand escalier du Louvre qui conduisait à son appartement. 

Comme Fontenelle encore, sain de corps et d'esprit, 
M. de Mairan a été accusé d'égoïsme, mais, s'il songeait à 
lui d'abord, il n'en était pas moins bon et aimable, et ce 
fut, dit-on, son humanité qui causa sa dernière maladie. 

Il devait dîner chez le prince de Conti, au Temple. Or 
ce jour-là était un jour d'hiver des plus froids, le jour ou 
la veille de Noël, 1770. 

(i) Voltaire. LeUres de Janv. 17 i8 et d'auguste 1761, 



212 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

a II eut pitié de ses porteurs, ne voulut pas qu'ils fissent, par 
un temps aussi rigoureux, une course aussi considérable que celle 
du Louvre au Temple. Il se mit dans un fiacre, qui ne put le 
mener qu'à la porte du Temple ; il fallut traverser les cours à 
pied ; il prit du froid et rentra chez lui pour n'en plus sortir (1).» 

Madame Geoffrin, à la première nouvelle de la maladie, 
s'était empressée d'accourir. Elle lui prodigua tous les 
soins d'une tendre amitié, s'inquiéta pour son malade des 
secours temporels et spirituels, et fit choix pour lui d'un 
médecin et d'un prêtre. « Elle lui fit recevoir les sacre- 
ments et présida à tout. Lorsqu'il se vit débarrassé des 
prêtres, dit Grimm, il la remercia beaucoup de lui avoir 
fait remplir ces devoirs auxquels il croyait que la décence 
et la nécessité obligeaient un citoyen à l'instant du départ, 
mais auxquels il convenait qu'il aurait été fort embarrassé 
de satisfaire seul, ne s'étant de sa vie piqué de confession 
ni de communion. » 

Par son testament, il avait institué Madame Geoffrin sa 
légataire universelle; mais satisfaite du seul souvenir de 
son vieil ami, elle rendit l'héritage, cent mille francs en- 
viron, aux parents du défunt. 

M. de Mairan, comme Fontenelle, — et c'est un der- 
nier trait de ressemblance entre eux, — sut vulgariser la 
science et se faire l'homme des savants et de la foule. 

« Des savants digne secrétaire. 
Vous qui savez instruire et plaire, 
Pardonnez à mes vains efforts, » 

lui disait Voltaire, en vers, après l'avoir loué en prose. 

Voici comment, à son tour, son successeur à TAcadémie, 
l'abbé Arnaud, appréciait son talent et son caractère. 

« Ses connaissances, parées d'un tour d'esprit agréable, et 
d'une politesse noble, facile, attentive, lui valurent une consi- 



(1) Le baron de Grimm. Correspondance, 1771. Ed. Gunier frères, que 
M. Maurice Toumeux a enrichie d'excellentes notes et de lumineux commentaires. 



\ 



LE PALAIS A L' ACADÉMIE. 213 

dëration qui Taccompagna tout entière jusqu'à la fin de ses 
jours. Son langage, son maintien, son air, respiraient une dignité 
simple, qui fit toujours respecter sa personne, et dans sa personne 
l'homme de lettres, et les lettres elles-mêmes. 

» Jamais il n'apporta dans le monde ce ton dogmatique et tran- 
chant qui ferait hair jusqu'à la raison et à la vérité. Si l'on avan- 
çait une erreur, nne absurdité, loin de montrer du mépris, de 
l'indignation, il n'avait pas même l'air de la surprise, il répondait 
avec douceur et toujours avec succès... 

» M. de Mairan consolait l'ignorance, lors même qu'il la com- 
battait. Jamais il n'aftecta d'étaler les richesses de son savoir et 
jamais il ne dédaigna de les communiquer. Autant il aimait la 
discussion, autant il abhorrait la dispute... (1) » 

A cet éloge de Tabbé Arnaud, à ceux de Voltaire, nous 
préférons, comme peinture du caractère, cette réponse de 
M. de Mairan à un ami qui lui demandait ce qu'il enten- 
dait par un honnête homme : « J'appelle un honnête 
homme celui à qui le récit d'une bonne action rafraîchit le 
sang, et un malhonnête homme celui qui cherche chicane 
à une bonne action (2). » 

H. Moulin, 

Ancien magistrat. 



(1) a Qui discute a raison, mais qui dispute a tort, fi Rulhière. Poème des 
Disputes. 

(2) Grimm, dans sa Correspondance, mars 1771, annonçait en ces termes la 
mort de M. de Mairan : « J.-J. Dortous de Mairan-, gentilhomme de Béziers en 
Languedoc, un des quarante de l'Académie française, ancien secrétaire perpétuel 
de l'Académie royale des sciences et membre de toutes les compagnies savantes 
de l'Europe les plus illustres, physicien distingué, homme de mérite, honnête 
homme, homme aimable, est mort le 20 février, au Louvre, à l'âge de quatre- 
vingt-treize ans. 

» II était parvenu à cette extrême vieillesse sans aifcuue infirmité, et il con- 
serva la présence, la netteté, la précision d'esprit ainsi que l'usage intact de 
tous les sens, jusqu'au dernier moment de sa vie. » 



214 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



NOTES SUR LES DEUX EDITIONS 

L'HEPTAMERON DE LA REINE DE NAVARRE 

PARIS, 1559 ET 1560, m-4. 



On sait que l'édition originale des Contes de la reine 
de Navarre a paru, sous le titre d'Histoire des amans /or- 
tunez, à Paris, 1558, in-4 et par les soins de P. de Boais- 
tuau, dit Launay. 

Ce livre, quoique fort rare et précieux, ne peut cepen- 
dant être considéré comme édition authentique ni pré- 
tendre à constituer le texte définitif de THeptameron. Il 
ne contient, en effet, que 67 Nouvelles non divisées par 
journées et dans un ordre différent de celui des éditions 
subséquentes. En outre, le texte offre des variantes nom- 
breuses qui ne peuvent provenir que du fait de Boaistuau 
lui-même. 

Aussi, dans la même année 1558, le libraire Gilles 
Gilles obtenait-il un privilège pour une édition plus com- 
plète ; associé avec plusieurs autres libraires de Paris, il 
faisait paraître Tannée suivante, sous le titre A'Heptameron 
des Nouvelles de tres-illustre et très-excellente princesse 
Marguerite de Valois y Roy ne de Navarre^ l'édition de 
Paris, 1559, in-4, dont le texte soigné par ClaudeGruget, 
secrétaire de Louis de Bourbon, prince de Condé, pro- 
venait, sans doute, d'un manuscrit plus correct et plus 
complet. Cette nouvelle édition contenait, en effet, les 
72 nouvelles qui constituent, sauf trois contes changés 
par Gruget, l'œuvre définitive de la reine de Navarre, divi- 
sées cette fois en journées etclassées dans l'ordre suivi 
depuis lors. 

Enfin, Gilles Gilles usait encore de son privilège en 1560 



\ 



L'HEPTAMERON DE LA RErNE DE NAVARRE. 215 

pour donner une seconde édition in-4 du texte de TH^- 
tameron revu par Gruget. 

Il n'y a pas lieu de donner ici une description détaillée 
du volume de 1559, puisqu'elle se trouve au Manuel du 
libraire. Mon but est simplement de la compléter sur 
quelques points, de relever une erreur de M. Brunet, (1) 
enfin de donner quelques détails sur l'édition de 1560 qui, 
par sa correction parfaite comme par sa rareté, (2) ne mérite 
pas moins que celle de 1559 l'attention des bibliophiles. 

Parlons d'abord de l'erreur de Brunet. Je crois devoir 
la relever, parce qu'elle a quelque importance et qu'elle a 
empêché l'auteur du Manuel de se bien rendre compte des 
relations de l'édition de 1560 avec celle de 1559. 

Voici, en eflTet, ce qu'on lit au Manuel (t. III, col, 1416), 

à propos de l'édition de 1559 « Ensuite se trouvent 

» 2 ff. non chiffrés lesquels contiennent le privilège à la 
» date du 7 avril 1559 et la souscription de l'imprimeur » 
(c'est moi qui souligne). 

Et plus bas, sur l'éd. de 1560 : ce Autre édition rare, 
» mais quij bien qu'elle paraisse avoir été faite sur celle 
» de 1559, a un privilège accordé à Gilles Gilles en date 
» du 27 décembre 1558. » 

Ainsi voilà qui est clair ; d'après M. Brunet, l'édition de 
1559 avait été faite en vertu d'un privilège daté du 
7 avril 1559 (il ne dit pas en faveur de quel libraire il avait 
été délivré), tandis que celle de 1560 était munie d^nn 
autre privilège accordé à Gilles Gilles à la date du 27 dé" 
cembre 1558. Dans ces conditions, l'auteur du Manuel ne 
devait pas pouvoir s'expliquer comment Gilles, muni d^nn 
privilège de 1558, à lui exclusivement accordé poar 
10 années, en ne publiant son édition qu'en 1560, avait pu 
se laisser devancer par un autre libraire qui, armé d^un 



(1) Cette erreur est partagée par le savaat M. Paul Lacroix, dans la note 
bibliographique qu'il a jointe à Tédition de l'Heptameron. Paris, Joaanst, 1878. 

(2) Elle ne se troure ni à la BibliotMqnè llatioiMil* ni à TArMEal. 



216 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

privilège daté du 7 avril 1559, c'esl-à-dire de plusieurs 
mois postérieur à celui de Gilles, avait donné une éditioB 
dans la même année, au mépris, par conséquent, du pri- 
vilège de 1558. Il ne comprenait pas non plus comment le 
roi, ayant accordé en 1558 un privilège exclusif pour 10 ans, 
en délivrait un autre quelques mois après, tout aussi ex- 
clusif, pour le même laps de temps et pour le même ou- 
vrage. Enfin, par le fait même de ces différentes contra- 
dictions, M. Bru net ne se hasardait pas à trancher la 
question des rapports de l'édition, de 1560 avec celle de 
1559 et se bornait à dire que celle-là paraissait être la copie 
de celle-ci. 

La seule inspection comparée des deux éditions aurait 
immédiatement éclairci les doutes du savant bibliographe 
et lui aurait montré que les contradictions n'étaient qu'ap- 
parentes et provenaient simplement d'une erreur de sa part. 

En effet, le privilège du volume de 1559 n'est point à 
la date du 7 avril 1559, comme le prétend le Manuel, 
mais bien à celle du 27 décembre 1558 comme le privilège 
de l'édition de 1560 et comme lui également au nom de 
Gilles Gilles. C'est exactement le même, formulé dans les 
mêmes termes et donné pour le même laps de temps, en 
sorte que l'édition de 1560 ne peut être qu'une copie de 
celle de 1559, publiée par le même libraire et ses associés, en 
vertu de l'unique privilège accordé par le roi en date du 
27 de décembre 1558 et dont l'obtention avait déjà permis 
l'impression du volume de 1559. 

Quant à la date indiquée par firunet, 7 avril 1559, 
comme étant celle du privilège de l'édition de 1559, il ne 
l'avait pas inventée, mais, soit inadvertance de sa part, soit 
faute de vérifier un renseignement de seconde main, il 
avait pris pour la date du privilège celle de Yachevé d'im- 
primer de l'ouvrage : on lit, en effet, à l'avant-dernier 
feuillet, immédiatement après les derniers mots du pri- 
vilège : 

c< Achevé d^ imprimer le 1* jour d'avril 1559. » 



L'HEPTAMERON DE LA REINE DE NAVARRE. 217 

Un autre détail qui me paraît utile à relever et qui n'a 
été signalé, jusqu'ici, ni par le Manuel ni par ses conti- 
nuateurs, c'est le nombre exact des feuillets de l'édition 
de 1559. — Il y a, d'après M. Brunet, 6 ff. prélimi- 
naires non chiffrés, puis 212 ff. chiffrés au recto, le Pro- 
logue commençant au f. 1 et le texte de la première nou- 
velle au f. 7, enfin 2 ff. non chifirés. Mais ce qu'il ftiut 
remarquer, c'est que, par suite d'une erreur de pagination, 
il n'y a, en réalité, que 210yy. chiffrés: le 193® feuillet 
est, en effet, coté 195, en sorte que la numérotation saute 
du f. 192 au f. 195, omettant ainsi 193 et 194. 

J'arrive à l'édition de 1560. Elle est, du reste, la copie 
exacte de la précédente et n'en diffère quelque peu que 
dans les pièces liminaires. Les changements et les sup- 
pressions que l'on y remarque s'expliquent facilement par 
la tendance générale des libraires de rendre plus compactes 
les réimpressions, de manière à diminuer les frais. On ré- 
duisit donc, dans l'édition de 1560, les 6 feuillets limi- 
naires de celle de 1 559 à 4 seulement, en condensant la table 
en 2 ff. au lieu de 3 et en supprimant les sonnets de Pas- 
serat et de J. Vezou, qui occupaient le verso et le recto du 
6* feuillet dans le volume de 1559. 

Ces changements avaient l'avantage d'économiser une 
demi-feuille et de faire tenir les liminaires en un seul 
cahier au lieu d'un et demi. 

J'ajoute que les bordures des titres, dans les deux édi- 
tions, bien que présentant des différences de détail, se 
rapprochent cependant beaucoup comme conception géné- 
rale : elles se composent l'une et l'autre de deux satyres 
mâle et femelle, debout sur des piédestaux et soutenant 
des corbeilles de fleurs et de fruits. 

A partir des liminaires, l'édition de 1560 est la repro- 
duction exacte de celle de 1559. Comme dans cette der- 
nière, le prologue en italiques commence au f. cotél signa- 
ture a et comprend 6 ff., puis vient le texte au f. coté 7 
signature b. iij, lequel se continue jusqu'au f. 212 signa- 



218 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ture Gg ij verso et se termine, au tiers de la page, par les 
mots: c< Cy Jinenty etc, ». — Cette similitude est com- 
plète et s'établit page pour page, ligne pour ligne et mot 
pour mot. Bien plus, Terreur de pagination que j'ai si- 
gnalée dans rédition de 1559 se retrouve également dans 
celle de 1560. 

Enfin, le volume de 1560 se termine comme celui de 
1559 par deux feuillets non chiffrés, dont 1 pour le privi- 
lège et 1 pour la souscription : 

Imprimé à Paris par Benoist Prévost, demeurant en 

la rue Frementel, près le cloz Bruneau à 

l'Enseigne de TEstoille d'or. 

15&0. 

Les seules différences que l'on puisse signaler entre les 
deux éditions dans les 212 (210) feuillets chiffrés sont les 
suivantes : 

1° Le fleuron qui se trouve en tête de la Dédicace dans 
l'édition de 1559 a été transporté en tête du Prologue de 
celle de 1560 (p. 1), tandis que le fleuron de la Dédicace 
de cette dernière est le même que celui du Prologue du 
volume de 1559. Il y a donc simplement interversion. 

2° Dans le volume de 1559, le texte des Nouvelles com- 
mence (page 7) par les mots : 

Les Nouvelles de la 
Roy ne de Navarre 

tandis que dans le volume de 1560, cet entête est ainsi 
libellé : 

La première journée des 

Nouvelles de la Royne 

de Navarre 

ce qui est^plus exact, puisque l'indication de première 
journée manque, comme en-tête, dans l'édition de 1559, 
et ce qui prouve, de plus, le soin avec lequel celle de 1560 
a été préparée et son texte révisé. 



L'HEPTABIERON lO. LA REINE DE NAVARRE. 219 

3° Le sonnet de J. Vezou qui figurait aux pièces limi- 
naires dans la première édition, a été transporté dans la 
deuxième, au verso du 212® et dernier feuillet, de ma- 
nière à en remplir le bas qui se trouve blanc dans l'édition 
de 1559. 

4° Le privilège, dans l'édition de 1550, n'est pas suivi 
de la mention de l'Achevé d'imprimer, ainsi que cela a 
lieu pour celle de 1559. 

5° Enfin, les fautes signalées dans l'errata de 1559 ont 
été, ainsi que je m'en suis assuré, soigneusement corrigées 
dans le volume de 1560. 

L'exactitude consciencieuse avec laquelle ces fautes ont 
été relevées, aussi bien que la correction de l'ensemble (je 
n'y ai pas trouvé une seule coquille) permettent donc de 
considérer le volume de 1560 comme l'édition originale la 
plus correcte et présentant le texte le plus pur des contes de 
la reine de Navarre (1). C'est, en effet, celui qui a été revu 
par Gruget sur les bonnes feuilles de l'édition de 1559, et 
celui-ci a pu y introduire toutes les améliorations désirables. 

J'ajoute que cette édition ^el560, comme celle de 1559, 
est fort belle, bien imprimée en caractères romains du type 
de Garamond et ornée des mêmes fleurons et capitales sur 
bois du meilleur style. 

Enfin, il faut remarquer que les éditions de 1559 et 
1560 publiés en vertu du privilège accordé le 27 dé- 
cembre 1558 à Gilles Gilles, ont été partagées entre les 
mêmes libraires que la première édition incomplète de 1558, 
bien que le privilège de cette dernière soit au nom de 
Vincent Sertenas. II n'y eut donc point concurrence entre 
ces différentes publications. 

Voici, du reste, un tableau destiné à indiquer synopti- 



(1) Je parle, bien cntenda, des cdîtioiM cn>%iMdeft da xri* sièdt. Le titre déâ- 
nitif de l'Heptameron doit être cherché dans l'excellente édition publiée en 1853, 
<i'après les manuscrits, par M. Leroux de Lincj, sous les anspices de la Société 
de» Bibliophiles français. 



220 



BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



quement les libraires dont on a relevé les noms sur les édi- 
tions de 1558, 1559 et 1560. 

EDITIONS DE 

1558 1559 1560 

Privilège du: 31 août 1558 27 déc. 1558 27 déc. 1558 
Accordé à : V. Sertenas G. Gilles G. Gilles 



Imprimeur ; 



— B. Prévost B. Prévost 



Libraires 



V. Sertenas 
Gilles Gilles 
G. Robinot 
G. Caveiller 



V. Sertenas 



G. Caveiller 
B. Prévost 



V. Sertenas 
Gilles Gilles 
G. Robinot 

B. Prévost 



On n'avait pas encore signalé, que je sache, d'exem- 
plaire de Téd. de 1560 au nom de B, Prévost, l'imprimeur 
du volume, mais je puis remplir cette lacune par le mien 
propre qui porte sur le titre : 

A Paris 

Par Benoist Prévost, rue Fremëtel 

à l'Enseigne de l'Estoille d'Or 

près le clos Bruneau. 

1560 

On ne connaît pas non plus d'exemplaire de 1559 au 
nom de G. Gilles, mais il est évident qu'il a dû en exister, 
puisque c'est à lui que fut accordé le privilège et que son 
nom figure dans l'édition de 1560. 

Je résume les points principaux de cet exposé : ^ 

1® Le privilège de l'édition de l'Heptameron, Paris, 1559, 

in-4, est daté du 27 décembre 1558 et non du 7 avril 1559 

comme l'a avancé M. Brunet, confondant ainsi la date du 

privilège avec celle de l'achevé d'imprimer qui se trouve 



\ 



LES LIVRES ET LEURS ENNEMIS. 221 

au bas du privilège. Celui-ci est au nom de Gilles Gilles, 
c'est le même que celui de Tédition de 1560. 

2° Il en résulte que les éditions de 1559 et 1560 ont 
été données en vertu du même privilège, et ce sont les 
mêmes libraires qui se sont partagé les exemplaires de 
Tune et de Tautre. 

3° Les éditions de 1559 et 1560 n'ont, en réalité, dans 
la partie chiffrée, que 210 ff, et non 212, par erreur du 
f. 193 coté 195. 

4® L'édition de 1560 est une copie exacte, page pour 
page, ligne pour ligne et mot pour mot du texte de 1559. 
Elle n'en diffère que dans les liminaires où Ton a sup- 
primé les sonnets de Passerat et de J. Vérou et composé la 
table d'une manière plus compacte. — Déplus et surtout, les 
fautes indiquées dans l'errata de 1559 comme c< advenues en 
l'impression » ont toutes été corrigées dans l'édition de 
1560. — Celle-ci constitue donc l'édition originale la meil- 
leure et la plus correcte. Elle me paraît avoir, pour l'Hep- 
tameron, la même situation et la même importance vis- 
à-vis de l'édition de 1559, que pour les Nouvelles Ré- 
créations de Bon. Des Periers, l'édition de Rouille, 1561, 
in-4 (si précieuse, suivant Nodier, par la correction et la 
pureté du texte), vis-à-vis de la première édition donnée 
par Granjon en 1558. 

C'est ce qui n'avait peut-être pas été signalé jusqu'ici 
et c'est ce que j'ai essayé d'établir. 

Alfred Cârtibr. 



LES LIVRES ET LEURS ENNEMIS 



En 1880, M. Blades, graveur et imprimeur anglais de 
beaucoup de réputation, auteur de la f^ie et des travaux 



2n BULLETIN OU BIBLIOPHILE. 

typographiques de Ccuxton^ Tintroducteur de Timprimerie 
en Angleterre, et d'un ouvrage sur la Numismatique typo- 
graphique^ dont une nouvelle édition, considérablement 
augmentée, va paraître; M. Blades, disons-nous, a donné 
dans sa langue, sous le titre : « The ennemies of Booksj » 
1 vol. petit in-8, orné d'un portrait et de planches, publié 
par MM. Trubner et C*®. Ce volume a été promptement 
enlevé par les libraires et les bibliophiles de l'Angleterre. 
Ce succès vient d'encourager l'auteur à nous faire jouir 
d'une traduction française. Nous pensons être agréable aux 
lecteurs de la Bibliographie de la France en particulier, et 
à tous les bibliophiles en général, en analysant un ou- 
vrage traité ex professOy en y ajoutant nos propres obser- 
vations. Le format est le même que l'édition originale et 
ce sont les mêmes planches (1). 

Un portrait sert de frontispice, c'est celui de John Bag- 
ford, cordonnier et biblioclaste, de triste mémoire. 

Le premier ennemi des livres, selon M. Blades, c'est le 
feu. Mais le feu détruit non seulement les livres, mais il 
réduit en cendres tout ce qui existe. Ajoutons cependant 
que dans un incendie ordinaire les livres, reliés ou bro- 
chés, serrés les uns contre les autres, ne brûlent presque 
pas. Il est vrai que l'eau vient les achever. Citons comme 
preuve la bibliothèque de Kloproth, orientaliste, engagée 
chez un directeur du Théâtre-Italien, Eh bien ! quelques 
volumes seulement ont été endommagés. Ce que nous di- 
sons des livres dans un incendie s'applique également 
lorsque le feu se déclare dans un magasin de papier. 

Toute bibliothèque particulière doit être éloignée du 
foyer domestique et isolée autant que possible. Le chauf- 
fage peut se faire à l'aide du calorifère ou de la cheminée, 



(1) Chez Claudin, libraire expert et paléographe, 3, me Gaénégand, couver- 
ture parcheminée rouge et noir, petit in-8, pap. de Hollande, Prix : 8 fir. — 
Presque épuisée* 



LES LITRES ET LEURS ElfllEMIS. 223 

avec garde-feu bien assujetti en toile métallique : les vi- 
trines sont une grande garantie. 

L'ennemi le plus à craindre après le feu est Teau. Cet 
élément, on le sait, détruit tout de fond en comble. On 
peut se garantir du feu, mais il est impossible de prévoir 
l'invasion de l'eau. Il est très dangereux de placer une bi- 
bliothèque dans les combles : les infiltrations sont fré- 
quentes et presque toujours inattendues. Elles résultent 
de vices de construction ou d'orages. 

Les livres imprimés sur du papier à la forme, toujours 
de bonne et sonore qualité^ ont moins à craindre lorsqu'ils 
sont atteints par l'eau, surtout lorsque le papier est collé, 
et il Test presque toujours, que les papiers de nos jours, 
qui sont réduits en bouillie en un instant. 

Un livre trempé ne peut pas être séché tout broché ou 
tout relié; il faut séparer tous les feuillets les uns après 
les autres et les étendre délicatement, soigneusement, sur 
une corde bien propre, exempte de toute souillure. 

On sait quç, pour qu'il n'y ait point tache, il faut que 
les feuillets soient entièrement mouillés; toute mouillure 
partielle forme tache. Pour éviter cet inconvénient ou sub- 
merge ces feuillets en entier. 

L'humidité occasionnée par la température est un cruel 
ennemi des livres, car elle pénètre tout et partout. On y 
remédie en aérant à propos et en chauffant légèrement. Il 
faut avoir soin de faire disparaître, avec un morceau de 
laine, les moisissures qui se trouvent sur les reliures en 
les frottant. 

Une remarque qui n'a pas, que nous sachions, été faite 
avant nous : la disposition du franc nord est plus favo- 
rable aux livres que le midi ou le levant même. Cette der- 
nière est cependant à considérer pour toute bibliothèque 
publique. Nous avons conservé, pendant un quart de siècle, 
dans une grande pièce située au nord, chauffée par un 
simple tuyau traversant, d'une chambre voisine, toute une 



224 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

bibliothèque qui. n'est pas, comme l'on sait, sans impor- 
tance. Pas un volume endommagé ! . . . 

Il faut aux livres de Tair et de la lumière, comme pour 
leurs propriétaires. De même que Ton a soin de faire 
brosser ses habits, il faut faire épousseter de temps en 
temps les livres, les battre, essuyer la tranche avec le plus 
grand soin jusque vers le dos. Pour empêcher la pous- 
sière de pénétrer dans Tintérieur, il faut bien les presser 
les uns contre les autres, malgré les avis contraires. Toute 
poussière qui a ainsi pénétré lentement dans un livre pro- 
duit sûrement des insectes dévastateurs dans un temps plus 
ou moins éloigné. 

Mais les livres reliés par nos maîtres anciens et mo- 
dernes ne doivent être confiés qu'à des mains délicates, 
soigneuses, si Ton ne peut y procéder soi-même, ce qui 
serait cependant bien préférable sous tous les rapports. 

L'auteur examine les effets dangereux du gaz et de la 
CHALEUR : le gaz n'est pas l'ami des livres ; il demande les 
plus grandes précautions. M. Blades ne s'en est pas bien 
trouvé du tout pour ce qu'il appelle modestement sa petite 
bibliothèque. Il ne conseille pourtant pas l'emploi jde lampes, 
qui sout loin toutes de ne pas présenter des inconvénients. 
L'auteur a tort : de tous les éclairages, c'est certes celui 
que tout particulier doit préférer, car l'explosion n'est pas 
à craindre, et si l'huile est bien épurée, l'on ne sent au- 
cune odeur. 

Le soleil, qui vivifie tout, est l'un des plus cruels enne- 
mis des livres : il mange, à la longue, certains volumes 
d'une rangée, au point de les rendre méconnaissables en 
les comparant à ceux qui n'ont pas été caressés par cet astre 
puissant. Un relieur soigneux et amoureux de son art doit 
désigner à l'amateur les couleurs tendres et si susceptibles. 
Pour n'en citer qu'une, la couleur olive, qui change à vue 
d'oeil lorsqu'elle reçoit les rayons du soleil. 

Les tranches dorées préservent bien de la poussière l'in- 
térieur des livres, mais, comme le fait fort bien remarquer 



\ 



LES LIVRES ET LEURS ENNEMIS. 225 

M. Biades, lous les livres n'ont pas la tranche supérieure 
dorée; mais il suffit que la tranche, rouge par exemple, 
ou peigne même, soit bien polie pour ne poiot livrer pas- 
sage il la poussière. 

Lorsque le dos des livres est a nervures, la poussière s'y 
attache à la longue. Il faut la faire disparaître avec le plus 
grand soin. 

Il est certain que l'ignorance a fait détruire un nombre 
considérable de livres, de même que le lucre. D'abord le 
parchemin écrit fut raclé, afin de le rendre propre h d'au- 
tres usages. Mais on sait que l'on peut, à l'aide d'une cer- 
taine substance chimique, faire revivre une écriture vieillie 
ou entièrement effacée, de même que la chimie est par- 
venue à lire des écrits jetés au feu, assez longtemps pour 
pénétrer ce que Ton voulait détruire à jamais. La justice a 
eu souvent recours h ce moyen ingénieux dû à la science... 
Quant au livre, c'est une autre affaire. Nous n'avons 
pas besoin daller chercher des exemples chez nos voisins 
d'outre-mer. Un certain marchand de vieux papiers au 
poids s'était établi dans la rue Serpente, dans la partie 
qui a complètement disparu aujourd'hui. Ce que cet 
homme a détruit de livres précieux, qui auraient aujour- . 
d'hùi une valeur considérable, est incalculable! Que de 
volumes in-folio en gothique, que d'éditions princeps, que 
d'inôunables, ont été ou chez l'épicier, ou aux Halles, ou 
mis au pilon ! 

Ce sccicraty comme aurait raison de le qualifier M. Bla- 
des, envovait chez le carlonnier les vieilles couvertures de 
tous ces volumes déchiquetés, ne se doutant guère que dans 
le carton de certaines époques on trouve de vieux mys- 
tères, des miniatures, des fragments de manuscrits et même 
des cartes à jouer. Et, aujourd'hui encore, il n'y aurait 
aucune raison pour ne pas découvrir de quoi compléter le 
jeu de cartes de Charles V. Ce serait pour le bibliopole 
ou le bibliophile un gros lot gagné a la loterie de l'im- 
prévu. Le hasard est si grand î 

1888. 15 



-226 BULLETC« DU BIBLIOPHILE. 

Le comte de .Clarac, conservateur du musée des anti- 
ques, voulut un jour faire relier un tout petit livre d'heures, 
écrit sur peau vélin. La couverture était en assez mauvais 
état; nous conseillâmes à M. de Clarac de la tremper dans 
de Feau, afin d'en désagréger les parties. Et quelle ne fiit 
pas notre surprise d'y trouver quelques fragments de cartes 
à jouer. Nous savions que feu M. Merlin, ce savant et con- 
sciencieux libraire, s'occupait d'un grand ouvrage sur les 
cartes à jouer, qu'il a publié peu de temps avant sa mort. 
Nous le mîmes en rapport avec M. de Clarac, qui se fit 
un véritable plaisir de lui faire présent de ces précieux 
fragments. 

Vers le nit-me temps, rue de la Harpe, dans le rayon qui 
existe encore aujourd'hui, nous avons vu à la porte d'un 
épicier, le grand-père de li!)raires bien connus, des par- 
chemins enfilés à sa porte, et présentant des lettres or et 
couleurs, coupés de missels. On les vendait pour peu de 
chose. Le reste retournait chez le parcheminier. 

Depuis, et ce par une singulière coïncidence, car cet épi- 
cier n'existe plus, il s'est établi en face un marchand de 
vieux parchemins; mais celui-ci n'attache pas se^ chiens 
açec des saucisses. 

On a vu plus haut que les vers sont facilement engen- 
drés par la poussière. L'humidité en fournit un ample 
contingent. Nous avons souvent surpris, dans l'intérieur 
de livres renfermés dans des lieux humides, un petit ver 
de forme allongée, luisant, argenté et très vif. Une simple 
pression le réduisait en pâte. M. Blades le prétend ano- 
din : nous ne sommes pas de son avis. Dans tous les cas, 
cet insecte laisse sur les marges et le texte qu'il parcourt 
des traces indélébiles. 

Il y aurait à examiner si les mouches qui déposent des 
œufs sur les reliures ne contribuent pas au développement 
de certains vers; nous le pensons, malgré quelques avis 
contraires. C'est, du reste, une expérience à faire. 

Le cuir lui-même porte en lui les éléments de destruc- 



1 



LES LIVRES ET LEURS ENNEMIS. 227 

tion,-h moins que la pâte ou la colle-forte ne vienne lui 
communiquer des germes destructeurs; on pense y avoir 
remédié en y combinant de certaines odeurs pénétrantes, 
comme pour le cuir de Russie de provenance véritable, et 
même celui fabi*iqué chez nous. Mais on prétend avoir vu 
des reliures en cuir de Russie attaquées par des vers. 

Lorsque, par hasard, nous apercevons sur une reliure 
quelques trous de vers, à Taide d'une aiguille plus ou moins 
grosse, ou d'un poinçon, nous pénétrons d'abord dans 
chaque trou, afin de détruire le ver si par hasard il s'y 
trouve encore, puis nous bouchons avec du camphre en 
poudre ou du poivre mêlé a un peu de cire ramollie. 

Pour terminer, signalons les derniers ennemis des livres : 
les souris, les rais, les chats, les femmes, les épiciers et les 
marchands de tabac. 

Les souris ne s'attaquent guère qu'aux volumes séparés, 
d'un papier doux, tendre, et capable de les aider à faire 
leurs nids. Il n'y a donc aucun danger pour les volumes 
en rayons. 

Les rats y ont aussi recours pour leurs nids, mais ils 
semblent préférer d'autres matières que le papier, et ce 
n'est qu'à défaut de substances laineuses qu'ils s'attaquent 
aux livres. 

Il V a bien le chat. Mais le remède est souvent pire que 
le mal : il aiguise ses griffes sur le dos des livres, lors- 
qu'ils sont h sa portée; dans tous les cas, il sait les y 
mettre. 

Quant au beau sexe, il n'a nul souci de la conservation 
des livres. Tout lui sert de signet. La femme corne les livTCS 
impitoyablement. Le danger n'est pas bien grand quand le 
papier est à la forme, mais si c'est du papier dit méca^ 
niqucy chaque corne devient forcément une cassure lors- 
qu'on veut défaire ce pli. 

Nous avons trouvé dans le temps, il y a déjà quelque 
trente ans, chez un libraire de Metz, qui était venu s'éta- 
blir à Paris, y végéter et mourir, un cadre renfermant un 



228 ' BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

alphabet grotesque sur peau vélin, coupé d'un Antipho- 
naire d'un prix inestimable. II a figuré à la dernière expo- 
sition des arts décoratifs. 

Il existe une classe d'amateurs bien coupables : ils achè> 
tent de vieux actes et en coupent les vieux timbres des 
généralités. C'est ainsi que feu M. Legras, dont on vient 
de vendre les collections, a acquis presque au poids un lot 
considérable de papiers et de parchemins provenant d'une 
vieille étude de notaire en déménagement, et de Paris en- 
core. Que de documents précieux anéantis!... 

Nous avons vu à Ha m, il y a quelque vingt ans, dans 
une chambre prés du clocher,' tous les parchemins et les 
documents du diocèse dans un fouillis indescriptible. Le 
cœur nous saignait à cette vue, et aujourd'hui encore nous 
ne pouvons y songer sans frémir. 

Feu M. de Berny achetait lui, chez Aubry, libraire bien 
connu h Paris, des vieilles éditions pour en couper les en- 
têtes, les culs-de-lampes et les lettres ornées et fleuronnées. 
C'était bel et bien une profanation, mais en faveur de l'art 
typographique, car tout ça servait à la reproduction en 
fac-similé. 

Nos Archives nationales ont, de leur côté, leur contin- 
gent à l'anéantissement de certains titres, abandonnés à un 
relieur par un certain employé décédé depuis longtemps, 
de même que le relieur. Reste à savoir si c'étaient des par- 
chemins de rebut ; cependant une quittance que nous pos- 
sédons provient de là; elle est signée Cailkava, 

Nous arrivons maintenant à l'ennemi le plus dangereux 
des livres, à celui qui cause bien des tourments aux pau- 
vres bibliophiles, au ver. 

Les vers qui rongent les livres, qui les réduisent en 
poussière, qui font tomber des passages, des lignes en- 
tières, tout le long d'un volume, du commencement à la 
fin, en traînées «^^r/wîcw/^e^, proviennent, presque toujours, 
de la pâte ou colle qui a servi affaire le carton, ou dé celle 
employée par le relieur lui-même, et de la colle-forte dont 



I 



LES LIVRES ET LEURS ENNEMIS. 229 

ils font une si grande consommation. Il y aurait certai- 
nement à employer le mode en usage depuis longtemps 
pour les livres destinés à nos colonies : on introduit dans 
la pâte de Tarsenic; c'est un puissant préservatif, mais qui 

malheureusement offre de grands dangers dans les 

familles 

On nous a rendu des livres coupés, à tort et à travers, en 
forme d'escalier, avec une épingle h cheveux, ou en se ser- 
vant du doigt en guise de coupe-papier. Pour y remédier, 
il faut détacher les feuillets, égaliser les marges, puis re- 
mettre en place, à l'aide de colle légèrement étendue le long 
de la pliure, à l'aide du coupe-papier. 

Nous avons en main un bel ouvrage où l'on avait coupé 
de quoi se faire des papillotes. Les femmes, surtout sont les 
bourreaux des livres... (il y a bien quelques exceptions...) 

Je lis dans un petit volume supérieurement imprimé par 
Pitrat aîné, h Lyon, 1879, petit in-8, papier teinté, enca- 
drements rouges, ayant pour titre : Les Ennemis des Iwres^ 
par un bibliophile, ce qui suit : 

« J'ai connu un bibliophile qui venait d'acquérir un 
livre, a la recherche duquel il était depuis longtemps; il 
eut l'imprudence de le laisser sur la table de son cabinet. 
Le lendemain du jour de son acquisition, il trouva sa femme, 
entrée par hasard dans son lieu de travail, occupée h dé- 
chirer les feuillets de ce livre, pour en faire des papillptes 
aux boucles de ses cheveux. » P. 33. 

Quant aux épiciers et marchands de tabac, ils ont sou- 
vent de bonnes occasions par suite de décès, mais ils ne 
savent pas en profiter * ils ne voient qu'une chose : c'est 
bon a envelopper les marchandises et à faire des cornets 
pour le tabac. 

En définitive, l'auteur parle bien encore d'un (ou deux) 
insectes qui, en dehors du ver, attaquent le livre; mais ils ne 
sont à craindre ni en Angleterre ni chez nous. Terminons 
par la conclusion de M. Blades : 

« Il est réellement malheureux qu'il existe tant d'en- 



230 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nemis distincts travaillant à la destruction des produits de 
la littérature, et que ces ennemis puissent accomplir si 
tranquillement leur œuvre. Regardée à son véritable point 
de vue, la possession de n'importe quel vieux livre est une 
charge sacrée qu'un propriétaire ou un gardien conscien- 
cieux ne doit pas plus négliger, qu'un père ne doit négliger 
son propre enfant. Un vieux livre, qui traite de n'importe 
quel sujet, et dont le contenu a plus ou moins de mérite, 
forme vraiment une partie de l'histoire nationale. Nous 
pouvons le reproduire en fac-similé et en impression, mais 
nous n'arriverons jamais à avoir un exemplaire exactement 
conforme à l'original (1). Comme document historique, il 
doit être gardé avec soin. 

« Nous n'envions point ceux que l'absence de sentiments 
rend insouciants des trésors de leurs ancêtres; ceux dont 
le sang ne s'anime que lorsqu'on parle des chevaux ou du 
prix des grains. Pour eux, la solitude c'est l'ennui, et la 
compagnie de n'importe qui leur est préférable à celle 
d'eux-mêmes. Combien grands sont le plaisir calme et la 
rénovation mentale que ces hommes n'ont jamais goûtés ! 
Un millionnaire même augmenterait ses plaisirs quotidiens 
de cent pour cent s'il devenait bibliophile dans le sens 
large du mot ; l'homme dans les affaires, qui a le goût des 
livres, et qui a lutté pendant la journée contre les anxiétés 
et les tourments de la grande bataille de la vie, trouve le 
soir un moment de repos quand il rentre dans son $anc^ 
tuTHy où chaque objet semble lui souhaiter la bienvenue, 
où chaque livre est un ami personnel. » (M. Blades a fait 
ici son propre portrait.) 

Alkan aîné. 



(1) C'est que l'auteur ne connatt point encore les belles reproductions que 
MM. Pilinski père et fils viennent de reproduire par leur ingénieux procédé, 
accompagnées de notices par M. Pavrlowshi, bibliothécaire de feu M. Arobrois«- 
Firmin Didot. À défaut d'originaux, on peut fort bien se contenter de ces mo- 
demes monuments xylographiques parachevés par ces artistes. 






VARIÉTÉS." 231 



VARIETES 



LES ÉTIQUE'JTES ET LES INSCRIFflONS DES BOITES- VO- 
LUMES bE PIERRE JANNET, FONDATEUR DE LA BIBLIO- 
THÈQUE ELZEFIRIENNE. 

On sait que la maison Pion vient d'acquérir la Biblio^ 
thèque eUevirieiine^ par suite du décès de Daffis (1), et 
elle en a donné, dans le feuilleton du Journal de la librairie 
du 3 juin 1882, un catalogue très détaillé, de même que 
Ton a reproduit, dans le Journal de la librairie du 
15 juillet dernier, un article intéressant extrait du Figaro, 
mais contenant quelques irrégularités. Il est signé Jules 
Richard. Le moment nous a donc paru opportun pour con- 
sacrer quelques lignes à l'éditeur de la Bibliothèque elzeui- 
rienne (2), point de départ d'une foule de publications 



(i) Le catalogue que M. Brunox a rédigé pour la vente restera comme on 
document précieux; il est de format in-4 et forme 24 pages. Rien n'est pins 
complet sur lu Bibliothèque elzevirienne. 

(2) M. Jannct a annoté plusienrs volumes de la Bibliothèque elzevirienne, 
sous son véritable nom, car il signait sous le pseudonyme de Emile Chevallier 
{Rabelais et ses éditeurs, Paris, Aubry, 1868, broch. in-12), de Fedennann 
{[homme de plume, homme de lettres], Quelques mots sur les oiseaux de basse- 
cour, à propos du Concours général d'agriculture, par P. J. (Pierre Jannet), 
Federmann. Paris, typographie Panckoucke, 1860, gr. in-8 de 30 p., faux titre 
et titre compris), et enfin Hœnsel [Jannet, Petitjean] pour ses publications 
bibliographiques. — Afin d'expliquer comment Jannet est arrivé à s'occnper 
d'oiseaux de basse-cour, on saura qu'il en avait formé une collection composée 
à^exempiaires les plus rares, de faisans, de coqs et de poules exotiques, dans 
le jardinet de sa propriété de Montrouge, à côté de ses magasins de consigna- 
tion de librairie. Le tout devint un jour par la force des circonstances la pro- 
priété de Potier, libraire bien connu, décédé, il n'y a pas longtemps, avec une 
certaine fortune, dont le départ a été la vente de la bibliothèque de Louis-Phi- 
lippe. — On doit à Jannet, entre autres, la XVP joie de mariage, complément 
des XV de la Bibliothèque elzevirienne. 

Il avait de vastes projets de banque en tête; de nos jours il serait arrivé, 
avec ses idées financières, à une fortune considérable, mais peut-être aussi, à U 



232 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

imprimées avec les types hollandais (1); le moment est 
bien choisi, disons-nous, pour donner cette notice rétros- 
pective sur notre regretté ami Pierre Jannet, ce savant et 
laborieux libraire, enlevé en trois jours atteint de la petite 
vérole noire qu'il avait contractée en visitant les écoles 
communales de Montrouge, lieu de sa résidence, au mi- 
lieu de ses grands projets littéraires et autres (2). Ses pro- 
jets étaient tellement vastes, qu'aujourd'hui encore M. Ed- 
mond Picard en exploite un avec succès, sous le nom bien 
connu en librairie de Nouvelle bibliothèque Jannet, 

Jannet avait désigné un exécuteur testamentaire, qui 
chargea Delaroque de procéder à une vente publique. Ce 
libraire, malade, montrant, car il est décédé très peu de 
temps après la vente, n'eut plus, hélas ! la force d'apporter 
au classement et à la rédaction tous les soins désirables. 
Tout fut donc emporté du domicile de Jannet et jeté pèle- 
mèle dans la première salle du rez-de-chaussée de la salle 
Silvestre. Il ne pouvait pas y mettre de l'ordre. Les ma» 
nuscrits, les notes, un grand nombre de brochures curieuses, 
tout enfin fut confondu dans un amas indescriptible. Le 
cœur nous saigne encore au souvenir de ce désastre. Ne 
pouvant ou ne voulant rien acquérir, nous nous conten- 
tâmes des boîtes vides formant volumes, au nombre de 

fin, à un désastre comme les autres. — Nous avons sous les Neux un projet de 
Société Générale de Librairie sous la raison sociale P. Jannet et C'*, 5, rue du 
Pont-de«Lodi, à Paris, daté du 25 novembre 1865. Imprimerie de Jouamst, 
in-4 de 4 pages. Le montant de la commandite ne pouvait inférieur à 200,000 fr. 
ni dépasser 600,000 fr. Les parts devaient être de 200 fr. chacune. 

(1) Jannet a bien voulu nous charger de faire graver les types de la BibliO' 
thèque elzevirienne, que nous avons dessinés ensemble, en modifiant quelqut 
peu la configuration de certaines lettres, copiées dans des livres imprimés par 
les Elzcvir. C'est à feu Gouet, graveur typographe très soigneux, élève de Ber- 
trand LœuIIict, ce graveur attitré de la Russie, que nous avons eu recours. Tous 
ces corps de caractères elzeviriens ont été exécutés dans un temps relativement 
prompt, et ce à la grande satisfaction de Jannet. Un seul défaut a été commis 
à la fonte. 

(2) Jannet est décédé à Montrouge le 22 novembre 1870. M. Jouaust, le la- 
borieux éditeur bien connu, lui a consacré une bonne notice nécrologique daas 
la chronique du Journal de la librairie du 5 décembre 1870. 



VARIÉTÉS. 233 

cent cinquante-six, sans compter un certaine quantité de 
boîtes destinées à classer des cartes et provisoirement la 
correspondance. 

C'est afin que nos lecteurs puissent juger de la perte 
immense faite par les lettres en la personne de ce pauvre 
Jannet, que nous reproduisons ici fidèlement toutes les 
étiquettes inscrites sur le dos des boîtes, à Fencre ou à la 
hâte et provisoirement au crayon. 

Ces boîtes sont de différents formats et de diverses cou- 
leurs; quelques-unes sont en sapin. 

Boites format grand in-i 

Vert foncé : beaux-arts et arts divers, 1 ; histoire, 1 ; art 
héraldique, archéologie, 1. — Bleu foncé: sciences so- 
ciales, 1; bibliographie, 1. — Chocolat: histoire natu* 
relie, 1. — Orange: linguistique, poésie, philologie, 2. 
— Total, 8. 

Boites grand in-S 

Vert: religion, 3; sciences occultes, 1; sciences so- 
ciales, 3 ; agriculture, 1 ; zoologie, 1 ; géologie, 1 ; bota- 
nique, 1 ; acclimatation, 1. — Total, 12. 

Vert : médecine, 1 ; beaux-arts, 2; beaux-arts. Bulletin, 
1 ; écriture, 1 ; mathématiques, notes, 1 ; arts divers, 2. — 
Maroquin i^ert : P. Jannet, sciences, 1; philologie, 1. — 
Total, 10. 

Vert : romans et nouvelles, 2; satires, 1; facéties, 2; 
théâtre, 1 ; poésies, 2 ; biographie, 7 ; histoire littéraire, 
1 ; bibliographie, 1 ; bibliographie, imprimerie, 1 ; impri- 
merie, librairie, propriété littéraire, 1 ; Petite Revue, librai- 
rie, 1. — Total, 21. 

Citron : Linguistique. Langue universelle, 1 ; généra- 
lités, 5; langues sémitiques, 3; Chine (1), 1; Océanie, 1; 



(1) M. Jannet s'était adonné à la langue chinoise arec une véritablt passioa et 
un succès étonnant pour un homme de son âge. On loi doit une brochure sor 



234 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Indostan, 1 ; langues de l'Inde, 1 ; Arménien, Géorgien, 1 ; 
orientalisme, 2; Amérique, 1; Afrique, 1; Europe, 4. — 
Bulletin du bouquiniste, 1; bibliographie, 5; varia, 1. — 
Total, 28. 

Chocolat : Histoire. Prolégomènes, 1 ; France, 1 ; pro- 
vinces de France, 3; Europe, 1. — Imprimerie, 1. — 
Total, 7. 
Bottes en bois blanc *^rand in-8. Inscriptions au crayon 

S. L. (l), notes, 1; S. L , épreuves corrigées à Timpri- 
merie, V^^ en placard, 1; copie composée, 1; S. L., 
épreuves corrigées à l'imprimerie, à tirer, 1; S. L., épreuves 
corrigées, M. T. (? Ternaux), 1; S. L., bonnes feuilles, 
1 ; S. L., notes et correspondance, 1 ; S. L., épreuves cor- 
rigées à rimprimerie, 2™" en placard, 1: S. L., épreuves 
à conférer, 1 ; S. L., épreuves doubles, 1 ; S. L., épreuves 
à lire, 1 ; S. L., épreuves à envoyer, G. B. (Gustave Bru- 
net), 1 ; S. L. , copie h préparer, arriéré, 1 ; S. L., épreuves 
Br. (Brunet) à conserver, 1 ; B. F. (bonnes feuilles), Ra- 
belais, épreuves conférées, G. B. (Gustave Brunet), 2; 
épreuves envoyées, M. T. (? Ternaux), fabliaux, 2; f;|- 
bliaux, variantes, 1 ; fabliaux, cop. comp. (copie composée 
ou complète), 1. — Total, 20. 

Fabl. (fabliaux), épreuves corrigées, 1 ; fabliaux, épreu- 
ves, 1 ; fabliaux, copies, 1 ; La Fontaine, I, 2; conteurs, 1 ; 
conteurs, bonnes feuilles, 1 ; nouvelle collection, .1 ; his- 
toire, France, 1 ; histoire, Afrique, 1 ; histoire, Asie, 1 ; 
histoire, Amérique, 1; aviculture, 1; biographie, B. E., 
1 ; pensée nouvelle (j/c), 1 ; Société d'acclimatation, 1 
Bulletin du bibliophile, 1 ; Bulletin du bouquiniste, 1 
catalogues et prospectus, 1 ; Gazette bibliographique, 1 
journaux divers, 1 ; Chinois, clés (3), 4. — Total, 25. 

Boites sans inscriptions^ mais qui étaient probablement 
remplies de pièces j 8. 

celte langue idéographique; elle a pour titre : De la Langue chinoise et des 
moyens d'en faciliter Vusage, Paris, 1869, in-8. 

(1) Nous pensons que ces deux initiales signifient Seconde Lecture. 



VARIÉTÉS. 235 

Boites in-S en bois blanc 

Chinois, 4; Académie des bibliophiles, 2; animaux do- 
mestiques, 1; boîte marquée B. M., 1; catalogue d'ou- 
vrages à publier, 1 ; libre, 1 ; Journal asiatique, 1 ; Revue 
de poche, 1; XVP Foyer (1), 1; boîtes sans inscriptions? 
4. —Total, 17. 

Boites petit in-8 en bois blanc y inscriptions au crayon 

[pour la correspondance) 

Pincebourde, etc., 2; Dhéricault, 1; G. B. (Gustave 
Brunet), 1 ; Fournier (Edouard), 1 ; Lacour, Larchey, etc., 
1 ; M. (? Montaiglon), 1. — Total, 7. 

Chasse, 1; poésie, 2; Diderot, etc., 1; boîte sans ins- 
cription, 1. — Total, 5. 

Dans Tespoir que cet article pourra un jour servir à une 
notice étendue, ajoutons que Jannet, en arrivant à Paris 
de Bordeaux, s'était établi dans la rue Fontaine-Molière, 
dans une grande chambre entourée de quelques rayons en 
sapin. C'est ainsi qu'a débuté dans la rue de Seine l'un de 
nos libraires les plus savants, le plus considérable et le 
plus considéré de tous dans son métier. 

A un jour de sa fête, les auteurs réunis de la Biblio- 
thèque elzeçirienncy M. de Montaiglon à la tête, offrirent 
à Jannet une jolie coupe artistique en bronze. Dieu sait 
ce qu'elle est devenue ! 

Un dernier trait léger pour terminer. Pour faire trêve à 
tant de travaux littéraires si variés, à tant de projets si 
souvent conçus, et, il faut le dire aussi, à des préoccupa- 
tions commerciales souvent graves, Jannet se livrait quel- 
quefois à des saillies rabelaisiennes et pornographiques. II 
cultivait aussi quelque peu le calembourg. C'est ainsi qu'il 
appelait plaisamment fantôme [fend-tome) le coupe-pa- 
pier, parce que, disait-il, avec son air fin, narquois et jo- 
vial, avec lui on ferid le tome. 

Alkan aîné. 



236 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



L'hotel Drouot et la Curiosité, par M. P. Eudel, 
avec une préface par M. A. Silvestre. Deuxième 
année. Paris y G. Cluirpentiery in- 12 de xv et 
549 p. 

Le premier volume de cet Annuaire était exclusivement con- 
sacré aux ventes de l'hôtel Drouot en 1881. Cette fois, l'auteur a 
cru devoir élargir son cadre, y faire entrer l'exiimen de collec- 
tions particulières, des études artistiques sur différents sujets. 
M. Eudel parle de « Dame Curiosité » en homme sensible à ses 
charmes, étant lui-même un collectionneur émérite de tableaux, 
de faïences, d'orfèvrerie ancienne. Il est aussi déjà bibliophile, et 
aspire à le devenir encore plus, sous la direction de M. le baron 
G. Pichon, auquel ce volume est dédié. Aussi il a consacré aux 
livres et aux autographes plusieurs chapitres, les seuls dont nous 
ayons à nous occuper ici. 

A propos du « culte des livres » (ch. X), M. Eudel cite plu- 
sieurs des plus éminents bibliophiles anciens et modernes ; des 
a Grands disparus » et non disparus. Au premier rang de ceux-là, 
il place avec raison Mgr le duc d'Aumale, M. le baron Pichon, 
M. Dutuit. Il rend un juste hommage à la mémoire du libraire 
Pottier, « élève de J. Techener, » et signale plusieurs articles 
capitaux des ventes faites en 1882 à l'hôtel Drouot, notamment la 
collection des pièces de Racine en éditions originales, vendue 
6,120 fr.; le Tartuffe (id.), 2,205 fr. (vente Gui Pellion), etc. Un 
autre article (vente Van den Brock), pour lequel nous ne par- 
tageons pas son enthousiasme, est le fameux Voltaire Saint 
Mauris (et non Saint Maurice] avec ses 11,800 pièces et ses 530 
portraits, formant à eux seuls un volume ; « véritable monument, 
dit M. Eudel, élevé à la mémoire de Voltaire, comme les pyra^ 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 237 

mides aux Ptolémées d'Egypte, » Il y a là un fort lapsus calami ; 
M. Eudel sait comme nous que les Pyramides sont bien anté- 
rieures aux Ptolémées, Si le Voltaire Saint-Mauris est un monu- 
ment, il est d'un goût douteux, et ne durera guère. Comme le dit 
un peu plus loin M. Ëudel lui-même, le marchand d'estampes 
qui l'a acquis moyennant 5,900 fr., n'a rien de mieux h faire que 
de « casser les reins à tous ces gros billots, » et de les revendre 
en détail. 

A propos de la vente de Paul de Saint- Victor, qui fut tour à 
tour, dit M. Eudel, « gourmand et gourmet de livres, » nous 
regrettons que l'auteur de ce livre ait reproduit, assurément de 
très bonne foi, une anecdote apocryphe, injurieuse pour la mé- 
moire de Nodier. Nodier ne s'est jamais séparé de ses livres que 
malgré lui ; il est donc faux qu'il les annotât avec l'arrière-pensée 
de les vendre plus cher. Saint-Victor était très inférieur à Nodier, 
non seulement comme bibliophile, mais comme écrivain ; les plus 
éblouissants feux d'artifice ne vaudront jamais des diamants I 

Le chapitre de la vente BaLeac n'apprendra rien de nouveau 
aux lecteurs du Bulletin, M. Eudel pense qu'en négligeant d'a- 
cheter quelques-uns des principaux manuscrits de Balzac aux- 
quels étaient jointes les épreuves (celui d'Eugénie Grandet, par 
exemple), la Bibliothèque nationale a manqué une occasion pré- 
cieuse et peut-être unique. On se souvient que nous avons exprimé 
la même opinion. 

Les chapitres XVI, XXX et XLIV, relatifs aux ventes Cha- 
ravay, comptent parmi les plus intéressants. Les lettres citées par 
M. Eudel sont en général très heureusement choisies. L'une des 
•plus curieuses est celle de la duchesse de Verneuil à Henri IV, 
vendue 520 francs, le 30 janvier 1882. Elle lui reprochait ses in- 
fidélités, et insinuait qu'elle pourrait bien finir par se laisser 
aller à user de représailles ; que les occasions ne lui manquaient 
pas. u Quand j'oroys autant de solicyteurs qui s'en trouve dans 
la sale du palais, vous devés estre assuré que l'amour de moy 
mesme me fera longtemps conserver la reson. » Longtemps, mais 
peut-être pas toujours ! Une autre épttre, presque aussi curieuse 
dans son genre, est celle de l'avocat stagiaire Léon Gambetta, du 
2 décembre 1863, relative à une cliente de mœurs faciles qu'il se 
disposait à disputer aux magistrats, ces vautours en prurit de 
moralité'. Le mot de la fin est : la uertumanie nous tuera ! Cette 



238 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

lettre, cjui faisait partie de la collection Cottenet, n'a été vendue 
que 41 francs, il y a un an. Elle monterait sans doute bien plus 
haut aujourd'hui que l'auteur est mort ; — pas de vertumanie, 
pour sûr. 

Comme le dit avec raison M. A. Silvestre dans la préface, cette 
collection de répertoires aimucls de la curiosité, si M. Eudel la 
continue, deviendra précieuse un jour. Les amateurs y trouve- 
ront des documents difficiles ou impossibles à rencontrer ailleurs, 
et sous une forme plus attrayante que celle des catalogues. 

Il a été tiré de ce volume agréable et instructif 50 exemplaires 
numérotés sur papier de Hollande. 

B. E. 

Les Guerres sous T^ouïs XV, par le comte Pajol, gé- 
néral de division. Paris, Didoty 1881 ; tome II, in-8. 

Nous avons déjà parlé ici du tome premier de cet ouvrage véri- 
tablement important qui fait connaître en détail une période si 
féconde pour notre enseignement militaire et si ignorée jusqu'à ce 
jour, comme le remarque avec raison l'auteur. 

Ce travail, écrit surtout au point de vue militaire, par un officier gé- 
néral compétent entre tous pour traiter ces questions, intéresse 
également tous les lecteurs, car pour la première fois il met en 
pleine lumière l'histoire de nos opérations militaires pendant tout 
le règne de Louis XV. Pour cette époque, l'histoire politique et 
l'histoire de la société ont été creusées dans tous les sens, et nous 
n'avons pas à relater ici les titres des livres publiés depuis quel- 
ques années. Mais le rôle de nos soldats avait été laissé singuliè- 
rement de côté et son étude ne venait que comme un accessoire. 
Il appartenait au général comte Pajol de montrer les longs eCTorts 
de nos troupes, et il l'a fait avec un talent véritable. 

Ce volume est consacré aux campagnes d'Allemagne depuis la 
mort de Guillaume-Frédéric P' et l'avènement de Marie-Thérèse 
(1740) jusqu'à la fin de la campagne de 1748 sur le Rhin et à la 
paix signée le 28 septembre à Aix-la-Chapelle. 

Il ne faut pas chercher ici une histoire des événements politiques : 
M. le comte Pajol est un écrivain essentiellement militaire, qui em- 
prunte certainement à l'histoire proprement dite ce qui est utile 
pour la clarté de son récit, mais qui veut avant tout être l'histo- 
riographe des ces guerres et met en scène nos troupes en in- 



CHRONIQUE. 239 

cliquant leurs marches, leurs combats, leurs forces, ne cachant pas 
les fautes commises par nos généraux et cherchant à tirer de 
chaque incident un enseignement. 

Avant ce travail on peut dire, sans aucupe exagération, que Ton 
ne connais&'iit pas l'histoire des guerres du règne de Louis XV, et 
c'ëtiiit grande injustice. Car, si quelques généraux ont été peu ca- 
pables, nos troupes ont toujours été vaillantes, dévouées, sachant 
supporter les privations et aflronter les dangers. 

M. le comte Pajol a adopté un très bon plan. Il prend les cam- 
pagnes l'une après l'autre et il les raconte avec un luxe de détails 
qui donnerait assurément à ce livre, dans le cas d'une guerre en 
Allemagne, une incontestable valeur pratique. Il y joint un grand 
nombre de lettres et de pièces inédites. 

Bref, c'est un ouvrage considérable, bien fait, intéressant, com- 
blant réellement une lacune et qui fait le plus grand honneur au 
comte Pajol qui, après avoir consacré de longues années sa vie 
au pays, sait employer si utilement ses loisirs actuels. 

Comte E. de B. 



CHRONIQUE 

— Un Livre curieux. — La Bibliothèque nationale possède un 
exemplaire, probablement unique en France, d'un livre portugais 
publié à Lisbonne en 1732 et devenu presque introuvable, même 
en Portugid. C'est la relation (en portugais] d'un voyage fait en 
1717-18 par Antonio d'Albuquerque Coelho, gouverneur de 
Maciio, pour se rendre de Goa h son gouvernement. Cette relation, 
dont le Bulletin de la Société géographique de Lisbonne a donné 
récemment une analyse intéressante sous le titre d' Um libro cU" 
rioso, est l'œuvre d'un officier nommé Guerreiro, qui accompajgnait 
Albuquerque dans ce trajet et eut part à ses nombreuses tribu- 
lations. 

Cet Albuquerque, véritable héros de roman, avait déjà habité à 
Macao dans sa jeunesse et y avait eu une aventure des plus dra- 
matiques. Surpris aux pieds (?) de sa maîtresse par an père peu 



240 BULLETIN DU BrBLIOPHlLE. 

accommodant, il reçut un coup d'arquebuse qui lui fracassa le 
bras et en nécessita l'amputation. Sdh amante expira de saisis- 
sement ; l'enfant né de leurs amours mourut aussi, et Albuquerque 
réunit son bras, la femme et l'enfant dans un même tombeau, 
qu'on a récemment retrouvé en dém9lissant la vieille église {San- 
Francisco à Macao. Cette histoire lamentable et parfaitement au- 
thentique semble destinée à faire pendant à celle moins tragique 
de lord Uxbridge, le général anglais, lequel s'était fait faire 
d'avance à Waterloo un monument funèbre auquel il avait confié 
en à-compte la jambe qu'il avait fallu lui couper pendant la bataille. 
Tant qu'il a vécu, il est venu, le 18 juin de chaque année, faire 
avec sa famille un repas commémoratif dans la maison et sur la 
table où avait eu lieu l'opération. Aujourd'hui il gît tout entier 
dans la tombe. 

Pour en revenir à Albuquerque, il eut à vaincre de terribles 
obstacles pour revoir le théâtre de ses malheureuses amours. 
Comme il n'y avait pas à Goa de navire en partance pour la Chine, 
il lui fallut traverser tout l'Hindoustan pour gagner Madras. Ce 
voyage n'était alors ni sûr ni commode, et plus d'une fois il fallut 
toute l'énergie d'Albuquerque, — qui n'étiiit manchot qu'aiU phy- 
sique, — pour forcer le passage. La navigation ne fut pas moins 
difficile, surtout dans la dernière partie du trajet, depuis Djohor 
(presqu'île de Malaisie), station d'hivernage. On eut à souffrir des 
ouragans, de la disette, et finalement d'une épidémie, qui emporta 
ou mit hors de service tout l'équipage, y compris le pilote. Albu- 
querque, qui heureusement avait fait un peu de tous les métiers, 
prit le gouvernail et conduisit non sans peine jusqu'à San-Choan 
ce navire qui n'était plus qu'un hôpital flottant. Bien que très ma- 
lade lui-même, il se rembarqua de suite dans une jonque ; Albu- 
querque est un nom qui oblige I II arriva à Macao le 29 mai 1718, 
un an moins trois jours après son départ de Goa. 

Autant qu'on en peut juger par l'article du Bulletin portugais, 
reproduit dans la revue bibliographique de la Société acaelémique 
jndo'ChinoisCy cette relation vaudrait la peine d'être traduite. 
Voici le titre exact de ce libro curioso : Jornada que a senhor An* 
tonio de Albuquerque Coelho, governador et capitas gérai da ci^ 
dade do nome de Deus de Macau na China ^ fez de Goaatéchegar 
a dltà cidadcy par Joao Tavares de Verrez Guerreiro. 

B. E. 



\ 



LES INCUNABLES ORIENTAUX '. 



«APPORT SUR UNE MISSION LITTERAIRE EN BAVIERE ET EN WURTEMBERG. 



404. — niDiriD. Tr. talmudique des Contrats de ma- 
riage, Venise, cliez Corueil Adelkind, 1530, in-fbl. 

BodI.j n° 1706^ Omis dans Rossi. 

405. — mJ. Traité talmudique des menstruesy deuxième 
rdition. Venise, 1530, in-fol. (90 ff.). 

BodL, w"" I802\ Omis dans Rossi. 

406. — Abr. b. Ezra. TViTO, nfîtt\ Lèi>res pures. Gram- 
maire. Const., ^i^issan, 1530, in-12. 

Rossi, p. 33, n^ 205 ; BodL, p. 686, n« 68. 

407. — nau;. Tr. talmudique du Sabbat^ deuxième 
t'dit. Venise, 1530, in-fol. 

BodLy \\^ 1837*'. Omis dans Rossi. 

408. — niSfîn'D. Rituel journaher, rite ail. Const., 
(ierson Soncino, 5290 (= 1530), in-l6. 

R., p. 34, n^ 206 ; BodL, i\'' 2071. 

409. — Ascher b. Yeliiel (en ; ' '-;v Rosch), Sept pe- 
tites règles^ supplément au Taî;.:;\!, deuxième édition. 
Venise, 1530, in-fol. 

BodL, n° 1981\ Omis dans R. 

410. — Augustinus Sc!):î :* .: r.- ,'\ouzenus). Gram- 
inalica linguae hebreae. Marpurg, 1530, in-8. 

Le titre refait, il)., 1532. in-8, est bien plus explicite: 
i< De lilerarum, vocruiet accentuum hel)r. natura, sive 



J) Voir le Bulletin (l • ".'r'^- 7 .7. 'lo m:ii, juin-juillet, aoàt-septembre et 



BAle. 



'242 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

(le prima sermonis liebr. lectione, libellas. Ex optimis 
quihusdam rabbinorum commentariis studiose collectus^ 
ac jam primum in lucem acditus. Accessit praeterea de 
servientium litter. officiis compendium. » — Il y a un 
sous-titre hébreu. 

St., Manuale, n«« 1879-80 ; BodL, p. 2576. 

B. N. Mun. 411. — SchemTob, fils de Joseph Schem Tob. niB^ll. 
Homélies sur le Pentateuque. Salonique, 11 lyar 5290 
(8 mai 1530), in-fol. (90 (T.). 

Ed. princeps, impr. chez D. Juda Ghedalia. Omise dans 
De' Rossi, et Bodl. « Conciones in omnes Pcntateuchî 
section es majores », dit le CataL de la Bihl, du Roi, t. I, 
A, 717* (821). Note ms. de Ventura. 

Miin. 412. — n")in. Pentateuque, Haftaroth et V Megliilloth, 

avec comment, de Raschi. Prag., 15 Rislew (5)291 (5 dé- 
cembre 1530), 2 vol. in-fol. 

Chez Gerson Cohen et fils. Comme bien souvent, Rossi, 
n° 202, a indiqué une fausse date chr., 1531 pour 1530. 
V. BodL, n° 64. 

413. An 1531. Elic Beschiatzi b. Moïse. in^^« n*nt<. 
Manteau (splendeur) d'El'ie, Rédigé en partie par son 
élève Kaleb Abba Afendopolo. Const., an XI de Soliman 
(1530-1), in-fol. 

Rossi, p. 34, 11° 209 ; Bodl., p. 927. 

B. N. 414. (Anon.). Alphabctum hebr. Paris, P. Vi- 

dovacus, 1531, in-8. 
V. St., Manualey n° 83. 

B. N. 415. — Psalterium, hebraice, graece, cum duplici \er- 

sione latina. Basileae, 1531, in-fol. — Dans l'édition des 
œuvres de saint Jérôme, par Froben. 

V. Rossi, p. 34, n« 208 ; BodL, p. 14, n« 70. ' 

Bâie. Eichs. 416. — Grammatica Rabbi Mosche Kimhi, iuxta He- 
braismum per Sebastianiim Munsterum versa. — Accessit 
et utilissimû in eandem Eliae Levitae commentarium, hac- 



LES IIVCUNABLES ORIENTAUX. 243 

tenus latinis non uisam. Apud Andream Eratandum, Ba- 
sileae, MDXXXI, in-12. 
Le texte hébreu a ce titre : 

A Bàle, mois d'Adar 5291 (mars 1531). Rossi, p. 34, 
n** 214 ; Bodl.y p. 1842, n° 7. On y trouve aussi la pré- 
face (hébraïque) de R. Benjamin. 

417. — nos ^12^ rn:in. Rituel du soir de Pâques. Cra- 
covie, 153J , in- fol. 

Rossi, p. 34, n" 210. Très suspect à St., BoilL^ p. 412, 
n« 2673. 

418. — Juda Bolat. b. Joseph. -)i:p b^D. Abrégé de 
tout ce qui est consigné par écrit. Résumé de règles scien- 
tifiques. Const. , Gers. Soncino, an XI de Soliman (1530- 
31), in-4. 

Rossi, p. 34, n« 212; Bodl,, p. 1299. 

L'œuvre d'Isaac Abnivanel, Sources du Salut ou polé- 
mique messianique h propos de Daniel, a paru en 1551, 
et non 1531, comme Ta le Catal. de la Bibl. du Roi, t. I, 
A, n*^ 821, fin. 

Une autre d'Abravanel « Annonce du Salut » est de 
1526, non de 1531, comme Ta par erreur le même Catal. 
à ce numéro. 

419. — y^^. Cantique, texte avec vers. lat. et exposé b. n. 
par Guidacerius. Paris, 1531, in-4. 

Chez Gerhard Morrhins Campensis. V. Rossi, p. 34, 
n^ 213; BodL, n° 69. 

420. — David Kimhi. DIDy'fî. Comment, sur Amos, «Aie. b. n 
avec lettre d'Elias Levita a Munster. Basileae, Pétri, 

août 1531, in-8. 

Rossi, p. 34, n° 215. 11 y a deux exemplaires à la B. N. 
de Paris, A, inv. 9450 et 12275. Bodl.y p. 870, n^ 18. 

421. — nC^DOTir. Cantique de Moïse, Exode XV. B;VIo. b. n 
Forme un appendice à la Grammatica hebr, et chaldaica 
dWurogallus. Wftlembergii, Clug, 1531, in-8. 

Rossi, p. 35, n<> 216 ; Bodl., n*> 68. 



N.O 



.1, 



\\ 



Vii BULLKTIN DU BIBLrOPHILE. 

422. — Haï Gaoïi. bDVn -)D1t:. Mof/e de comprendre^ 
l't Joseph Aesopaeus, ï]DD n")yp, Vase d*argent. Deux opus- 
cules de morale. Constant., G. Soncino, an XI de Soliman, 
:;:))201 (= 1531), in-lG. 

Voir ci-dessus, n° 99. II., p. 35, n°?I7 ; Bodl., p. 1029, 
n" 5. 

423. 1.531-32. Nathan h. Yehiel. -ipy. Lexique a raméeii. 
Venise, D. Honihe^, 5291-92 (= 1531-32), petit in-fol. 

Le Catal. de la HihI. du Roi, X, 34, le désigne mal : 
1523, in-4. V. Rossi, p. 34, n^^ 211 ; BodL, p. 2041. 

C'est à la fin du poème d'Klie Levita, qui y est joint, 
(ju'on lit la date : 5292. tnipi*. par Eleazar Parnass^ de la 
famille des Gerson. 

424. — (?) Salomon Almoli. niJntDH blD^ rp\XÙ. Col- 
Ivcteur de tous les c(unps. Encyclopédie rabbinique. S. 1. 
n. (I. (Const., vers 1531-32), in-4. 

Inconnu à De' Hossi. Excmpl. unique décrit par St., 
BndL, 1). 2282. 

425. An 1532. Gnidaceiins. In V l^almos secundum 
hcbr. veritatem recens exj>ositio. Paris, 1532, in-4. Impr. 
par Franc. G ry phi us. 

Les cin([ psaumes publiés en hébreu et latin sont : XXI, 
WIV, XXIX, XLI, XLV. 

Voir.Maschius, t. I, p. IGS, et De' Rossi, p. 35, n"219 ; 
lîruiiel, s. V. Guitlacer. Xous ne l'avons vu ni dans la 
/>W/. , ni à la R. A. 

426. — Elie Levita. Grammalica hebraea Eliae, etc., 
commodiori interpretatione quam antea, per Seb. Muns- 
lerum versa ut etiam incipientibus facile usui esse possit. 
Ilcm institutio elemenlaris in eandem linguam, ex Eliae 
variis libellis concionnata per Munsterum. Basileae, 1532, 
in-8. 

Omis par Rossi. V. BodL, p. 2012, n** 2. 

427. — D'^brin. Psaumes, texte suivi du Dccalogue. 
'laie, Froben, 1532, in-16. 



LES [NCUNABLES ORIENTAUX. 24:^ 

Le même, avec un petit comment, marginal de R. Isaac 
I). Jacob Levi. ïhid. Rossi, p. 36', n« 2223. BodL, n*^* 71 
t't 71^ 

428. — Joan. Clieradami alpliabetum linguae sanctac, b. n. 
myslico inlellectu refertum. Parisiis, Gourmont, 1532, in-8. 

A ajouter au Manuale de St., omis par De' Rossi. V. 
Catal. de la Bibl. du Roi, X, 37. 

429. — Salomon Almoli. nnn ^"'' nyiT. Porte d'wine 
iwiwelley ou commentaire biblique. Const., (5)292 
(= 1532), cliez Gerson Soncino, in-4. 

Rossi, p. 36, n"* 227. La date, supputée par lettres, 
n'est pas douteuse et ne saurait être 291 (1531) qu'a par 
erreur le Cat. Oppenheim. V. Bodl.y p. 2283. 

430. 1532-34. Elie Mizrahi. IfîDDH'D. Traité d'arith- n.-y. 
métlqiee. Const., an XII de Soliman, (5)293 (1532) ; achevé 

le 26 Adar 5294 (= 12 mars 1534), in-4. 

Imprimé par Gerson Soncino. R., p. 35, n** 220 ; 
Bodl.j p. 946. 

L'erreur commise par Wolf (III, 102), de lui donner 
pour date de départ 1533, est reproduite dans Fûrst. 

431. — David Kimhi. ^I^DD. Grammaire (première n. \. Mun. 
partie). Const., s. d. (1532-4), G. et Elie Soncino, in-fol. 

A la fin, on trouve un poème d'Abr. ibn Schangia'. V. 
Catal. de la Bibl. du Roi, X, 182 ; Rossi, p. 35, n*» 218 ; 
BodL, p. 872». 

432. — David Kimhi. D^t2^")l!?. Livre des racines hé- 
braïques. Salon ique, in-fol., s. d. (vers 1533 comme Ta 
démontré De' Rossi, II, p. 45, n° 20). Edité par Gerson 
Soncino. 

V. BodL, p. 874, n° 47. 

433. An 1533. Psaumes, ' texte seul, avec points- snm. 
voyelles. Lipsiae, 3 mai 1533, in-8. 

Chez Melclîior Lothes. Ant. Margarita a ajouté une 

1 En outre, M. St., p. 873, n* 38, signale à la même date une édition sem- 
blable, in-8, inconnue. 



nù BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

vers. hebr. de S. Mathieu, I-II. V. Rossi, n** 228 ; Bod/., 
n« 73. 

B. N. 434. — Idem, hebiaice, graece, cum duplici latina 

versione. Paris, 1533, libr. Chevallon, in-fol. — Dans: 
Cephallon, Appendice a Opéra D, Hieron.y t. VII. 

Rossi, p. 36% n« 224 ; Bodl.y n^ 74. Est aussi à part à 
la Bibl. Nat., fol. A, inv. 1473. 

435. — min- Pentateuque, texte seul. Venise, Bom- 
berg, (5)293 (=1533), in-fol. 

Rossi, p. 36, n« 226 : BodL, n« 72. 

L'œuvre supposée Scharscheroth Gablouth (sorte de 
dictionnaire hébreu incomplet), attribué encore à Cônst., 
1533, in-4, par Fûrst, est imaginaire, dit St., BodLj s. v. 
Salomo Almoli. 

B. N. 436. — Munster (Seb.). XWW^, Préceptes (613). Abrégé 

du gr. livre des Préceptes. Basileae, 1538, in-8. 

Texte avec commentaire et version latine. V. Catal. de 
la Bibl. du Roy, A, 774. Rossi, p. 35, n*^ 221, donne à 
tort 1532. V. BodL, p. 1797. 

437. An 1533-4. Malizor. Rituel des fêtes, rite polonais. 
Prag., 6 Nissan (5)293 (22 mars 1533), in-fol. 

Rossi, p. 36, n« 225 ; BodL, n'^ 2447\ 

Nouv. édit. corrigée, imprimée par Gerson et ses trois 
fils, Salomon, Moïse et Mardochée. 

B. N. 438. — nn^lj;. Obadia, accompagné de ralphal)et 

hébreu. Paris, Wechel, 1533, in-8. 

Rossi, p. 49, n« 48 ; BodL, n« 1045. Ce sont huit feuil- 
lets non paginés. A la B. N., Rés. X (1533). 

439. — Raschi. Commentarium in Pentateuchum et 
V Meghillot. Augustae Vindel., 12 Tebet (5)294 (30 dé- 
cembre 1553), in-4. 

Le nom du typog., Hayim b. David, forme juste la date 



par 



anagramme. 



Rossi, p. 36, n*» 233; Bodl., p. 2344, n« 7. 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 247 

440. An 1534. Biblia hebraica, cum latina versione B. n. Mun. 
Munsteri ac commentariis ejusdem. Basileae, 1534, 2 vol. 

in-fol. 

Bibl. du Roy, A, 35 ; Rossi, p. 36, n^ 229 ; BodL, n*>76. 

441. — Epistolaire hébreu, avec exemples. Sans titre 
dans cette édit. princeps. Augsbourg, 1534, petit in-8. 

Omis dans De' Rossi. L'exempl. unique, que possède 
Zunz, est décrit par St., Bodl.y n^ 3370. 

442. — Rituel de la soirée de Pâques, avec figures. 
Augsbourg, 5 Schebat 5294 (19 janvier 1534), in-4. 

Chez Hayim b. David. — L'exempl. du Musée britann. 
est décrit par St., BodL, p. 412, n*^ 2574. Omis dans 
Rossi. 

443. — Rituel journalier, rite ail. Augsburg, 12 Schebat 
1534, in-8. 

Rossi, p. 37, n*^ 234. Impr. par Hayim b. David. L'année 
est douteuse, observe M. St., Bodl.y n® 2072. 

444. — Isaac Duren b. Meir. t<l*n '•"lyc^. Portes de Bâie. b. n 
Doura ; de ce qu'il est permis ou interdit de manger, avec 

notes d'Isserlein. Cracovie, 28 lyar (5)294 (13 mai 1534), 
in-4. 

R., p. 36, n« 231 ; Bodl.y p. 1105. Au Catal. de la 
Bibl. du Roi, A, 1066, une édition a pour lieu et date: 
Genuaey 1539 (pour 1589), que n'a pas St. 

445. — Anschel. HiCfOn nD2"10. Char du lieutenant y Mun. 
Concordance au glossaire hébreu-allemand, avec intro- 
duction grammaticale. Cracovie, s. d. (vers 1534), in-4. 

Rossi, p. 36, n'^ 232 ; Bodl.y p. 737-8. 

446. — bnv '•2«^D. Joël et Malakhi. Paris, Wechel, 
1534, in-8. 

Rossi, p. 37, n° 233 ; Bodl.y n« 75. 

447. — Paul Paradisius, Venetus. Dialogus de modo b. n. 
legendi ebraice. Paris, Gourmont, 1534, in-8. 

Catal. de la Bibl. du Roi, X, 64; St., Manualey 
n^ 1519. 



248 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

448. An 15'35. Munster (Seb.). Isagoge elementalis per- 
quam succincta in hebr. linguam, nunc primum conscripta. 
Item lectio hebraica ex evang. divi Matthaei. Basileae. 
Froben, 1535, in-8. 

Dédié à son fils Samuel Petius. V. Steins, Manuale^ 
n° 1380 ; BodL, p. 2014, n« 15. 

449. — mn^^D. Prières de pénitence, deuxième édition. 
Prag, 1535, in-fol. 

Seul exempl. connu à Wolfenbùttel. Bodl.y n® 2833. 

450. — D''K''3i. Premiers prophètes, avec comment, de» 
R. David Kimhi. Salonique, (5)295 (= 1535), in-fol. 

Chez Jeh. Ghedalia, par Jos. b. Isac ibn Sid. V. Rossi. 
p. 37, n^ 235 ; BodL, n« 78. 

B. N. 451. — 'é<"121. Genesis, avec accents et points-voyelles. 

Paris, Wechel, 1535, in-4 (49 ff.). 

Au verso du dernier feuillet est la marque de Wechel. 
L'exempl. de la Biblioth. Nationale à Paris (A, Réserve, 
4271 , inv.) provient du couvent de saint Bernard. V. BodLy 
v^ 11 . La suite, ou Exode, est de 1536. La nouvelle édit. 
est de 1537. 

Bâie. B. N. 452. — Immanuel b. Salomon. minriD. Séances poi»- 

N -Y 

tiques. Const., du 17 Adar au 15 Eloul 5295 (21 février 
au 23 août 1535), in-4. 

V. Catal. de la Bibl. du Roy, Y, 149 A; Rossi, p. 37, 
n® 236 ; Bodl.y p. 1057. Les vers sont ponctués dans cette 
deuxième édition. 

En lisant mal le 5 de la date juive, on avait adopté par- 
fois 5300 (= 1540), comme nous Tavons vu dans l'exempl. 
annoté à la main de Buxtorf à Baie et au Catal. delà B. N. 

N.-Y. 453. An 1536. David b. Salomon Vidal ou Vital (mé- 

decin a Patros en Morée). min IHD. Couronne de la loi. 
Poème sur les 613 lois mosaïques et les 7 préceptes rab- 
biniques*, avec commentaire d'après l'œuvre d'Abr. b. 

1 Ce total de 620 est résumé dans le premier mot du titre hébreu . 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 249 

Moïse Artes. Constanlinople, chez Eliezer Soncino, 5296 
(= 1536), in-4. 

Rossi, p. 38, n« 244 ; BodL, p. 890, n'^ 3. 

454. — Prières journalières, rite polonais.^ Prag., 
25 Adar 5296 (18 mars 1536), in-4. 

CliezGerson Cohen et ses trois fils. Rossi, p. 38, n" 142, 
BodL, n^ 2073. 

455. — Prières des fêtes, rite allemand. Augsbourg, n.-y 
1 1 lyar 5296 (31 mai 1536), in-fol. 

Dérive de Tédition italienne faite vers 1521. Impr. par 
Hayim h. David Schahor. Rossi, p. 37, n" 238 ; Bodl.y 
11° 2448. 

456. — Prières de pénitence des jours déjeune. Ibid., n.-v. 
4 Tamouz (23 juin 1536), in-fol. 

Première partie, rite ital. ; deuxième partie, rite ail. 
Imprimé chez leTmème. Omis dans Rossi. BodLy p. 431, 
n** 2834. 

457. — Moïse Maïmoni. m^NC^ maiC^n. Béponses aux ^^"" 
(juestiotui. Casuistique. Const., 5296 (= 153JS), in-fol. 

Ce titre, donné par De' Rossi^ p. 37, n** 239, est récusé 
par St., BodL, p. 1898. 

458. — Yehiel b. Ruben. niyn\'\ Dix tentures^ ou 
tableaux astronomiques pour dix ans. Const., 5296 
(=1536), in-4. 

R.. p. 38, n° 243 ; Bodl., p. 1281. 

L'édition de D. Vidal Benveniste « Parabole de Efer et 
Dina, ou deThomme et de la volonté», attribuée à Const., 
5296 (= 1536), in-4, par De' Rossi, ib., n® 245, ne paraît 
pas authentique à St., BodL, p. 2707. 

459. — Munster (Seb.). Hebraica grammatica, prae- 
cipue illa pars quae est de verborum conjugationibus et 
eorum sufHxis ; una cum tabula conjugationum absoluta. 
Basileae, H. Petrus, 1536, in-8 (95 ff.). 

Le titre courant est : Declaratio tabulae hebr. conjuga- 
tionum. V. St., BodLy p. 2014, n^ 16 ; Manuale, n® 1381. 



250 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

460. — Moses Kimhi. pllpl. Grammatica juxta lie- 
braismum per Sebast. Munsterum versa et jam denuo per 
eunden accuratius cum hebraismo collata. Basileae, Hen- 
ricum Petrum, 1536, in-8. 

Rossi, p. 38, n° 246 ; BoclL, p. 1842, n« 8. 

461. — Elia Levita. Vocabula hebraica irregularia, per 
S. Munsterum. Basileae, Henri Petrus, 1536, in-8. 

Rossi, p. 38, n° 247 ; BodL, p. 937, n« 15. 
La préface seule est en hébreu. Le titre courant est: 
Anomala hebraica, 

Mun. wiih. 462. — Biblia hebraica, éd. Munster. Basileae, Eloul 
1536, in-4. 

En appendice, un choix de variantes ; v. Rossi, p. 38, 
n*> 240 ; BoâL^ n^ 79. 

Mun. N.-Y. 463* An 1536-7. Juda Calatz. Tr. de morale. Const., 
5297 (= 1536-7), in-4. 

Avec notes cabbal. du petit-fils et éditeur Moïse. 
V. Rossi, p. 38\ n« 249 ; BodL, p. 1300. Cf. Neubauer, 
Re\>ue des Etudes juwes y V, 51. 

B. N. Mun. 464* An 1537. Obadia Sforno b. Jacob. D'^DV^fc^. Lu- 

*' * mière des peuples. Défense de la loi contre la philosophie 

d'Aristote, d'Averroës, etc. Bologne, 5297 (= 1537), in-4. 

V. Catal. de la Bibl. du Roy, t. I, A, 980 et inv. 5210; 

Rossi, p. 38^ n*^ 250 ; BodLy p. 2076. 

B. N. stutt. 465. — Munster (Seb.). n^t^on mm. Evangile de 
saint Mathieu. Basileae, A. Petrus. 1537, in-fol. 

Au Catal. de la Bibl. du Roy, A -|- 600, Réserve; 
Rossi, p. 38, n*' 248 ; BodLy p. 1015, n*' 25. Cette version 
hébr. est tirée du latin par Munster, qui y a joint de» 
notes et Ta fait précéder de : Fides christianorum et Fides 
judaeorum, 

B. N. 466. — Reuchlin (Joh.). Lexicon hebraicum et in he- 

braeorum grammaticen Commentarii, quibus ea quae re- 
quiri... ex Eliae longe utilissimis institulionibus accrede- 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 251 

runt. Lexico quoque accessit, ingens dictionum numerus... 
ope Seb. Munsteri. Basileae, 1537, in-fol. 

C'est une nouvelle édition des Rudiments. — Omis par 
De' Rossi. Voir Catal. de la Bibl. du Roi, X, 161; St., 
Manuale, n*> 1670 ; BodL, p. 2812. 

467. — Rituel selon Tusage romain. Bologne, 5 Siwan B. N. 
(5)297 (15 mai 1537), in-8. 

Rossi, p. 39, n^ 253 ; BodL, n® 2074. Il contient entre 
autres le Séder Maarekhet d'Elia Zaqen. A la B. N., A, 
inv. 12915, un exempl. sur vélin. 

468. — Elia Levita. pllpl. Grammatica hebr., latine 
versa per Seb. Munsterum. Basileae, Froben, 1537, in-8. 

Rossi, p. 39, n° 254 ; BodL, p. 936, n« 9. 

469. — C^^nn. Psaumes, texte seul. Venise, Bomberg, 
(5)297 (= 1537), in-16. 

Quatrième édition de Bomberg. Rossi, p. 39, n® 255 ; 
BodL, n^ 81. 

470. — ''^^a^< ni'p^^ Peculium Agathii, sive Agalhii B. n. 
Guidacerii Comment, de litteris hebraicis, de punctis, 
accentibus, quantitate syllaborum et vera linguae hebr. 
pronunciandae ratione. Parisiis, Chr. Wechelus, 1537, 

in-8. 

L'exemplaire que nous avons sous les yeux nous a permis 
de reconstituer le titre, souvent défiguré. V. Catal. de la 
B. N., X, 49 : St., Manuale, n*» 759. 

471. An 1537. David Coben. Casuistique. Const., b. n. 
Kislew (5)298 (novembre 1537), in-4. 

Œuvre arrachée à Tincendie d'Andrinople. V. Catalogue 
de la Bibl. du Roy, A, 936; R., p. 38, n^ 249; BodL, 
p. 875. Edité par le fils et le gendre. 

472. An 1538. Joseph ibn Yahiab. David. CflTfî. Com- n.-y. 
men taire sur les V Meghilloth et tous les Hagiographes. 
Bologne, par Soncino, (5)298 (= 1538), in-fol. 

Rossi, p. 39, n^ 256 ; Bodl.y p. 147^. 

473. Tli< mm. La Loi est la lumière. Comment, b. n. n.-y. 



252 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

sur le Pentateuque, avec préface liistor. par le même. Bo- 
logne, 5298 (1537-8), in-4. 

Catal. de la Blbl. du Roi, t. I. A, 1023, et inv., 5419; 
R., p. 39, u^ 261 ; BodLy p. 1477. 

B. N. 474. — Elie Levita. miDDH miDD. Tradition de la 

tradition. Deux traités sur la Massora et sur les abré- 
viations, suivis d'un poème didactique par Saadia (?). Ve- 
nise, Bomberg, (5)298 (= 1538), in-4. 

Rossi, p. 39, n« 258 ; BodL, p. 938, n*^« 20 et 21 ; à la 
B. N., X, inv. suppl. 5215. 

C'est sans doute Saadia b. Bekhor Schor qui a composé 
le poème corrigé par Elie Levita. Voir St., Manuale^ 
n" 1736. 

B. N. Miin/,. 475. — Du même. Qj;D mtO. Du bon goût ou tr. des 
accents. Venise, Bomberg, (5)298 (= 1538), in-4. 

Catal. de la Bibl. du Roi, X, 71 et 81 A; inv. suppK 
5216 ; Rossi, p. 39, n« 259; BodL, p. 937, n^ 17. 

Miiu. 476. — Menahem de Rekanati. nO^n ^pDfî. Décisions 

doctrinales religieuses. Bologne, (5)298 (= 1538), in-4. 
Rossi, p. 40, n*> 262 ; BodL^ p. 1737, n^ 6, 

B. N. 477. — Oratio dominica polyglotta. — Dans: Poslel, 

Alphabetum XII linguarum. Paris, 1538, in-4. 

Rossi, p. 40, n« 264; à la B. N., X, 19»; St., Ma- 
nualcy x\^ 1586. 

478. — ^3n. ^ggce prophète, texte hébreu, version 
grecque, latine, avec comment, de Johan Eckins. Solni- 
giaci, 1538, in-8. 

Imprimé par Joh. Soter. Rossi, p. 40, n® 265 ; Bodl., 
no 82. 

479. — Septem psalmi poenitentiae, hebr. -latine. Lip- 
siae, 1538, in-8. 

V. Palmius, Historié der teutschen Bibeliibersetzungy 
p. 29 ; Rossi, p. 40, n^ 266 ; BodL, n* 85. 

480. — D^^nn. Psaumes, texte seul. Basileae, 1538, 
in-16. 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 253 

A la suite, une liste de mots hébreux lus diversement 
dans les psaumes. Rossi, n** 67 ; Bodl.y n^ 83. 

481. — Idem. Venise, Dan. Bomherg, (5)298 (= 1538), 
in- 16. Impr. par Cor. Adelkind. 

Rossi, p. 40, n" 268 ; BodL, n^ 84. 

482. — (Hagiogr.). Proverbes, Cantique, Ecclësiaste, stutt. 
Job, Daniel. Venise, Bomberg, (5)298 (= 1538), in-16. 

Ibid. 

483. — Postelli liber de originibus, seu de liebraicae b ^' Bàic. 
linguae antiquitate, etc. Paris, 1538, in-i. 

C'est Tappendicc au « Linguarum XII alpliabetum » du 
même auteur, voir ci-dessus, Jj V, n** 7. A la B. N., X, 
Rés. 671 . 

484. — Juda lia-llasid. D^"I^Cnn'D. Livre des i^ens b. n. Munz. 
pieux. Préceptes de morale et de liturgie. Bologne, chez 

Abr. Cohen, 5298 (= 1538), in-4. Ed. princeps. 

Catal. de la Bibl. du Roi, A, 1001; Rossi, p. 39, 
n^ 260; BodL. p. 1321-2. 

485. — Isaac Aboab (II). pc^^^ in:. Fleuve Pischon. n.-y. 
F^xplication de passages bibliques et talmudiques. Const., 

5298 (z=: 1538), in-4. Ed. princeps. 
Rossi, p. 40, n^ 263 ; BodL, p. 1072. 
Edité par le fils, avec Taide de Salomon Mazal-Tob. 

486. — nuyn. Tr. talmudiquc des jeûnes ^ deuxième 
édition. Venise, 1538, in-fol. 

BodL, n° 1927". 

487. — ni2D. Tr. talmudique de la pèwditè des coups. 
Venise, Adelkind Lévi, 1538, in-fol. 

Toutefois, dit M. St., Bodl.y n° 1735^, celte éJniv i. csl 
douteuse et provient peut-être de celle de lj3i). 

488. — nb^ïD. Tr. talmudique du rouleau d Est lier. 
Venise, Siwan 5298 (juin 1538), in-fol. 

Omis dans Rossi. BodLy n" 1750''. 

489. — ^rtD^ n^^fîn. Prières laliiicr j'i^î-mnc.-] pour ^-y. 



254 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

toute Tannée, rite italien ; traduites en latin (ital.), mais 
avec caract. hébreux et points-voyelles. Bologne, fin Tisri 
5299 (oct. 1538), in-8. 

Rossi, p 40, n*^ 270; Bodl., n° 2436. 
B. N. 490. An 1539. Benjamin Zeew b. Matatia, de la 

Morée. :Dt<î ]D^i2. Casuistique civile et religieuse. Venise, 
Bomberg, 25 Adar 1 (5)299 (13 février 1539), in-4. 

Rossi, p. 41, n° 274 ; Catal. de la Bibl. du Roi, A, 937; 
BodL, p. 791. 

491. — Jacob b. Ascher. nVT mv- Deuxième partie 
des Tourim (séries de lois). Cracovie, (5)299 (= 1539), 
in-4. En caractères rabbiniques. 

Rossi, p. 33, n° 204, donne par erreur Tan 1530. Voir 
BodL, p. 1189, n«32. 

492. — Aboth. Maximes des Pères, avec commentaire 
d'Isaac Abravanel. Venise, 1539, in-fol. 

BodLy n° 1434^ 
B. N. 493. — Grammaticae in sanctam Christi linguam insti- 

tutiones, editae per Agathium Guidacerium, hebraice et 
latine. Parisiis, in Collegio Italorum, 1539, in-8. 

Catal. de la Bibl. du Roy, X, 49. Omis dans Rossi. St., 
Manualcy n** 757, 3. 
B. N. 494. — Grammatica hebraeae Chaldeaeque linguae, a 

Matthaeo Aurogallo in lucem édita, pluribusque in locis 
ab auctore aucta. Basileae, H. Petrus, 1539, in-8. 

V. Catal. de la Bibl. du Roi, X, 21 ; St.. Manualey 
n'^ 147. 

495. — Salomon b. Adereth. Casuistique. Double 
index. Bologne, 5299 (1539), in-fol. 

Rossi, p. 40, n*^ 271 ; BodL, p. 2273, n^ 26. 

496. — îtûp nyiD. Traité talmudique des demi-fétef 
(deuxième édit.). Venise, par Dan., fils de Comeil Bom 
berg, 1539, in-fol. 

Ed. citée par St., BodLy n^ 1778«. 
Ambrosius Theseus. Introductio in Chaldaicam, Syram, 
Armenam, etc., ci-dessus, § V, n® 9. 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 255 

497. — I^SÎ^. Canticum, cum versione vulgata, studio Bâie. 
Guidacerii. Parisiis, 1539, in-4, in collegio Italorum. 

V. Rossi, p. 42, n^ 275 ; Bodl.y n^ 88. 

498. — nbnp. Ecclesiaste cum Vulgata, studio Guida- 
cerii. Parisiis, Stephanus, 1539, in-4. 

Rossi, p. 42, n^ 276 ; BoclL, n^ 89. 

499. — Elie Levita. Deux tr. de Massora^ abrégé latin b. n. 
par S. Munster, intitulé Liber traditionuniy etc. ; Accentuum 

hebr. brevls expositio. Basileae, H. Petrus, 1539, in-8. 

Catal. de la Bibl. du Roi, X, 72 ; Rossi, p. 42, n^ 280-1 ; 
Bodl., p. 938, n*^22. 

500. — Gérard Veltuyck. inn ^^31^. Sentiers déserts. 
Poèmes sur les règles juives. Venise, 1539, in-4. 

R., p. 42, n° 277 ; BodL, p. 2701. Au Catal. de la Bibl. 
de Munich, on a inscrit h tort Tan 1529. 

501. — Jo. Bochenstein. Oratio dominicalis ; salutatio 
angelica, hebraice. Dans : Jo. Gymn. Baumgarten, JSa- 
chrichteriy etc. (Colon iae, 1539, in-8), t. III, pars XIV, 
p. 118. 

Rossi, p. 42, no 279. 

502. — Munster. ÎIID^I. Christiani hominis cum judaeo B. N. Bâic. 
colloquium hebraice, Messias Christianor. et Jud., hebr. et 

lat. Basileae, 1539, in-8. 

V. Catal. de la Biblioth. du Roy, A, 1111; Rossi, 
p. 42, n« 282 ; BodL, p. 2016, n° 29. 

503. — TW^ ni*w'. Mosis et Israël is populi Carmen 
(Exodi XV). Texte hébreu publié a la fin de : Mathieu Au- 
rogall, Grammatica hebreae Chaldaeaeque linguae, Basileae, 
1539, in-12. 

V. Rossi, p. 42, n« 283 ; BodL, n° 86. 

504. — Bible en XIV parties avec comment, de R. David b. n. stutt. (i 
Kimhi sur les petits prophètes, revue par Fr. Vatable. j^ y^ À\i\ 
Paris, Rob. Estienne, 1530-44, in-8. 

R., p. 40, n*» 272; BodL, p. 19, n« 99. Rarement 
complète. 



256 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

H. N. N.-Y. 505. Ail 1539. Abraham h. Isaac Schalom h. Jiida. 
Dlbty ni2. Habitation de la paijc. Dissertation de théologie 
et de philosophie. Gènes [Constantinople], 13 Siwan 5200 
(30 mai 1539), in-4. 

Rossi, p. 39, n" 257 ; Catal. de la Hibl. du Roi, A, 993; 
BodL, p. 709, n° 257. 

506. — Jacoh h. Ascher. omc '1- Les Quatre séries 
(de lois reli{2[ieuses). Constant., chez Eliezer Soneino, 
17 Eloul (5)299 (31 août 1539), in-'i. 

Indication des sources talniudiques par Abraham b. 
Schemaria. Rossi, p. '^3, n*^ 280 ; Bodl.y p. 1183, n° 6. 

B. N. 507. — Alj)liabetum hebraicum ; accessere de proiiun- 

tiatione Hterarum hebraicorum; decem j)raeccpta ni*12in'% 
hebraice et laline ; numeri hebraeorum. Paiisiis, Rob. 
Stephanus, décembre 1539, iii-8 (20 pp.). 

Calai, de la Bibl. du Roi, X, 58 (Réserve). Ilossi, 
n'' 278 ; St., Manuale, 82. 

>-Y. 508. — Jacob d'IUescas. Dp: nCN. Paroles agréables. 

Comment, allégoricjue et grammatical sur le Pentateuque. 
Constant., 5 Tebet53i0 (15 décembre 1539), in-i ;'42 11*.;. 
Rossi, p. 43, 11° 290; BodL, p. 1215. 
B. IN. 509. An 1540. Abdias, cum commenlariis R. David 

Kimlii a Francisco Vatablo reco}(nitis. Parisiis, Rob. Ste- 
])hani, I5'i0, in-4 (8 pp.). 

A part. Caractères carrés et rabbiniques. A la B. N., 
iiW, 3914, inv. 

B. N. 510. — David Kimhi. Mikiilol. Œuvres j;ramniaticales, 

avec version latine d'Egide Guidacerius. Paris, 15i0, in-8. 
V. Catal. de la Bibl. du Roi, X, ^"2 ; Rossi, p. 43, 
iV' 292 ; BodI., p. 873. 

r»àie. 511. — Elie Mizralii. J^lî^n mi2^. Forme de la terre. 

Cosmogonie et géographie. Const., (5)300 (= 1540), in-'i. 

De cette mention de R., p. 13, n° 288, St., Bodl.y ne 

paraît tenir aucun compte, puisqu'il ne cite un tel livre 

que d'Abr. b. Hiya paru en 1540. 



LES INCUiVABLES ORIENTAUX. 257 

512. — Al-Harizi. ^;30!DnP. Séances poétiques. Const., 
(5)300 (= 1540), in-4. 

Edition devenue tout à fait introuvable*. De' Rossi, ih., 
nomme l'auteur : « R. Itiel Ariri, » le confondant h demi 
avec son modèle arabe. 

513. — Pellicanus (Conrad). Grammatica ebraea, eu m 
Margarita philosophica édita. Argentorati, 1540, in-8. 

V. St., Manualey n® 1532, qui cite aussi de lui un 
dictionnaire hébreu, mêmes date et lieu. 

514. — Mahzor. Prières des fêtes, rite italien, avec com- 
mentaire de R. Yohanau b. Joseph Trêves, et les Pirké 
Aboth (Maximes des Pères), avec deux commentaires. Bo- 
logne, Tisri (5)301 (oct. 1540), deux parties in-fol. 

Achevé la veille de la fête des tentes 5301. 
Rossi, p. 43, n*> 287 ; BodL, n^ 2579. 
Pour rédition prétendue des Mehabberoth en 1540, voir 
à Tan 1535. 

515. An 1540. Jacob b. Ascher. Les Quatre séries [de 
lois]. Nouv. édit. Index des sources et notes d'Abr. b. 
Avigdor . Augsbourg, 1540, in-fol. 

R., p. 43, n^ 285 ; BodL, p. 1183, n<> 7. 

516. Yahia (David b. Joseph b.), de Naples. piipTD. B. N. 
Grammaire ; lypographiée par Samuel Çarfati (le Français), 

s. 1. n. d., in-4, 20 ff. non paginés. Sans doute à Rome, 
vers 1540, non 1546 comme Tavait supposé M. St. {CataL 
BodL, p. 2800, n^ 7562); Catal. de la Bibl. du Roi, X, 
88. Voir la note à ce sujet par feu Zedner, dans la Hebr, 
Bibliographie^ t. II, 1859, pp. 110-1, qui a vu un exem- 
plaire unique à Londres. 

Inconnu à De' Rossi. A ajouter au Manuale de St. 

Voici maintenant quelques titres dont la date est encore 
incertaine : 

617. Dn:3yn ni^en. (Prières des Hébreux), « vil Guter 



1 Yoir sa note « Al-Hariiî et Mt Toyagtt » (P., 1881, iB-8), p. 14. 
1883. 17 



258 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ErmanuDgen zu gott, etc., aus Hebr. Sprach », par 
J. BœcheDstein. S. 1. n. d. (xvi® siècle), in-8 (16 ff.). 
« IgDotum », dit St., BoclLy p. 803. 

518. ^tnb 'lî^lTS. Supercommentaires à Rasclii. S. 1. n. 
d. [Const., commenc. du xvi® siècle], in-fol. 

Rossi, p. 45, n** 13 ; M. St., Bodl.y n'en parle pas. 

519. Ibn-Habib (Moïse b. Schemtob). jltr^ «fîlD. Gué- 
rison de la langue. Eléments de gramm. liébr. en ques- 
tionnaire, et Dyi 0"n, Voies agréables, lAéiTi(\\xe. Consl., 
s. d., in-4. 

Rossi, ib., p. 47, n** 31 ; dans BodL^ p. 1786, M. St. 
l'assigne init, sœc. xvi. Edit. priiiceps. 

520. Antonius (Aelius), Nebrissensis. De litleris he- 
braicis opusculum. S. 1. n. d. (? Paris, xvi® s., à ce que 
suppose M. St., Manualcy n^ 125). 

521. '»bt!;D. Proverbes, avec comment. d'Isaac Arama. 
S. 1. n. d. (commenc. du xvi® s.), in-4. 

R., p. 49, n° 41 ; BodL, n« 1069. 

Bâie. 522. — Isaac b. Jacob Canpanton. "llD^nn Oïl. Mé- 

thodologie du Talmud. S. 1. [Const.], s. d. (xvi* siècle), 
in-4. 

Rossi, p. 48, n« 43 ; BodLy p. 1098. 

523. lyD^I lî^no. Légende d'une guerre des fils de 
Jacob avec les rois Kananites. S. 1. n. d., in-4. 

Le titre de ce livre est pris du mot initial d'après la Ge- 
nèse, XXXV, 5. V. Rossi, p. 49, n° 43; M. St., BodL, 
n® 3740, suppose : commencement du xvi* sièclei 
B. N 524. *lCf^n'D. Livre d'éthique, attribué (par confusion 

avec Zerahia) à R. Jacob Tam (b. Meir b. Sam.). Const., 
s. d. (même époque), in-4. 

Voir Catal. de la Bibl. du Roi, A, 1000 ; peut-être de 
l'an 1516-18; v. ci-dessus, n« 198. 
Mua. 525. Saadia Gaon(?). ni^Itt^H. Réponses aux dix ques- 

tions sur la Résurrection. S. 1. n. d.^ in-fol. 

Ce sont évidemment les pages tirées à part extraites de 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 259 

réditîon du Midrasch Samuel (Const., 1517, in-fol.), où 
Tappendicc de Touvrage complet est formé desdites ré- 
ponses. Voir à cette date. 

526. in'j;Cf\ Isaïe, avec version lat. de Seb. Munster et Bâie. b. n. 
notes liéhr. tirées du comment, de D. Kimhi. Bâle, chez 

H. Petrus, s. d., in-4. 

A la B. N., A -f|~ ^48. — Les noms d'impr. et de trad. 
nous font supposer: de 1532a 1545. BodLy n®1042, sans 
date. 

Une prière en mille mots commençant par t< (A), est 
attribuée à Penini, de Béziers [Constant., même époque, 
in-4] par une erreur de R., p. 49, n*^ 42, dit St., p. 669. 

527. — Elie Levita. Baba Buch, Fable du duc allemand 
Baba, avec petit glossaire des mots étrangers. S. 1. n. d. 
Edit. princcps. 

La date de composition est 1507, et l'impression n'est 
peut-être pas antérieure à 1540, dit St., BodLy p. 935. 

528. nWpn. Pétitions^ ou Recueil de prières, in-4. 
Const., s. d., de la première moitié du xvi° siècle, dit 
M. St., BodL, n« 3220. 

Voir une notice à ce sujet signée: v. B.-a, dans /feir. 
Bibliogr., t. I, 1858, pp. 87-8. 

Entre autres pièces, on en remarque une au sujet de la 
ruine (tremblement de terre) a Rhodes, remontant peut- 
être à Fan 1522. 

529. Profiat Duran (Efodi). Iggereth Auguereth Aterethy B. n. 
Lettre de controverse religieuse éditée par Is. b. Abr. 
'Akrisch. S. 1. n. d., in-16 (45 ff.). 

L'exempl. rarissime de la B. N., A, inv. 14200, Rés., 
est suivi d'un Konteros, édité par le même. V. BodLy 
p. 546 et 2117. 

530. V't D:}Oin inritt^ Onpj; a"\ Les treize articles de b. n. 
foi par Maïmoni. S. 1. n. d., in-4, 9 ff. et 1 bl. (ce que 

M. St., p. 1888, compte: 10). Grands caractères carrés, 



260 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

t»n deux corps. La forme V{ y revêt une forme bizarre et ori" 

h 

ginale : t*^ , soit un l^ ordinaire à double panache en 

tête. 

Dans le mot Ikkarim de ce titre, on avait lu par erreur 
un 1 au lieu de 1 ; ce qui fait que l'ecclésiastique chargé 
de traduire le titre complet Ta rendu ainsi : « Tredecim 
manipuli quos copulai^it Rambam. » 

L'exemplaire de cet ouvrage (fort rare) qui est à la B. N. 
de Paris provient du monastère de Saint-Germain-des- 
Prés. 



X. 



En résumé, voici la conclusion à tirer de cette longue 
énumération. En mettant ici fin à ces notes, il demeure 
entendu que nous ne prétendons pas avoir donné la liste 
complète des incunables hébreux et des premières im- 
pressions hébraïques du xvi® siècle. Cette œuvre, qui de- 
mandera encore de longues et patientes recherches, est 
loin de pouvoir être terminée. Nous n'avons tenté que 
d'en préparer l'achèvement, en insistant sur un certain 
nombre d'éditions mal connues ou tout à fait inconnues. 
Nous sera-t-il permis d'ajouter à quoi une telle œuvre 
pourrait servir ? 

C'est que celle-ci offre quelque intérêt pour Thistoire 
littéraire de la France, en permettant de compléter la liste 
1^ des écrivains français, et 2^ celle des imprimeurs ou 
correcteurs de notre pays qui figurent dans les ouvrages 
imprimés de cette époque. 

Cette double liste a été dressée d'après nos recherches 
et celles de nos devanciers : 

1 . Auteurs : Imprimé en 1475, en tête de tous, Raschi, le 
rabbin de Troyes. 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 261 

1476-80. Lévi b. Gerson, de Bagnols ; David Kimhi, 

de Narbonne ; Moïse de Coucy. 
1480-82. David Kimhi. 
1484. Penini, de Béziers (que Ton retrouve aussi plus 

tard). 
1489. Kalonymos, de TArgenticre en Languedoc (Ar- 

dèche). 
1508. Moïse Kimhi, grammairien, né en Provence. 
1510. Isaac, de Corbeil. 
1512. Ezobi, Joseph-Hysopaeus, de Perpignan. 

1515. Samson, de Chinon ; Simon b. Cemah Duran, 
Provençal, rabbin à Alger. 

1516-18. R. Jacob Tam d'Orléans, petit-fils de Raschi. 

1516. Ycrouham ben Meschoullam, de la Provence 
(Marseille), réfugié en Espagne après l'exil de France*, 
en septembre 1306. 

1519. Abraham b. Nathan larhi, de Lunel. 

1520. Joseph Bekhor Schor, commentateur du Penta- 
leuque au xii* siècle, du nord de la France. 

1521. Samson, de Sens, commentateur de la Mischnâ. 
1523. Abraham de Bal m es, outre les exegètes et glos- 

sateurs français (tossafistes) sur le Talmud. 
2. Imprimeurs ou aides : En 1477, Nathan, de Salon. 
1477-80. Jacob Lévi, de Tarascon. 
1482. HayimbenAron, de Strasbourg, Çarfati (français). 
1484-1492. Salomon ben Perez Bonfoi, du Midi. 
1491. Ascher ben Perez, de Nice. 
1515-19. Astruc de Toulon, étîibli a Constanlinople. 
1518. Israël Carfati, de Milhaud. 
1520. Pierre Soubzlefour, parisien, corrige l'hébreu, 

pour Gourmont, libraire. 
1540. Samuel Çarfati (Français), a Rome. 
Mais il y a encore un autre résultat acquis par ce tableau , 
résultat plus important, parce qu'il est d'un intérêt plus 

« Graetz, Geschichte^ t. VU, p. 351. 



262 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

général. Pendant les cinquante années d'intervalle écoulées 
entre le recensement bibliographique de Rossi (1799) et le 
travail analogue de M, Steinschneider en 1850, on n'avait 
signalé que sept ou huit titres additionnels d'ouvrages in- 
connus à De' Rossi. Depuis lors, grâce à des recherches 
plus minutieuses, on a pu en inscrire ici bien davantage 
et enrichir d'autant la nomenclature de cette classe d'in- 
cunables ou de livres rares du xvi® siècle ^ Enfin, l'opinion 
admise à l'unanimité jusqu'à nos jours, qu'il y avait solu- 
tion de continuité entre le xv® siècle et le xvi®, de 1496 à 
1505, est désormais sans fondement et inacceptable. 

Parmi ces textes rares, nous devons relever ici, pour une 
cause particulière que l'on va voir, l'ouvrage de Juda Messer 
Leone b. Yeliiel de Mantoue *, intitulé D^Slîi nS3, Dis- 
tillatio favoriun^ ou mieux « rayon de miel », de l'ex- 
pression biblique empruntée au psaume XIX, verset 11. 
Cet ouvrage est composé de 175 feuillets in-4, sans pagi- 
nation ni signature, imprimé par Abraham Conat à Man- 
toue, vers 1480, ou un peu auparavant, selon De' Rossi, 
Annales seculi xv, p. 113 (ci-dessus, n** 10). 

Dans le « Catalogue des livres imprimés de la Biblio- 
thèque du Roi », Belles-Lettres (Paris, 1750, in-fol., t. I, 
p. 99, n** 1620), il est intitulé à tort : Sépher Gaphot Tse- 
rephim au lieu de S, Nopheth Çouphim^ parce que le faible 
hébraïsant chargé de traduire ce titre l'avait mal lu, con- 
fondant y avec i du deuxième mot; et i avec T au dernier 
mot. Le célèbre Clément de Toul, bibliothécaire de 
Louis XIV, a écrit sur la garde du volume ces mots : 
« Tracta tus de arte dicendi, sive de rhetorices praeceptis 



i Pour le xv« siècle, Rossi a 51 -f 30 !!••(= 81), et pour le xvi* s., 203 + 
50 = 343; au total 4^4 (dont il y a à défalquer ce qu'il a inscrit à tort), an 
lieu de 530 notés ici. 

* Originaire de Maples, selon Graetz, Geschtchte^ t. VIII, p. 250. MeMcr 
Léon, auteur d'une Logique composée au mois de Tébet 5214 ( = décembre 1523) 
parait (d'après une Approbation placée en tète de l'œuvre Agour, s. L n. d., 
attribuée à Naples, de 1487 à 1491) avoir revu l'édition princeps dont il s'agit id. 



LES INCUNABLES ORIENTAUX. 263 

» in quo disputaturdeomni orationis génère et de singulis 
» subjeetis : de omnibus quae ad oratoris ofificium et 
» munus requiruntur in homine; atque in liisdisputandis 
» auctoritas nititur Aristoteiis, Tullii et Quintiliani quo- 
» rum verba et sententia adducit... » II n'indique ni lieu, 
ni date, et nomme l'auteur : Leone Gallus, pour avoir lu 
dans la première ligne hébr, « messirc » au lieu de messer, 
un maître italien qui n'a jamais quitté son pays et n'a 
rien de français. 

C'est, à vrai dire, une sorte de paraphrase de la RJiéto- 
rique d'Aristote, assez semblable h celle d'Averroes sur la 
Logique, que Leone traduisit en hébreu, ainsi qu'un cer- 
tain nombre d'autres œuvres de la philosophie aristotéli- 
cienne (Furst., Bibliotheca judaictty II, 231). 

Une remarque du même genre a dû être consignée il y 
a quelques années * pour un autre volume bien plus rare, 
probablement unique, quoique beaucoup plus récent. 
Pour une recherche h faire dans les livres de liturgie et 
une vérification de titres, nous ouvrons le même catalogue 
imprimé, au t. I des livres de théologie (A), où l'on peut 
lire ceci sous le n** 1047 : 

« Varia cantica sacra, preces et psalmi, musicorum 
modis et muneris descripti, octo parti bus comprehensi, 
opus a Judaeo Mantuano non ita pridem editum. Hebraice. 
Venetiis, in-4. » En face d'une description aussi vague, 
sans nom d'auteur, il nous a fallu ouvrir le volume, et le 
titre hébreu nous a aussitôt révélé en toutes lettres le nom : 
Salomon de Rossi, et de plus la date : Heschvi^an 5383 
(octobre 1622). Ce livre, cherché en vain dans toute l'Eu- 
rope, intéressait un compositeur-musicien, qui en a donné 
une édition en notation moderne (Paris, 1876, in-4). 

Les deux seuls faits que nous venons de rapporter peu- 
vent plaider en faveur de l'utilité du présent exposé. 
Dresser un tableau complet desdites impressions, dans tel 

1 PoIybiblioD, 1877, premier semestre, t. XIX, pp. 227 «S. 



264 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ordre que Ton voudra adopter de préférence, soit chrono- 
logique, soit par ordre de matières, soit alphabétique, en 
procédant d'après la méthode de Van Praetpour les vélins 
autres que ceux de la Bibliothèque Nationale, serait un 
idéal a poursuivre. Ce projet n'a rien d'irréalisable, en y 
mettant le temps et les soins nécessaires, surtout en tirant 
parti d'excellents catalogues, déjà imprimés, pour trois ou 
quatre collections célèbres, comme les ouvrages de Steins- 
chnçider*, Zedner* et Roest*. Qu'il suffise, pour le 
moment, d'avoir ouvert la voie*. 



NOTE ADDITIONNELLE. 

•t«,^ A propos des observations suscitées 

par l'examen de quelques marques 
typographiques, décrites plus haut, 
complétons notre résumé par la men- 
tion de la marque ci-contre (n® 1063 
de Silvestre) : cette marque, disent 
Brunet (s. v. Sommaire) et L,-C. Sil- 
vestre [Marques typographiques, t. Il, 
p. 612-13), se trouve sur le titre du 
volume intitulé : « Sommaire recueil des signes sacrez, 
» sacrifices et sacremens instituez de Dieu, depuis la création 
» du monde. Et de la vraye origine du sacrifice de la Messe. » 
(Sans nom de lieu ni d'imprimeur). 1561, in-8 de 80 Cf., le 
dernier blanc. 



1 Cataloguslibrorum Hebraeorum in hibliotheca bodleiana. Berolini, t852-60, 
gr. ia-4 à 2 col. 

* Catalogue of the hebrevr books in thc library of the british Maseam. 
London, 1867, gr. in-8. 

' Outre son Catal. de vente pour la librairie F. Muller (1868), il a rédigé le 
(( Catulog der Hebraica u. Judaica aus der L. Rosenthalsche Bibliothek. » 
Amsterdam, 1875, 2 vol. in-8. Cf. Polybiblion, 2* série, I, 1875, p. 520.2 1. 

^ Depuis l'impression de ces pages, la B. ?î. a acquis le d? 55 décrit ci- 
dessus, p. 40. 




LES INCUNABLES ORIENTAUX. 265 

Or, les deux premiers mots, de bas en haut, à droite, 
sont devenus illisibles à la gravure ; et ce sont les trois 
mots suivants qui permettent de les reconstituer. L'épi- 
graphe complète est tirée du psaume IV, 7 : « Elève (fais 
briller) sur nous la lumière de ta face, ô Eternel ! » N'est- 
ce pas l'obscurité du texte hébreu, ainsi mutilé, qui a 
décidé les imprimeurs de l'édition suivante (même année, 
également sans lieu ni signature) et de celle de Genève, 
1569, in-16, à omettre cette marque que l'on ne retrouve 
plus? Le pamphlet même est très rare. La première édition 
n'est ni à la Bibliothèque Nationale, ni à la Bibliothèque 
Sainte-Geneviève ; nous l'avons cherchée en vain partout. 

Dans l'édition du p^lIPlD d'Elias Levila, ou Lexique 
hébreu avec version latine par Paul Fagius (Isna3, 
MDXXXXI, in fol), on trouve, h la fin, une marque ano- 
nyme, non comprise dans le recueil de Silvestre, figurant 
un arbre touffu, chargé de fruits, au pied duquel on 
aperçoit une grue dévorant des grenouilles, A droite, la 
lettre S ; à gauche, un 3 ; au-dessous (en hébreu) l'ins- 
cription : « Tout bon arbre produit de bons fruits, » Ces 
initiales pourront peut-être mettre sur les traces du nom 
complet de l'imprimeur, qui n'a pas signé cette publi- 
cation (B. N., X, 192). La version latine du Tisbites, par 
les mêmes auteurs, mêmes date et lieu, pourvue de la 
marque analogue d'imprimerie (X, 36), in-4, n'a pas les 
lettres hébraïques en question ; mais on retrouve la marque 
complète à la fin du Sepher AmanUy ou Défense du chris- 
tianisme contre les Juifs, œuvre anonyme d'un juif bap- 
tisé (Isnae, 1542, in-4.). Seulement ladite inscription 
hébraïque est en haut ; au bas, il y a une profession de 
foi en Jésus. 

M. Schwab. 



FIN. 



266 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE ^'^ 



FAUTEUIL DE TARGET 

4634-1883. 



V. 

L^BBÉ F. ARNAUD. 
1721.1771-1784. 

La littérature conduit à tout, a dit nous ne savons plus 
quel homme d'esprit, M. Villemain, peut-être, mais 
à condition de la quitter. Le journalisme est le contraire 
de la littérature ; comme elle, il conduit à tout, mais à 
la condition de le garder. Il conduit à la Chambre des 
représentants et au Sénat, aux ambassades et aux minis- 
tères, au conseil d'Etat et à la présidence des grands corps 
de l'Etat, quelquefois à l'Académie. 

C'est le journalisme qui a fait, en 1771, de l'abbé Ar- 
naud un académicien, comme de nos jours de M. Tabbé 
de Félctz, de MM. Jay, de Sacy, Prévost-Paradol, J. Ja- 
nin, John Lemoine et Ch. de Mazade. 

François Arnaud était le fils d'un maître de musique 
d'Aubignan, petite ville voisine de Carpentras, et encore 
moins connue. Il ne pouvait guère ne pas apprendre la 
musique, mais il ne fut musicien qu'en théorie ; il en 
parlait en véritable connaisseur, et Suard, son alter ego, 
n'hésitait pas à affirmer que Diderot ne l'avait ni plus 
étonné, ni plus charmé par sa conversation sur les arts. 

(1) Voir le Bulletin de mai dernier. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 267 

Lié avec Suard, il partagea avec lui le privilège et là 
direction du Journal étranger ^ auquel était attaché un 
traitement de 10,000 livres. Il collabora aussi à la Gazette 
de France^ à la Gazette littéraire de l'Europe et au Jour^ 
nal de Paris, 

De la Gazette de France^ Grimm disait : « Elle jouit 
de la réputation qu'elle mérite, d'être la plus mauvaise 
gazette de l'Europe; » du Journal étranger^ et de la 
Gazette littéraire : « Ils n'ont pu se soutenir dès que les 
principaux d'entre les gens de lettres ont cessé d'y con- 
tribuer, parce que les éditeurs associés, l'abbé Arnaud et 
Suard, étaient trop paresseux, trop attachés au monde, 
et à souper en ville, pour prendre les soins qu'exige un 
ouvrage périodique (1). » 

Reçu à l'Académie des inscriptions, Arnaud paya sa 
nomination par des Mémoires insérés dans le recueil de la 
Compagnie, sur le Style de Platon, les Poésies de Catulle, 
la Vie d' A pelles y etc. Il écrivit aussi des Observations sur 
le génie d'Horace et de Pétrarque. 

Puis l'abbé, — c'est un exemple qui a été plus d'une 
fois suivi depuis, — réunit tous ces articles épars dans 
divers journaux, et en fit quatre volumes sous le titre de 
Variétés littéraires (2). C'était une invite à l'Académie 
française, à laquelle la politesse de la Compagnie répondit 
par l'élection de l'auteur, en 1771. 

S'il faut en croire Bachaumont, s'expliquant sur cette 
élection : « M. l'abbé Arnaud était une espèce de char- 
latan littéraire, plus connu par ses intrigues que par ses 
ouvrages. 

» Il avait entrepris, ajoutait-il, de substituer au Journal 
étranger, ouvrage essentiel et qui pouvait être excellent, 
une Gazette littéraire, et il a si bien fait qu'en un an il 

(1) Grimm. Correspondance littéraire. Mai 1771. 

(2) Le véritable titre est : Variétés littéraires oa Recueil des pièces tant 
originales que traduites, concernant la philosophie, la littérature et les arts. 
1770. 4 ▼ol. in.l2. 



268 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

a enterré l'un et l'autre ; tels sont ses litres à la place 
qu'il vient crol)tenir à l'Académie française (1). » 

Quand il y fut nommé, il était déjà attaché, nous ne 
savons trop à quel titre, au prince Louis de Wirtemberg, 
lecteur et l)il)liotliécaire de Monsieur, historiographe en 
survivance de l'Ordre de Saint-Lazare et abbé de Grand- 
champ. 

C'est à l'amitié de Gcrbier qu'il dut cette abbaye. 

Gerbier, le grand orateur, le premier avocat de son 
temps, venait de plaider et de gagner pour le Clergé de 
France contre l'Ordre des Bénédictins un procès très im- 
portant. Ce fut au milieu de ce succès qu'il demanda pour 
son ami une al)I)aye ; or comment ne pas accéder au désir 
d'un patron qui avait rendu à l'église un service signalé? 
L'abbaye de Granchamp fut donc donnée à Arnaud. 

Elle lui suscita presque immédiatement un procès, et lui 
fournit en même temps Toccasion de montrer la noblesse 
et le désintéressement de son caractère. 

A peine est-il en possession de cette abbaye, qu'un 
pauvre vieux curé vient lui réclamer dans ce bénéfice sa 
portion congrue. La première pensée de l'abbé est de se 
défendre contre cette réclamation importune, et de la 
faire rejeter judiciairement, mais il se laisse toucher par 
l'âge et la misère du I)on curé, et la réflexion lui conseille 
l'examen des litres. Il en trouve de favorables à son 
adversaire, les lui remet, cesse toute résistance, est con- 
damné et paie tous les frais. Il eût pu se désister, mais 
le procès eût pu revivre, et l'abbé Arnaud voulait que 
l'honnête curé eût un titre non seulement pour le présent 
et contre lui, mais encore pour l'avenir et contre ses suc- 
cesseurs. 

L'abhé Arnaud savait concilier, au moins en apparence, 
ses goûts et ses devoirs ; il ne négligeait ni le monde ni 

l'Eglise. Oji le rencontrait le matin, en petit collet, dans 

(1) Bachaumont. Mémoires, Avril 1771. 



LE PALAIS A L'ACADEMIE. 269 

rantichambrc de Tévcque d'Autun, chargé de la feuille 
des bénéfices, et le soir, en habit de ville, courant les 
cercles et les théâtres. 

Dans le monde, quand le sujet de la conversation l'atti- 
rait et qu'il se mêlait a une discussion, il y apportait quel- 
ques-unes des qualités de Diderot, la chaleur, la fougue, 
Tenthousiasme, mais sans avoir d'ailleurs l'élévation, ni la 
profondeur du philosophe. 

Cette ressemblance était du reste plus apparente que 
réelle, ce qui faisait dire à Grimm : 

a L'abbé Arnaud a un faux air de Diderot, mais cjest bien un 
» faux air. On croirait qu'il en a le génie lumineux, mais on ne 
» tarde pas à se désabuser. C'est une fusée qui a un instant 
» d'éclat ; elle s'élance en l'air, mais c'est pour vous replonger 
n incontinent dans les ténèbres ; au lieu que, lorsque Diderot 
» s'élance, vous voyez une traînée de lumière à perte de vue. » 

Dans la querelle qui vint en 1777 diviser en deux 
camps les mélomanes , créa les Gluckistes et les Picci- 
nistes, le coin du Roi et le coin de la Reine, Arnaud prit 
parti pour Gluck contre Piccini. Il paya largement de 
sa plume dans la guerre de brochures et d'épigrammes 
qu'elle alluma, accepta, non sans succès, la lutte contre 
Marmontel, le défenseur de Piccini, et mérita le surnom 
de Grand-pontife des Gluckistes. 

Le 18 mai 1779, il assistait à la première représen- 
tation d'iphigénie en Tauride, et, après le spectacle, il 
exaltait au milieu d'un cercle d'amateurs les beautés de 
l'opéra nouveau, k Oui, lui dit un interlocuteur, moins 
enthousiaste que lui, il y a certainement de beaux mor- 
ceaux dans la pièce, mais... Il n'y en a qu'un, répondit 
avec véhémence, et en l'interrompant, l'abbé Arnaud, il 
n'y en a qu'un! — Eh! lequel donc? — L'ouvrage tout 
entier. 

Un autre soir, à une représentation d^jélceste, raconte-t- 
on , le hasard avait placé à côté l*iin de l'autre à l'opéra 



270 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Marmontcl et Arnaud, les chefs des deux clans ennemis. 
A ce vers : 

a Par son accent m'arrache et déchire le cœur. » 

« Le vers est beau, dit à demi-voix Marmontcl, mais il 
n'en est pas de même de la musique ; elle me déchire et 
m'arrache les oreilles. — Ah ! Monsieur, répartit tout 
haut Tabbc Arnaud, quelle bonne fortune, si c'est pour 
vous en donner d'autres. » Déjà à quelqu'un qui avait dit 
devant lui que Marmontcl était fati<jué, qu'il s'ennuyait : 
« C'est qu'il s'écoute parler, avait-il répondu, en riant. » 

Leur rencontre h l'Opéra, à la représentation à^Alceste^ 
fut le premier acte d'hostilité et le commencement de la 
guerre qui dura longtemps, divisa tout le Paris mélo- 
mane, dans laquelle se jetèrent Arnaud, Suard, le Bailli 
du Rollet, Marmontcl, Collé, l'abbé Morellet, les rédac- 
teurs du Courrier de l'Europe y du Journal de Paris y de la 
Gazette du soir, et durant laquelle les porte-drapeaux des 
deux partis reçurent plus d'une blessure. 

Si un matin apportait h Marmontcl cette épigramme : 

Ce Marmontcl si long, si lent, si lourd, 

Qui ne parle pas, mais qui beugle, 

Juge la peinture en aveugle, 

Et la musique comme un sourd. 

Ce pédant à si sotte mine, 

Et de ridicules bardé, 
Dit qu'il a le secret des beaux vers de Racine... 
Jamais secret ne fut si bien gardé. 

le lendemain rapportait à l'abbé Arnaud ce couplet : 

L'abbé Fatras, 

De Carpentras, ' 
Demande un bénéfice; 

Il en aura, 

Car l'Opéra 
Lui tient lieu de ro£E[ce. 

Monsieur d'Autun (1), 

( 1 ) L'évèque d' Aoton, qui «Tait alors la feuille des bénéfices, était H. de Marhoof^ 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 271 

Qu'il en ait un! 
C'est un devoir 
De le pourvoir; 
On veut le voir 
Marcher le soir 
Précédé de sa crosse. 
Et le matin 
Chez sa c....n 
Arriver en carrosse. 
Pour Armide il a tant trotté, 
Pour Alccste il s'est tant crotté, 
Que c'est pitié 
De voir à pie 
Ce grand apôtre de coulisse, 
Comme un sergent de la milice. » 

Après des engagements vifs et multipliés, une liUte 
acharnée, la guerre traîna en longueur, et finit par s'é* 
teindre d'elle-même. 

L'abbé Arnaud était un homme du monde, un charmant causeur, 
plein de chaleur, de verve, de passion. « Les idées, les images, 
les figures, les comparaisons, les métaphores venaient en foule 
s'offrir à lui, semblaient s'arranger d'elles-mêmes de la manière 
la plus propre à passionner son discours, et à faire passer son 
enthousiasme dans l'Ame de ceux qui l'écoutaient. Il avait même 
souvent alors de ces élans vigoureux et imprévus, de ces explo- 
sions soudaines et irrésistibles qui étonnent l'esprit, l'éblouissent, 
et lui ôtent pour quelques instants jusqu'à la faculté d'examiner. 

» Une voix pleine et sonore, une prononciation fortement arti* 
culée, des inflexions variées suivant les divers mouvements de la 
passion, son accent naturel, qui, ajoutant encore de la force ou de 
la grâce à ce qu'il disait, achevaient le prestige et enlevaient tous 
les suffrages (1). » 

Pour compléter le portrait, ajoutons avec M. Roger : 

« C'était un homme au cœur chaud, à la tête vive, à l'esprit 
pénétrant. Amant éclairé et passionné des lettres et des arts, mais 

(4) Dacier. Ehgê d'Arnaud, 



272 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

leur préférant encore le tourbillon du monde et les petits soupers; 
dissipant, prodiguant pour ainsi dire une vie qu'il aurait pu ren- 
dre utile et peut-être même illustre ; d'une imagination brillante 
et féconde, d'une paresse sans égale ; dormant le jour et s' amu- 
sant la nuit ; entreprenant tout et ne finissant rien ; léger dans ses 
goûts, constant dans ses affections ; ami solide et sincère, et, par- 
dessus tout, homme aimable. » Tel fut l'abbé Arnaud. 

Il avait tout partagé avec Suard, ses travaux, ses succès 
et jusqu'à sa réputation ; il ne se donna ni cesse ni trêve, 
qu'il ne Teût fait entrer, après lui, à TÂcadémie, où il ne 
le précéda que de trois ans. Il ne Vy aurait même précédé 
que d'un an si la première nomination de Suard eût été 
approuvée par le Roi, qui refusa son agrément, croyant à 
tort que le nouvel élu était Tun des ouvriers de YEncyclo^ 
pédie. 

La propre nomination de Tabbé Arnaud ne s'était pas 
faite sans rencontrer beaucoup de difficultés, et, pour les 
écarter, il n'avait fallu rien moins que c< toute la dextérité de 
son ami, » et Tappui de la maîtresse en titre du Roi, Madame 
la comtesse Du Barry, qu'il avait tenue autrefois sur ses 
genoux, quand elle était petite fille, et connue sous le nom 
de Jeanne Bécu ; dans le salon de laquelle il s'était ren- 
contré, quand elle partageait la fortune du comte Jeap, le 
Roué, avec Collé et Crébillon fils, le comte de Guibert, 
les ducs de Duras et de Nivernois, et dont il ne négligeait 
pas, depuis qu'elle habitait le château de Versailles, d'aller 
saluer la quasi-royauté (1). 



(1) Chamfort. Caractères et anecdotes. — Cb. Yatel. Histoire de Madame 
Du Barry. 

Madame Du Barry était un enfant naturel. Elle a^ait pour mère mit 
cuisinière, Anne Bécn, et ponr père, d'après tontes les apparences, on moût 
de Tordre de Picpus, Jean- Jacques Gomard, en rcli^on frère Ange. 

Enfant, elle s'appela Jeanne Béco ; jeune fill^ dans le magasin dt moJtt dt 
Labille, Mademoiselle BeauTemier on BeanTamier ; à l'bôtel dn eomte Jtam Da 
Barry, Mademoiselle de Vanbemier ; enfin, après son mariage aTcc GolUnoM^ 
le frère du Roué, Madame la comtesse Dn Barry, comtesse de coatrebaMl^ 
jamais le titre de comte n'aTait appartenu à Gaillamnt» 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 273 

Le public avait le mauvais goût de trouver qu'il n'avait 
pas de titres à la succession de M. de Mairan, et que « la 
disette de sujets académiques, » était peut-être le seul qui 
pût justifier son ambition. 

Il n'en fut pas moins nommé, et reçu dans la séance du 
13 mai 1771 , par le vieux de Châteaubrun, dont le dis- 
cours, lu par d'Alembert, fut vivement applaudi. 

Il n'en fut pas de même de celui du récipiendaire. « Lu 
avec trop de précipitation, » il ne produisit aucun effet et 
fut peu goûté. 

« L'éloge de M. de Mairan, dit Grimm, n'est guère que croqué 
et cet académicien célèbre méritait bien un panégyrique plus 
soigné.,. L'abbé Arnaud a mieux aimé nous tracer une es[)èce de 
parallèle entre la langue grecque et la langue française, entre 
l'élocution d'Athènes et celle de Paris. Le discours m'a paru sans 
résultat; quand l'orateur a eu fini, il n'en est rien resté, et l'on 
ne sait ce qu'on a entendu. » 

Diderot juge ce discours encore plus sévèrement que 
Grimm, son collaborateur : 

« J'ai lu le discours de l'abbé Arnaud, écrit-il, nulle grâce 
» dans l'expression ; pas une miette d'élégance ; un ton dur et 
» voisin de l'école. Si vous parlez d'harmonie, soyez harmo- 
» nieux... Quand on se rappelle ou le nombre de Fléchier, ou le 
]> charme de Massillon, ou la hauteur et la simplicité de Bossuet, 
» ou la facilité et la négligence de Voltaire, on est choqué du ra- 
y> mage sourd et rauque de l'abbé Arnaud. 

» Il tourne sans cesse dans le même cercle d'idées sur les lan- 
» gués... Je croyais que l'abbé pensait davantage. Autrefois il 
y> bouillait, aujourd'hui il me cahote; c'était du feu et de la 
» fumée épaisse, à présent le bruit d'une mauvaise voiture. » 

Le mariage fut célébré sur la production d'actes falsifiés qui donnaient aux 
parties des titres et des qualités auxquels elles n'avaient aucun droit. 

Madame Du Barry, avant de devenir maîtresse en titre du Roi, avait eu de 
nombreux adorateurs, mais il n'est pas vrai, ainsi que le faisaient écrire et le 
répétaient les Choiseul, qu'elle eût été « fiUe du monde annotée », c'est-à-dire 
fille publique, l'une des habituées delà Paris, et des pensionnaires de la Goordan. 

Madame Du Barry était belle, bonne, obligeante, généreuse, désintéressée; 
ces qualités et sa mort ne sont-elles pas de nature à faire oublier bien des faiblesses ? 

Voir Ch. Vatel. Histoire de Madame Du Barry. 

1883. 18 



274 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Malgré ces critiques, le peu de sympathie du public 
lettré pour sa candidature, son talent assez médiocre et sa 
conduite peu exemplaire, l'abbé Arnaud entra à TAca- 
démie, où tous les efforts de Voltaire et des encyclopé- 
distes furent impuissants à faire arriver Diderot. 



VI. 

J.-B. TARGET. 

1733-1785-1806. 

Le talent et le caractère de Target ont donné lieu à bien 
des jugements contradictoires : les uns l'ont loué avec 
excès, les autres l'ont blâmé avec exagération. Aujourd'hui 
que trois quarts de siècle ont passé sur sa tombe ; que 
r homme et les événements auxquels il a été mêlé appar- 
tiennent à l'histoire, nous pouvons, mieux que les con- 
temporains, les apprécier sans passion, les juger avec im- 
partialité. 

Un coup d'oeil d'ensemble sur sa vie nous montre qu'il 
eut par intermittences de bons et de mauvais jours, des 
heures de courage et de défaillance. 

Ainsi, ce furent pour lui de bons jours que ceux où, 
'l'un des premiers avocats de son Ordre, il plaida contre le 
P. de la Valette et la Compagnie de Jésus; pour la Rosière 
de Salency, pour le cardinal de Rohan, pour Beaumar- 
chais ; où, insensible aux promesses et aux menaces du 
chancelier Maupou, il refusa avec fermeté de se présenter 
devant le nouveau parlement, et fut chargé de compli- 
menter, au nom de sa Compagnie, l'ancien restauré; ce 
furent encore pour lui de bons jours que ceux où il fîit 
appelé à l'honneur de la présidence de la Constituante ; où 
l'unanimité des suffrages lui ouvrit les portes de l'Aca» 
demie; où l'élecUon populaire lui donna un siège à la Cour 
suprême. 

Mais ce furent pour lui de mauvais jours que ceux où il 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 275 

entra dans la carrière politique, pour laquelle il n'était 
pas fait ; où il perdit à la tribune de rassemblée sa répu- 
tation d'orateur ; où il refusa le péril et l'honneur de dé- 
fendre le Roi ; où, manquant à la dignité de son caractère 
et de sa profession, il se fit honteusement le secrétaire du 
Comité révolutionnaire de sa section, et du savetier Cha- 
lendon, qui le présidait... 

Avocat comme son père, Guy, Jean-Baptiste Target 
n'avait pas vingt ans quand il prêta serment devant le 
Parlement (1). 

C'était en 1752, et l'éloquence judiciaire, en retard sur 
le grand siècle, n'avait point encore dépouillé les habi- 
tudes et le mauvais goût du siècle précédent. 

Le style du. barreau au xvn® siècle était pompeux, dé- 
clamatoire, emphatique, hérissé de citations; Voltaire l'ap- 
pelait « un pathos de collège ». Les plaidoieries se traî- 
naient interminables ; on a conservé le souvenir^ de celles 
du procès du duc de Bouillon, qui remplirent dix-sept 
audiences ; de celles du procès de Jean Maillard, qui en 
prirent quarante; enfin, de celles du procès du prince de 
Conti contre la duchesse de Nemours, auxquelles il 
n'en avait pas fallu moins de cinquante-cinq, en deux 
reprises. 

Le xvni' siècle s'était déjà débarrassé de la plupart de 
ces défauts, mais alors « le langage des boudoirs était 
passé dans les œuvres judiciaires. C'était le temps de Mar- 
montel, de Dorât, de Florian ; la philosophie et le droit 
parlaient en idylles. » Et à l'appui de cettie remarque, 
l'auteur de l'Histoire du barreau de Paris, M. Gaudry, 

(1) Target éuit né à Paris, le 6 décenture t733, et il moonit aux IfoUèna 
(Seine-et-Oise), le 9 septembre 1806. 

Hiehand, Biographie universelle; Rabbe, Biog,; 0. Dayal, Dictionnaire 
df 1» eonwerHUkm, ont donc eommis ium double erreur sur la date de sa nais-, 
sance, en la fixant au 17 décembre 1733, et sur celle de sa mort, en l'indiquant 
au 7 septembre 1807. 

At. J. Domoot,. Annales du barreau françeUêf dans une n^tiee spéeiak, a 
partagé leur erreur sur la date de la naîsMi 



276 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

cite « le plaidoyer fameux de Target pour la rosière 
de Salency (1). » 

M. J. Du mont qui a écrit pour les Annales du barreau 
français une notice sur Target, porte à peu près le mênic 
jugement sur cette œuvre trop vantée : « C'est, dit-il, une 
composition pleine de grâce, mais peut-être aussi de ma- 
nière, et qui, alliant la jurisprudence à la poésie, paraît 
quelquefois, malgré tout son art, trop technique pour une 
idylle, et trop pastorale pour un plaidoyer. » 

Target, depuis plusieurs années au barreau, n'avait pas 
encore trouvé l'occasion de montrer ce qu'il valait, quand 
le procès du P. de La Valette la lui fournit. 

Le P. de La Valette, supérieur des maisons et établisse- 
ments de la société des Jésuites à la Martinique et dans 
les îles sous le vent, y faisait le commerce sur une grande 
échelle, associé a un juif de la colonie. Trompé dans ses 
calculs par des événements imprévus, il fit faillite et dé- 
posa un bilan, dont le passif était de plus de 3,000,000 
de francs, somme énorme pour le temps. 

Les créanciers porteurs de traites en poursuivirent 
le remboursement contre le P. de La Valette, et encore 
contre la société de Jésus tout entière, et confièrent leurs 
intérêts à trois jeunes avocats, MM. Legouvé, Target et 
Gerbier qui, tous trois^ devinrent célèbres, et rencon- 
trèrent, tous trois, dans cette affaire, qui passionna l'opi- 
nion, les premières avances de la célébrité (2). 

Défenseur des frères Lioney, de Marseille, Target s'atta- 
cha aux constitutions de la Société. Il y trouva la preuve 
que le général avait sur les membres de la corporation un 
pouvoir omnipotent; que tous lui étaient soxxmis perindè ac 
cadaver ; que rien ne se faisait et ne pouvait se faire sans 
son ordre, d'où il tirait la conséquence que les engage- 
ments des membres de la compagnie, notamment les actes 

(1) Gaudry. Histoire du barreau de Paris. 

['Z) Voir sur ce procès les détails que nous avons donnés dans notre Etude 
sur les trois Legouvé, Broch. in-8. 1879. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 277 

de commerce du P. de La Valette, qui n'avaient pu se pro- 
duire qu'avec Tassentiment du général, obligeaient la 
Compagnie tout entière. 

Ce système, habilement développé, détermina Tarrêt 
du Parlement du 8 mai 1761, qui condamna la Société 
au paiement des sommes réclamées, et à 50,000 francs de 
dommages-intérêts. 

Plus tard, quand il s'agit de l'existence même de la 
Société, ce fut ce travail de Target qui servit de base au 
compte' rendu et au réquisitoire du procureur général Joly 
de Fleury, et au second arrêt du Parlement d'août 1762, 
qui, précurseur de l'édit de novembre 1764, prononça 
l'expulsion de France de la Compagnie de Jésus. 

Cet éclatant succès de l'avocat ne fut que le prélude 
de ceux qui l'attendaient à la barre. 

Il plaida pour la Rosière de Salency contre le seigneur 
du lieu ; ce procès est trop connu au palais et en dehors 
du palais, pour que l'envie nous vienne de nous y arrêter. 
Il écrivit un mémoire justificatif pour le cardinal de 
Rohan, dans l'affaire du Collier, et c'est peut-être là son 
meilleur ouvrage. Le style en est naturel, clair et vigou- 
reux ; les preuves s'y enchaînent, en se prêtant un mutuel 
appui ; c'est un excellent factum. Nous n'en ferons pas, 
cependant, comme M. J. Dumont, biographe quelque 
peu enthousiaste, « un chef-d'œpvre de dialectique et 
d'éloquence, » et nous nous garderons bien surtout de 
le comparer, comme lui, à la MiloniennSy pas même à la 
première, improvisée par l'orateur, troublé à la vue des 
soldats qui entouraient le Forum, et si éloignée, pour la 
perfection, de la seconde, refaite à loisir par l'écrivain 
dans le calme du cabinet, et dont la lecture faisait dire au 
client exilé : « ô TuUius, si tu avais prononcé cette haran- 
gue, je ne mangerais pas à Marseille d'aussi bon pois- 
son ! » 

Target plaida encore pour Beaumarchais. Quel homme 
de palais ne connaît la querelle de l'auteur du Barbier 



278 BULLETnr DU BIBLIOPHILE. 

avec le couple Goësmann, et ces Mémoires auxquels elle 
donna naissance, si brillants de verve, d'esprit et d'origi» 
nalité? Or, le Parlement Maupou, en même temps qu'il 
blâmait Fauteur, en avait ordonné la suppression par un 
arrêt du 26 février 1774. Lorsque l'ancien Pariement eut 
été rappelé, Beaumarchais, homme d'affaires non moins 
qu'homme de lettres, se hâta de profiter de ce retour 
triomphal pour se pourvoir devant lui contre cet arrêt. 
Target lui prêta l'appui de sa parole, et le 6 septembre 
1776, le Parlement réintégré, sur le réquisitoire de l'avo-. 
cat général Séguier, annula l'arrêt de 1774, des juges 
Maupou qui avaient pris momentanément sa place. 

Target était l'avocat de prédilection de l'ancien Parle- 
ment et le choix de Beaumarchais était encore une habi- 
leté. Target, en effet, n'avait point séparé sa cause de celle 
du Parlement; il l'avait défendu dans la Lettre dCun 
homme à un autre homme, avait résisté à toutes les solli- 
citations du chancelier, s'était condamné au silence pen- 
dant la durée de la commission Maupou, méritant ainsi le 
nom de c< Vierge du palais, » et n'avait reparu à l'audience 
qu'avec l'ancienne magistrature réinstallée, à laquelle il 
avait apporté, à la rentrée de 1774, les félicitations de 
l'Ordre. 

Target avait obtenu de sa profession, sauf le Bâtonnat, 
tous les avantages et tous les honneurs qu'elle peut don* 
ner. Il tenait avec Gerbier le premier rang dans la plai- 
doirie, était l'avocat de l'Université et membre du conseil 
souverain de Bouillon, avait eu un rôle dans tous les 
grands procès de l'époque, mais trente-deux ans d'exei^ 
cice avaient amené pour lui la fatigue et le besoin de re- 
pos. Il renonça aux luttes judiciaires en 1785. 

Cette année-là même l'abbé Arnaud mourait, laissant 
une place vacante à l'Académie. Tai^et la convoita et fit 
ses visites. C'était la nécessité de ces visites avant l'élec- 
tion, que les susceptibilités de l'Ordre regardaient à tort 
comme attentatoires à l'indépendance de la profession, 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 270 

qui écarta du fauteuil académique Cochin, Normand et 
Gerbier. 

Target fut nommé à l'unanimité, et reçu dans la séance 
du 10 mars 1785. 

Il prit pour texte de son discours : les Résolutions de 
r éloquence j reporta au barreau Thonneur de son élection, 
« C'est le barreau français, dit-il, que vous avez voulu 
adopter, en y laissant tomber, presque au hasard, un rayon 
de votre gloire, » et sut avec assez de délicatesse et en 
quelques mots, à côté de Téloge des orateurs du palais, 
LeMaistre, Erard, Cochin, placer celui de Tavocat général 
Séguier, dont il devenait le collègue, et de Gerbier, dont 
Tabsence fut remarquée. 

Le directeur de l'Académie, M. le duc de Nivernois, 
félicita le récipiendaire « d'avoir fait de son nom seul au 
palais un préjugé de la justice des causes qu'on lui voyait 
défendre. » 

C'est ce que Madame de Lambert avait déjà dit aupara- 
vant de son meilleur ami, l'avocat-académicien De Sacy : 
c( Sa probité est un heureux présage pour la cause qu'il 
soutient. » 

Si le caractère de Target n'avait trouvé que des appro- 
bateurs, son talent rencontra plus d'un censeur. 

La race des plaisants n'a jamais manqué en France, et 
le calembour y a été de tout temps cultivé. Aussi, dît-on 
du nouvel élu, qui n'avait guère écrit que des mémoires 
judiciaires, qu'il n'entrait à l'Académie que pour me/wo«r«. 

Il jouissait de sa retraite, refaisant sa santé altérée, 
quand il en sortit tout à coup à l'annonce de la convoca- 
tion de l'Assemblée nationale. Regrettait-il le silence qu'il 
gardait depuis quatre ans ; espérait-il retrouver à la tri- 
bune les triomphes qu'il avait rencontrés à la barre ; ne 
cédait-il qu'au désir d'être utile à son pays ? Toujours est- 
il qu'il ambitionna un siège à la Constituante, et ii s'a- 
dressa à l'opinion, en publiant coup sur coup Ma pétition 
ou Cahier du baillage ; — les Etats^Généraux commués 



280 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

par Louis XVI ; — Déclaration des droits de l'homme en 
société. 

Le peuple de Paris lut ses brochures et l'envoya à l'As- 
semblée, qu'il eut Thonneur de présider rannée suivaiUe. 

S'il y trouva des maîtres de la parole, avec lesquels il 
ne pouvait lutter, Mirabeau, Maury, Cazalès, Barnave, il 
n'en apporta pas moins à l'assemblée son tribut de con- 
naissances, d'études et de travaux. Nous le voyons con- 
tril)uant pour sa part à la rédaction de l'acte constitu- 
tionnel^ à la consolidation de la Dette publique, et au 
maintien du gouvernement monarchique, 'au règlement de 
la juridiction des bailliages et des sénéchaussées, à la mé- 
tamorphose des provinces en départements, au programme 
du cérémonial de la Fédération, etc., etc. 

Il était même le principal ouvrier, sinon le président de 
la commission chargée delà Constitution, œuvre d'un long 
et difficile enfantement, qui trompa l'attente du plus 
grand nombre. Les lenteurs des uns, les impatiences des 
autres donnèrent lieu contre Target *à une foule de plai- 
santeries en paroles et en actions. On le disait en cou- 
ches... On répandait de la. paille devant sa porte... et 
après l'accouchement quelque peu laborieux, on baptisait 
sa fille législative du nom de Targétine constitutionnelle. 

Chargé, comme président de l'Assemblée, de porter au 
Roi, nous ne savons plus quel message ou quelle délibé- 
ration, il le fit dans des termes que les collègues qui rac- 
compagnaient trouvèrent trop respectueux. « Sire, avait-il 
dit, nous apportons aux pieds de Votre Majesté... Aces 
premiers mots, il fut interrompu par des murmures et par 
l'exclamation : A bas les pieds ! et obligé de recommencer sa 
harangue,.... en supprimant les pieds, bien entendu. Est- 
ce que les révolutions seront donc toujours les mêmes, 
réservant leurs sévérités pour les mots et leur indulgence 
pour les actes ! . . . 

Malgré de véritables services rendus à l'Assemblée, 
Target en sortit fort diminué. Il y perdit sa renommée 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 281 

d'orateur, et en rapporta Tépithètè de rhéteur et quelques 
ridicules. 

Nous arrivons au règne de la Convention et de la Ter- 
reur, et nous trouvons dans la vie de Target deux pages 
que nous voudrions pouvoir en arracher, celles sur les- 
quelles sont inscrits son refus de défendre Louis XVI, et 
son titre de secrétaire du savetier Chalendon, président 
de sa section. 

Traduit à la barre de la Convention, le Roi avait choisi 
Target pour l'un de ses défenseurs. La défense du Roi, qui 
avait sa gloire et ses périls, était le couronnement d'une 
noble carrière judiciaire, et nous connaissons peu de 
grands avocats qui ne l'eussent acceptée, et été fiers 
de joindre leur nom à celui de Tronchet et de Males- 
herbes. Target refusa, motivant ce refus sur son âge, 
l'affaiblissement de ses forces, et son état de santé, 
aggravé par quatre années de travaux excessifs (1). Ce 
refus, qui lui a été maintes fois reproché, fut un acte de 
faiblesse et une malheureuse inspiration, que ne rache- 
tèrent pas ses Obsenfations sur le procès ^ brochure qui 
précéda la défense orale de Desèze, fut distribuée à la 
porte même de la Convention, et dans laquelle l'auteur 
avait rassemblé toutes les raisons qui lui semblaient de 
nature à faire obstacle à la condamnation du royal accusé. 

(1) Voici, du reste, la lettre que Target adressa au Journal des Débats, 
du 14, et au Moniteur, du 15 octobre 1792. 

a Agé de plus de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de doaleors de 
tête et d'étouffements qui duraient depuis treize ans, et qae quatre années de 
travail excessif ont aigris à un point inconcevable, je conserve à peine des 
forces suffisantes pour remplir pendant six heures dans chaque journée les 
fonctions pénibles de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment 
d'être déchargé par de nouvelles élections. C'est assez dire qu'il ne m'est pas 
possible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai absolument 
rien de ce qu'il faut pour un tel ministère ; et, par mon impuissance, je tra« 
hirais à la fois le client accusé et l'attente publique. C'est à l'instant même, 
pour la première fois, que j'apprends cette nomination qu'il m'était impossible 
de prévoir. Je refuse donc cette mission par conscience. Un homme libre et 
républicain ne peut consentir à remplir des fonctions dont il se sent assuré- 
ment incapable. » 



^82 fiULLKTm DU BIBUOPHILE. 

N*est-ce pas encore à une défaillance de caractère qo^il 
faut attribuer son acceptation des fonctions de secrétaire 
du comité révolutionnaire de sa section, et la mise à la 
discrétion de son président, le savetier Chalendon, de sa 
parole et de sa plume? Ceci se passait, il est vrai, au 
temps de la Terreur ; mais la Terreur elle-même, avec s<es 
menaces, et les services qu'il a pu obtenir de Tignoranœ 
de Chalendon, sont-ils une excuse suffisante de cet acte de 
pusillanimité ? 

Avec des jours plus calmes, Target revint au palais, 
non plus comme avocat, mais comme magistrat. L^ëleo- 
tion populaire en fit le président de Tun des tribunaux de 
Paris, de nouvelle création, puis un juge au tribunal de 
Cassation. Plus tard, d'accord avec la voix du peuple,. le 
Sénat en fit un conseiller à la Cour suprême. 

Dans cette haute magistrature il retrouva toute sa va- 
leur. 

Quand le Consulat, voulant donner à la France nue 
législation nouvelle, fit appel aux lumières de la Cour de 
cassation, Target fut Tun des commissaires chargés de 
Texamen du projet de code civil, et Tun des cinq mevt- 
bres du tribunal auxquels furent confiés la rédaction d'un 
projet de code criminel, et le soin d'en soutenir la dis- 
cussion au conseil d'Etat. 

Les vacances de 1806, en lui rendant pour deux mois 
sa liberté, lui avaient permis d'aller, suivant son habi- 
tude, chercher dans sa maison des Champs, Des-Molières, 
le repos et l'oubli du travail. Il n'y précéda la mort que 
de quelques jours ;• elle le frappa à soixante- treize ans, au 
milieu de sa famille ; il en avait donné cinquante-quatre 
au barreau et à la magistrature. 

H. MOULIH, 
Ancien ma^strat. 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS. 283 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS 



On a beaucoup parlé et on parlera encore beaucoup du 
recueil des chansons de Mau repas, qui forme plus de 
cent volumes conservés à la Bibliothèque Nationale. Il 
est surtout connu pour les pièces concernant les xvu® et 
xviu* siècles et il fournit en effet pour ces deux époques 
les détails les plus variés, les plus curieux et les plus 
piquants. Mais Maurepas avait fait remonter la collection 
de ces poésies de circonstances bien avant le règne de 
Louis XIV et nous avons été curieux de parcourir les 
volumes afférant à cette partie du Chansonnier, qui n^ont 
probablement jamais été consultées et où cependant on 
peut encore recueillir quelques renseignements qui ne 
sont pas absolument à dédaigner. Nous ne voulons pas 
donner ici un long extrait, encore moins reproduire de 
nombreuses pièces, mais seulement faire brièvement con- 
naître cette portion presque inédite de Maurepas, en ne 
négligeant pas les annotations qui. souvent constituent les 
documents les plus intéressants. 

L'une des premières pièces — nous ne la citons qu'à 
ce titre — est un quatrain chanté à l'entrée d'Isabeau de 
Bavière à Paris, sur la porte Saint-Denis, par deux anges 
qui lui déposèrent sur la tête une couronne de pierreries 
(1389): 

Dame enclose entre fleurs de lys, 
Royne estes- vous du Paradis ? 
De France et de tout le pays ? 
Nous en allons en Paradis. 

Nous citerons le siège de Marseille par le connétable de 
Bourbon (1524), dont il fut repoussé par le capitaine 



284 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Rance, gentilhomme romain qui s'était enfermé dans là 
place avec 3,000 vieux soldats sauvés de Pavie : 

Quand Bourbon vit Marseille, 
Il a dit à ses gens : 
Vrai dieu ! Quel capitaine 
Touverons-nous dedans ? 

Il ne m'en chaut d'un blanc 
O homme qui soit en France, 
Mais que ne soit dedans 
Le capitaine Rance. 



A grand coups de canon 
Aussi d'artillerie, 
En a pu repousser 
Jusques en Italie. 

La rime n'est pas riche, mais l'intention excellente. 
Voici maintenant la chanson de la bataille de Pavie : 



SUR LA BATAILLE DE PAVIE, 1525 

Hélas, la Palice (1) est mort. 
Il est mort devant Pavie. 
Hélas, s'il n'estoit pas mort, 
Il seroit encore en vie (2). 



(1) Jacques de Chabannes, seigneur de la Palisse, maréchal de France, tué à 
la bataille de Pavie, le 24 février 1525. Il avoit fait tout son possible pour 
détourner le Roy du malheur où sa destinée l'entraisna contre tontes les règles 
de la guerre. 

(2) Une variante beaucoup plus rationnelle existe de ce couplet : 

Monsieur de la Palisse est mort 
Est mort devant Pavie; 
Un quart d'heure avant sa mort 
Il faisoit encore envie '... 



DE QUELQUES CHANSONS DE BIAUREPAS. 285 

Quand le Roy partit de France (1), 
 la malheur il partit. 
Il en partit le dimanche 
Et le lundy il fut pris. 

Il en partit le dimanche 

Et le lundy il fut pris (2). 

Rens toy, rens toy, Roy de France, 

Rens toy donc, car tu es pris. 

Rens toy, rens toy, Roy de France, 
Rens toy donc, car tu es pris (3). 
Je ne suis point roy de France, 
Vous ne sçavez qui je suis. 

Je ne suis point Roy de France, 
Vous ne sçavez qui je suis. 
Je suis pauvre gentilhomme. 
Qui s'en va par le pais. 

Je suis pauvre gentilhomme^ 
Qui s'en va par le pais. 
Regardèrent à sa casaque. 
Avisèrent trois fleurs de lys. 

Regardèrent à sa casaque, 
Avisèrent trois fleurs de lys. 
Regardèrent à son ëpée, 
François ils virent escrit. 



(1) François I*' assiégea en personne la ville de Parie le 21 oetobre 1524 : 
après qaatre mois de siège, il étoit très peu araneé. Cluvles, eonnettable de 
Bourbon, qni commandoit l'armée de Charles-Qnint, Tint Meoniir la plaee et 
attaqua le roj dans son eamp la nuit dn 24 an 25 féTner .1525. 

(2) La bataille fut des plus grandes et des plus sanglantes et le loy, après 
avoir longtemps combattu en soldat aussi bien qu'en eajHtaîne, le trouva seul 
au milieu des ennemis et dans le moment que son eberal lot tué. 

(3) n combattit encore assex longtemps à pied suit être iceomiB et, tBfi% 
ayant aperçu parmj eeulx qni le pressoient Pompénn, oicnycr dn cmmettabl^ 
il se rendit à luj. 



286 BULLETIN DU BIBLIOPHILB. 

Regardèrent à son espée, 
François ils virent escri. 
Ils le prirent et le menèrent 
Droit au château de Madry. 

Us le prirent et le' menèrent 
Droit au château de Madry, 
Et le mirent dans une chambre. 
Qu'on ne voïoit jour ny nuit. 

Et le mirent dans une chambre, 
Qu'on ne voïoit jour ny nuit, 
Que par une petite fenestre 
Qu'estoit au chevet du lict. 

Que par une petite fenestre 
Qu'estoit au chevet du lict, 
Regardant par la fenestre, 
Un Courier par là passit. 

Regardant par la fenestre, 
Un Courier par là passit. 
Courier qui porte lettre, 
Que dit-on du Roy à Paris. 

Courier qui porte lettre, 
Que dit-on du Roy à Paris. 
Par ma foy, mon gentilhomme. 
On ne sait s'il est mort ou vif. 

Par ma foy, mon gentilhomme. 
On ne sçait s'il est mort ou vif. 
Courier qui porte lettre, 
Relourne-t-en à Paris. 

Courier qui porte lettre^ 
Retourne-l'en à Paris, 
Et va-t'en dire à ma mère, 
Va dire à Montmorency. 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS. 287 

Et va-t'en dire à ma mère, 
Va dire à Montmorency, 
Qu'on fasse battre monnoye 
Aux quatre coins de Paris. 

Qu'on fasse battre monnoye 
Aux quatre coins de Paris ; 
S'il n'y a de l'or en France, 
Qu'on en prenne à Saint-Denis. 

S'il n'y a pas de l'or en France, 
Qu'on en prenne à Saint-Denis, 
Que le Dauphin on amène 
Et mon petit fils Henry. 

Que le Dauphin on amène 
Et mon petit fils Henry, 
Et à mon cousin de Guise, 
Qu'il vienne icy me requery. 

Et à mon cousin de Guise, 
Qu'il vienne icy me requery. 
Pas plus tost dit la paroUe, 
Que Monsieur de Guise arrivy. 

Nous donnerons ensuite une chanson attribuée par 
l'auteur du recueil à Marie Stuart, après son premier 
veuvage : 

En mon triste et doux chant (1) 

D'un ton fort lamentable, 

Je jette un œil tranchant 

De perte incomparable^ 

Et en soupirs cuisans, 

Passe mes meilleurs ans. 

^1) Marie Staart, reine d'Ecosse, demeura Teave da Roy François O, le 5 dé- 
cembre 1560. Elle en fat fort affligée et de sa perte et de son deuil, elle fit 
elle-même cette chanson. Elle alla, au bout de 18 mois, en Ecosse, à son grand 
regret. 



288 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Fut-il un tel malheur 

De dure destinée, 

Ni si triste douleur 

De dame fortunée, 

Qui mon cœur et mon œil 

Vois en bierre et cercueil. 

Qui en mon doux printems 
Et fleurs de ma jeunesse, 
Toutes les peines sens 
D'une extrême tristesse. 
Et en rien n'ay plaisir 
Qu'en regret et désir. 

Ce qui m'estoit plaisant, 
Ores m'est peine dure. 
Le jour le plus luisant 
M'est nuit noire et obscure, 
Et rien n'est si exquis 
Qui de moy soit requis. 

J'ai au cœur et à l'œil 
Un portrait et image. 
Qui figure mon deuil ; 
Et mon pasle visage 
De violettes teint. 
Qui est l'amoureux teint. 

Pour mon mal étranger 
Je ne m'arreste en place ; 
Mais j'en ay beau changer 
Si ma douleur s'esface ; 
Car mon pis et mon mieux, 
Sont mes plus déserts lieux. 

Si en quelque séjour, 
Soit en bois, ou en prée, 
Soit pour Taube du jour, 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS. 281» 

Ou soit pour la vesprée ; 
Sans cesse mon cœur sent 
Le regret d'un absent. 

Si parfois vers ces lieux 
Viens adresser ma veue, 
Le doux trait de ses yeux 
Je vois en une niie ; 
Soudain je vois en Teau, 
Comme dans un tombeau, 

Si je suis en repos 
Sommeillant sur ma couche, 
J'oy qu'il me tient propos 
Je le sens qui me touche ; 
Rn labeur, en recoy 
Toujours est prest de moy. 

Je ne vois autre objet 
Pour beau qu'il se présente, 
A qui que soit subjet, 
Oncques mon cœur consente ; 
Exempt de perfection, 
A cette affliction. 

Mets chanson icy fin 
A si triste complainte. 
Dont sera le refrein. 
Amour vraye et non feinte ; 
Pour la séparation 
N'aura diminution. 

Le meurtre du duc de Guise, par Poltrot, inspira 
une longue complainte à laquelle est jointe une longue 
note avec ce passage curieux : « Poltrot accusa en 
mourant l'admirai de Colligny de l'avoir poussé à ce 
meurtre, et ce fut pour en tirer vengeance que les Guises 
linMii faire, neuf ans après, rhorrible massacre delà Saint- 

1883. 19 



290 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Bartliélemi. » Cette complainte est censée composée 
pour son anniversaire du 24 février 1566 : l'assassinat 
remontait à 1563. Mais la pièce est toute à Thonneur de 
Poltrot. 

Allons ! jeunes et vieux, 
Revisiter le lieu 
Auquel ce furieux 
Fut attrapé de Dieu ; 
Attrapé au milieu 
Des guets de son armée, 
Dont fut éteint le feu 
De la guerre allumée. 



Ce fut cest Angoulmois, 

Cest unique Poltrot : 

Noire parler françois 

N'a point un plus beau mot, 

Sur qui tomba le lot 

De retirer d'opresse 

Le peuple huguenot 

En sa plus grande des tresse. 



Il (Guise) prit si vistement 
Notre port et nos tours. 
Qu'il dit avec serment 
Qu'il verroit dans trois jours 
(Nous estant sans secours 
Et près de sa secousse), 
Si Dieu notre recours 
Viendroit à la rescousse. 

Quand Poltrot Tentendit 
Ainsi horriblement 
Blasphémer, il a dit : 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS. 291 

Je voy Ion juji^emcnt, 
Mon Dieu, sur ce méchant : 
SI mon dessein t'agrée, 
Donne-moy, Dieu puissant, 
Ta constanec asseuree. 

Aussitôt dit, il part, 
Il s'enquiert, il entend 
Où est, de quelle part 
Vient celui qu'il attend. 
Cependant, choisissant 
Lieu pour son advanlage. 
Le reco«(noist passant 
Et le trousse au passage ! 

Qui fil finir le tems 
De nos jours malheureux ; 
Dont est dit tous les ans 
Pollrot payant nos vœux, 
L'exemple merveilleux 
D'une extrême vaillance : 
Le dixième des preux, 
Libérateur de France ! 

Une chanson récitée par deux joueurs de lyre aux 
mascarades de Fontainebleau, en 1569, prouve que 
Charles IX, avant Louis XIV, fut appelé le roi Soleil. 

Le soleil et notre roi 
Sont semblables de puissance. 
L'un gouverne dessous soi 
Le ciel et l'autre la France. 



L'un est autheur de la paix, 
Chassant le discord du monde. 
Illustrant de ses beaux rais 
La terre, le ciel et Tonde. 



**'92 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Et Tautre ayant du discord 
La puissance rencontrée, 
A mis les guerres à mort 
Et la paix en sa contrée. 



Bref, le soleil éclairant 
Partout, qui point ne repose, 
De Charles n'est difFérant 
Seulement que d'une chose : 
C'est que le soleil mourra 
Après quelque temps d'espace. 
Et Charles au ciel ira 
Du soleil prendre la place ! 

ilien de saillant ne concerne les régnes de Henri III 
et de Henri IV : il en est de même pour la régence de 
Marie de Médicis et noire moisson sera bientôt faite pour 
le rèjrne de Louis XIII. 

Les couplets a sur le temps qui court, par M. Guil- 
laume », datent des troubles de la minorité de Louis XIII, 
mais n'offrent réellement pas d'intérêt. Plus curieuse est 
la pit'ce sur la mort du connétable de Luynes, acrostiche 
<le celte phrase latine : jiisto ciel judice judicatus sum, 

nLucifer audacieux. 
CVoulant surpasser les cieux 
^Inesgalant sa puissance, 
î^Ne veut rien moins qu'esgaler 
PlEn Dieu la divine essence, 

• 

CqEt en son trosne voiler. 

cnSurquoy Dieu qui juge tout 
^Tachant d'en trouver le bout, 
gjMarri d'un semblable crime 
OOù rien n'en avoil raison, 
pdRabat de l'affreuse abisme, 
HTel méchant dans la prison. 



DE QUELQUES CHAIN SONS DE MAUREPAS. -293 

^Par même moyen un Adam 
>A été réduit à dan, 
^Refructive de la grâce 
f Lorsqu'il savoura le fruict 
wEn ce mourant par audace 
«-•Il tomba dans le délict. 

cVous humains l'ambition 
cr-Sur cet exemple de non, 
HTienne en bande votre vie. 
ti:Et jamais plus tel forfait 

• 

«-•Iniquement vous manie 
CH Visant au divin portrait. 

C^Graee nous vient ceste nuict, 
CTîEn Jesus-Clirist qui reluict 
gMon Dieu rachette la France, 
CnEn tenant Gaulias le fort 
îs^Nagueres par son enfance, 
HTu es l'en fer et la mort. 

• 

CjDësormais ne péchons plus 

C=qEt ne faisons plus d'abus, 

CDieu auteur de la lumière, 

^Illumine bien souvent, 

CqEt après notre prière, 

CjVeut que tout mal aille au vent. 

Nons donnerons ensuite pour finir deux pièces rela- 
tives au siège de la Rochelle, en 1627 ; la dernière a 
pour objet la conquête du Roussillon. 

LES MATELOTS 

Voicy venir deux matelots, 
Buckingham (1), l'escumeur de flots. 
Et le parpaillot de Soubise : 

(1) Boakinkan, après quatre mois à Tlsle de Ré, les Anglois se retirèrent en 
septembre 1627. 



294 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Ils demandent Tlsle de Ré, 
Mais Saint-Martin nv son curé 
N'aiment ceux de leur église. 

Ayant le généreux Toyras (1), 
Ils mangeroicnt plustost les rats. 
Et les souris que de la rendre : 
Aussi jamais un vray Gaulois 
Ne fut la proyc des Anglois 
Avant que se bien deffendre. 

Ces habiles adventuriers, 
Suivis des plus nobles guerriers 
Des boutiques de T Angleterre, 
Jurent toutcsfois qu'il Tauront, 
Et j'estime que non feront, 

S'ils n'entendent mieux la guerre. 

Neantmoins la Rochelle eu fait 
Retentir d'un aise parfait 
Ses carillons à la Romaine, 
S'imaginant desja partout 
Ces Pirates de bout en bout. 
Commander a la Guvenne. 

Tandis ces braves Champions, 
Ces Roitelets, ces deux Pions 
Blanchissent la mer sous leurs voiles, 
Qui par fois rougit de leur sang, 
Quand ils osent monstrcr le flanc, 
A la mercy des étoiles. 

Jadis les navires des fous. 
Dont les Romains discourent tous, 
Firent de plaisantes affaires : 
Nous le voyons encore icv, 

(1) Toyras commandoit dans Ré. 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS. 295 

Par les navires de ceux cy, 
Qui bientost seront Galères. 

Petits hohiers audacieux, 
Petits Mouchets ambitieux, 
Le Héron n'est pas votre chasse : 
Guidant prendre on est souvent pris ; 
Voler pour les chauves-souris 
Est Tessor de votre audace. 

Quand TAngleterre et son pouvoir 
Autant qu'elle dit en avoir, 
Iroit jusqu'au Pôle Antarctique 
Le nom de Louis seulement. 
Là feroit par ctonnement 
Devenir paralityque. 

Allez donc corsaires de mer 
r^evez Tancre peur d'abismer ; 
Desmarez, en tournant la proue ; 
Vous n'êtes {^eus pour nos efforts, 
Regaignez votre Isle et vos ports 
Où vous aurez sur la joue. 

Allez remparer vos citez, 
Gar bientost vous serez traitez 
Gaillardement à la Françoise ; 
Vous avez commencé le jeu, 
De qui vous n'éteindrez le feu, 
Sans V trouver de la noise. 

Et vous Messieurs leurs l>ons amis 
Redonnez vous aux fleurs de Lvs 
Que l'on aima dans la Rochelle : 
A des gens ne vous alliez 
Qui furent jadis étrillez 
De la main d'une pucelle. 

On en rirait de tems en tems, 
Et ne seriez guères contens 



296 BULLETIN DU BIBLIOPHILE 

D'ainsi miscral)Ies vous rendre ; 
Pour ce que le frère d'un Roy, 
Si vous ne luy donnez la foy, 
Mettra vos remparts en cendre. 

Quittez donc ces deux matelots, 
Bukingham Tescumcur de flots. 
Et le parpaillot de Soubise, 
Qui n'auront pas Tlsle de Ré, 
Car Saint Martin ny son curé 
N'aiment ceux de leur église. 

Puis Schombcrch a juré sa foy 
Devant la Majesté du Roy, 
Que jamais Potiron ny la Hire 
Ne frottèrent mieux ces renards 
Avec leurs flèches et leurs dards, 
Qu'il le fera sans leur dire. 

Et vous soldats qui méritez. 
Les gloires et les dignitez 
De Landrecy, prenez courage ; 
Eternisez vous dans le fort ; 
C'est peu de chose que la mort. 
Quand on revit d'âge en âge. 

« Le jeudy 14 décembre 1628, le Roy, après son retour 
de la Rochelle, fut à l'hostel de la Reyne mère au fau- 
bourg Saint-Germain où il disna en public, et pendant 
son disner une excellente musique chanta ces vers » : 

Grand Roy dont la valeur 

Forçant notre malheur 
A dompté des mutins si digne de suplice 
Dy nous coment l'excès de ta bonté 

A fait que ta justice 
Ne les a point punis de leur témérité. 

Qu'elle audace d'oser 
Contre toy s'opposer, 



DE QUELQUES CHANSONS DE MAUREPAS. 297 

Apres que ton courroux a brisé tant de testes, 
Chacun te craint, ton courage peut tout, 
Et tu fais des conquêtes, 
Dont jamais tous nos Rois n'ont pu venir à bout 

Que tes yeux soient ouverts 

Dessus tout Tunivers, 
Vois tu rien de parfait si tu ne te regarde 
Tu tiens sous toy les vices abatus 

Et les plus seures gardes 
Ne sont pas tes soldats, mais ce sont tes vertus. 

Tu fais voir en tous lieux 

Pour la gloire des cieux ; 
D'incrovables effets de force et de clémence 
Sans te flatter, tes faits sont inouis 

Et quelque jour la France, 
Au nombre de ses Rois verra deux Saints Louis. 

SUR LA CONQUÊTE DU ROUSSILLON. 

On dit que l'Espagnol a repris la Bassée, 

Amy ne t'en- afflige pas. 

Rions achevons ce repas, 
La France en ce malheur n'est point intéressée. 
Perdons la sans regret et tous les lieux voisins. 
Maudit soit ce païs, il n'a point de raisin. 

Tandis que l'ennemi passera la campagne 

A reprendre ce triste lieu, 

Louis suivy de Richelieu 
Prendra ceux d'où nous vient le meilleur vin d'Espagne, 
Perdons la sans regret et tous les lieux voisins 
Maudit soit ce païs, il n'a point de raisin. 



298 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 



LES PUYSEGUR ET LEURS OEUVRES. 



Les archives du château de Buzancy (Aisne), résidence 
principale, depuis 1646, des Puysegur (et non Puységur^ 
comme on récrit souvent), sont du petit nombre des dé- 
pôts de ce genre que la Révolution a respectés. On y 
trouve, entre autres curiosités, la collection des œuvres 
tant imprimées qu'inédites des cinq membres de cette fa- 
mille qui, du xvii° siècle au xix®, ont courtisé à la fois Bel- 
lone et les Muses, comme on disait jadis. 

Le plus ancien de ces guerriers littérateurs est Tauteur 
des Mémoires (1617-1658), Jacques de Puysegur, lieute- 
nant général des armées du Roy. Ses Mémoires ont été 
publiés pour la première fois en 1690 (2 vol. in-4), huit 
ans après la mort de Fauteur, par François Du Chesne, 
qui a eu le tort d'en altérer la saveur primesautière, sous 
prétexte de rajeunir le style. On y trouve néanmoins beau- 
coup de choses curieuses sur les habitudes intimes de 
Louis XIII, et les mœurs militaires du temps. 

La même année que l'édition originale de ces Mémoires, 
il en parut en Hollande une contrefaçon in-12, aujourd'hui 
fort rare. Puis vint l'édition de 1747, publiée par le petit- 
fils de l'auteur. Ce n'est nullement, comme on l'a pré- 
tendu, un reliquat de la première sous un titre rafraîchi. 
Il est vrai que le second éditeur a suivi si scrupuleusement 
le travail du premier, que chaque page des deux éditions 
se termine par le même mot. Mais en les comparant, on 
voit que toutes les fautes indiquées dans V Errata de 1690, 
ont été soigneusement corrigées en 1747. De plus, chacun 
des deux volumes de cette deuxième édition a sa pagina- 
tion séparée, ce qui n'existe pas dans la première. 

Quoi qu'en aient dit tous les biographes, les Mémoires 



LES PUYSEGUR ET LEURS OEUVRES. 299 

de PuysefTur, que Saint Simon qualifie crexcellents (il 
n'est pas prodigue, on le sait, de pareils éloges), n'ont pas 
été réimprimés dans la collection Petitot. Ils devaient 
l'être, mais ne l'ont pas été davantage dans la bibliothèque 
eizévirienne Jouvet. 

Jacques II de Puysegur, l'un des nombreux fils du pré- 
cédent, parvint à la dignité de maréchal de France. Si 
nous l'en croyons, pendant sa longue carrière militaire, 
«il ne fut jamais al)scnt des armées que le temps qu'il 
fallait pour se faire guérir quand il était blessé. » Il rem- 
plit pendant de longues années, avec une supériorité in- 
contestable, les fonctions de maréchal des logis de l'armée, 
ce qui le mit, dans bien des circonstances, en rapport di- 
rect avec Louis XIV. Il rédigea pour lui de nombreux mé- 
moires auxquels étaient annexés des cartes et des dessins, 
qu'on voil encore h Buzancy. On remarque surtout les 
cartes représentant les différentes mai*ches de l'armée fran- 
çaise, pendant les dernières campagnes du maréchal de 
Luxembourg en Flandre (1690-1694). «Puysegur, dit Saint 
Simon, avait été l'àme de tout ce qu'avait fait de beau 
M. de r^uxembourg. » Les nombreuses notes autographes 
du maréchal de Puvscffur, également conservées à Bu- 
zancy, ont été en partie utilisées dans Y Histoire militaire 
de la Flandre du chevalier de Beaurain, qui souvent n'a 
fait que les copier. 

En 1739, le maréchal de Puysegur, déjà octogénaire, 
entreprit de refondre en un seul corps d'ouvrage tous ses 
traités antérieurs. Ce grand travail fut publié cinq ans 
après sa mort par son fils sous ce titre : VArt de la guerre 
par principes et par règles^ 3 part. în-fol. Paris^ Ant. 
Jomberty 1748, avec dédicace au Roi. En tête de la pre- 
mière partie, figure le beau portrait du maréchal, gravé 
par Daullé, d'après Tournière. La première partie com- 
prend trente-deux planches et cartes, la seconde neuf. Les 
vignettes ont été dessinées par Cochin fils et Marvy, et 
gravées par Soubeyran, Chédel, Cochin et Aveline. La plus 



300 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

jolie est la bataille de Foiitenoy, dans laquelle les évolu- 
tions des deux armées sont indiquées sur une échelle fort 
restreinte, avec une finesse extraordinaire de burin. Les 
encadrements sont dans le meilleur goût du temps, et 
d'une exécution charmante. Le frontispice de la seconde 
partie représente le coq gaulois en sentinelle près d'un su- 
perbe trophée d'armes : le cul-de-lampe final, œuvre de 
Cochin fils, un guerrier romain assis sur un canon entouré 
de petits Amours. Le costume du guerrier est un anachro- 
nisme flagrant ; mais les amours sont de tous les temps, et 
ce rapprochement de la stratégie des champs de bataille 
avec celle des boudoirs est bien conforme au goût de 
l'époque. Ces illustrations sont reproduites dans l'édition 
ia-4**, sortie des mêmes presses. Quérard estimait jadis 
l'édition in-folio 50 fr., et V in-quarto 30 fr. 

Cette œuvre, longtemps classique, a été l'objet de nom- 
breux travaux dans tous les pays. Elle a eu ses abré- 
viateurs, ses commentateurs, ses critiques. Aujourd'hui 
encore, son étude figure dans le programme du cours de 
littérature militaire de Saint-Cyr. Elle fut traduite en ita- 
lien dès 1753, en allemand en 1755. Frédéric II en faisait 
le plus grand cas, et la lisait encore dans les derniers jours 
de sa vie. Vingt ans plus tard. Napoléon retrouva à Pots- 
dam le livre de Puysegur ouvert à l'endroit auquel Fré- 
déric s'était arrêté, lors de sa dernière lecture. 

Quelques passages de cet écrit semblent prophétiques. 
Puysegur a parlé le premier de fortifier Paris. Dans un 
plan de campagne supposé entre la Seine et la Loire, il 
exposait et discutait des éventualités aujourd'hui trop 
historiques ! 

La correspondance active et passive du maréchal, encore 
inédite, est conservée à Buzancy. On y trouve notamment 
quatre volumes de copies de lettres relatives aux Pays-Bas 
espagnols, écrites par le maréchal, ou à lui adressées par 
Louis XIV lui-même, Torcy, Chamillart, les électeurs de 
Bavière et de Cologne ; le maréchal de Boufflers, les ducs 



LES PUYSEGUR ET LEURS OEUVRES. 301 

crHarcourt et de Beauviliiers^ le marquis de Bedmar et les 
bourgeois de Liège. Les pièces relatives à la mission que le 
maréchal remplit auprès des deux électeurs ; — mission 
qui devait être finie en six semaines et dura dix-huit mois; 
— sont particulièrement intéressantes, et dignes d'être pu- 
bliées par la Société de THistoire de France. 

Neuf autres volumes, également d'une grande impor- 
tance historique, se rapportent h la guerre de la succession 
d'Espagne. Puysegur y joua un rôle des plus honorables, 
pour le conseil comme pour l'action, dans des circonstances 
souvent très difficiles ; h Malpiaquet, par exemple, où il 
« fit toute la disposition de la retraite qui fut parfaitement 
belle. » • 

On trouve aussi dans les archives de Buzancy un Mé- 
moire au togra plie du maréchal, daté du 12 mai 1738: il 
avait 82 ans h celte époque. Ce sont des Instructions adres- 
sées à son fils, colonel du régiment du Vexin. Mais la fa- 
mille regrette vivement la perte d'un autre Mémoire, qui 
remontait aux premières années du règne de Louis XV, 
intitulé : Des moyens d'empêcher les troubles pendant les 
minorités. Cet opuscule, écrit à l'époque où le maréchal 
élait membre du conseil de régence, fut prêté pendant la 
monarchie de juillet à un célèbre écrivain ; et l'on ignore 
ce qu'il est devenu. 

Jacques III de Puysegur parvint au grade de lieutenant- 
général. Outre l'édition in-4° de 1747 des Mémoires de son 
aïeul, cl le grand ouvrage de son père, il a publié, sous le 
voile de l'anonvuie, plusieurs ouvrages militaires, philoso- 
phi({ucs et satiriques, dont plusieurs firent grand bruit 
dans leur temps. 

Le plus ancien et le plus rare, inconnu jusqu'ici à tous 
U\s bibliographes, est un Mémoire sur « les opérations de 
Tarmée du Roi dans les Pays-Bas en 1748. » C'était un 
in-8 (le 1 48 pages, imprimé en 1749 soi-disant à La Haye^ 
chez J.-B, Scheurleer^ en réalité à Gand^ chez P, de 
Goesiny cl dans lequel certains hauts personnages n étaient 



302 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

pas mdïiagcs. Maigre toutes ces précautions, le secret de 
rincognito de l'auteur fut trahi, et il dut, par ordre supé- 
rieur, retirer aussitôt de la circulation et détruire son Mé- 
moire, dont quelques exemplaires seulement ont échappé 
à cet auto-da-fé. 

C'est également h lui que revient la plus grande pari 
d'un curieux petit volume publié chez Didot en 1713, Etat 
actuel de l'art et de la science militaire à la Chine, . ., aifec 
diiferses ohser\>ations sur l'étendue et les bornes des sciences 
militaires chez les Européens {in- 12 de 288 p. avec 11 plan- 
ches). Suivant un avis de l'éditeur, les 34 premières pages 
sont du colonel de Saint-Maurice de Saint-Leu, et le reste 
(plus des cinq sixièmes) d'un lieutenant-général des-armées 
du Roi, lequel n'était autre que Puysegur, ainsi qu'en fait 
foi une note autographe jointe à l'exemplaire de Buzancy. 
Il ne s'agit pas dans ce livre d'une Chine de fantaisie, 
comme la Perse de Montesquieu. Jj'auleur analyse sérieu- 
sement les intitutions militaires des Chinois d'après de 
Guignes, et c'est seulement dans les notes qu'il donne car- 
rière h sa verve humoristique contre la routine militaire 
française, l'hahillement des troupes, etc. Les chapeaux, la 
coiffure, tous les détails du costume militaire de son temps, 
comparés à ceux du xvii° siècle, lui paraissent aussi grotes- 
ques qu'incommodes, a Nous avons, dit-il, acquis des lu- 
mières, a l'aide desquelles nous avons reconnu que ce qui 
gênait jadis ne gène plus à présent. » 

Un autre opuscule du même, publié en 17G7, eut un 
beau succès de scandale. C'était une Discussion intcreS' 
santé sur la prétention du clergé d'être le premier ordre 
d'un Etat ; avec le quousque tandem des Catilinaires pour 
épigraphe. Cet écrit fut supprimé par un arrêt du Conseil 
du 12 février 1768, comme attentatoire aux droits, préro- 
gatives et propriétés du clergé. Puysegur proposait de payer 
sur les biens ecclésiastiques les dettes de l'Etat, d'afïecter 
les abbayes et les prieurés, au fur et à mesure des vacances, 
à des institutions militaires, etc. Bien qu'il ne se cachât pas 



LES PUTSEGUR ET LEURS OEUVRES. 303 

le moins du monde d'être l'auteur de ce libelle anonyme, il 

%■' 

ne fut nullement poursuivi. Quatre ans plus tard, la DiS" 
cussion fut réimprimée, avec ou sans son consentement, à 
Amsterdam^ chez Mm^c-Michel Rej-y dans un recueil en 
trois volumes de Pièces détachées relatives au clergé sécn 
lier et régulier. Les autres pièces ne sont pas de lui ; 
quelques-unes même, comme la Suffisance de la religion 
naturelle qui remplit tout le troisième volume, sont en 
cont radie lion formelle avec ses idées. Une disssertation 
du droit du souverain sur les biens du clergé et des moineSy 
qui lui est attribuée dans le Dictionnaire Vapereau, est 
d'un économiste obscur nommé Cerf vol, Puysegur III 
n'était ni matérialiste, ni déiste; il prétendait discipliner 
militairement le clergé, non le détruire, et croyait au con- 
traire le sauver ainsi de la destruction. Sans donner d'ar- 
ticles à rEncyclopédie, il eut des relations avec Diderot, 
et lui fournit des matériaux. Une lettre de cet écrivain, 
conservée \\ Buzancy, annonce le renvoi de plusieurs vo- 
lumes annotés par le marquis de Puysegur, et que Diderot 
avait {Tardés dix ans. Ces volumes existent, mais un re- 
lieur inintellijjent a mutilé les annotations en rogfnant les 
marges. 

Ce qui prouve bien que ce militaire littérateur, tout en 
payant tribut h l'esprit frondeur de son temps, n'était 
rien moins qu'irréligieux au fond, c'est qu'il existe h 
Buzancy une traduction de V Imitation, écrite entièrement 
de sa main. Le dernier feuillet porte la date du 7 septem- 
bre 1770. On a aussi de lui une Analyse et Abrégé rai- 
sonnes du spectacle de la nature de Pluclie [Reims y 1772). 
Le titre ne porte que les initiales M. de P., mais le nom 
de Puysegur figure en toutes lettres dans le privilège du 
Iloi. 

On cite encore de lui deux ouvrages jusqu'ici introu* 
vables : Y Histoire de Madame de Bellerive (1768, in-12), 
et De la sanction de V ordre naturel (1778, 4 parties in-12). 
Il mourut en 1782. 



304 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

On a de lui un portrait en buste, orné d'un quatrain 
dans lequel il est comparé seulement à Cincinnatus, Paul- 
Emile et Bayard. 

Ce Puysegur avait eu treize enfants, dont six seulement 
lui survécurent, trois filles et trois fils. L'aîné, Amand- 
Marc-Jacques de Cliaslenet, marquis de Puysegur, etc., 
colonel d'artillerie, est surtout connu comme fervent 
apôtre du magnétisme. C'était d'ailleurs un fort bon offi- 
cier ; il s'était parliculièrement distingué au siège de Gi- 
braltar, et en avait rapporté des notes et des dessins qui 
figurent dans les archives de la famille. Il composa aussi, 

aux approches et à l'avéncment de la Révolution, plu- 
sieurs opuscules militaires dont on trouve h Buzancy des 
exemplaires probablement uniques aujourd'hui, notam- 
ment V Exposé de la conduite de M, le marquis de Puyss" 
guvy colonel, etc., petit in-4 de 6 p. PariSy Girouardy 
1790 ; un Discours du même prononcé a la barre de Vj^s- 
semblée le 19 juin 1790 [Paris ^ Baudouin, in-8 de 4 p.); 
une Requête présentée a cette même assemblée, et soi- 
disant rédigée par les bas-o{ficiers et soldats, prenant la 
défense de leup colonel contre la « démarche peu réflé- 
chie » d'un officier qui l'avait dénoncé au ministre de la 
guerre (plaquette de 8 p. in-32, Strasbourg, 1790), et plu- 
sieurs autres pièces de la même époque, qui montrent à 
quels expédients étranges les hommes d'ordre étaient for- 
cés de recourir, pour réagir ; — presque toujours en vain 
ou pour peu de temps ; — contre l'esprit d'indiscipline et 
de désorganisation. 

Promu maréchal de camp, Puysegur IV n'émigra pas, 
mais crut devoir quitter le service après le 10 août, et se 
retira à Buzancy, où on ne le laissa pas tranquille long- 
temps. Pendant la Terreur, accusé d'avoir correspondu 
avec ses frères émigrés, crime capital ! il fut incarcéré à 
Soissons, et ne recouvra la liberté que deux ans après, 
bien licureux d'en être quitte a ce prix. 

A la passion du magnétisme, il joignait celle du théâtre. 



LES PUYSEGUR ET LEURS OEUVRES. 305 

Son premier essai dramaticjue fut une comédie en un 
acte : les Jardiniers de Montreuily jouée d'abord chez 
Madame de Montesson, puis, le 7 juin 1782, par les co* 
médiens italiens ordinaires du roi. L'anonyme avait été 
scrupuleusement gardé ; c'est dans les archives de Buzancy 
qu'on a récemment trouvé la preuve irréfragable que l'au- 
teur n'était autre que Puysegur le magnétiseur. Pendant 
sa détention, une autre pièce de lui, qui se trouvait dans 
les cartons de l'Opéra-Comique, en fut exhumée, accom- 
modée à son insu au goût du temps, et de quel temps ! et 
jouée avec succès le 15 nivôse an II, sous le titre de V Inté- 
rieur d'un ménage républicain y par le citoyen Chastenet, 
du département de l'Aisne. Ce ne fut qu'a sa sortie de 
prison que le citoyen Chastenet apprit le succès de sa 
pièce, barbouillée à son insu de démagogie, mais néan- 
moins imprimée et éditée par deux zélés royalistes, Fiévée 
et Lepetit (1). Puysegur jugea inutile, sinon téméraire, de 
prolester contre ces interpolations qui lui avaient peut-être 
sauvé la vie. Mais il s'en dédommagea peu de temps 
après, en faisant jouer au Vaudeville, le 27 germinal 
an III, Paul et Philippey comédie franchement réaction- 
naire. Cette pièce, dont les exemplaires sont fort rares, 
finissait, comme bien d'autres de la même époque, par la 
proclamation de la chute de Robespierre. 

Puysegur composa ensuite une satire contre les agioteurs 
qu'aucun théâtre n'osa représenter, et dont le manuscrit 
est perdu. Mais sa dernière pièce, le Juge bienfaisant, co- 
médie en trois actes et en prose, obtint un brillant succès. 
Elle fut représentée pour la première fois à Paris, au 
théâtre du Marais, par les artistes sociétaires de l'Odéon, 
le 22 vendémiaire an VIII, et imprimée par Courtois, à 
Soissons. 

Le sujet était un trait honorable et touchant de la vie 



'^1) Proscrit en fructidor an V, Fiévée trouva un asile à Bnzaney, et ce fut la 
f{u'i^ écrivit la Dot de SuzetUk 

1883« 20 



306 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

du dernier lieutenant civil au Châtelet, Angran d'AUe- 
ray, Tune des plus nobles victimes de la Révolution. On 
le voyait, forcé comme magistrat de condamner un débi- 
teur, père de famille, mais acquittant ensuite la dette de 
ses propres deniers, sans se faire connaître (1). 

Les ouvrages de Puysegur, sur le magnétisme, forme- 
raient toute une bibliothèque des plus endormantes. Nous 
nous bornerons a citer : les Mémoires pour sentir à Fhis* 
taire et à l'établissement du magnétisme (première édition 
anonyme, 1784; deuxième, 1809; troisième, 1820); — 
Du magnétisme animal, avec notes de Duval d'Eprémesnil, 
et figures, in-8 de 478 p.; — Recherches, expériences et 
observations ; in-8 de 411 p., etc. Il donna, en 1824, une 
seconde édition revue, augmentée et annotée d'un roman 
dans lequel le magnétisme joue un grand rôle, le Magné- 
tisme amoureux [Soissons, 2 vol. in-12). Cet ouvrage n'é- 
tait pas de lui, mais de son aide de camp Charles Villers, 
lieutenant d'artillerie dans son régiment, et, comme lui, 
adepte convaincu de la doctrine mesmérienne. L'édition 
originale de ce livre, imprimé à Besançon en 1787, est 
aujourd'hui presque introuvable, la plupart des exem- 
plaires ayant été saisis et mis au pilon par ordre du baron 
de Breteuil (2). 

Le marquis de Puysegur, promu lieutenant-général par 
ancienneté, au retour des Bourbons, mourut en 1825, des 
suites d'un refroidissement qu'il avait gagné au sacre de 

^1; On runnaît \;\ fin héroïque d'Angran. d'Alleray, traduit au tribunal ré- 
volutionnaire pour a\oir fait passer quelques secours à ses filles émigiées. 
Fouquier-Tinville, qui avait été sous ses ordres au Châtelet, n'exigeait de loi 
qu'une dénégation pour le sauver. Le noble vieillard dédaigna de racheter 
sa vie par un mensonge. 

[Vj Ces renseignements, puisés à la source la plus sûre, rectifient une asser- 
tion inexacte de l'article Villers dans la Biographie Michaud, suivant lequel 
le Magnétiseur amoureux^ imprimé à Genève, aurait été publié en 1789. 
Compromis par des écrits anti-révolutionnaires, Villers émigra en avril 1792, 
se fixa en Allemagne, et s'y passionna pour la philosophie de Kant, qu'il a, le 
premier, fait connaître en France. (Pour plus de détails #or Villers, v. Bi gra- 
phie Michaud, t. XL IX, pp. 6î)-82.) 



LES PUGSEGUR ET LEURS OEUVRES. 307 

Charles X. Plus que septuagénaire, il avait eu l'idée tou- 
chante, mais singulière, de bivouaquer a Reims sous la 
tente qui avait servi à son père lors de la bataille de Fon- 
tenoy. C'était un original, mais un homme de cœur, et on 
connaît de lui une foule de traits honorables. 

Ses deux frères étaient et restèrent, comme lui, des sec- 
tateurs convaincus et zélés de la doctrine mesmérienne. 
L'un d'eux, le comte Maxime, mort nonagénaire en 1848, 
a publié quelques opuscules sur ce sujet. Tous les bio- 
graphes et bibliographes, à commencer par Quérard, lui 
ont attribué aussi une rarissime brochure, publiée en 
1787, sous ce titre : Lettre (Vun père à son Jils sut les 
usages et les dangers du monde, brochure dont un exem- 
plaire figure au numéro 1543 du catalogue Maccarthy, sous 
le nom du i^icomte de Puysegur. Cet écrit n'est pas du 
comte Maxime, mais d'un de ses cousi-ns-germains, Bar- 
thélemj-Athanase Hercule de Chastenet Puysegur. C'est 
celui-là qui portait le titre de vicomte. Il était frère de 
Pierre-Louis, comte de Puysegur, ministre de la guerre 
sous Louis XVI (1727-1807), et de Jean -Auguste de 
Puysegur, archevêque de Bourges (1741-1815). 

Le dernier frère du marquis de Puysegur (le lieutenant^ 
général d'artillerie) et du comte Maxime était connu sous 
le nom de comte de Chastenet. Il servit avec honneur dans 
!a marine française, avant la Révolution, puis dans celle 
du Portugal, rentra en France en 1803, et mourut jeune 
encore, en 1809. On trouvera des détails intéressants sur vsa 
vie et ses travaux dans l'article de la Biographie Michaud 
(t. XXXVI, p. 335). Nous y joignons quelques rensei- 
gnements complémentaires empruntés aux archives de la 
famille. 

Comme ses frères, le comte de Chastenet avait figuré 
autour du fameux baquet mesmérien. On ne connaît de 
lui qu'un opuscule sur ce sujet, c'est une plaquette in-12 
imprimée en 1783, sous ce titre : Lettre de M, le C, 
C, D. P. à M. le P. E, de S,, c'est-à-dire : Lettre de 



308 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

M. le comte Chaslenet de Puységur à M. le P. Ernest 
de Salm. 

Ce fut lui, et non, comme on Ta cru longtemps, le mar- 
quis son aîné, qui collabora avec Bergasse a la Journée des 
dupeSy « pièce tragi-politici-comique, représentée sur le 
théâtre National par les grands comédiens de la Patrie, » 
1790, in-8 ; pamphlet réactionnaire qui eut son heure de 
célébrité. 

Enfin, on conserve de lui, h Buzancy, un manuscrit in- 
titulé : Fragments de philosophie chrétienne sur la Genèse, 
Quoique ou parce que magnétiseurs, les trois frères étaient 
sincèrement chrétiens. Ils voyaient, dans les phénomènes 
mesmériens, un nouveau et saisissant témoignage de la 
puissance de Dieu, et se défendaient énergiquement du 
soupçon de « souillure matérialiste. » 

Enfin, un dernier militaire littérateur du nom de Puy- 
ségur, Jacques-Paul-Alexandre, fils du marquis, et qui a 
servi honorablement dans Icfs armées françaises sous le 
premier Empire et la Restauration, est auteur d'un livre 
qui n'est pas sans valeur, publié en 1840 : De Faction 
divine sur les èvétiemetits humaiîis : leçons tirées de l'his- 
toire pour servir d^ introduction à T étude de l'état social 
au XIX® siècle. Il y a dans cet ouvrage des pages fort re- 
marquables ; celles notamment dans lesquelles il s'est 
efforcé de démontrer, l'un des premiers, que la révolu- 
tion religieuse du xvi° siècle avait plutôt nui que profite 
à la civilisation. On y trouve aussi çà et là des pensées 
d'une grande profondeur ; celles-ci, par exemple : « Les 
révolutionnaires trouvent leurs principes dans les idées 
chrétiennes. — Le christianisme ne connaît pas de maux in- 
curables. — La guerre est l'agent redoutable sous l'influence 
duquel l'homme se régénère et se réhabilite ici-bas. » Ce 
dernier axiome résume heureusement ces belles paroles de 
l'historien de la guerre de la Péninsule, que Fauteur de 
C Action divine connaissait sans doute : 

(( La guerre est la loi de ce monde. Depuis rhomme 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 309 

jusqu'à l'insecte le plus imperceptible, tout vit dans une 
lutte incessante; et la gloire militaire, qui ne s'obtient que 
par la pratique des plus nobles vertus, par le courage, 
Tobéissance, la modestie, la sobriété, est un aiguillon 
pour le patriotisme et riionneur, un correctif pour l'or- 
gueil et la richesse. » 

Ces indications rectificatives et complémentaires sur les 
Puysegur nous ont paru mériter l'attention des biblio- 
graphes et des bibliophiles (1). 

Baron Ernouf. 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Bibliographie géographique et historique de la Pi- 
cardie, ou catalogue raisonné des ouvrages tant 
imprimés que manuscrits, titres, pièces et docu- 
ments de toute nature relatifs à la géographie et 
à rhistoire de cette province, par E, Dramard; 
première partie : Boulonnais, Calaisis, comté de 
Guines, Ardrésis, etc.-Pa/'w, Techener, 1881; Ivol. 
in-8. 

Le gouvernement a fait depuis bien des années les plus 
louables efforts pour stimuler les recherches scientifiques 



(1) Nous les aTons empruntées en grande partie à une exploration des Archires 
des Puysegur par un de leurs proches parents, notre honorable ami, le marquis 
de Blosserille, frère de l'illustre et infortuné narigateur de ce nom, dispara 
depuis un demi-siècle (1833). 



310 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

de toute nature. Ne semblerait-il pas que sa sollicitude 
dût aussi s'étendre aux travaux I)il)liographiques qui ont 
pour objet et pour fin d'en fournir les matériaux et de 
préparer ainsi toute étude sérieuse. On ne saurait mécon- 
naître les services que rendent tous les jours, dans ce 
sens, les excellents catalogues de nos bibliothèques publi- 
ques et principalement celui de la Bibliothèque nationale, 
ainsi que les inventaires de nos archives. Mais il est un 
nombre considérable de documents imprimés ou manus- 
crits qui ne peuvent y trouver place. Quant à ceux qu'ils 
relatent, il sont noyés au milieu de tant d'autres que ce 
n'est déjà pas un mince travail que d'en extraire chacun de 
ceux qui se rapportent au mcme sujet. Ces inventaires et 
catalogues, quelque complétés qu'ils soient par des tables 
de divers genres, ne peuvent donc pas tenir lieu de biblio- 
gi^phies spéciales. Celles-ci en sont au contraire le com- 
plément indispensable, ou, pour mieux dire, elles en sont 
une première mise en œuvre : c'en est le classement mé- 
thodique et le mieux approprié aux besoins des travail- 
leurs. Elles donnent en outre, quand elles sont bien faites 
et dignes de ce nom, ce que ne fournissent pas non plus 
les catalogues et les inventaires, c'est-à-dire des notices 
critiques, bibliographiques et bibliologiques, souvent in- 
dispensables, toujours intéressantes. 

Un travail, dressé d'après ce plan et étendu à toutes les 
anciennes provinces de France, présenterait un tableau 
saisissant des richesses qui, malgré tant de regrettables 
dilapidations, sont encore accumulées, inexplorées et in- 
connues dans les archives et les bibliothèques publiques et 
privées. Il ferait toucher du doigt à chacun combien sont 
nombreuses et variées les ressources dont il a la facile dis- 
position, s'il est pris du désir d'étudier à fond tel ou tel 
sujet d'histoire locale ; il lui montrerait en même temps 
combien de questions ont été déjà débrouillées par ses de- 
vanciers, combien de problèmes peuvent être tenus désor- 
mais pour résolus. Appeler l'attention des intéressés sur 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 311 

tous ces points, les guider dans le choix des matériaux, 
leur révéler, ou seulement les amener à découvrir les 
sujets neufs, ceux qui sont h reprendre, les solutions ha- 
sardées et qui ont besoin d'être vérifiées, tout cela rentre 
dans la mission de la bibliographie, tout cela la diffé- 
rencie de la sèche nomenclature des catalogues. La cri- 
tique des livres et des sujets est de son domaine beaucoup 
plus qu'on ne le pense. 

Parmi ceux qui se sont dévoués à la tâche ingrate de 
découvrir les matériaux d'études et d'en signaler l'exis- 
tence aux travailleurs, M. Dramard n'est pas celui qui a la 
moins haute idée de l'importance capitale des bonnes biblio- 
graphies comme base solide d'études sérieuses dans toutes 
les branches des connaissances humaines. Pour lui la bi- 
bliographie est devenue une science, et à notre avis il n'est 
que dans le vrai quand il l'alfirme : « Elle s'est élevée, 
dit-il, d'un consentement unanime en un tel rang que l'im- 
portance et la valeur scientifiques n'en sont plus à dé- 
montrer. » Je ne le contredirai pas non plus sur ce point, 
bien qu'il y ait ici quelque peu d'optimisme de sa part, 
car je crains bien que, chez nous, on ne soit trop disposé 
h traiter un peu légèrement bibliographes et bibliographie 
et à considérer celle-ci comme une douce manie, sœur de 
la bibliomanie. Cela tient sans doute à ce que l'on n'a pas 
encore pris l'habitude d'y recourir dans toutes les occa- 
sions où elle peut rendre service, à ce que son utilité n'est 
appréciée que de quelques-uns. Sous ce rapport notre 
éducation est encore presque h faire et nos voisins les Alle- 
mands ont sur nous pris de l'avance ! Un historien distin- 
gué, professeur à l'Ecole normale, en a fait la remarque et 
elle est trop de mon sujet pour ne pas céder h la tentation 
de le citer ici : » Il arrive quelquefois, dit M. Lavisse, 
qu'un homme parvenu à Tàge de la curiosité sérieuse se 
prend du désir de connaître l'histoire de son pays. Il se 
met a lire une ou deux de nos histoires générales, et celte 
lecture lui donne des renseignements et des idées. Le livre 



312 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

fermé, il les repasse dans sa mémoire et les examine; alors 
des doutes lui viennent, en beaucoup d'endroits il ne voit 
pas clair. Après avoir réfléchi il dresse un catalogue de ques- 
tions et se met en quête de réponses, mais son embarras 
est gi*and, car il ne sait où s'adresser. Quand on veut 
s'informer sur l'histoire d'Allemagne, on trouve chez le 
premier libraire allemand venu un volume in-octavo de 
250 pages contenant la bibliographie de l'histoire alle- 
mande ; d'abord la liste des collections d'histoire et de 
documents, ensuite les titres des revues et des histoires 
générales et ceux des livres les meilleurs sur tous les 
sujets. Dans une 3® partie, des chapitres, dont chacun 
correspond à une période de l'histoire, offrent à la fois 
la bibliographie des documents et celle des travaux histo- 
riques : d'une part les matériaux, d'autre part la mise en 
œuvre. La lecture de ce petit volume inspire le respect de 
la science historique. » (Ranie des deux mondes j 15 février 
1882.) 

Nous ne trouvons rien de semblable en France, et voilà 
pourquoi nous ne sommes pas habitués à nous servir de 
ces sortes de livres. Cependant ce n'est pas à dire que 
que nous soyons dépourvus de bonnes, d'excellentes biblio- 
graphies, mais elles sont spéciales, et, comme les ouvra- 
ges élémentaires initiateurs font défaut et que l'on n'a pas 
été accoutumé par leur usage aux ressources qu'elles pour- 
raient fournir, celles mêmes qui existent demeurent inu- 
tiles et les intéressés en ignorent souvent l'existence, ou 
ne savent pas s'en servir, ou négligent de le faire, ce 
qui est la même chose. N'arrive-t-il pas tous les jours, 
dans le domaine des choses matérielles, que nous en avons 
sous la main qui seraient des richesses, mais qui demeu- 
rent inutiles et sans valeur parce que nous n'avons pas été 
habitués à les employer. Les montrer et réussir à les 
faire entrer dans la consommation est pour beaucoup dans 
le mérite des inventeurs, des bienfaiteurs de l'humanité : 
c'est toujours l'œul de Christophe Colomb. 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 313 

Aussi, au peu de cas que ron fait du labeur et des 
œuvres des bibliographes aurait-on lieu de s'étonner que 
le découragement n'en ait pas depuis longtemps anéanti l'es- 
pèce. Fort heureusement rien ne rebute ces pionniers de 
la science et ils sont pourvus de toutes les vertus. A une 
charité à toute épreuve pour les travailleurs auxquels ils 
veulent éviter tant de peines, ils joignent une foi robuste 
en leur mission, leur œuvre, son avenir, et ils sont sou- 
tenus par l'espérance de la voir triompher enfin chez nous 
de toutes les préventions, de toutes les indifférences dont 
ils savent que les conséquences les atteignent bien moins 
que ceux qui repoussent et dédaignent leurs présents. 
Pourquoi faut-il avoir k citer encore à ce propos les Alle- 
mands ? 

Les Allemands, plus soucieux de leurs intérêts et plus 
pratiques, apprécient mieux que personne la Bibliographie, 
ils la cultivent et l'encouragent. C'est assurément là le se- 
cret de leurs progrès scientifiques, dont il est plus que 
temps de se préoccuper, comme du reste. Gaspard Thur- 
mann (1), bibliographe passionné et compilateur acharné, 
avait eu l'intuition de la grandeur du rôle de cette bran- 
che de connaissances humaines. Mais il était dépourvu des 
qualités nécessaires et surtout de l'esprit de critique, de la 
méthode rigoureuse sans lesquels elle ne peut s'élever au 
rang des sciences. Il n'a pas su donner à ses compilations 
d'autre intérêt que celui de simples nomenclatures, mais il 
a du moins proclamé cet axiome que la connaissance des 
livres abrège de moitié l'étude d'un sujet, et que c'est avoir 
acquis la majeure partie de ce qu'il faut savoir que de 
connaître exactement les livres qu'il faut consulter : nntitia 
libroruni est dimidium studiorurriy et maxima eruditionis 
pars exactam librorum habere cognitionem. 

Cette vérité inspirait le P. Lelong et son continuateur 
Févret de Fontette, ainsi que tous les savants bénédictins 

(1) Né à Rostock en 1634, mort en 1704. 



314 BULLETm DU BIBLIOPHILE. 

des XYU** et xviu® siècles, lorsqu'ils entreprenaient leurs 
inappréciables répertoires et leurs collections. Mais combien 
le champ ne s'est-il pas étendu depuis eux. Lenglet-Du- 
fresnoy, comparant le nombre déjà considérable de livres 
historiques qui existaient de son temps, au loisir qui serait 
nécessaire pour les lire, exprimait la même pensée que 
Thurmann lorsqu'il disait que la science des livres l'em- 
porte dans un savant sur les connaissances acquises, et 
que c'est leur usage justement appliqué qui distingue le 
vrai du faux savoir. Qu'aurait dit le savant abbé s'il se fût 
trouvé en présence de la masse vraiment formidable de 
matériaux de toute sorte dont les historiens d'aujourd'hui 
doivent prendre connaissance avant de se mettre à 
écrire ? Et pourtant, s'il est vrai de dire que tel sujet, 
parfois d'importance secondaire, au moins relativement, 
présente une telle masse de matériaux à exploiter, origi- 
naux ou imprimés, de première ou de seconde main, qu'il 
faut une certaine ténacité pour ne pas tout d'abord être 
découragé et renoncer à son projet, combien de fois l'ab- 
sence à peu près complète de renseignements pourrait pro- 
duire le même sentiment de découragement ! Après mille 
recherches sur un sujet qu'il a caressé, avec quelle tris- 
tesse le futur auteur ne s'aperçoit-il pas que tout est à 
créer, que les documents originaux font à peu près dé- 
faut, ou se cachent si bien qu'on ne sait où les rencon- 
trer? Le bibliographe est là pour le tirer de peine. Que de 
tribulations, de recherches inutiles et infructueuses il lui 
épargne î Quelles sources abondantes il lui découvre. En 
un instant il lui apprend tout ce qu'il ignore ; il lui révèle 
même les sujets encore neufs, car ce n'est pas un des 
moindres services qu'il rend à la science que de signaler les 
questions encore inétudiées, d'appeler sur elles l'attention, 
de solliciter les reclierchcs des travailleurs de bonne 
volonté en quête d'une occasion de déployer leur talent. 
Ces occasions sont plus nombreuses qu'on l'imagine. 
En face des difBcultés qui se dressent devant le biblio- 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 3lb 

graphe et du peu de profit et de gloire qu'il doit attendre 
de ses veilles, il lui faut assurément un amour bien vif et 
bien désintéressé de la science, il faut aussi avoir hérité 
de la patience et de Tardeur des Bénédictins pour entre- 
prendre, poursuivre et mener a fin de pareils travaux. 
M. Dramard a envisagé sans faiblesse et sans illusion 
rétendue de la tâche qu'il s'est imposée dans un rayon 
limité, mais pourtant vaste encore, et il ne s'est pas senti 
découragé. Fais ce que dois^ advienne que pourra^ semble 
être sa devise. L'important est de commencer l'œuvre, de 
la mettre en marche ; d'autres viendront qui l'achèveront. 
Aussi il est convaincu que le jour est prochain où la 
France possédera un livre comme celui dont l'Allemagne 
a été dotée par Waitz et Dahlmann, un ouvrage présen- 
tant dans un format commode et peu coûteux un réper- 
toire à la fois méthodique et chronologique des documents 
originaux et des ouvrages de seconde main relatifs a cha- 
cune des périodes de notre histoire et à chacune de nos 
provinces (1). 

Depuis de bien longues années déjà il s'est proposé 
pour but de concourir dans le cercle des études qui lui 
sont familières, le Droit et l'Histoire de sa province, h 
l'œuvre considérable dont il appelle l'exécution de tous 
ses vœux. Dès sa sortie du collège, au moment où, 
comme distraction aux éludes juridiques, il voulut péné- 
trer dans le détail de l'histoire de sa ville natale, il se 
heurta contre l'impossibilité d'en connaître tout d'abord 
les éléments multiples tels qu'il les avait conçus dans 
son plan. Refondre, compléter et continuer jusqu'à nos 
jours la bibliographie du P. Lelong et de Févret de Fon- 
telte, lui apparut aussitôt comme une nécessité de premier 



\y) Bien des savants déjà oat fait la même entreprise; pour n'en citer qne 
deux, MM. Desnoyers, de Tlnslitut, et Paul Lacroix, ont amassé une quantité 
de matériaux non utilisés jusqu'à ce jour. Quel parti ne pourrait-on pas tire' 
de tous CCS efforts individuels, et n'j a-t-il pas là de quoi tenter la sollicitude 
d'un ministre de l'instruction publique ? 



316 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ordre a laquelle il était urgent de pourvoir avant tout, 
comme un service immense à rendre à la science en venant 
au secours de milliers de travailleurs. Le Droit n'est pas 
mieux partagé, sous ce rapport, que l'Histoire ; les mcmes 
difficultés surgirent devant lui, comme aussi les mêmes 
besoins. Il s'est donné alors pour double objet de ses tra- 
vaux la Bibliographie du Droit et celle de Thistoire locale, 
mais en restreignant dans certaines limites le cadre qu'a- 
vaient imparfaitement rempli Lelong et Fontette. Dès ce 
moment* aussi il s'est mis à analyser des matériaux innom- 
brables, manuscrits ou imprimés, recueillis à toutes les 
sources les plus diverses : pour les manuscrits dans les in- 
ventaires d'archives nationales, des ministères, des dépar- 
tements, communes, établissements publics, bibliothèques 
de province, et aussi dans les collections particulières 
qui veulent bien s'ouvrir a lui, ce qui n'arrive pas tou- 
jours ; pour les imprimés^ dans les catalogues des biblio- 
thèques publiques de Paris et de la province, dans ceux 
des librairies et des ventes publiques, dans toutes les bi- 
bliographies particulières déjà publiées (Brunet, Barbier, 
Quérard, Bourquelot, Lorentz, etc., etc.) et surtout dans le 
Journal général de la librairie depuis 1811; c'est aussi 
dans toutes les Revues et Recueils des sociétés savantes, 
dans tous les journaux périodiques de Paris et des dépar- 
tements, véritables amas de notices, de dissertations et 
d'études de valeurs diverses. Aucune source, en un mot, 
où il n'aille puiser pour indiquer, dans le livre qu'il 
prépare, ce qui a été écrit, imprimé ou publié sous une 
forme quelconque, soit en titres originaux, soit en livres ou 
brochures, soit en articles de journaux, Revues, Receuils 
quelconques, etc. 

La Bibliographie du Boulonnais qu'il a récemment fait 
paraître, est un spécimen de ce genre de travail, de ce 
mode de procéder (1). C'est en même temps le premier 

(1) M. Dramard a appliqué les mêmes procédés à un autre ouvrage du même 
genre, plus complet peut-être, qu'il a publié en 1879, Bibliographie raiêonnéè 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 317 

volume de la Bibliographie géographique et historique de 
la Picardie, ou, comme l'indique le titre, le catalogue 
raisonné des ouvrages tant imprimés que manuscrits, 
pièces et documents de toute nature relatifs à l'histoire et 
1 la géographie de cette province. L'auteur nous apprend 
que c'est un essai et que, s'il réussit, il continuera en pu- 
bliant successivement les bibliographies de toutes les 
autres parties de la province dont les matériaux sont en 
grande partie réunis. Nous lui souhaitons bien cordiale- 
ment le succès. 

Le plan qu'il a adopté semble rationnel et très métho- 
dique. Dans une première partie il fait connaître tous les 
documents et ouvrages concernant l'ensemble du pays bou- 
lonnais. Cette partie est intitulée Généralités : elle se 
divise en plusieurs sections traitant de la Géographie ; — 
fies cartes^ plans et ç^ues; — de l'histoire cit^ile, ecclésias- 
tique, nobiliaire^ formant autant de chapitres ; de la légis- 
lation y Jurisprudence e: administration; — enfin de l'ar^ 
chéologie générale, 

La deuxième partie comprend l'histoire particulière des 
localités diverses du pays rangées suivant leur ordre 
alphabétique. Pour les villes sur lesquelles les documents 
sont abondants, ils sont rangés et classés par sections. Le 
nombre des numéros s'élève à 1784, mais sous un même 
numéro sont souvent indiqués plusieurs articles, quand le 
sujet en est le même, ce qui double presque la quantité des 
documents indiqués dans ce livre. 

En tête est placée une Introduction qui est une disser- 



du droit civil, comprenant les mcUièrea du code civil et des lois postérieures 
qui en forment le complément. 1 vol. gr. in-8 à 2 col. Paris, Firmin Didot, 
Cet ouvrage est, quant à l'exécution typographique, de tout point conforme au 
Manuel du libraire, et destiné à faire partie de la même collection biblio- 
graphique. Il a été accueilli avec une fareur marquée par la presse spéciale. 
V. un art. citique de M. E. Dubois, prof, à la faculté de droit de Nancy, dans 
la Revue critique de Droit, 1879. Les autres parties du droit français feront 
rol>jct d'autres bibliographies annoncées par Pauteur. Quelques-unes, paratt- 
il, sont déjà prêtes à être remises à Pimprimeor. 



318 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lation complète où il traite des sources de Thisloire du 
Boulonnais ; des dépôts publics de documents et des 
collections des bibliothèques particulières de la région ; 
des travaux d'ensemble qui ont été entrepris sur ce 
sujet ; des sociétés savantes qui s'y livrent, etc. A la 
suite, Tauteur a réuni sous le litre de Pièces justijicatwes 
un certain nombre de documents inédits d'un grand in- 
térêt se référant à l'objet de l'introduction. 

Ce voiume étant spécial au Boulonnais, l'auteur a éli- 
miné de parti pris certaines catégories de documents tels 
que ceux relatifs a la Biographie et aux Périodiques, Il 
a pensé que ces matières seraient mieux rangées dans une 
division spéciale afférente à l'universalité de la province 
de Picardie. En effet, M. Dramard se proposant de donner 
la bibliographie de toute cette province, son plan com- 
prend non seulement ce qui est particulier à chacune de 
ses divisions, mais encore ce qui s'applique à toutes in- 
distinctement, ou tout au moins h la plupart d'entre elles, 
à ce qui leur est commun; c'est ce qu'il appelle les Géné^ 
ralités de la province. C'est ainsi que le Ponthieu, l'Amié- 
nois, le Beauvoisis, le Vermandois, etc., etc., auront, au 
même titre que le Boulonnais, leur bibliographie spéciale, 
laquelle sera complétée pour tous par une bibliographie 
réunissant les documents généraux qui leur sont com- 
muns dans lesquelles l'auteur fait rentrer la Biographie, 
les Périodiques et d'autres matières formant autant de di- 
visions particulières de ce tout complet, Généralités, 

Je ne m'arrêterai pas à critiquer, sur ce dernier point, le 
plan de M. Dramard et l'ordonnancement de son ou- 
vrage; il a lui-même été au devant des objections et ses 
explications' sont des plus acceptables. Une classification 
rigoureuse est impossible ; chacun, se plaçant au point de 
vue de ses études spéciales, peut regretter, pour des rai- 
sons qui lui sont propres, qu'un ordre différent de celui 
adopté par le bibliographe n'ait pas été suivi dans la dis- 
position des matières. Nombre de pièces peuvent rentrer 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 319 

également bien dans une division ou dans une autre ; ces 
pièces ont souvent un double caractère ou peuvent être 
employées à plusieurs objets suivant Tordre d'idées où se 
place un auteur et la nature du sujet qu'il veut traiter, 
et cependant, sous peine de redites, il faut leur attribuer 
une place unique. Malgré la somme considérable de re- 
cherches que comporte une pareille œuvre, le procédé 
d'exécution en .est fort simple. Le titre de chaque article 
est relevé avec une exactitude scrupuleuse, l'auteur ne s'y 
permet aucune modification. S'il s'agit d'un manuscrit, 
il fait connaître son format, sa date, son état matériel 
donne l'indication du dépôt où il se trouve, la section, le 
numéro, le folio; s'il s'agit d'un imprimé, il fait connaître 
son format, sa date, le lieu et le nom de l'éditeur, ou 
bien le numéro et la date, la page du journal ou du re- 
cueil où l'article a été inséré; il mentionne s'il a été tiré 
à part. Ce sont là des points essscntiels auxquels les fai- 
seurs de catalogues n'attachent aucune importance, et 
qui pourtant sont des causes d'erreurs et de recherches 
infructueuses. Il arrive aussi que le titre d'un écrit est 
insuffisant pour en faire reconnaître le sujet, qu'il est 
trompeur; les rédacteurs de catalogues peu soigneux ont 
été induits de la sorte en d'étranges bévues, comme celui 
qui a classé dans la théologie le poème badin intitulé : 
Pastor Jido, Le lecteur confiant pourrait s'y laisser pren- 
dre, c'est donc un devoir pour un bibliographe qui se 
respecte de commenter dans une note un titre ambigu. 
M. Dramard ne manque pas à cette obligation. Souvent 
une notice succincte fournit des renseignements précieux 
de critique bibliographique et fait connaître les appré- 
ciations dont l'ouvrage a été l'objet. Quelques-unes pren- 
nent certains développements, telles sont par exemple 
celles du n** 583, les Chartes du Boulonnais^ recueillies 
par Baluze ; du n** 595, Cartulaire de FolcutUy où M. Dra- 
mard résume en une page concise tous les renseigne- 
ments que la critique la plus autorisée a fournis sur 



320 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ces pièces originales. Au mot Portus ItiuSy il donne la 
nomenclature de cinquante-sept dissertations écrites sur 
cet intéressant problème de géographie historique qui a 
pour objet de déterminer le point de la côte morinienne 
d'où César est parti pour la conquête de la Grande-Bre- 
tagne. Quelques-uns de ces. articles sont suivis de notes 
substantielles qui font connaître les phases de cette con- 
troverse scientifique presque aussi grave et aussi féconde 
que celle A'^Âlésiciy le dernier refuge de Tindépendance 
gauloise. 

Le livre de M. Dramard a eu des vicissitudes assez 
pénibles. Le premier fascicule en a paru en 1869, et le 
deuxième, qui complète Touvrage, devait paraître Tannée 
suivante. Une partie des épreuves était corrigée lorsque 
de funestes événements sont venus interrompre l'impres- 
sion. A la fin de la guerre, ces épreuves, la fin du manus- 
crit, ne se sont point retrouvés, et toutes les fiches et 
notes que Tauteur avait réunies pour composer ce travail, 
toutes celles qui devaient lui servir pour les autres parties 
de la bibliographie picarde avaient péri, avec d'autres 
collections de matériaux, dans l'incendie de son habita- 
tion. C'est dans ces conditions qu'il fallait reprendre 
l'œuvre. Eloigné par ses fonctions des lieux où il aurait 
pu le faire plus aisément, absorbé par d'autres publi- 
cations, il a dû laisser pendant plusieurs années son 
travail inachevé, et ce n'est enfin que dans ces derniers 
temps, après divers incidents, que le livre a pu voir enfin 
le jour : Habent suafata. 

En résumé, le livre de M. Dramard, qui est imprimé 
correctement, en caractères neufs, sur un beau et solide 
papier, est aussi remarquable par la forme que par le 
fond. La méthode en est scientifique : c'est l'œuvre d'un 
érudit profond et d'un travailleur infatigable et conscien- 
cieux qui a fait ses preuves depuis longtemps par la pu- 
blication «de différents travaux historiques et de droit. 
Nous avons la conviction que la Bibliographie de la Picar- 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 321 

die rendra d'immenses services à tous les amis de This- 

toire locale. 

Paul Pinson. 



Mes Plagiats ! par M. Victorien Sardou. de T Acadé- 
mie française. Paris , 1882, 1 vol. in-12. 

M. V. Sardou a été actionné devant le tribunal de la Seine 
par M. Mario Uehard pour qu'il fût déclaré juridiquement 
qu'il avait emprunté sa comédie cVOdettek celle de la Fiam- 
mina ; en d'autres termes pour se voir condamner comme 
plagiaire. M. Ucliard ayant exposé ses raisons, au soutien de 
son procès, dans un Mémoire consultatif, c'est à ce Mémoire 
que réplique M. Sardou, en publiant ses Plagiats, On voit 
qu'il ne s'agit pas pour le spirituel académicien de se 
défendre seulement d'avoir pris son Odette k Isl Fiammina 
de M. Uehard. C'est de toutes les pièces dont il est l'auteur 
qu'il lui faut établir sa propriété; car il ne lui en feste pas 
une dont on ne lui ait imputé la ressemblance et les rap- 
ports avec celles d'un grand nombre de contemporains et 
d'autres encore. 

Disons tout de suite qu'il était bien armé pour se défen- 
dre contre les assaillants de ses succès, au pointde vue litté- 
raire, et qu'il s'est admirablement servi de son esprit pour 
les confondre et les réduire à néant. Il prouve irréfutable- 
ment, dans ses Plagiats^ que ses pièces sont bien de lui et à 
lui, particulièrement en ce qui concerne celle qui fait l'objet 
du procès qui lui a été intenté, — Odette, Sa discussion est 
très serrée, ses traits sont lancés de la main la plus sûre, et 
ses exemples font loi. Lorsque l'on a en présence les scènes 
du quatrième acte de la Fiammina^ et celles des troisième 
et quatrième actes d'Odette^ telles qu'on les lit comme con- 
clusion ou couronnement de la discussion, dans la réplique 
de M. Sardou, il est impossible de n'être pas saisi de la dif- 
férence qui existe entre les deux pièces, et de ne pas dire : 
Non, il n'y a pas plagiat. 

1883. 21 



322 BULLETDI DU BIBU0PHIU3. 

Les débats qui ont eu lien devant la première chambre 
du Tribunal de la Seine, entre les avocats des parties, tous 
deux fort habiles, Font démontré à l'avantage de M. Sar- 
(lou ; et les conclusions très remarqual>les de Torgane du 
ministère public, M. le substitut Roulier, ont achevé la 
démonstration. 

M. Sardou n'est donc pas un plagiaire ; et tous les argu- 
ments de sa réplique l'avaient établi solidement. Du reste, 
la thèse qu'il a soutenue pour sa défense n'était pas nou- 
velle ; et il doit être permis au Bulletin du Bibliophile de 
faire remarquer que déjà, dans le volume de 1856 de cette 
collection, elle avait été proposée et développée par l'un de 
ses plus anciens collaborateurs actuels, M. Fmnçois Morand, 
qui en avait fait une étude spéciale. M. Morand n'hésitait 
pas a avancer qu'en général il ne croyait pas aux Plagiats. 
Il admettait des rencontres fortuites, des réminiscences 
inconscientes, et il disait, après avoir montré différents 
exemples de ces rencontres : « Lorsque l'on aura acquis la 
certitude qu'il peut se former dans plusieurs cerveaux, 
spontanément et originellement, des combinaisons d'idées 
identiques, avec le même ensemble, la même suite et les 
mêmes détails qu'elles se montrent dans les compositions 
que je viens de comparer, il deviendra impossible de laisser 
subsister toutes ces cellules où l'on enferme de prétendus 
plagiaires et de poser des limites a la faculté d'imaginer, s 

Les comparaisons qu'avaient faites M. Morand regar- 
daient en première ligne les scènes IV à XIX du second acte 
du Mariage de Figaro de Beaumarchais, rapprochées d'une 
Histoire des Amours de Henri IV, publiée à Leyde en 
1664 ; et surtout le chapitre de la Cour des Miracles dans la 
Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, en face d'une pièce 
de Le Sage, Arlequin roi de Serendib^ représentée en 1713. 

On notera, en passant, (jue feu Edouard Fournier, en 
1879, dans un feuilleton de la Patrie sur la reprise du 
Mariage de Figaro^ a la Comédie française, ne se fît pas 
scrupule de donner, comme étant de lui, ce qui était visi- 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIOm FOUVELLES. J23 

blement tiré de TEtude publiée plus de vingt ans aupara- 
vant dans le Bulletin du Bibliophile, Il y eut même une 
réclamation de Tauteur de cette Etude, à laquelle M. E. 
Fournier ne répondit pas. D'ailleurs, M. Morand s'écaît 
désarmé lui-même en refusant de croire aux plagiats. — 
En ce qui touche Beaumarchais, il disait : (c Beaumarehais 
avaitril lu V Histoire des Amours de Henri IV? Il n'est plus 
là pour nous le dire. » Mais au regard de Victor Hugo : 
« C'est autre chose, ajoutait-il, on peut avoir sa confession, 
s'il veut la faire. » 

La question en resta là. Au bout d'un certain nombre 
d'années, elle fut reprise pour être vidée directement et 
M. Morand écrivit à Victor Hugo la lettre suivante : 

« Monsieur, je suis le conseil du proverbe : « Il vaut 
mieux s'adresser à Dieu qu'à ses Saints. »Vos saints, parmi 
lesquels je compte des amis, n'ayant pu me donner la solu- 
tion d'une question qui me préoccupe, je m'adresse à vous, 
en votre Olympe ; vous trouverez cette question exposée 
dans un écrit que je vous envoie, si vous voulez bien me 
faire l'honnour de le lire. J'espère qu'elle ne vous paraîtra 
ni oiseuse, ni indiscrète; je me la suis posée sérieusement 
et en toute bonne foi. Quoiqu'elle soit portée devant le pu- 
blic, je n'entends pas étendre cette publicité à votre ré- 
ponse, dans le cas oii vous auriez la bienveillance de m'en 
faire une, à moins que cela ne vous fût indiflférent. 

» Je me souviendrai toujours, Monsieur, de ma première 
lecture de celte belle Notre-Dame de Paris, au moment où 
elle parut. J'eus un des pi^emiers exemplaires, et je dévorai 
près de la moitié d'un volume sous les arcades de TOdéon, 
où je venais de l'acheter à l'étalage d'un libraire que je vois 
encore, sans m'apercevoir que j'étais resté là debout, à la 
même place, depuis plusieurs heures, au lieu de me rendre 
à TEcole de Dit)it où le cours se faisait. C'était le bon 
temps. J'ai suivi ma carrière. Ne sourcillez pas que je vous 
cV^rive du sein d'un Tribunal. La justice, la vraie, n^appar- 
tienl à aucun parti ; et il faut bien que je vous dise qui je 



324 BULLETUr DU BDLIOPHILE. 

suis, pour que vous sachiez si je mérite que vous me 
répondiez. 

» Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de tous mes 
hommages. » 

La réponse de Victor Hugo ne se fit pas attendre. Elle 
était ainsi conçue : 

a Haaterille-Hoase, 22 norembre 1868. 

» Je vous réponds, Monsieur le juge, car vous êtes un 
juge spirituel, docte et charmant. — Eh bien, non, je ne 
connais point V Arlequin de Lesage, et j'ai été ravi, grâce 
à vous, de le connaître. Les similitudes que vous signalez 
sont très réelles. Il en sort, pour moi une autre satisfaction 
intime, parce que ma conscience me la confirme, de m'êtrc 
fortuitement rencontré avec le grand esprit qui a créé Gi/- 
Blas, Voulez-vous que je vous raconte une autre rencontre 
dont j'ai été plus glorieux encore? C'était en 1823. La- 
mennais, qui avait été mon confesseur (lequel de nous deux 
Rpen^erti l'autre ?), entre chez moi un matin. J'écrivais des 
vers que je venais de faire. Lamennais regarde par-dessus 
mon épaule, et lit ceci : 

Ephémère histrion qui sait son rolc à |>eine, 
Chaque homme, ivre d'audace ou palpitant d' effroi, 
Sous le sayon du pâtre ou la robe du roi, 
Vient passer, à son tour, son heure sur la scène. 

— » Tiens ! me dit-il, savez-vous l'anglais ? (Lamennais 
savait l'anglais.) Je lui réponds : non — (A Tlieure qu'il 
est, je ne sais pas encore l'anglais) et j'ajoute : pourquoi ? 

— » C'est que, répliqua Lamennais, vous venez de faire 
un vers de Shakespeare. 

— « Bah ! 

— » Avez- vous lu Shakespeare ? 

— »'Non, je ne veux pas lire Letourneur. 

— » Eh bien, dit Lamennais (mon ex-confesseur qui me 
savait sincère), h? vers est de vousdeux. Vous avez rencontré 
Shakespeare. » Et il me cite en anglais, puis me traduit en 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 325 

français, un vers de Hamlet, Même comparaison que la 
mienne, et littéralement : chaque homme vient passer à son 
tour son heure sur les planches^ 

« Maintenant, jugez, Monsieur le juge. 

» Un mot sur quelque chose de plus grave, qui est dans 
votre écrit. Je suis aussi étranger que vous-même à Tarticle 
de M. Granier de Cassagnac (1833) sur Alex. Dumas. Lisez 
la déclaration de M. Bertin Taîné dans le Journal des 
Débats, Lisez la déclaration de M. Granier de Cassagnac, 
qu'il confirmerait encore aujourd'hui, j'en suis certain, 
bien qu'il y ait entre lui et moi l'abîme. 

« Voulez- vous de ceci ma parole d'honneur? Je vous 
la donne. Si vous me connaissiez, vous n'en auriez pas 
besoin. 

» Et je vous serre la main, et je vous remercie de m'avoir 
fait connaître Serandib et V Arlequin de Lesage. 

» Il va sans dire que cette lettre vous appartient, et que 
vous pouvez en faire ce que vous voudrez. 

» Vous êtes un bibliophile très littéraire, très curieux et 
très intéressant. Vos soixante pages su])stantielles sont du 
meilleur style. Politiquement, je vous récuserais ; mais, 
littérairement, je vous accepte, mon très aimable juge et 
mon gracieux confrère. 

» Victor Hugo. » 

Après une déclaration aussi nette et aussi franche sur un 
point aussi décisif, et émanée de la seule conscience qui pût 
la faire avec une indiscutable autorité, peut-on encore ac- 
corder le moindre crédit à ces accusations de plagiat que 
suscitent l'amour-propre personnel chez les auteurs et les 
conjurations des critiques de profession qui les soutiennent 
souvent « par vengeance, par jalousie et rarement sans ma- 
lignité, » comme on le disait en 1856 dans \c Bulletin ? 
Et l'auteur ajoutait très sensément : « Aussi les accusations 
de plagiat ne sont-elles pas ordinairement rétrospectives, et 
Ton peut remarquer que presque toujours elles ont été 



3^ BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lancées instantanément, sur Theure même d^un succès que 
l'envie voulait combattre ou contrebalancer. » 

Psychologiquement, et c'est là le vrai terrain du débat, 
la question est tranchée par les attestations personnelles 
des AUtxmrs de Notre Dame de Paris etd' Odette, sans qu'il y 
ait jamais à y revenir. 

Juridiquement, M. Sardou a, tout aussi incontestable- 
ment, fait sa preuve. Le tribunal de la Seine, présidé par 
M. AulM^piii, lui a donné gain de cause dans un jugement 
fort appuyé en droit, et qu'un académicien signerait. 

Un Bibliophile. 



CHRONIQUE 



— A la fin de son beau livre sur Sixte-Quint, dont une nou- 
velle édition vient de paraître chez MM. Hachette, M. le baron de 
iifibner donne un Tableau fort iiitcress;mt des sources tant im- 
priiné(;s que manuscrites auxquelles il a puise. Il a pu mettre à 
contribution, à Rome, les archives du Vatican, d'un accès si diffi- 
cile, et plusieurs bibliothèques et dépots d'archives importants de 
grandes familles romaines ; — à Venise, les archives de l'Etat, 
aux Frari, où sont conservés les Dispacvi (dépêches des ambas- 
sadeurs), — les Ësposizioni iprocès-verbaux des séances du Sénat), 
— les Dcliherazioni (IiLstructions aux ambass«ideui*sy, — les Ae/a- 
zioni (rap|K>rts généraux sur leur mission), etc. M. de Ilûbner a 
pu également consulter les archives de l'Ëtat à Florence ; celles de 
Simancas en Kspagne, et notre Bihliothè([ue nationale, où il a fait 
de nombreux et heureux emprunts à la collection Harlay, aux 
Fonds français. Saint-dcrniain, du Pur cl des Minimes. 

Parmi les livrosplus anciens que Sixte-Quint ou du même teinf» 
dont il a fait usage, plusieurs sont d'une insigne rareté et juste- 
ment lec^hercliés des bibliophiles ; par exemple V Opusculum de 
Mirahilibus Hnm/v d'Albertini (150 5), et plusieurs autres Guides 
des voyageurs pour Kome au xvi^ et au xvii® siècles; l'ouvrage 
italien rarissime de B. Scappi, cuisinier du pa|)e Pie V [ê^enise. 



CHRONIQUE. 327 

1570); les Discorsi sur le duel de G. Pigna [F en., 1560), de 
Masser Dario Atiendoli (Id., 1564), de Messer Andréa Alciato (Id., 
id.), du comte Aimibal Romei, de Ferrare (Id., 1594); \Amore 
scolastico de R. Marini (Florence^ 1570) : // tesoro délia vita hu- 
mana de Messer L. Fioravanti [Fenise, 1590); la relation du 
trans|>ort et de l'installation de l'obélisque du Vatican par Fontana 
(Rome, 1590); enfin l'un des livres les plus rares qui existent, les 
Sermons de Frà Felice Peretti (Sixte-Quint), dont le seul exem- 
plaire connu se trouve à la bibliothèque du prince Barberini, à 
Rome. 

M. le baron de Hûbner disposait de ressources exceptionnelles 
pour son travail, mais on ne pouvait en faire un meilleur usage. 
Sixte-Quint revit dans cette œuvre ; il s'y peint tout entier, avec 
ses grandeurs et ses petitesses, dans sa corres|)ondance en grande 
partie inédite, dans ses entretiens familiers avec les envoyés vé- 
nitiens, ses confidents ordinaires. M. de Hûbner fait surtout bien 
ressortir l'immense service que Sixte-Quint a rendu in extremis, 
non seulement à Henri iV, mais à l'Eglise, en refusant d'intervenir 
en France comme allié de Philippe il, malgré les démarches in- 
cessantes et menaçantes de ce prince et de son ambassadeur Oli- 
varès. Le grand pontife usa ses dernières forces dans cette lutte, 
et on peut dire qu'il mourut pour la France. 

— Dans sa dernière mission en Espagne, M. Francisque Michel 
a trouvé à la bibliothèque- de Madrid un manuscrit français inédit, 
et dont il n'existe pas, dit-on, de copie dans les bibliothèques de 
France. Ce manuscrit, divisé en deux parties, est intitulé : Voyais 
et campagnes diverses faites en Europe, en Asie, en Afrique et en 
Ame'rique depuis Van 1 694, durant la première ligue des princes 
de l'Europe contre la France jusques à la paix generalle de 
Riswick en 1G97. — Suite de mes campagnes et voyages à la 
Chine, aux Indes orientales et occidentales, au Brésil, jusques à 
la seconde paix generalle d Utrecht, 1713. Dédié et envoyé à 
S. A. R. Mgr l'infant don Philippe, grand admirai d'Espagne et 
des Indes, par i^uis de Chancels de Lagrange, chevalier des 
ordres militaires de Saint-Louis et Saint-Lazare, officier de vais- 
seau du roy... In-fol. de 335 pp., nombreuses cartes et plans 
coloriés. 

Cet officier de vaisseau doit être le même qu'un Louis-Charles 
de Lagrange-Chancels, entré dans la marine en 1694 et retiré avec 



328 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

une pension de 600 1. en 1726, qui figure dans l'état coiuervé au 
ministcie sous le nom à\4lphahet Laffilard^ contenant les noms et 
grades de tous les officiers de marine jusqu'en 1750. Il était, selon 
toute apparence, parent de l'auteur des Philippiquesy François- 
Joseph Chancel, sieur de Lagrange, dit Lagrange-Ghancel, son 
contemporain. 

Il y aurait peut-être là matière à une publication intéressante. 

— Â propos de manuscrits, on annonce aussi que le directeur 
du gymnase de Zerbst (Aubalt), vient d'en découvrir un qui serait 
une relation complète en hollandais, du second voyage de Gama 
(10 février 1502-20 décembre 1503, non moias im|K)rtant que le 
premier, mais sur lequel on n'avait jusqu'ici que des renseignements 
très sommaires. Cette relation serait l'œuvre de l'un des officiers 
du grand navigateur. Si le fait est vrai, c'est une découverte plus 
importante de beaucoup que celle des royages de Louis de 
Chancels de Lagrange. 



Nkcrologik. — M. Edouard Fleury, président de la Société 
académique de Laon, chevalier de la Légion d'honneur, est mort 
à Vorges (Aisne), le 4 juillet, âgé de soixante-huit ans. Les 
arts perdent en lui un savant archéologue et un écrivain énidit. 
iM. Edouard Fleury laisse des ouvrages très appréciés, parmi les- 
quels les Manuscrits à miniatures des bibliothèques de Laon et 
de Soissons, les Origines de l'art théâtral dans la province de 
Reims j \ Histoire de l'invasion en 1814, etc. Il laisse inachevé un 
important ouvrage : Monuments et antiquités du département de 
l'Aisne. M. Fleury préparait à Laon une exi)Osition d'art local 
rétrospectif dont sa mort a retardé l'ouverture. 

M. Champfleury, conservateur du musée céramique de Sè- 
vres et frère du défunt, annonce dans le Courrier de l'Art que 
M. Edouard Fleury lègue au Cabinet des Estampes de la Biblio- 
thèque nationale dix-sept mille dessins, gravures, lithographies, 
portraits, crayons, exclusivement relatifs aux monuments du dé- 
partement de l'Aisne et aux hommes reinar(]uables de cette con- 
trée. Ce sont les documents dont se servait M. Edouard Fleury 
|M)ur ses diverses publications archéologiques, et plus particuliè- 
rement pour son important ouvrage des Antiquités et monuments 
du département tic l'Aisne, dont quatre volumes in-4 avaient 
paru. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE 



TRADUITES EN FRANÇAIS POUR LA PREMIERE FOIS 



LIVRE PREMIER 

IV. — A Denis Robertiy de Borgo^San-Sepolcro, 

Augustin (1). 

Il le prie instamment de venir passer quelques jours à Vaucluse. 

Si Faspect limpide d'une fraîche fontaine, si les retraites 
profondes et mystérieuses des bois, bien connues des paci- 
fiques animaux sauvages, demeure agréable aux Dryades 
et aux Faunes, si ces grottes sous des rochers exposés au 
soleil favorables aux poètes sacrés ne vous charment 
point ; si la douceur du climat, si la cime escarpée de la 
montagne qui s'étend librement dans les airs, si Bacchus 
couronné de feuilles sur les coteaux, si l'arbre de Minerve 
ou celui de Vénus (2) sont pour vous sans attrait ; si les 
prairies qui couvrent les deux rives, ombragées de peu- 
pliers, émaillées de fleurs sans nombre et de plantes d'une 
verdure agréable, ne séduisent point vos yeux; si la rivière 
qui sépare ces champs et qui en roulant ses eaux inépui- 
sables remplit Vaucluse d'un bruit qui endort ne vous 
touche pas, elle qui voit des deux côtés mille danses des 
nymphes et qui entend sur ses bords autant de chants 
des Muses ; si la tourterelle qui d'une voix rauque gémit 
sur son amie mourante comme si elle envoyait une of- 
frande à cette ombre chérie ; si Philomèle qui raconte son 
destin cruel, sa langue arrachée, son honneur ravi et 
l'horrible Térée quand, perchée au haut d'un orme touffu, 



(1) Il enseigna itcc succès la philosophie et la théologie dans l'anÎTersité d« 
Paris. Pétrarque le choisit pour son directeur spirituel. 

(2) L'olivier ou le myrte. 

1883. 22 



330 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

elle répèle d'un ton plaintif son chant pieux et doux, 
qu'elle passe les nuits sans sommeil et qu'elle fuit le 
repos; si Progné qui, voltigeant dès l'aurore, déplore tout 
k la fois la fureur de son époux, son propre forfait, le 
malheur de sa sœur et la mort imméritée de son fils, en 
voyant sa poitrine maternelle tachée d'un sang qu'elle 
connaît, et qui, hirondelle diligente, parcourt sans cesse l'in- 
térieur des maisons et les cours en se hâtant comme si elle 
voyait son ennemi (1); si tout cela, dis-je, vous est indif- 
férent ; si une foule de jeunes Narcisses, qui, le visage 
épanoui, admirent leur beauté dans une fontaine et se 
penchent éperdument sur ce miroir aquatique ; si Actéon, 
les cornes dressées, fuyant ses compagnons et les chiens 
à travers les sentiers impraticables des bois ; si Scylla qui 
coupa, dit-on, le cheveu de pourpre de son père, s'élevant 
jusqu'aux nues avec un chant saccadé pour épier de loin 
du haut des airs Nisus qui veut se venger d'elle (2) ; si 
Cycnus (3) qui, en disant qu'on lui a enlevé l'Hespérie, 
plonge assidûment du haut du rivage et semble désirer la 
mort ; si l'écuyer aérien de Jupiter (4) debout sur ces 
rochers et réparant son nid annuel pour sa progéniture à 
venir, si rien de tout cela ne vous plaît, si de plus mon 
amitié et ma tendresse n'ont pu, mon père, en vous 
priant, fléchir un peu la dureté de votre résolution et 
ébranler votre âme inflexible, afin que, quittant les splen- 
deurs de la Cour romaine, vous vissiez notre retraite et 
que, prenant pitié de votre ami solitaire, vous vinssiez 
visiter pendant quelques jours son toit fidèle en le jugeant 
digne do la présence d'un si bon maître, si toutes mes 
prières ont été vaines, voici enfin la dernière qui fera 



[ I ; Voir le livre VI des Métamorphoses d'Ovide. Téréc, ennemi de Progné, 
fut change en huppe. 

(2) Voir le livre VIII des Métamorphoses d'Ovide. Scylla et Nisns forent 
métamorphoses l'une en alouette, l'autre en épervier. 

(3) Roi de Ligurie, métamorphose en cygne. 

(4) L'aigle. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 331 

main basse sur vous ; elle enchaînera' votre cœur dur et, 
malgré vos hésitations, vous tirera jusqu^ici par un solide 
grappin. 

Près de la fontaine transparente s'élève un énorme peu- 
plier qui de la voûte épaisse de ses branches ombrage à la 
fois la rivière, les bords et plusieurs arpents voisins. On 
raconte que jadis en cet endroit le grand Robert (1), 
épris des charmes du lieu, les yeux et l'esprit frappés de 
la nouveauté du spectacle, reposa longtemps sur un tertre 
fleuri ses membres fatigués et sa tête chargée de soucis et 
loua le silence de cette petite campagne. A ses côtés était 
la reine son épouse (2), k qui nulle déesse devant un juge 
équitable n'ôtera la palme méritée, soit de la beauté, soit 
de la naissance. Il y avait aussi Clémence, veuve de son 
noble époux (3), un cercle de grands seigneurs, une foule 
de chevaliers et un essaim de belles jeunes filles. Pendant 
que les uns courent en gambadant à travers les prés, 
forment des jeux et s'amusent à puiser dans leurs mains 
de l'eau fraîche qu'ils jettent au visage de leurs com- 
pagnons, les autres s'enfoncent rapidement dans l'épais- 
seur des bois et harcèlent avec leurs chiens les animaux 
sauvages. Ceux-ci prennent des poissons a l'hameçon ou 
jettent au loin leurs filets ; ceux-là boivent et chassent 
l'ennui par le joveux Bacchus. D'autres se plaisent tantôt 
à étendre sur l'herbe leurs membres fatigués, tantôt à 
fermer les veux pour goûter un léger sommeil. Seul, le 
roi, nourrissant au fond de son âme d'autres soucis, tenait 
le front et les yeux baissés vers la terre. Peut-être com- 
mençait-il déjà à rechercher les causes d'un phénomène et 
se demandait-il tout bas sous l'influence de quel astre le 



(1) Robert II, d'AnjoU) roi de Naples et comte de Provence, visita Yauclaie 
en 1320. 

(2] Sanche d'Aragon, fille de Jacques, roi de Majorque, que Robert II avait 
épousée en secondes noces, en 1305, après avoir perdu Yolande d'Aragon, con« 
sine de Sanche. 

(Z) Veuve de Louis X, roi de France, et nièce de Robert II. 



332 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

fleuve surgissait avec tant d'impétuosité, puis modérait 
son cours ; avide et haletant de savoir, il pénétrait, guidé 
par son génie, dans les entrailles de la terre immense. 
Peut-être adressait-il a sa fortune ces sublimes paroles : 
« Pourquoi me suggérer de fausses douceurs et jeter sur 
moi, perfide, des regards caressants ? Je sais que je suis 
mortel, quoique tout le monde sans exception me décerne 
le diadème d'une voix unanime. Je sais que tu es rare- 
ment fidèle, et fusses-tu souriante envers moi aussi long- 
temps que tu Tas été envers Métellus (1), la mort fera 
disparaître tout cela et brisera tes dons d'un seul coup. 
Nul fleuve ne coule avec plus de rapidité que le temps de 
la vie, toutefois les fleuves renouvelés dans leurs sources 
restent éternellement ; la vie, en nous quittant, où va-t- 
elle ? Elle va d'où elle serait revenue un jour, si le vain- 
queur de la mort qui jadis entré dans le Tartare en sortit 
triomphant, retirant par force ses meml)res de son sépul- 
cre fermé, entraînant avec lui la troupe heureuse des 
saints et emmenant au ciel les ombres épuisées par de 
longs tourments, n'eût effacé la crainte dans nos cœurs et 
ne nous eiU donné l'espoir de ressusciter après notre 
mort?» Ce sage roi faisait sans doute toutes ces réflexions. 
Ou bien ce prince magnanime, se rappelant une indigne 
trahison, figurait par ce petit fleuve Scylla et Charybde, 
là où la mer sépare les côtes de la Sicile du rivage de la 
Calabre et où l'onde reflue avec un horrible fracas, puis il 
menaçait le tyran sicilien (2) d'un juste et terrible châti- 
ment. Enfin, quelles que fussent les pensées de ce héros, 
elles ne pouvaient qu'être sublimes et au-dessus de l'hu- 
manité. Les villageois qui se souviennent encore de lui 
montrent ses traces sur la rive verdoyante et le peuple des 
campagnes lés adore. 

(1) Q. Métellus, dit le Macédoniquc, mourut comblé d'honneurs dans one 
extrême vieillesse, en 115 avant J.-C. 

(2) Fri'déric lî, d'Aragon, qui s'était fait nommer roi de Sicile au méprit des 
droits de Robert II, d'Anjon. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 333 

Restez donc, si vous le pouvez, maïs vous ne le pouvez 
pas. O excellent père, qui m'êtes plus cher que la vie et 
que pour cela j'ai tant désiré en vain, venez voir non ma 
personne, mais le siège charmant d'un roi vénérable que 
les années n'ont point encore détruit. Les habitants de la 
contrée vous le montreront du doigt avec orgueil, et leurs 
neveux, croyez-moi, le célébreront par d'autres honneurs 
quand la génération présente poussée en arrière aura 
disparu. 



V. — A Benoit XII^ souverain pontife, 

II le presse de transférer à Rome le siège de la papauté. 

Très saint père, une femme exilée, pauvre, hideuse 
dans sa mise et méprisée, s'est agenouillée naguère en sup- 
pliante sur votre seuil sacré. Je me trouvais là par hasard. 
Nul ne l'avait accompagnée pendant la route ; la fidélité 
n'avait point osé hélas ! et la mauvaise fortune lui avait 
enlevé ses amis. Déjà elle avait commencé ses justes prières, 
et vous aviez prêté à ses plaintes une oreille attentive. 
Etonné, il me sembla par une sorte de pressentiment que je 
connaissais cette sainte matrone. Car bien qu'elle parût né* 
gligée au premier abord et que ses cheveux blancs fussent en 
désordre, néanmoins sa face auguste et vénérable par les 
années gardait plusieurs traces de son ancienne condition. 
Ses paroles, qui n'avaient rien de commun, rien de bas, déce- 
laient son âme, et une noble fierté brillait sur son visage. 
J'avais envie de lui demander quel était le but de son 
voyage, la cause de ses chagrins, d'où elle venait, son 
nom, sa patrie, sa famille, car elle portait un manteau 
latin déjà usé par la vétusté et elle parlait latin. Trois fois 
ces questions me vinrent sur les lèvres, mais trois fois le 
respect retint ma voix. Tout à coup an nom retentit au 
milieu de ses gémissements. Elle était Rome. 

Je restai stupéfait et j'appris par l'exemple le plus écla- 



334 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

tant qui (ut jamais quelle confiance il faut avoir dans 
la prospérité. Car quoique la fortune puissante ait cou- 
tume de faire mouvoir tous les empires en variant ses 
faveurs, quoiqu'elle élève des esclaves vers le sceptre et 
qu'elle précipite des rois de dessus leur trône, elle n'a 
jamais montré plus visiblement sa domination qu'en ren- 
versant la puissance romaine acquise par tant de guerres, 
par tant de travaux et en décapitant l'univers. 

Que la Grèce, mère de la parole et maîtresse de la 
louange, vante avec emphase ses généraux et fatigue le 
génie de ses poètes. Qu'Achille, fier de son chantre, se 
fasse aisément une lance de la plume d'Homère. Que Thè 
bes ofire à Hercule des sacrifices et de l'encens, et l'élève 
jusqu'au ciel. Qu'à Lacédémone la faveur du peuple place 
les fils de Léda (1) parmi les astres étincelants. Que Jupi- 
ter s'applaudisse d'avoir conquis son trône par le crime et 
d'avoir chassé son père. Que Nestor ait été vénérable par 
son bon sens et sa vieillesse ; que Codrus (2) ait aimé sa 
patrie ; que Tirésias ait lu dans l'avenir. Que Diomède 
soit fameux pour avoir versé le sang d'une déesse (3), et 
Jason pour avoir ravi la toison d'or. Que Bacchus, traîné 
par des tigres rapides et brandissant son thyrse, soit par- 
venu en vainqueur aux extrémités de l'Inde. Que la renom- 
mée vante les Atrides, les Ajax connus par leurs fureurs 
et Ulysse célèbre par ses ruses et son voyage de dix ans 
à travers les mers. Qu'elle y ajoute le nom d'un cynique 
fameux par ses pérégrinations et par ses morsures(4). Qu'elle 
redise Miltiade fameux par sa victoire de Marathon, et son 
fils remarquable par ses cliaînes rachetant le tombeau 
d'un si glorieux père (5). Qu'on loue également le repas 

(1) Castor et P9IIUX. 

(2) Dernier roi d'Athènes^ il mourut victime de son dévouement poar m 
patrie. 

(3) Le fUs du magnanime Tydie aUonge sa lance et le fer acéré hlesêe Ugè' 
renient la main délicate de Vénus, (Homère, Iliade Y, 335-337). 

(4) Diogène. 

(5) Miltiade n'ayant pu payer l'amende à laquelle un arrêt d%i peupU 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 335 

d'un héros magnanime au défilé des Thermopyles (1 ) ; que 
le souffle entraînant de Thémistocle surgisse des eaux de 
Salamine. Que Pisistrate se recommande par son éloquence 
armée et Périclcs par sa parole seule. Que Tydée soit fier 
de sa bravoure ; qu'instruit par une longue expérience de 
la guerre, Philopémen prenne place parmi les plus grands 
généraux. Que leur justice éclatante couronne les juges 
de l'Elysée ; que Cadmus triomphe d'avoir tué le dragon, 
et qu'Alcibiade s'enorgueillisse de sa beauté. Que la docte 
Athènes vénère Thésée revenant des forêts du Tartare. 
Ajoutez-y les chefs phrygiens, le Troyen Hector et la 
famille illustre de Priam. J'y joindrai les rois d'Assyrie 
et de Perse, Cyrus inondé de sang et la molle Egypte. 
J'y joindrai la Barbarie desséchée par le soleil, je par- 
courrai les pays situés au Midi et j'arracherai à leurs ténè- 
bres les nations inconnues. Que la perfide Carthage, trois 
fois vaincue, arme de nouveau son Annibal avec ses frères 
et son père, guerrier fameux surnommé le second Mars. 
Que dirai-je des peuples de la Lybie, de leurs troupes 
fuyardes et de leur soleil couchant ? Parcourez Calpé (2), 
et toute l'Hcspérie; sur tant de milliers de chefs, choi- 
sissez-en un renommé depuis longtemps par ses vols et ses 
rapines (3). De là je me transporte par l'Océan vers l'île 
célèbre qui affirme l'existence d'Arthur (4) et tout ce que 
la fable menteuse lui fait croire. La France chante les 
forêts, les fontaines, les combats admirés du vulgaire et les 
amours insensés des chevaliers ; elle étale aux regards 
Charlemagne, ses douze pairs, son royaume accru par tant 
de qualités éclatantes et maintenant elle languit fatiguée 

l'avait condamné et étant mort dans les prittons de l'Etat, Cimon, détenu 
comme lui, ne pouvait être élargi qu'en payant l'amende dont son père avait 
été frappé. (Cornélius Nepos, Cimon {{). 

(1) Au momeat d'attaquer le camp de Xercès, Léonidas, pour toute harangue, 
dit à ses soldats mal repus : « Nous souperons ce soir chez Pluton. » 

(l) Aujourd'hui Gibraltar. 

(3) Allusion aux chefs Sarrasins d'Espagne, 

(4) Le héros des romans de la Tabie ronde. 



336 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

d'un long repos. Parcourez ensuite les peuples de la Ger- 
manie et tous les amis de Mars situés au Nord, vous ne 
trouverez partout que des tombeaux. Foulez le territoire 
des Macédoniens, faites sortir du sépulcre le terrible 
Alexandre et son père Philippe. Rassemblez après cela 
les hauts faits de tous les peuples, ils resteront certaine- 
ment selon vous bien au-dessous île la gloire romaine, si 
Tamour ne m'aveugle point. 

Cette femme, jadis remarquable par des triomphes sans 
nombre, maintenant privée de ses augustes époux (1), 
exemple mémorable de la bonne et de la mauvaise fortune, 
port des malheureux, écueil des superbes et le jouet de 
tous, cette femme a répandu naguère ses plaintes à vos 
pieds. Vous en gardez fidèlement le souvenir. Mais alors 
une grave question vous préoccupait peut-être. Vous vous 
demandiez si la cohorte des justes, dégagée de la prison 
du corps et des liens mortels, voyait la lumière sans nuages 
et la face de Dieu, ou si cette pure vision ne s'opérera que 
du moment où les corps rendus à la vie sortiront de leurs 
sépulcres brisés. Pendant que vous pesez soigneusement 
chaque chose et que, relisant tout, vous parcourez mille 
volumes, le jour différé de la réponse enflamme les désirs, 
laisse en suspens et plonge dans l'incertitude tous les 
esprits. Voici le moment venu. Déjà cette longue question 
s'est apaisée par votre sagesse (2); déjà Rome, inquiète de 
l'avenir, réclame en vous son époux, toute l'Italie attend 
en vous son père ; allez au devant de leurs vœux. 

Vous verrez ainsi le Christ célébré dans tout Tunivers, 
en faisant paître ce grand troupeau. Ainsi s'écrouleront 
les autels et les statues des dieux ; ainsi sous votre com- 
mandement la fausse superstition tombera vaincueet n'obs- 
curcira plus les esprits. La bonne foi, l'amour et la paix 

(1) Le pape et rempereur. 

(2) Benoît XII déclara par une bulle que les âmes des justes, si elles ne doi- 
vent pas subir les peines du purgatoire, jouissent de la béatitude eéleate ea 
sortant du corps. 



É PITRES DE PÉTRARQUE. 337 

régneront sur la terre ; les pirates disparaîtront de TOcéan; 
plus d'eaux empoisonnées, plus de contagion dans Tair. 
Les champs seront couverts de moissons, les villes joui- 
ront d'agréables loisirs, aux yeux de la foule la vertu 
sera plus belle que Tor, on craindra plus le crime que la 
pauvreté et le trépas. Vous verrez tout cela dans votre 
vieillesse et quand vous aurez jeté un regard en arrière 
sur ces temps heureux, vous passerez doucement au ciel. 
Là est la gloire éternelle et la pleine vision du souverain 
bien. Là est cette Jérusalem après laquelle le peuple fidèle, 
étranger et exilé, soupire jour et nuit, et qui sera le repos 
de ses fatigues et l'ample récompense de ses labeurs. 

VL — A Philippe de Cabassole^ éi^êque de Cai^aillon. 

II l'invite à partager sa retraite à Yaucluse. 

Exilé d'Italie par les fureurs civiles, je suis venu ici(l), 
moitié libre, moitié contraint. Ici, j'ai une foret, des 
fleuves, les loisirs d'une campagne agréable, mais je n'ai 
point mes compagnons fidèles, ni leurs visages sereins. Je 
me réjouis d'un côté, je m'afflige de l'autre ; loin des 
amis rien n'est doux, mais je me félicite d'avoir pu m'éta- 
blir dans des lieux connus. Là j'ai été enfant, là j*ai été 
jeune, là s'écoulera le soir de mes jours. Car si la renom- 
mée ne se hâte pas de répandre de bonnes nouvelles, j'ai 
résolu de passer dans votre territoire (2) ce qui me reste à 
vivre, à l'abri des guerres et des tristes procès. Là sera la 
terre de ma patrie, cher Philippe, vénérable prélat ; là, 
ma montagne de l'Hélicon ; là, ma fontaine Aganippe. Là, 
j'ai laissé se reposer les Muses fugitives et fatiguées, et 
vous y trouverez un asile avec moi, si vous voulez Tac- 
cepter. Si les livides peuvent faire trêve à vos soucis, ils 
me feront oublier à moi une guerre désastreuse. Là nous 



(1) A Yanclose. 

(1) L'éréqne de Cayaillon était seigneur suzerain du rillage de Yaaelase. 



338 BULLETIIf DU BIBLIOPHILE. 

retrouverons, vous Naples, et moi ma chère Parme, que 
ne troubleront ni les embûches ni l'appel aux armes (1). 

Que d'autres aiment les richesses, moi j'aspire à une 
vie tranquille ; celui-ci veut être roi, celui-là jouir du re- 
pos ; il me suffit d'être poète, titre assez commun pour ne 
pas craindre d'en augmenter le nombre. Et vous, las 
d'honneurs, ne songerez -vous jamais au repos ? Vous 
allez et venez, sillonnant la mer sur un navire battu des 
flots. Ne voyez-vous pas combien la mort est à craindre ? 
Ne voyez -vous pas les périls et les difficultés de la 
cour, comme la faveur y est trompeuse, de combien de 
soucis le seuil en est semé ? Je vous le conseille, arrêtez 
vos pas, fuyez les dangers d'un monde misérable, pendant 
qu'un vent propice enfle vos voiles. Ici, croyez-moi, mon 
père, vous vivrez dans la paix et la tranquillité. Je vous 
rappelle à votre domaine ; ce qu'exige le besoin, vous 
l'aurez. Laissons aux avares tremblants le soin du super- 
flu ; le doux éclat de l'or enchaîne le cœur de nœuds 
amers. Les murs ne seront point couverts de tapisseries, 
mais les corps seront vêtus simplement ; il y aura des ali- 
ments nourrissants et non des mets, fléau de l'estomac. 
On ne montera point sur le lit par des marches d'ivoire, 
mais il recevra les membres fatigués par les travaux du 
jour. Vous ne verrez point briller la pourpre sur une cou- 
che pleine de soucis ; vous n'aurez point un lit de marbre 
éclatant de blancheur. Vous ne foulerez ni les diamants ni 
la pourpre, mais des prairies couvertes d'un vert gazon et 
entourées d'un fleuve naissant. 

Vous qui avez reçu du ciel un esprit fécond, vous verrez 
ce que vous avez à faire. Pour moi, je suis résolu à mettre 
à sec ma barque fragile ; l'heure dernière de la mort 
m'avertit de ne point gagner le large et de me contenter 
de mes petits jardins. Ceux-ci ne laissent pas de porter 



(1) Philippe de Cabassole était alors chargé d'une négociadon auprès de la 
^our de Naples ; Pétrarque venait de quitter Parme en proie à la guerre civile, 



LE PALAIS A L'ACADÉBfm. 331 

des marques de la négligence du colon ; les arbres consu- 
més de vieillesse demandent à être remplacés, afin que, 
quand viendra bientôt le temps où les goûts juvéniles ne 
sont plus de saison, nous nous reposions ici, si toutefois 
notre vie se prolonge. Les branches chargées de fruits nous 
verseront une ombre très agréable pendant que nous 
explorerons avec nos hameçons le creux des rochers. Vau- 
cluse nous fournira de tout en abondance ; ajoutez-y des 
pêches, des pommes, des poires, ornement du dessert. Or- 
donnez à vos gens, je vous prie, de rechercher les arbres 
qui donnent ces fruits, et n'hésitez point à amasser des 
armes pour la vieillesse peu robuste. 

Voila ce que vous a écrit dans les bois, très digne pré- 
lat, votre ami étranger ou exilé, je ne ne saurais dire le- 
quel, sur les bords de la Sorgues. 

Victor Dbvelay. 



LE PALAIS A L^AGADÉMIE 



(1) 



FAUTEUIL DE TARGET 

4634-1883. 



VII. 



JEAN SIFFREIN, CARDrNAL MAURY. 

1746-1807-1817. 

Target et Tabbé Maury se rencontrant à l'Assemblée 
nationale, s'asseyant à côté l'un de l'autre à l'Académie, 
auraient-ils jamais pu croire que l'un et l'autre perdraient 
et reconquerraient leur fauteuil, et que le plus ancien- 

(1) Voir le Bulletin de mai et jain-jnillet. 



340 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

nement nommé ne rentrerait dans la Compagnie qu'en suc- 
cédant au plus jeune et en faisant son éloge ? N'auraient- 
ils pas accusé d'absurdité et repoussé avec incrédulité 
quiconque se fût permis en 1785 une pareille prédiction, 
qui se réalisa cependant ? Il est vrai que, pour sa réalisation, 
il ne fallut rien moins que les tempêtes déchaînées de 1793, 
la destruction de l'Académie et la dispersion de ses anciens 
membres, son rétablissement avec des membres nouveaux, 
Téloignement de France de Tabbé Maury, et ses intermit- 
tences de disgrâce et de faveur. 

De tous les académiciens, il est le seul qui, à un quart 
de siècle de distance, ait été deux fois élu et deux fois 
exclu ; qui ait eu les honneurs d'un double discours de 
réception, ait vécu comme confrère a côté de son successeur 
et de son prédécesseur, et qui, deux fois de TAcadémie, 
soit mort sur une terre étrangère, hors de l'Académie, sans 
qu'une voix se soit élevée pour son éloge, lorsqu'il avait 
fait celui de trois de ses collègues. 

C'était là une singularité trop exceptionnelle pour que 
le récipiendaire de 1807 ne la relevât pas. 

« La grâce que je reçois, dit-il, est environnée de circonstances 
tellement individuelles, que cet exemple commence et finit à moi. 
En me réunissant au corps littéraire le plus illustre de l'Europe, 
j'y parais maintenant à la suite de mon dernier prédécesseur dont 
j'étais autrefois l'ancien sur votre liste. Je suis le premier dans ce 
moment, je serai le seul qu'on ait jamais vu ici a coté de son suc- 
cesseur, qui est l'un de vous, Messieurs, sans que je puisse le 
connaître jamais ; et le jour où je recouvre mon rang dans l'Aca- 
démie formera dans vos annales une époque unique, où le même 
orateur aura prononcé, dans la même société différemment orga- 
nisée, deux discours de réception solennelle, à 23 ans de dis- 
tance l'un de l'autre (i). » 



(1) Pour rendre clair et saisissable ce passage du discours de l'abbe Bfaury, 
une explication est nécessaire, et nous la donnons d'autant plus volontiert 
qu'elle jette le jour sur les vicissitudes de T Académie en 1793, 1803 et 1816. 

L'abbé Maury avait été nommé pour la première fois à l'Académie en 1784» 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 341 

L'abbé Maury offre à l'observateur biographe une phy- 
sionomie originale et multiple. C'est à la fois un caraetère 
et un talent. Il faut Tétudier avec son entourage, avec les 
événements au milieu desquels il a grandi, avant, pendant 
et après la Révolution, comme homme d'Eglise, comme ora- 
teur politique, comme écrivain et académicien. 

Jean-Siffrein Maury, né en 1746, trois ans avant Mira- 
beau, était le fils d'un cordonnier de Valréas, dans le 
Comtat Vcnaissin. 

Il commença ses études au petite oUège de sa ville natale, 
et les termina au séminaire de Saint-Charles, à Avignon. 
Dès ces premiers temps, il se faisait remarquer entre ses 
condisciples par son intelligence, son amour du travail et 
son application à l'étude. 

A vingt ans, il quittait sa province, venant chercher for- 
tune à Paris. 

Xous n'ajoutons qu'une foi médiocre, malgré l'affir- 
mation de son neveu, a Tanealote qui le montre installé 



quelques mois avant Target, dont il était dès lors V ancien , par ordre de no- 
mination. 

En août 17U3, un décret de la Convention supprima l'Académie et les Aca- 
démiciens. 

Un décret d'auùt ITOô la rétablit. Elle fut organisée en 1803 sous le titre de 
Classe de la langue e1 de la littérature française, à l'Institut. 

Les anciens académiciens encore vivants reprirent leurs fauteuils. Ils étaient 
douze, parmi lesquels se trouvait Target. L'abbé Maury était alors attaché aux 
Bourbons et à l'étranger ; il ne rentra point avec ses collègues et resta en dehors 
de l'Académie, qui se compléta par la nomination collective de 28 membres 
nouveaux, parmi lesquels l'abbé avait nécessairement son successeur, qu'il ne 
connaissait pas. 

A la mort de Target, avec lequel il avait siégé à l'ancienne Académie, il se 
mit sur les rangs pour le remplacer, et fut nommé. II avait prononcé un pre- 
mier discours de réception en 1784, il en prononça on second en 1807. 

Vint enfin en mars 1816 l'ordonnance du ministre De Vaublanc, dite d*Epw 
ration, qui expulsa onze membres de leurs sièges et les remplaça par onze 
membres nouveaux, au choix du Roi. 

Maury fut des onze expulsés. Singulière destinée qne la sienne ! En 1803, il 
n'est pas compris dans la liste des académiciens rentrants à cause de les atta- 
ches avec la famille de Bourbon.'; en 1816, il en est exclu à cause de son ral- 
liement à l'Empire. • 



342 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

dans le coche d'Avignon, entre Treilhard et Portai, et leur 
prédisant à Tun et à Tautre, sans s'oublier, les hautes des- 
tinées qui les attendaient dans la grande ville, où ils arri- 
vaient, comme lui, sans nom et sans protecteur. Avant 
d'atteindre à ces hautes destinées, il fut obligé, pour vivre, 
de donner des leçons, d'accepter des éducations particu- 
lières, de composer et de vendre des sermons. 

En faisant l'éducation des autres, il complétait la sienne. 

Dès la première année de son séjour à Paris, il ne crai- 
gnit pas d'affronter les concours. En 1766, il écrivit les 
Eloges de Monseigneur le Dauphin et du roi Stanislas le 
Bienfaisant ; en 1767, de Charles V, roi de France, et un 
Discours sur la paix ; en 1771, V Eloge de Fénelon qui lui 
valut un accessit ; le prix fut remporté par Laharpe. 

Cette même année il reçut les ordres des mains du Car- 
dinal de Luyncs, archevêque de Sens. Aussitôt prêtre, il 
se livra à la prédication et se montra dans les chaires de 
la plupart des églises de Paris. Ses succès y furent assez 
rapides et assez marqués pour que, dès 1772, l'Académie 
française le désignât pour prononcer devant elle, dans la 
chapelle du Louvre, l'éloge de saint Louis, ce Ce discours, 
dit Grimm, fut reçu avec applaudissement, c'est-à-dire 
qu'on claqua des mains dans la chapelle, et ce succès ne 
s'est pas démenti à l'impression. » L'orateur avait vingt- 
six ans, et déjà la célébrité venait à lui. 

Son Panégyrique de saint Louis le lia avec Buffon, 
Thomas, Marmontel, Lebeau, l'abbé de Boismont dont il 
devait devenir le collaborateur pour les Lettres secrètes 
sur l'état actuel du clergé et de la religion en France ^ et le 
successeur dans le prieuré de Lions, en Picardie, d'un re- 
venu de 20,000 livres. Illui valut en outre la protection des 
cardinaux de Luynes et de La Roche- Aymon, des évêques 
de Lyon et de Paris, la bienveillance de l'Académie qui 
obtint pour lui du Roi l'abbaye de la Frenade, dans le 
diocèse de Saintes. 

Le siège de Lombez était occupé par un Fénelon qui, 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE 343 

se souvenant de TEloge couronné de l'ancien archevêque de 
Cambrai, son parent, nomma Fauteur chanoine-official et 
vicaire général de sa cathédrale. 

Il ne manquait plus à Tabbé Maury, comme orateur 
sacré, que le suffrage de la Cour. Il le conquit par TAvent 
de 1772 qu'il prêcha à Versailles. La "plupart de ses dis- 
cours étaient improvisés ; il les débitait avec chaleur et en- 
traînement, sachant toutefois s'arrêter à temps et se ren- 
fermer dans les bornes d'une sage réserve. Un jour, 
cependant, emporté par le souffle de l'inspiration, il s'at- 
taqua avec véhémence aux vices des grands, et ménagea 
trop peu son royal auditoire, dont le mécontentement 
commençait a s'accentuer. Ce que remarquant, le prédi- 
cateur s'arrêta un instant, puis ajouta immédiatement, 
avec autant d'esprit que d'à-propos : « Ainsi parlait, M. F., 
saint Jean-Chrysostôme devant la cour de Constantinople. » 

Cette opportune intervention de saint Jean-Chrysos- 
tôme calma toutes les susceptibilités, et l'orateur descendit 
de la chaire au milieu d'un murmure d'approbation. A un 
ami qui, après le sermon, le félicitait de sa présence d'es- 
prit : <c J'aurai toujours au service de ces Messieurs, dit-il 
en riant, du saint Jean-Chrysostome et autres pères de 
l'Eglise (1). » 

(1) Cette anecdote nous en rappelle une antre, qui n'en est que la contrefaçon . 
et qui appartient au Palais. 

Philippe Dupin plaidait un jour derant la première chambre de la Coor 
contre un jeune avocat resté trop peu de temps an barreau, M. X..., plein de 
▼erve et d'esprit, mais pins connu dans les coulisses des petits théâtres que 
dans la salle des Pas-Perdus. 

Ph. Dupin cita, dans sa discussion, Pantorité de Guy-Pape, l'auteur des Dé- 
cisionSj qui lui semblait péremptoire sur la question qu'il examinait. 

Que répondre à l'autorité de Guy-Pape, dont X... savait à peine le nom ? H 
ne se déconcerte pas. « Je m'étonne, dit-il, dans (sa réplique, de trouver en 
défaut la science de mon docte confrère Dupin. W vous a cite l'opinion de 
Guy-Pape que je connaissais comme lui ; mais c'est l'opinion de la première édi- 
tion, celle de 1692, qu'il tous a citée; or, comment ne s'est-il pas souvenu que 
cette opinion a été complètement modifiée, sinon rétractée, dans la seconde 
édition ? » 

Pendant la suspension de l'audience, Ph. Dupin s'approche avec empres- 



344 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

A l'ouverture de rassemblée générale du clergé de 1775, 
il prononça, avec un grand applaudissement, le Panégy-'^ 
rique de saint AuffustlHy mais son chef-d'œuvre, son 
triomphe, fut le Panégyrique de saint Vincent de Paul^ 
prêché dans Téglise de Saint-Lazare, que le Roi lui fit ré- 
péter dans sa chapelle, que le Pape accueillit avec faveur 
et qui (ut lu àRomc, dans les assemblées des cardinaux, 
des hauts prélats et des généraux d'ordres. 

Enfin il prêcha deux carêmes h la Cour, ceux de 1775 
et de 1785. C'est pendant l'une de ces stations que 
Louis XVI, après un sermon fort admiré de son entou- 
rage, se contenta de dire : « Oui, l'abbé Maury prêche bien, 
seulement c'est dommage qu'il ne nous ait pas un peu 
plus parlé de religion, il nous aurait parlé de tout. » 
Ces discours iureuL-ils écrits, lurent-ils improvisés? Aucun 
ne nous a été conservé. 

L'abbé Maury n'avait pas assez des succès de Torateur, 
il ambitionnait encore ceux de l'écrivain. Il fit donc pa- 
raître son Essai sur l' éloquence de la chaire^ qui, avec son 
Panégyrique de saint f^incent de Paul, lui ouvrit une pre- 
mière fois, après la mort de Lefranc de Pompignan, les 
portes de l'Académie. 

Déjà il avait mérité des couronnes aux fêtes de Toulouse; 
l'abbé Maury avait même ambitionné d'obtenir les fleurs 
de Clémence Isaure, car il était maître-ès-jeux floraux, 
comme MM. de Fontanes, Raynouard, de Chateaubriand, 
Daru, Baour-Lormian, Vienhet et V. Hugo (1). 



sèment de son jeune confrère : (( Mon cher X. . ., lui dit-il^ je ycas fais mon 
compliment, vous connaissez vos vieux auteurs : avec vous il ne faut pas t'y 
frotter. Mais quelle est donc la date de votre seconde édition de Guy-Pape ? Je 
ne connaissais, je l'avoue, que celle de Lyon, de 1692. » 

« Eh bien, moi, répond en riant M. X..., je ne connais pas plus la se- 
conde que la première, mais quand vous me citerez du Guy- Pape, j'aurai tou- 
jours une édition nouvelle et différente à vous opposer. » 

Tous ceux qui entendirent cette réponse, et Dupin lui-même, ne purent s' 
pêcher de rire. 

1 y. Hugo est aujourd'hui le doyen des roattres-ès-jeox floraux. U l'était 



LE PALAIS A L'ACADEMIE. 345 

11 était déjà célèbre, il va le devenir davantage. Quatre- 
ving^t-neuf offre à son talent une carrière nouvelle. Il fait 
du prêtre un citoyen, de Tabbé un homme politique ; il 
le crée l'orateur du clergé et le place au premier rang, à 
côté de Torateur de la noblesse, Cazalès, et de Torateurdu 
tiers, Mirabeau. 

Envoyé aux Etats-Généraux par le bailliage de Péronne, 
il avait tout ce qu'il faut pour briller dans une grande 
assemblée : de Taudace et de la présence d'esprit, la viva- 
cité de la répartie, une parole facile et animée, une vaste 
érudition, une mémoire imperturbable, quiluia plus d'une 
fois permis de donner pour des improvisations des discours 
préparés d'avance, une grande confiance en lui-même, 
enfin ces avantages extérieurs qui complètent les tribuns, 
une constitution athlétique, une voix à braver et à maî- 
triser les orages de la foule, l'accent, le regard, le geste, le 
port de l'orateur. 

L'abbé Arnaud nous a laissé le portrait un peu chargé 
de l'homme privé. Il le montre « avec son regard effronté, 
» ses larges épaules, ses mollets carrés et sa corpulence 
» athlétique. 

» C'est à dîner surtout, ajoute le portraitiste, qu'il se révélait 
tout entier, mangeant beaucoup, buvant à l'avenant et plaçant, 
dans les trêves qu'il accordait à sa mâchoire plutôt qu'à son appétit, 
soit une anecdote philosophique, soit une bribe de sermon, soit 
un passage du discours qu'il venait de prononcer, soit enfin une 
histoire bien graveleuse, un conte de nature à déconcerter même 
une femme de la Cour. » 

» On l'eût pris pour un grenadier déguisé en séminariste^ » 

ajoute l'Arnault de nos jours, l'auteur du Marins à Miri'- 
turnes qui, lui aussi, fut appelé par deux élections à 
l'Académie. 

A la tribune de l'Assemblée, Tabbé Maury prit part à la 



18*29, à 18 ans, et il y en a 64 que son nom est inscrit sur le Lirre d'or de la 
noblesse litcéraire Toaloasaine. 

1883. 23 



346 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

discussion de toutes les grandes questions, et ne parut 
étranger h aucune. Questions de constitution, d^impôt, de 
commerce, de papier-monnaie, de droit de paix et de 
guerre, même de législation, étaient traitées par lui avec 
une compétence qui étonnait ses adversaires. C'est dans 
les débats sur la constitution civile du clergé qu'il déve- 
loppa toutes les ressources du talent oratoire le plus fécond 
et le plus élevé. 

(( Tous les jours repoussé, tous les jours sous les armes, sans 
que la certitude d'être vaincu, le danger d'être lapidé, les cla- 
meurs, les outrages d'une population effrénée l'eussent jamais 
ébranlé ni lasse, il souriait aux menaces du peuple, il répondait par 
un mot plaisant ou énergique aux invectives des tribunes et reve- 
nait à ses adversaires avec un sang-froid imperturbable (1). » 

Il serait trop long de rappeler les bons mots, les saillies, 
les réparties spirituelles de Tabbé Maury. Qui ne connaît 
riiistoire de la lanterne, des pistolets-burettes, du cercle 
vicieux, dans lequel Mirabeau venait Tembrasser, etc., etc. ? 
Choissons dans le nombre deux ou trois réponses qui mon- 
treront son sang-froid, sa présence d'esprit et la fermeté de 
son caractère. 

A rassemblée tumultueuse qui, dans une discussion, 
rinlerronipait par des cris : « Le tumulte pourra bien 
élotïlfer ma voix, dit-il, il n'ctouflera pas la vérité ; » et 
rassemblée récoutc en silence. 

A des (lames causant asse/. liant dans les tribunes pour 
faire concurrence à Toraleur, et les désignant de la main : 
(f M. le Président, veuillez donc faire taire ces sans- 
culottes ! » Kt ces dnmes se dérobent instantanément aux 
regards dos repu'seiilaiits. 

A un puissant du jour qui lui disait, voulant riiumilier : 
« Vous vous estime/, donc I)eau(*ou|), Tabbé î — Très peu, 
ré|)ond-il, quand je me considère; beaucoup, quand je me 
compare. » Kl le puissant du jour s'éloigne sans mot dire. 

l) Marmoutel. Altmo'res. 



I 

i 



LE PALAIS A L'ACADËBfflE. 347 

 une dame de la halle qui lui disait dans son hardi 
langage : « Vous parlez bien, Tabbé, mais vous n'en êtes 

pas moins f ! — Bah ! dit Maury, en la regardant en 

face, vous savez bien, ma commère, qu'on ne meurt pas de 
cela. » Et les autres commères de rire et de battre des 
mains. 

Nous savons gré à Tabbë Maury de n'avoir jamais quitté 
pendant la durée des Etats le costume ecclésiastique. 

Quant la Constituante eut accompli son mandat et se 
fut retirée devant la Législative, il quitta la France et alla 
à Bruxelles, a Coblentz et à Rome, présenter les hom- 
mages de son dévouement au roi Louis XVIII et au pape 
Pie VI (1). 

Louis XVIII lui fit le meilleur accueil et le nomma plus 
tard son ambassadeur près du Saint-Siège. 

Le Pape, qui l'appelait dans l'intimité « son cher 
Maurv » et, dans le langage officiel, egregium virum^ lui 
conféra rarchcvêché de Nicée, in partihnsy la nonciature 
apostolique, l'éveché de Montefiascone et de Corneto, et 
enfin le cardinalat. 

Obligé de fuir devant les Français qui envahissaient 
ritalie, il sojtit de Rome et alla h Venise, où il prit part 
au conclavt; qui donna un successeur à Pie Vï. 

Napoléon avait été proclamé empereur. Beaucoup de par- 
tisans (le Tancicn régime, beaucoup de fougueux démo- 
crates s'étaient ralliés à sa fortune. Le cardinal n'était 
point un /'/ffnins/granf, il n'en connaissait même pas le 
mot. Do])uis longtemps déjà, il tournait ses regards vers 
la France et songeait à se rapprocher du « nouveau 



'^\] Marmonîcl Itii ccri\ait à l'occasion de l'accueil que parloul il avait reçu 
sur sa route : -^ .Mon illustre ami, j'ai joui plus qTic ^ous-I:î^^lo des Iionnears 
qu'où \;)u^ .1 r. ndus à Tournai, à Bruxelles, à CoMenlz. . . Je prévois ceux qu'on 
va v<»us ri'u ire à Il<wne, et tout le monde ici croit vous y voir rougir. Dans 
tous 1rs '^eus je le souhaite. . . » 

Marinonlel 'l'était pas si mauvais prophète! 



348 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

CjTus. » II lui fut présente a Gênes, lorsque, roi d7talie, 
l'Empereur allait se faire sacrer à Milan. 

En Tabordant, Témotion du Cardinal, vraie ou feinte, 
était visible k ce point que T Empereur lui dit avec bonté : 
« Qu'avez-vous, M. le Cardinal ? Remettez-vous. — Sire, 
lui répondit le Prince de l'Eglise déjà courtisan, je n'ai 
point tremblé devant un grand peuple, je tremble devant 
un grand homme. » 

La flatterie chatouille toujours le cœur des grands 
comme des petits hommes ; Napoléon ne fut point insen- 
sible au compliment ni à Témotion de son interlocuteur. 
Le Cardinal rentra en France et fut nommé aumônier du 
prince Jérôme, et, quelques années plus tard, archevêque 
de Paris. 

Il retrouvait à TAcadémie des amis et d'anciens con- 
frères et désirait y reprendre la place qu'il y occupait dès 
1784. Il la sollicita à la mort de Target, et elle lui fut 
rendue (1). 

Sa réception souleva plus d'un incident. D'abord le Di- 
recteur qui le recevrait l'appellerait-il Monsieur ou Mon- 
seigneur ? L'égalité académique exigeait le premier titre, 
l'exemple du cardinal Dubois autorisait le second. Du 
premier s'étaient contentés les Rohan, les De Luynes, les 
D'Estrées ; c'étaient des enfants du peuple, les fils de 
l'apothicaire de Brives et du cordonnier de Valréas qui 
exigeaient le second. 

La question fut débattue avec vivacité dans les comités, 
à l'Institut et, en dehors de l'Institut, dans le public et dans 
la presse. Enfin, une note quasi-ofiîcielle la trancha, et il 
fut décidé que le récipiendaire aurait du Monseigneur, 

Mais qui le lui donnerait ? L'Académie ne laissa point 
le hasard désigner son Président, elle le choisit et nomma 



(1) La candidature du Cardinal était fortement appuyée, et l'un de ses con- 
currents se retira, après ce jeu de mots sur son nom : 

« Omnia vincit amor, et nos cedamus à Maury, » 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 349 

un simple prêtre, le directeur des sourds-muets, l'abbé 
Sicard. 

La séance de réception, qui avait attiré une nombreuse 
et brillante assemblée, trompa Tattente générale. Le dis- 
cours du Cardinal, faiblement écrit et mal récité, éloge de 
Gerbier plus que de Target, longue et intempestive bio- 
graphie de Tabbé de Radonvilliers, flagorneur et servile 
vis-à-vis du Maître, ne fut point goûté. Il était inférieur à 
celui de 1784, et les deux réunis n'en valaient pas un bon. 

(c Le cardinal a très mal débité son discours, dit l'abbé Mo- 
rellet, qui parle de la réception dans ses Mémoires. Il n'a dit que 
quatre mots de Target, terrain sur lequel il n'a pu marcher que 
comme chat sur braise. L'éloge de l'Empereur, où il y a beaucoup 
de choses aussi vraies que bien dites, arrivant à un auditoire excédé 
de six à sept grands (juarts d'heure d'attention, n'a produit aucun 
effet. 

)) Le lendemain de la séance, on a fait courir un bulletin en 
ces termes : Le G mai, vers les quatre heures après midi, un grand 
l>ersonnage s'est noyé près le pont des Arts. » 

« Et le bulletin dit vrai, » ajoute le malin abbé Mords-les, 
comme l'appelait Voltaire. (1) 

La réponse du Directeur fut au diapason de la harangue 
du récipiendaire. Le cardinal et l'abbé firent assaut de 
louanges et de flatteries vis-à-vis de l'Empereur. 

Ils rappelèrent : (c Homme prodigieux, monarque pré- 
destiné, nouveau Cyrus, père de la patrie, héros de la 
paix, noble rival du héros de la guerre, etc., etc. 

Napoléon était suivant eux <c un général dont le nom 
n'avait à craindre ni envie ni rivalité; un homme extra- 
ordinaire, qui ne mesure point l'espace, qui le franchit; 
un grand capitaine qui ôte les prestiges à la fable, pour 
transporter dans son histoire tout le merveilleux de la my- 
thologie : un héros appelé du fond des Conseils éternels 



(1) L'ahbc Mordlet, Mémoires, 



350 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

à devenir l'instrument de ses desseins et Texécuteur de ses 
décrets, etc., etc. » 

L'abbé, armé « de la loupe qui magnifie les petits 
objets,» donna au cardinal du Monseigneur et de VEmi^ 
nence à pleine bouche. Il compara à Quintilien Tauteur 
de V Essai sur V Eloquence^ et à Bossuet celui du Panigy^ 
rîque de saint Vincent de Paul, A la Constituante, il le 
montra « toujours le vainqueur de Mirabeau. » 

Ces éloges effrontés firent scandale. Ne rappelaient* 
ils pas involontairement la phrase de Saint-Simon s'élevant 
contre les serviles courtisans qui se pressaient autour du 
Roi-Soleil, et se plaignant « du poison abominable de la 
flatterie qui le déifiait dans le sein même du christia- 
nisme ?» — L'Empereur, quelques jours après, écrivait à 
Fouché, ministre de la police : « Faites parler dans vos 
journaux de Mirabeau avec éloge. Il y a bien des choses 
dans cette séance de l'Académie qui ne me plaisent pas. 
Quand donc serons-nous sages ?.,. » 

L'auteur du Tableau de PariSy Mercier, appréciait plus 
simplement l'effet de cette séance : « Voilà bien du bruit 
pour rien, disait-il. Eh bien, ce sont deux prêtres, dont 
l'un dit : Dominus vobiscum, et l'autre répond : Et cum 
spiritu tuo. » 

La fortune du cardinal Maury s'écroula en 1814 avec 
celle de son Empereur. Archevêque de Paris, sans le con- 
sentement et nirme contre le gré du Pape, il fut chassé par 
le Chapitre ; n'ayant rien à attendre des Bourbons, dont il 
s'était éloigné, il quitta Paris pour retourner \\ Rome. 

Le Vatican n'eut point pour lui d'indulgence. Il lui im- 
posa l'abandon de l'éveché de Montefiascone, une détention 
de six mois au château Saint-\nge, et un séjour forcé de 
six autres mois chez les Lazaristes. Après cette expiation, il 
rompit avec le monde et alla s'enfermer dans une retraite, 
où la mort vint le saisir en 1817. 

Cet hommo, dont la renommée s'était tant occupée, qui 
avait joué un si grand rôle dans l'Eglise et dans l'Etat, 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE* 351 

brille parmi les orateurs et les écrivains, mourut presque 
oublié, et c'est à grand'peine qu'il put trouver une sépul- 
ture dans l'église de Santa-Maria^ à côté des deux 
Cardinaux Baronius et Tarugi (1). 



. VIII. 

LE COMTE DE CHOISEUL-GOUFFIBR. 

1752-1816-1817. 

Le Cardinal Maury, nous l'avons dit, n'a point eu de 
successeur connu. Exclu, en effet, par l'ordonnance 
de 1816, avec dix de ses confrères, il fut remplacé, ainsi 
que les dix autres proscrits, par 11 membres nouveaux 
nommés par le Roi. Or, parmi ces nouveaux venus, quel 
fut son successeur ? C'est ce que le manque d'une dési- 
gnation individuelle et ra!)sencc d'éloge d'un prédécesseur 
ne permettent pas de dire. Aussi la divergence s'est-elle 
mise parmi les biographes de l'Académie, et tandis que l*un 
donne pour héritier au Cardinal M. le comte de Lally- 
Tolendal, l'autre, l'abbé de Montesquiou, un troisième, 
M. T. Tastet, lui donne M. de Choiseul-Gouffier. Par 
goût, et comme sujet d'étude, ce n'est pas peut-être celui 
que nous eussions choisi, mais nous avons suivi, de préfé- 



(1) a Hune tumuli socium habent viri magni Baronius et Tarugiua, a dit 
le poète latia Morcelli, qui composa l'épitaphe du cardinal français. 

Les Œuvres choisies du cardinal J.-S. Maury ont été publiées par son 
ncTcu Louis, en 1827, 5 vol. in-8. 

On se souvient du fameux exorde attribué au missionnaire Bridaine par 
l'auteui' de V Essai sur Véloquence de la chaire. Or, cet exorde serait tout sim- 
plement, s'il faut en croire Louis Maury, l'œuvre de son oncle. « Je le déclare 
ici hautement, écrit-il dans une notice sur son oncle, oui, Maury est bien véri- 
tablement l'auteur de la pièce en litige, et l'on doit sans crainte lui en adjuger 
la propriété. » En présence de cette affirmation du neveu, il faut regretter 
que l'oncle n'ait pas eu plus de modestie, et qu'il ait, abusant du nom de Bri- 
daine, fait un si pompeux éloge d'une œuvre oratoire qui, en réalité, était la 
sienne. 



352 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

rence à toute autre, Tindication de Thistorien des Quarante 
fauteuils, 

M. le comte de Choiseul-Goufficr n'a de commun avec 
le cardinal Maury qu'une double nomination à TAcadémie. 
Il V entra une première fois par l'élection, a la mort de 
d'Aleml>ert, en 1783, après Condorcet et avant Bailly, et 
une seconde fois, en 1816, parla volonté du Roi, en même 
temps que MM. de Lévis, de Bonald, Laîné, de Richelieu 
et Ferrand. 

Il appartenait à une ancienne et noble famille, dont 
l'origine remontait, suivant J. Viguier, à l'an 937 et à 
Hugues, comte de liassigny et de Boulogne ; suivant Le 
Laboureur, à 1500 seulement, et aux comtes de Langres, 
et qui avait compté parmi ses membres des maréchaux de 
France, des princes de l'Eglise, des ministres et des 
ambassadeurs (1). 

L'illustration de la naissance ne suffisait pas à M. de 
Clioiseul, il voulait celle des services au pays, de l'étude 
et 'du savoir. Il avait la passion des voyages, et depuis 
longtemps il rêvait un pèlerinage en Grèce, à la réali- 
sation duquel ne purent mettre obstacle ni son brevet de 
colonel, ni son récent mariage avec une jeune héritière de 
la maison de Gouffier. 

Il s'était préparé de longue main h cette exploration 
savante par des travaux suivis, des conversations avec les 
hommes de science, des entretiens et des conférences avec 
l'abbé Barthélémy, dont il s'était fait l'élève. 

Il partit en 177C, emmenant avec lui l'abbé Delille, par- 
courut la Grèce, l'étudia, la fouilla, interrogea ses monu- 
ments et ses ruines, et en rapporta les matériaux de son 



(T; Augustc-Maric-Gnbricl-Florcnt, comte de Choisciil -Gouffier, né à Paris, 
en 1752, mourut à Aix-la-Chupc1Ic, en 1817. 

Il uvuit fait ses études au collège d'Harcourt. La famille Choiseul était très 
nombreuse et se divisait en plusieurs branches : Les ChoiseuI-StainTÎlle, lea 
Choiseul-Meuse, les Choiseul-Beaupré, les Choiseul-Praslin, les Choisenl- 
Francières, etc., etc. 



LE PALAIS À L'ACADÉMIE. 353 

grand ouvrage, le Voyage pittoresque^ dont le premier 
volume parut en 1782, et que la mort ne permit pas à 
l'auteur de terminer. 

A son retour en France, il fut nomme membre de TAca- 
démie des inscriptions, en remplacement de Foncemagne, 
de TAcadémie française, en remplacement de d'Alembert, 
et ambassadeur a Constantinople. 

Lorsque la guerre éclata entre l'Empire Ottoman et la 
Russie, il se posa comme conciliateur entre les deux puis- 
sances, s'efForçant de les rapprocher, et rendant de bons 
offices à l'une et à Tautre. 

Il obtint la liberté de Tambassadeur de Russie, détenu 
aux Sept-Tours, et protégea celle de l'ambassadeur 
d'Autriche, adoucit le sort des prisonniers et paya même 
la rançon de plusieurs. Son intervention était d'autant 
plus puissante auprès du Divan, qu'il avait fait venir à 
Constantinople des ingénieurs français, pour discipliner 
l'armée ottomane. 

Il profita des facilités que lui donnait sa mission près de 
La Porte pour vérifier, compléter et rectifier par un second 
voyage les renseignements qu'il avait recueillis dans le 
cours du premier. « Il visita de nouveau, V Iliade à la 
main, la Troade et les lieux chantés par Homère; déter- 
mina l'emplacement de Troie, reconnut le Scamandre et 
le Simoïs ; découvrit et fouilla, avec un respect religieux, 
les tombeaux d'Ajax, d'Hector, d'Achille et de Patrocle, et 
rassembla de toutes parts un grand nombre de monuments 
précieux pour les sciences historiques et pour les arts. » 

La Révolution vint arrêter ses travaux d'exploration 
Elle lui offrit l'ambassade de Londres, qu'il refusa. 

Décrété d'accusation, il alla chercher un asile en Russie, 
auprès de Catherine II et de Paul I®^, qui firent de lui un 
conseiller privé, et le Directeur de l'Académie des Beaux- 
Arts, et de toutes les bibliothèques impériales. 

Le Consulat lui rouvrit les frontières de son pays. Il y 
rentra sans emplois et sans fortune ; ce qui ne l'empécha 



354 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

pas de continuer ses études de prédilection, et la publi- 
cation de son Voyage^ dont 1809 vit paraître le second 
volume. 

Le dévouement de M. le comte de Choiseul à la Légiti- 
mité, reçut en 1816 sa récompense. Le Roi le nomma 
Pair de France, ministre d'Etat, membre du Conseil privé 
et de FAcadcmic française. Il jouit peu de temps de ces 
honneurs, car Tannée suivante la mort le frappait dans un 
âge encore peu avancé. 

Il avait payé sa dette de reconnaissance à TAcadémie des 
inscriptions par plusieurs mémoires : sur VHippodrome 
(TOlynipie; le Bosphore de Thrace ; l'Existence d* Homère; 
à l'Académie française par son Voyage pittoresque en 
Grèce, 

H. Moulin, 

Ancien magistrat. 



REVUE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Jacqlks Bovju, président au Parlement de Bretagne, 
1515-1577. — Notice par Em. Dupré - Lasale, 
conseillera la Cour de Cassation. Paris, Techener, 
in-8. 

Il y aura bientôt un demi-siccle que j'ai lu pour la première 
fois y Eln^^c de Gcr.w/i, dont l'auteur, encore étudiant en droit, 
Em. Duprc-l-asale, venait d'être couronné par TAcadémie fran- 
çaise ; trois ou qualre ans plus lard, j'applaudissais, avec tous 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 355 

confrères, à V Eloge historique de Coc/iin, que, jeune stagiaire, 
choisi par le conseil de l'Ordre, il prononçait à l'ouverture des 
conférences de 1842 ; enfin, devenu magistrat, il inaugurait la 
rentrée de la Cour de Paris par un discours, dont le souvenir s'est 
conservé au Palais, sur V Ancienne et la nout^elle magistrature» 

M. Dupré-Lasale a donc marqué par une œuvre oratoire ou 
littéraire chacune des étapes de sa carrière judiciaire. A ï Eloge 
de Gerson a succédé celui de Cochin^ à Téloge de Cochin le dis- 
cours sur \ Ancienne et la nouvelle magistrature, puis sont venues 
une étude sur le socialisme : du Droit au bonheur , une notice 
nécrologique sur l'ancien président de la chambre des avoués, 
M. Glandaz, homme de grande valeur, jurisconsulte et lettré tout 
à la fois ; enûn, l'œuvre capitale de l'auteur, non encore achevée, 
une Histoire de Michel de l'Hospital, à laquelle l'Académie, a, 
comme à V Eloge de Gerson, accordé l'un de ses prix. 

De cette histoire, nous n'avons encore que la première partie, 
qui date de 1875, et nous attendons la seconde. Malgré le succès 
de la première, et les impatiences de ses lecteurs, M. Dupré- 
Lasale, qui est de l'école de Boileau, se hâte lentement. Respec- 
tueux du public, et de lui-même, il travaille à loisir, redoutant 
pour riiistoire la rapidité dangereuse de l'improvisiition. Il veut, 
avant d'écrire son livre, avoir puisé aux sources, et s'être entouré 
de tous les documents, de tous les témoignages qui assurent la 
fidélité chez l'historien, la confiance chez les lecteurs. 

C'est en travaillant de la sorte, en préparant cette seconde partie 
de son ouvrage, dont nous pouvcms annoncer la prochaine appa- 
rition, que -M. Duprô-Lasale, étudiant les amitiés du chancelier de 
rilospital, s'est iieurté à la personnalité de Jacques Bouju, dont 
quelques-uns de ses coiitcMuporains avaient latinisé le nom, qu'ils 
avaient métamorphosé, les uns en Bugius, les autres en Bongius, 

Qu'était-ce (pie Jaajues Bouju ? Dans quel temps et au milieu 
de quel monde vivait-il; quels événements a-t-il traversés ; par 
quelles ceuvrcs sa mémoire se recommande-t-elle à notre resj>ect? 

J'avoue en toute humilité qu'avant d'avoir lu la notice de 
M. Dupnî-Lasalc, j'aurais été inc<ipable de répondre à ces ques- 
tions. C'est elle qui m'a appris que Jacques Bouju, magistrat 
lettré, dont s'honore le xvi* siècle, a été tour à tour conseiller au 
Grand-Conseil en 155*2, conseiller au Parlement de Paris en 1554, 
et enfin président aux enquêtes à celui de Bretagne en 1558. 



356 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Ce Parlement provincial était de création récente, quand il y 
fut appelé par des lettres-patentes qui sont, pour le nouveau pré- 
sident, un brevet de lumières et de bons services. 

« Sçavoir faisons, dit le rédacteur, au nom du Roi, que nous, 
j> ayant égard et considération aux bonsy agréables et recont' 
» mandables services que nostre amé et féal conseiller en nostre 
» Court de Parlement de Paris, M® Jacques Boju, nous a faict tant 
» au dicl estât et aultre estât de conseiller en nostre grand Conseil 
» qu'il a tenu et exercé par cy devant, que ailleurs, en .plusieurs 
» charges et commissions où il a esté employé, dont il s'est très^ 
» bien, diligemment, et loyaulment acquité, à iceluy, pour ces 
» causes et aultres bonnes etjustesconsidérationsanousmouvans, 
» et pour la bonne et entière confiance que nous avons àt saper- 
» sonne et de ses sens, suffisance, loyaultc, prodhoniie, expérience 
» et bonne diligence y avons donné et octroyé, donnons et octroyons 
» par ces présentes Tun des deux estatz de conseiller et président 
» des enquestes de notre Court de Parlement de Bretaigne... 

a Pour ledit estât tenir et constamment exercer par ledit Boju, 
» aux honneurs, auctorité, j>rérogatives, prémiiiances, franchises, 
» libertés, gaiges, droit, profit et émolument portés par nostre 
» dict édict, tout ainsi et par la forme et manière que en jouissent 
» les aultres conseillers de nostre Court de Parlement de Bretaigne, 
» et les présidents des enquestes de celle de Paris... » 

C'est encore la notice de M. Dupré-Lasale qui m'a appris que 
J. Bonju avait été chargé de missions importantes, remplies avec 
succès ; que jurisconsulte, poète et piiilosophe, il était tenu en 
haute estime par les hommes du palais, les écrivains et les penseurs 
de son temps; que le chancelier Michel de l'Hospital l'honorait de 
son amitié; que Ronsard, du Bellay et Sainte-Marthe faisaient 
l'éloge de son talent littéraire ; que Lacroix-du-Maine se glorifiait 
de l'avoir connu; que Habert l'appelait dans ses vers : « l'honneur 
angevin (1) » et Ménage, cent ans après sa mort, a l'illustre 
président. » 

(1) F. Hal)crt, d'Issoudun, valet de chambre du roi, faisait au seizième siècle 
des vers assez médiocres. !! pubSa, en 1550, un volume intitulé : Les Eptireê 
héroîdes très salutaires pour iervir à toute âme fidèle, composées par F. 
Habert, d'IsFoudun *>". Bc: . y, avec aucuns épiyrammes cantiques spiritud9,H 
alphabet moral pour l'instruction d'un jeune prince ou princesse. » 

Ce F. Habert était-il parent des trois Habert, membres-fondateurs de 1* Aca- 
démie, qui, eux aussi, faisaient des vers ? 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 3§7 

Maigre de telles amitiés, de si vives sympathies, de si hono- 
rables suffrages, Jacques Bouju, — il faut bien le reconnaître, — 
est aujourdh'ui ti^ ignoré, ou du moins très oublié de notre géné- 
ration, et ce n'est pas sans peine, sans labeurs, sans patientes 
recherches, que M. Dupré-Lasale est parvenu à rassembler les élé- 
ments épars de sa biographie. Il les a demandes aux registres des 
paroisses, à ceux du Grand-Conseil, et des Parlements de Paris et 
de Rennes, aux répertoires des notaires, aux archives de la Biblio- 
thèque nationale, de la Mazarine et de l'Arsenal, aux collections 
publiques et privées de manuscrits et d'éditions rares. 

C'est ainsi que sa pei-sévérance, persistante malgré les obstacles, 
a pu, après trois siècles, ressusciter une ombre évanouie, et 
remettre en lumière un nom tombé dans l'oubli. C'était une 
tache ingrate et difficile, qu'il a courageusement entreprise, heu- 
reusement accomplie, et grâce à laquelle il nous est permis de 
nous rendre compte de la valeur du magistrat et de l'écrivain 
du XVI® siècle. 

Le magistrat a vécu entouré de l'estime et de la confiance de 
ses collègues, exerçant sur sa Compagnie l'inQuence que donnent 
le savoir et le caractère. 

Le Parlement de Bretagne avait-il une commission à nommer, 
une députiition à choisii' ? J. Bouju en faisait toujours partie : 
avait-il un mémoire à rédiger pour le garde des sceaux, des 
remontrances à adresser au roi ou aux ministres ? J. Bouju en 
était habituellement chargé. C'était l'une des tètes et des meilleures 
du grand corps judiciaire auquel il appartenait, et François I*' 
disait de lui : « Je L'aime par sur tous ceux de sa robe, » 

L'écrivain était en commerce littéraire avec Ronsard, Habert, 
du Bellay, Sainte-Marthe et Michel de l'Hospital ; Moréri, Ch. 
Menard et , Pocquet de Livonnière ont parlé de lui avec éloges. 
Ses vers français étaient goûtés à la Cour, et le Chancelier, qui 
se connaissait en belle latinité, estimait ses vers latins à l'égal de 
ceux des meilleurs poètes de l'ancienne Rome. Pardonnons cette 
partialité d'appréciation à un magistrat-poète qui, dans sa retraite 
de Vignay, en faisait lui-même d'excellents. 

J. Bouju a beaucoup écrit en prose et en vers, en français et en 
latin. Faut-il rappeler ses Epitres à François 7*', Henri II, 
Charles IX et Henri III; 

Les Louanges de la vie rustique ; 



358 BULLETUf DU BIBLIOPHILE. 

Les Bis de Difmocrite et Pleurs d'Heraclite ; 

Le Royal œuvre et les Douze Rouies ; 

Lu Traduction des six premiers livres de Tite-Live^ etc., etc.? 

Ces œuvres sont restées manuscrites. La presse n'a reproduit de 
notre président qu'un sixain sur le double mariage de Marguerite 
d'Autriche, et deux poèmes latins, l'un sur la justice civile, 
l'autre sur la justice criminelle, dédiés, le premier, au chancelier 
de l'Hospital, le second au premier président Christophe de Thoa. 

L'épigramme, Impubes nupsi valido, que je n'essaierai pas plus 
que M. Dupré-Lasale de traduire, mais dont je reproduirai le 
texte pour les amis de la poésie latine, fut inspiré à J. Bouju par 
le double hymen de Marguerite d'Autriche, fille naturelle de 
Charles-Quint, mariée, sans proportion d'âge, une première fois, 
mineure de douze ans, avec un homme fait, et une seconde fois, 
devenue majeure, avec un mari de treize ans. 

Cette épigramme, digne de Martial, partout répétée, fut bientôt 
célèbre, et ses destinées sont curieuses à raconter. Laissons 
M. Dupré-Lasale les raconter lui-même : 

« Elle fut iiuj)rimée pour la première fois, en 1585, huit ans 
après la mort de Bouju et sans le nommer, à la suite du Pétrone 
de Janus Don/a, avec une version française d'un certain Brillet 
d'Angers. Sainle-Marthe la reproduisit (hins l'éloge de Bouju, 
qu'il appelle liu^iiis, Varillas la cita dans Tllistoirede François I*, 
en prenant lUi^ius pour Dubois. Bayle la restitua à son véritable 
auteur. Elle fut successivement coninicntée par Colletet, par 
Moysant (lo-!>ricu\', j)ar un inconnu dans le recueil de Sercy, par 
le clio\a]irr <!«' Méré, par La Monnoye, enfin par Drcux-du- 
Ra<licr, tons impuissants à rendre la grâce concise de 
l'orii^iniïl 1). »> 

Dans 1' s !. v'inos : la TourncUc et De Ordlnanda ji/sticiaj J. 



^1) l>c l.i'Iiï ■'.; ri les mots l>nivc riionnctcté ; or, voici le texte latin de cette 
épigr.iijj-.io : 

/.' <7//^'^"^• cvJHsO.am fœvîli (v v.Kjft.'aM. 
I:;']iuî>i"» iMii>"»i valido, jani lirmior ;>nnis 

i. xsiu'.co et inuili stiin sorliita \ir.>. 
I.! • :.iii^.i\il tt.-iKiam, hir .it.ih' >alcntciii 

I it.irtaiii Iota nôctc jaccro >init. 
I):iMi iiollcin licuit, nuiic diini >o]o, non lirct iiti : 
() liymon, aiit unnos, aul inihi rcddo %iruiii ! 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 359 

Bouju se proposait de venir en aide aux vues réformatrices du 
chancelier de THospital et du P. P. Christophe de Thou, et de 
leur signaler, pour en obtenir la suppression; les abus qui faisaient 
obstacle à la bonne administration de la justice, au criminel 
comme au civil. Ces abus étaient nombreux : c'étaient la lenteur 
des procédures, la multiplicité des écritures, le grand nombre des 
juridictions, la nécessité des épices à fournir par les plaideurs, et 
dont le chiffre était laissé à l'arbitrage du juge, la vénalité des 
charges qui n'avait de faveurs que pour la fortune. A notre 
grande Révolution de 1789 était réservé l'honneur de faire dispa- 
raître tous ces abus, de doter la France de l'unité de législation, 
de réduire à deux les degrés de juridiction, de créer les justices 
de paix et la Cour de cassation, et d'appeler aux sièges de la 
magistrature, en dehors de la richesse et de la naissance, les 
hommes de science, de probité et d'indépendance. 

J. Bouju n'avait pas cinquante-cinq ans quand il renonça à ses 
fonctions et se retira dans son domaine des Landes. Ce ne fut pas 
pour s'y livrer à ses goûts littéraires, mais — chose incroyable 
de la part d'un homme de bon sens et de savoir — à la recherche 
de la pierre i)hilosophale et de la fabrication de l'or. Ses forces 
s'épuisèrent à tenter la transmutation des métaux, et c'est au 
milieu de ses creusets que la mort le surprit, à peine âgé de 
soixante-trois ans. 

« Le septième jour de décembre mil cinq cent soixante dix- 
» sept — porte son acte de décès, qui ressemble à une épitaphe 
» — expira noble homme M« Jacques Bouju, en son vivant 
» président en la Court du Parlement de Brctaigne, seigneur des 
» Landes, père et restaurateur des sciences. 

)) Mcssirc Jehan Amclot 

» Donne nu président ce lot. 

» Son corps gist en la chapelle de Monsieur Sainct Jehan, au 
» sépulcre de ses prc(l(:ccsscurs seigneurs des Landes. » 

M. Dupré-Lasalc ne s'est pas contenté de nous rendre J. Bouju, 
il a consacre à sa descendance un chapitre entier, qui n'est ni le 
moins développé de sa monograi)hie, — ni le moins riche en 
documents. Ocs quatre enfants laissés par le pré.sidcnt, un seul 
m<'Mite d'arrêter l'attention ; c'était uu (ils naturel, Tliéophraste, 
le préféié de son père, le seul qui ait soutenu, sinon augmenté 



360 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

rillustration de son nom. Il devint conseiller et aumônier ordi- 
naire du Roi, et écrivit un assez grand nombre d'ouvrages de 
controverse. Du reste, trois quarts de siècle ne s'étaient pas 
écoulés depuis la mort du chef de la famille, qu'elle s'était éteinte 
tout entière misérablement ; la ruine avait précédé la mort. 

Les curieux du palais sauront gré à M. Dupré-Lasale de son 
Etude sur /. Bouju. C'est à la fois une œuvre d'érudit et de lettré, 
et à la science du chercheur l'auteur a su joindre le talent de 
l'écrivain. Cette étude nous a doublement intéressé par elle-même 
d'abord, puis par l'espérance qu'elle nous apporte d'avoir bientôt 
complète V Histoire du chancelier Michel de VHospital, 

H. Moulin, 

ancien magistrat. 



DU PR[X COURANT DES LIVRES ANCIENS 



VENTE 

DE LA 

BIBLIOTHÈQUE WILLIAM BECKFORD 

A LONDRES 
(Troisième partie) 

Cette troisième partie (composant la vente du 2 au 
14 juillet), dont l'importance était beaucoup moindre que 
les deux premières, contenait cependant un certain nombre 
de livres vraiment rares, d'exemplaires remarquables par 
leur reliure et leur conservation. Nous nous bornerons à 
citer les numéros suivants. 

Le produit total de cette troisième auction a été de 

324,516 fr. 

24. Natalis (H.). Adnotationes et meditationes in Evangelia qiue 
in Sacrosancto Missae sacrificio toto anno leguntur. Jtntperpiœ^ 



■.» 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. . 361 

1595; iii-fol., fig. de Wierx, CoUaert, etc., mar. rouge, fil. à 
comp., tr. peintes et dor. — 1,350 fr. 

Aux aruies du comte d'Huym. 

Cl. Neufgcrmain (sieur de). Ses poésies et rencontres. Paris, 
1630; in-4, port, gravé à l'eau-forte par Brebiette, et un autre 
portrait ajouté, mar. vert, tr. dor. [Rel. angl,) — 100 fr. 

70. Newcastle (G. marquis de). Méthode nouvelle et invention ex- 
traordinaire de dresser les chevaux. 1657-58; gr. in-fol., 4'^ 
pi., mar. rouge, comp., tr. dor. — 1,335 fr. 

Exemplaire en grand papier présenté à Henrietta Cavendish Holles, miiriée à 
Edward Harley, second comte d'Oxford, fille et héritière de Jean, duc de New- 
castle. 

« 

82. Niceron (J.-P.). Mémoires pour servir a l'histoire des hommes 
illustres dans la république des lettres, avec un catalogue rai- 
sonné de leurs ouvrages. Paris, 1727-45; 43 tomes en 44 vol. 
in-12 veau fauve. [Ane. rel,) — 133 fr. 

90. Nicolai de Ausmo supplenientum summae Pisanellx. Fenetiis^ 
Bartholomœus Crcnumensis, 1473; petit in-fol., mar. rouge. 

— 570 fr. 

Exemplaire imprimé sur vélin avec les initiales en or et en couleurs. 

98. Nicolay d'Arfeville (N. de). Navigations et pérégrinations 
orientales. Ljron, 1508; in-fol., fig. de costumes par L. Danet, 
veau fauve. (Jnc. rel,) — 380 fr. 

Première édition. 

99. Nicole (P.). Les imaginaires et les visionnaires. Liège (Elz.)^ 
1667; 2 vol. in-12 réglé, mar. bleu, doublé de mar. cit., fil. 
(DusseuiL) — 448 fr. 

114. Niphus (A.) de Pulchro. Romœ, apud A, Bladum (ijrpis JL 
dinis), 1531; petit in-4, mar. br., gardes en vélin, comp., fil. 

— 1,765 fr. 

Exemplaire de Grolier avee son nom et sa devise sur les plats de la reUore 

124. Nodier (Ch.j. Promenade de Dieppe aux montagne d'Ecosses 
Paris y 1821 ; cartes et planches color., veau, tr. dor. (ReL ^Mgl.y 

— 100 fr. 

1883. 24 



362 BULLETFN DU BIBLIOPHILE 

127. Nodot (F.). Histoire de Mélusine, princesse de Lusignan, et 
de ses fils. Paris ^ 1700; front. — Histoire de Geofroy sur- 
nommé à la Grand'Dent, sixième fils de Mélusine. 7rf., 1700. 
— Le Noble. Voyage de Falaize. Id., 1707. 3 part, en 1 vol. 
in-1'2, mar. bleu, fil. — 220 fr. 

Aux armes de la comtesse de Verrue. 

135. \onni Dionysiaca gr. et lat. cum P. Cun<Ti animadversioni- 
bus, D. Hcinsii disscrtatione et J. Scaligeri conjectaneis et 
G. Falkenburgii lectionibus. Ilanovlœ^ IGIO; in-8 réglé, naar. 
rouge, riches comp. à petits fers. — 215 fr. 

167. Novelle. Libro di ■Novcllc et di bel parlar gentile ne! quai si 
contengono ccnto Xovelle altrauolta mandate fuori da M. Carlo 
Gualtcruzzi. tiorcnza^ Giuiiti, 1572; in-4 vclin, tr. dor. — 
^ 222 fr. 

Aux troisièmes armes de J.-A. de Thou. 

183. Nufiez Cubeca de Vaca (Ahiari. Relacion y comentarios de 
lo acaescido en las dos Jornadas que hi/o a las Indias. Valla^ 
doUdj 1555; petit in-4 goth., mar. rouge, fil., tr. dor. [BfiL 
^/?^/.) — 1,210 fr. 

Première publication sur la rivière de la Plata et le Paraguay. 

193. Ocampo (Florian de). Las quatro partes enteras de la coro- 
nica de Esparia, que mando componer el Rey Alonso el Sabio. 
ralladolidj 1604; in-foL, mar. bleu, comp., fil, — 285 fr. 

204. Office des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit. Paris, Imp, 
Royale, 1703; in-12, mar. bleu, tr. dor. — 270 fr. 

Imprimé sur vélin. 

205. Officium Beatx Mariae Virginis, secundum usum Romanfum, 

cum Calendario et Almanach (1510 à 1530). Paris, E. Har^ 

douyn pro G, liardouyn (1510); in-8, — 295 fr. 

Exemplaire imprimé sur vélin avec les bordures, les miniatures et les lettres 
capitales peintes en or et en couleurs. 

248. Ordonnances sur le faict des monnoycs, estât et reigle des of- 
ficiers d'icelle. Paris y E. Roffet dit le Faulcheur^ 1540; ill-8, 
fig. sur bois peintes en or et en argent, mar. br., fil., comp., 
tr. dor. — 3,330 fr. 

Exemplaire imprimé sor vélin. 

2S6. Orford (Horace Walpole, comte d'). Description of Straw- 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 363 

berry Hill, with inventory of the furniture, piclures, cuiiosi- 
ties, etc. Straivbcrry Hilly 1774; in-4, fig., veau, — 730 fr. 

Exemplnlic ric Horace Walpole, avec des additions autographes, des figures 
ajoutées et ses armes sur les plats de la reliure. 

259. OrforJ (Horatio Walpole, comte d'). Works, 1798; 5 vol. 
j^r. pap., port, et fig. — Letters to G. Montagu, Rcv. W. Cole, 
and others, 1818; 2 tomes en 1 vol. gr. pap. — Mémoires of 
tlic last ten Years of the reign of George II. 1822; 2 vol. gr. 
pap., port. Ens. 8 vol. gr. in-4, 14 pages de notes par M. Beck- 
ford, demi-rel. cuir de Russie. — 258 fr. 

260. Oxford (II. 'Walpole, comte d'). Anecdotes of painting and 
catalogue of engravers, with considérable additions by Rev. 
J. Dalla way. 1826-28; 5 vol. gr. pap., lig. et. port., demi-rel. 
mar. rouge. — 485 fr. 

26G. Orlando. La scgunda parte de Orlandocon el verdadore suc- 
cesso de la famosa Batalla de Roncesvalles, fin y murte de les 
do/c parcs de Fraucia por N. Espinosa. Anvers, M. Nucio^ 1557 ; 
petit in-4, lig. sur bois, maroq. olive, fil. (Rogcr^Paj/ic.) — 
410 fr. 

201. Osorius (ï.). Histoire de Portugal mise en français par S. G, 
(Goulart). Paris, 1587; 5 vol. in-8, mar. rouge, ornem., fil. 
avec quatre fleurs de lis au centre, reliure de Clovis Eve. — 

830 fr. 

314. Ovidii opéra cura D. Heinsii. Lugd. Batav., Elzevir^ 1629; 
3 vol. petit in- 12 réglés, mar. rouge, doublés de mar. rouge 
(il. [DusscuU,] — 540 fr. 

328. Ovide. Les métamorphoses, traduittesen prose avec XV dis- 
cours contenans l'explication morale des fables par N. Renouard. 
Paris, 1617; 2 tomes en 1 vol. in-8 réglé, fig. gravées par 
J. Isaac, mar. rouge. [Ane, rcL) — 190 fr. 

Exemplaire en grand papier aux armes de M. de Mesmes RuTignan. 

342. Oviedo y Valdes (Goncalo Femandez de). Histoire natu- 
relle et generalle des Indes, isles et terre ferme de la grand mer 
Oceane, traduicte par Jean Poleur. Paris, Vasconsan, 1556; 
in-fol. réglé, veau fauve, comp. à petits fers avec 9 mëdaillont 
dorés sur chacun des plats. (i^T. Eve^ — 960 fr. 



364 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

363. Pacifique de Provins (Père). Brieve relation du voyage des 
isles de l'Amérique. Paris, 1646; in-8, veau, tr. dor. {Rei. 

angl.) — 76 fr. 

364. Pacome (Frère). Description du plan en relief de l'abbaye de 
La Trappe. Paris, 1708; in-4, lig., mar. rouge. — 165 fr. 

Exemplaire en grand papier aux armes du duc du Maine. 

382. Palladien, filz du roy Milanor d'Angleterre et de la belle 
Selcrine, sœur du roy de Portugal. Roman de chevalerie en 
prose mis en francoys par feu Cl. Colet. Paris, £. Grouileau, 
1555; iu-fol., lig. sur bois, mar. citron, fil. (Dcmme.) — 
540 fr. 

384. Palladio (A.). Quattro libri dell' Arcliitettura. Fenetia, 
1570; 4 tomes en 1 vol. in-fol., nombr. fig. sur bois, vélin, ti\ 
dor. — l,5i0 fr. 

Avec un autographe de J.-A. de Thou, mais sans les armes sur la reliure. 

400. Panvinius (O.) de Ludis Circensibus et de Triumphis cum 
notis J. Argoli, additamento N. Pinelli et J. J. Maderi notis. 
Pataviij 1681; in-fol., fig., mar. rouge, fil. — 405 fr. 

Aux armes et monogramme de Colbcrt. 

410. Paradin (Cl.). Quadrins historiques de la Bible (Genèse et 
Exode et autres i)arties de l'Ancien Testament), avec figures du 
Nouveau Testament, avec des sixains par C. Fontaine. Lyo/t 
/. de Tournes, 1553-54; 3 part, en 1 vol. in-8, fig. sur bois 
par Le Petit Bernard, mar. cit., fil. [Ane. rel, portant la date 
de 1696.) — 505 fr. 

459. Parva Christiana; pietatis officia per Ludovicum XIII ordi- 
nata cum calendario. Paris, e tjrpng, Regia, 1642; in-i6, belles 
vign., mar. rouge, fil. (Dusseuil.) — 55 fr. 

Exemplaire de A. -A. Renouard. 

487. Passe (Crispin de). Spéculum heroicum Homeri : les xxiiii 
livres d'Homère. Reduict en fables démonstratives figurées et 
chaque livre rédigé en argument poeticque par le sieur J. Hil- 
laire, sieur de La Rivière. TraJ. Bat.^ 1613; port, de Hillaîre 
et 24 fig. — Spéculum Œneidis Virgilianae : brief recueil des 
livres de TEneide et des Georgiques et Bucoliques. Id,^ 1613; 
24 fig. En 1 vol. petit in-4, roar. cit., tr. dor. — 250 fr. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 365 

'491. Passe (C. de). Miroir des plus belles courtisannes de ce 
temps. S. /., 1631; petit iQ-4 obi., front, et 40 fig., cuir de 
Russie, tr. dor. [ReL ctngl.) — 690 fr. 

Les quatrains qui accompagnent les portraits sont en trois langues : français, 
hollandais et allemand. 

619. Perrault (C). Hommes illustres qui ont paru en France pen- 
dant ce siècle, avec leurs portraits au naturel. Paris, 1696- 
1700; 2 vol. in-fol., port, par Edelinck, Duflos, etc., maroq. 
rouge, fil. [Ane. rel.) — 605 fr. 

Kxcmplaire avec les portraits d'Arnauld et de PascaL 

i)'21. Perrault (C). Contes des fées. Paris, 1781; in-12, front, et 
vignettes par Martinet, pap. de choix, mar. rouge. {Roger 
Paync.) — 360 fr. 

« 

650. Petrarcha. Le Cosc volgari. Vinegia, Aldo, 1501; in- 8, 
inar. rouge, tr. dor. — 300 fr. 

l'remière édition des Aide, et premier livre imprimé avec leurs caractères ita- 
liques. 

651. Petrarcha. Vincgia, Aida, 1514; in-8, mar. br., comp. 
dor. — 1,665 fr. 

Seconde édition aldine. Exemplaire imprimé sur rélin avec les chiffres et les 
armes de Contarini peints sur le premier feuillet. 

658. Petrarca con nuove Spositioni. Lyone, G, Rouillio, 1574; 
in-8, fig. sur bois, réglé, mar. olive, compart. à petits fers, 
avec la devise et les armes de Marguerite de Valois, reine de 
Navarre. — 1,990 fr. 

La conservation delà reliure manquait; les tranches redorées. 

664. Petrarcha spirituale di frate H. Maripetro. Fenetia^ F. Mar- 
cotini, 1536; in-4, fig. sur bois, mar. marb. doré, compart. — 
1,160 fr. 

Exemplaire de Thomas Maioli, avec sa devise sur an des platf de la reliure 
et le titre du livre sur l'autre plat. 

680. Peucer (G.). Les devins, ou commentaire des principales 
sortes de devinations. Anvers, 1584; in-4, vélin. — 220 fr. 

Kxcmplaire avec le monogramme de N. de Thou, évéqne de Chartres, sar le 
dos de la reliure et contenant un autographe de J. Gndier en partie effacé. 

686. Phaedri fabulae cum notis D. Hoogstratani. Amst,, 1701 ; in-4 , 
port, et fig., gr. pap., mar. rouge, fil. {Padehup,) — 115 fr. 



366 BULLETm DU BIBLIOPHILE. 

708. Philostratcs (les deux). Images ou tableaux de platte pein- 
ture et les statues, mis en françois par Biaise de Vigencre avec 
des épigrammes par ï. d'Embry. Paris ^ 1615; in-fol., figures 
gravées par Ij. Gaultier, Th. de Leu, etc., mar. bleu, fil. [ReL 
de DcromCj signée). — 505 fr. 

Exemplaire en grand papier. 

709. Philostrati vita Apollonii Tyanei et Eusebius contra Hiero- 
clem gr. et lat. f^enetiis, Aldus ^ 1501-2; in-fol., mar. rouge, 
comp. — 7,575 fr. 

Exemplaire de Grolicr, avec son nom et sa devise sur les plats du Tolume. 

719. Picart(B.). Œuvre. Collection de 542 gravures comprenant: 
176 fig., front., chiffres et armes, alphabets et médailles; 207 
fîg. d'ornementation et 159 vignettes. En 3 vol. in-4, fig. mon- 
tées sur pap. teinté, cuir de Russie, tr. dor. [ReL angl.) — 
515 fr. 

Belles épreuves, beaucoup en différents états. 

721. Picart (B.). Cérémonies et coutumes religieuses de tous les 
peuples du monde, ytmst.^ 1723-37; 7 vol. — Superstitions 
anciennes et modernes et préjugés vulgaires. Amst,^ 1733-36; 
2 vol. Ens. 9 vol. in-fol., fig., mar. rouge, fil., tr. dor. [Kal-^ 
thœber,) — 1,920 fr. 

Exemplaire en grand papier. 

725. (Piccolomini.) Dialogo délia bella Crcanza délie Donne. Fe^ 
nctia, 1574; petit in-12, mar. olive, fil. — 645 fr. 

Aux deuxièmes armes de J.-A. de Thou. 

765. Pindari carmina cuni Scholiis, graece. Romcv, Z, Caiergiy 
1515; in-4, cuir de Russie, fil. (ReL de Roger Paj/iCj signée.) 

— 985 fr. 

773. Pinder (U.). Spéculum Passionis Domini Nostri Jesu Christi. 
Nurembergœ, 1507; in-fol., 77 fig. sur bois (dont 40 grandes 
et 37 petites), veau f., tr. dor. — 328 fr. 

791. Piranesi (G. B., F. e C. F.). Opère. Roma, 1756-85; 15 v. 
gr. in-fol., veau, fil., ornem. dorés. [Ane. reL) — 885 fr. 

807. Plaisirs de Tlsle enchantée. Paris^ 1673; 9 pi. grar. par 
Israël Silvestre. — Relation de la feste de Versiûlles en 1674 
(par Félibien); 6 pi. grav. par Le Pautre et Chauveau; 2 part, 
en 1 vol. in-fol., mar. rouge, fil., tr. dor. — 590 fr. 

Aux armes du roi Louis XIV. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 367 

810. Planchette [Dom B.]. Vie du grand saint Benoît. Paris y 
1652; in-4, port., mar. rouge, fil. — 195 fr. 

Aux armes du grand Condé. 

814. Platon, Le Timée et Plutarque de la création de l'âme, 
translaté par L. Le Roy dit Regius. Paris ^ 1581. — Le Sym- 
pose, avec commentaires, traduit par Le Roy, avec plusieui*s 
passiiges des meilleurs poètes grecs et latins citez aux commen- 
taires, mis en vers par J. Du Bellay. /6., 1581. — Le Phe- 
don, etc., traduit par Le Roy, Ib., 1581. 4 parties en 1 vol. 
in-4, mar. br., fil., comp. à petits fers. [ReL de :V. Eve.) — 
3,550 fr. 

818. Plauti Comœdiaî. Jnist.^ L. Elzevir^ 1652; petit in-12, mar. 
bleu, fil. [Roger Pajrie.) — 505 fr. 
Exemplaire non rogné. 

820. Plauti comœdiae cum notis variorum ex recensione J.-F. Gro- 
novii. Anist., 1684; 2 vol. in-8, mar. rouge, fil., doublé de 
mar. rouge. [Dusseuil.) — 465 fr. 

824. Plauti comœdiae. Paris, Barbou, 1759; 3 vol. in-12, front, 
et vignettes d'Eisen, mar. rouge, dent. [Derome]. — 645 fr. 

841. Plutarchi opéra, gr. et lat., cum notis H. Stephani. Excud, 
H. Stcp/ia/ius, 1572; 13 vol. in-8, mar. rouge, fil. — 250 fr. 

Aux armes du comte d'Uojm. 

860. Poggii (L-F.). Facetiarum liber. Accedunt facetix morales 
Laurentii Vallcnsis alias Ësopus grxcus per dictum Laurentium 
translatus et F. Petrarcliae de Salibus vivorum illustrium ac fa- 
ceciis tractatus. Parisiis [U, Gering), circa 1477; petit in-12, 
mar. rouge. [Derome.) — 315 fr. 

870. Poldo d'Albenas (L). Discours historial de Nismes. Lyon^ 
1560; in-fol., mar. rouge, fil., tr. dor. [Jnc, rel.) — 270 fr. 

873. Poliphili Ilypnerotomachia ubi humanaomnia non nisiSom- 
nium esse docet atque obiter plurima Scitu sane quam digna 
commémorât, re/wtiisy Jldus, 1499; in-fol., mar. rouge, comp. 
de mar. br., fil. dor. (Rel. vénitierme.) — 3,250 fr. 

Première édition du Songe de Poliphile ornée de figures attribuées à O. Bel- 
lini et à G. Mantegna. 

874. Poliphile Hypnerotomachic, traduicte de langage italien en 



308 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

françois fpar le cardinal de Lenoncourt) et publiée par J. Mar- 
tin. Paris ^ 1561; fig. par J. Cousin. — Le Roy dit L. Regius. 
De la vicissitude des choses. Paris ^ 1577; 2 part, en 1 vol. in- 
fol., roar. bleu, comp. à petits fers, fleurs de lis, L couronn. — 
5,550 fr. 

Reliure exécutée par 17. Eve pour la reine Louise de Lorraine. 

897. Pomponii Mellaî Cosmographia. Mediolani [Zarotus)^ 1471 ; 
petit in-4, mar. bleu, fil., comp. doublé de soie, gardes en 
vélin. [Bozérian jeune.) — 555 fr. 

Première édition, très rare. 

907. Pontani (I.-!.)» Opéra poetica (Urania, Meteora, etc.). Tc- 
netiisy Aldus, 1505; in- 8, inar. rouge, doublé de soie. [Bra- 
deL) --250 fr. 

908. Pontani (I.-I.). Amorum libri II, de Amore conjugali III, 
Lyrici I, Eridanorum II, Eclog» II, Calpumii et Aurelii Ne- 
mesiani Eclogae. Fenetiis, Aldus, 1518; in-8, mar. rouge, fil., 
comp. {Rel, italienne.) — 480 fr. 

942. Porlhaise (J.). Cinq sermons de la simulée conversion du 
roy de Navarre. Paris, 1594; in-8, mar. rouge, fil. — 98 fr. 

Exemplaire de Girardot de Préfond. 

959. Postel (G.). Tresmerveilles victoires des femmes du Nouveau 
Monde et doctrine du siècle doré. Paris, 1553; mar. rouge, 
doublé de mar. bleu, fil., comp. — 580 fr. 

Exemplaire de Girardot de Préfond. 

1059. Pseaumes, traduction nouvelle selon Thébreu avec le latin. 
Paris, 1679; in-12 réglé, front, et vign., maroq. rouge, filets, 
doublé de mar. bleu, fil. — 810 fr. 

Aux aripes du comte d'Hoym. 

10^)1. Ptolemxi cosmographia. Opus donni Nicholai Germani. £//- 
mœ, L. Hol, 1482 ; in-fol., 32 cartes grav. sur bois par J. Schnit- 
zer, mar. rouge, fil. — 640 fr. 

Exemplaire imprimé sur pean Télin, cartes coloriées. 

1077. Purchas (S.). Hakluy tus Posthumus or Puchas his pilgrimes 
contayning a history of the World, Sea Voyages and Lande- 
Travells by Englishmen and others. 1625-2G; 5 vol. in-fol., 
front., cartes et tables, veau, aux armes de lord Aylmer. — 
1,590 fr. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 369 

1130. Rabelais (F.). Plaisante et joyeuse histoyre du grand géant 
Gargantua, /./o/i, E. Dolet, 1542; in-16, fig. sur bois, mar. 
bleu, fil. (Boz^rian.) — 1,110 fr. 

Il n'y avait qu'une partie du volume; le Pantagruel et la prognostication ne 
s'j trouvaient pas. 

1136. Rabelais. Œuvres, avec des remarques par Le Duchat. 
Amst.y 1741 ; 3 vol. in-4, port, et figures, veau marbré. — 
1,390 fr. 

Exemplaire en grand papier. 

1137. Rabelais moderne, ou les œuvres de maître F. Rabelais 
mises à la portée de la plupart des lecteurs. Amst., 1752 ; 8 v. 
in-12, mar. rouge, fil. [Derome.) — 300 fr. 

1109. Ramberveiller (A. de). Dévots élancements du poète chres- 
tien (envers). Pont-à» Mousson^ 1G03; petit in-12, fig. de Th. 
de Leu et de J. de Wert, mar. pourpre, tr. dor. [Rel. angl.) 
— 150 fr. 

r2 30. Recueil de pièces galantes, en prose et en vers, de Ma- 
dame la comtesse de La Suze et de M. Pélisson. Paris, 1698; 
4 tomes en 2 vol. in-12, mar. rouge, fil. — 1,335 fr. 

Aux armes du comte d'Hoym. 

1242. Régnier (Jehan). Ses fortunes et adversitez. Paris, 1526; 
in-8 goth., fig. sur bois, mar. rouge. (Boze'rian.) — 1,095 fr. 

1243. Régnier. Satyres et autres œuvres. Leiden, J. et D, Elze- 
vier, 1652; petit in-12, mar. vert, doublé de mar. vert, fil., 
comp. — 1,160 fr. 

Exemplaire non rogné, aux armes du Révérend T. Williams. 

1244. Régnier. Même édition; maroq. rouge. (Padeloup,) — 
1,160 fr. 

Aux armes du président J. Amclot de Beaulieu. 

1304. Retz (cardinal de) . Mémoires. Anist,, 1731 ; 4 vol. — Mé- 
moires de Gui Joly. Amst., 1738-1739; 2 vol. Ens. 6 vol. in- 
12, mar. rouge. [Padeloup.) — 430 fr. 

1328. Riccho (A.). Opère intitulata Fior di Délia; Sonetti, Capi- 
toli, Epistole, Desperata, Eglogha, Bazellete, Strambotti, Farze. 
Fenetia^ 1520. — Opère artificiose de Nocturno Neapolitano, 
1527. En 1 vol. in-8, mar. bleu, dent. [Derome,) — 195 fr. 



370 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1345. Richelieu (card. duc de). Journal (1630-31). Amsterdam^ 
A, Wolf§ank^ 1664; 2 part, en 1 vol. petit in-12, port.^ mar. 
cit. (Padeloup.) — 390 fr. 

Aux armes de Beissier. 

1467. Rommant de la Rose. Paris, Galliot du Pré, 1529; petit 
in- 8, fig. sur bois, mar. rouge, fil., doublé de mar. rouge. 

[DusscuLL] — 1,160 fr. 

1469. Ronsard (P. de). Œuvres. Paris, 1587; 10 tomes en 5 vol., 
portrait de Henri IIF, réglés, mai*, brun, fil., comp. (Rfil, de 

Clovis Eve,) — 10,850 fr. 

Reliure faite pour Marguerite de Valois, reiœ de Navarre. 

1560. Russie. Archéologie de Tempire de Russie, publiée par 
ordre de rerapcrcur Nicolas. Moscou, 1849-53; 6 tomes en 
7 vol. gr. in-fol. de planches et 1 vol. in-4 de texte, planches 
color., mar. rouge, ornem. dor., tr. dor. [ReL anglaise,] — 
2,000 fr. 

1606. Sagard Theodat (F. Gabriel). Grand voyage du pays des 
Hurons, avec un dictionnaire de la langue huronne. PariSy 
1632; 2 tomes en 1 vol. in-8 veau. — 770 fr. 

1609. Sagard Theodat (G.). Histoire du Canada et voyages des 
Frères mineurs Rocollets pour la conversion des infidelles. Pa- 
ris, 1636; in-8, musique, mar. rouge, tr. dor. (Bedford.) — 

770 fr. 

1621. Sainct Greaal, contenant la Conquest dudict Sainct-Greaal 
faicte par Lancclot du Lac, Galaad, Perceval et Boors. Paris , 
P, Le Noir, 1523; 2 tomes en 1 vol. in-fol. goth., fig. sur 
bois, mar. rouge. [Derome.] — 880 fr. 

1630. Sainte Marthe (Scevole de). Œuvres poétiques. Paris j 
1579; in.4 réglé, vél., fil., tr. dor. — 1,160 fr. 

Exemplaire eu grand papier provenant de J.-A. de Thou. 

1645. Saint-Réal (abbé de). Œuvres. Amst,, 1740; 6 vol. in-12, 
fig., mar. bleu, doublé de mar. rouge. [Padeloup,] — 300 fr. 

Exemplaire de La moignon. 

1675. Sallustius. Lugd, Bat., Elzevir, 1634; in-8, mar. rouge, 
doublé de mar. rouge. [DusseuiL] — 550 fr. 

1687. Salomon (Bernard). Pourtraicts divers. Collection de vues, 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 37! 

fables, tètes, etc., iig. sur bois par Le Petit Bernard. lÀon^ J. de 
Tournes^ i556; in-8, veau fauve, fil., comp., au chiffre du 
marquis de Blandford. — 385 fr. 

1695. Salviani (H.). Âquatiiium Animalium Historia. RomtCy 
1558; in-fol., (ig. grav. par Fish, réglé, mar. olive, fil., comp. 
genre Grolier. [Rci, de N. Eve.) — 1,840 fr. 

Exemplaire en grand papier aux armes de l'évcque N. de Thou. 

1730. Sannazaro (I.). Arcadia, Sonetti è Canzoni. f^inegia, Aldo, 
1534 ; 2 tomes en 1 vol., mar. br., fil., comp. — 3,150 fr. 

Exemplaire de Grolier, avec sa devise. 

1736. Sansovino (F.). Historia universale dell' Origine et Imperio 
de' ïurclii. Vcnetia^ 1573; in-4, mar. rouge, fleurs de lys. — 
1,260 fr. 

Aux armes de Henri III, roi de France. 

1795. Senecœ tragœdiœ. Vcnetil^^ Aldus^ 1517; in-8, veau, fil., 
comp., F cour, salamandre, fleurs de lis. — 2,045 fr. 

Exemplaire de Ffançois h**. Relinre fatiguée. 

1890. Senecae Philosophi et Senecœ Rhetoris opéra. Lugd. Bat.y 
Elzcvir^ 1639-40; 3 vol. petit in- 12 réglé, mar. rouge, riches 
ornements à petits fers. [Ijc Gascon,) — 1,035 fr. 

1901. Sepulvcda (L. de). Romances nuevamente sacados de his- 
torias antiguas de la Cronica de Espaiia. Anvers^ 1551; in-8 
réglé, mar. bleu, tr. dor. [Rel, angl.) — 505 fr. 

1909. vSerlius [S.) de Architectura. renetiis, 1569; in-fol., nom- 
breuses fig. sur bois, mar. rouge, comp., tr. peinte et gauf. 
[Ane. rcl. ve'nit. restaurée,) — 320 fr. 

1915. Serres (J. de). Inventaire gênerai de l'histoire de France. 
Paris, 1600; 3 vol., port, de Henri IV par L. Gaultier, mar. 
br., fi]., dent., fleurs de lis, soleils, couronnes, etc., doublés de 
mar. rouge, fil. [Dusseuil.) — 1,920 fr. 

1933. Seyssel (Claude). La victoire du roy contre les Veniciens. 
Paris, pour A. Verard, 1510; petit in-4 goth. réglé, mar. 
rouge. [Padeloup.) — 1,590 fr. 

Exemplaire imprimé sur vélin, avec les initiales, bordures et figures sur bois 
peintes en or et en couleurs. 

2022. Singlande (R. P. de). Mémoires et voyages (en Corse, Na- 



372 BULLEXrW DU BIBLIOPEFLE. 

pies, Rome, Allemagne, Flandre et France) . P«r/.f, 1765; 2 vol. 
in-12 mar. rouge. (Derome.) — 540 fr. 

Aux armes de Louis XVI étant dauphin. 

20 i 9. Smith (John). Generall historié of Virginia, New England 
and the Summer Isles, with names of the adventurers, and 
planters and Governours from 1584 to 1624. 1624, in-fol. 
(portrait de la duchesse de Richmond par W. Pass, et de Ma- 
toaka par S. Pass, race), mar. br., fil., comp. — 15,275 fr. 

Exemplaire de dédicace en grand papier, aux armes de la duchesse de Bich- 
mond et Lennox. 

2054. Smith (John). Choix de vues en Europe et Afrique; 61 des- 
sins à Taquarelle en 1 vol. in-fol. oblong, cuir de Russie, tr. 
dor. {ReL angl.) — 860 fr. 

2057. Smith (J.-T.). Antiquities of Westminster, et 62 planches 
ajoutées. 1807-9; 2 tomes en 1 vol. gr. in-4, planches color., 
cuir de Russie, tr. dor. [Rel. angl,) — 485 fr. 

2063. Smith (W.). History of the Province of New York. 1757; 
in-4, mar. rouge, ornem., fil. dor. — 1,135 fr. 

Exemplaire en grand papier. 

2104. SophocUs tragœdiœ, graece. Fenetiisj Aldus ^ 1502; in-8, 
mar. rouge, fil., comp., tr. dor. et gauf. [Rel, de l'époque,) — 
910 fr. 

2106. Sophoclis tragoediae, même édition, mar. rouge, doublé de 
mar. vert. — 780 fr. 

Exemplaire de Longepierre, avec les eml>lèroes de la Toison d'Or. 

2271. Strada (J. de). Epitome du thresor des antiquités, traduit 
par J. Louveau. Lforiy 1553; in-4 réglé, fig. de médailles, mar. 
br., fil., compart. genre Grolier. (Belle reliure ancienne,) — 
780 fr. 

2278. Strasbourg. Représentation des fêtes données par la ville 
pour la convalescence du roi (Louis XV) à l'arrivée et pendant 
le séjour de Sa Majesté. Strasbourg, 1744; gr. in-fol., port, et 
Il pi. grav. par Le Bas, vign., mar. rouge. {Padeloup,) — 
440 fr. 

2319. Sully. Mémoires, mis en ordre avec des remarques (par 
Tabbé de L'Ecluse des Loges). Londres [Paris) ^ 1745; 3 vol. 



PRIX ACTUEL DE LIVRES ANCIENS. 373 

gr, in-4, portraits d'Odieuvre, mar. rouge. [Padeloup,] — 
300 fr. 

2404. Taillevent, grant cuysinier du roy de France, livre de 
cuysine. Paris ^ par G, Niverd, s. d.; in-8, fig. sur bois, veau 
fauve. — 325 fr. 

2406. ïalbot (Sir W.). Discoveries of John Lederer in three se- 
veral Marches from Virginia to the West of Carolina and other 
Parts of the continent collected and translated out of latine from 
his discourse and writings, 1672; petit in-4, avec la carte, 
demi-rel. veau, non rogné. — 1,475 fr. 

2427. Tasso (T.). Rime, prima parte. Ferrara, 1589. — Aminta. 

Id.j 1589. — Prose, parte prima. Id., 1589. — Rime e prose, 

parte seconda. Id,, 1589. — Il Rinaldo. Id., 1589. — IlPadre 

di famiglia e lettione sopra un Soneto di M. délia Casa. Id., 

1589. En 1 vol. in-8 réglé, mar. br., fil., comp. (liel, de 

C. Eve.) — 2,170 fr. 

Exemplaire de Marguerite de Valois, reine de Navarre, avec ses armes et sa 
devise sur la reliure. 

2482. Terentii comœdiîe, cura G. Lolgii. Venetiis^ Aldus ^ 1545; 
in-8, mar. br., fil., comp. genre Grolier, gardes en vélin. [Kel, 
de y. Eve.) — 320 fr. 

- Titre raccommodé. 

2493. Térence, en latin et en françois, avec des remarques par 
Madame Dacier. Rotterdam, 1757; 3 vol. in-12, ^^. de Ber- 
nard Picart, mar. cit. [Derome.) — 1,175 fr. 

Exemplaire ea grand papier. 

2494. Therence (Le Grant), en françoys, tant en rime que en 
prose. Paris j 1539; in-fol. goth. (le texte latin est en lettres 
rondes), nombreuses fig. sur bois, réglé, mar. citron, fil. — 

* 540 fr. 

Exemplaire Mac-Carthy. 

2505. Testamentum Novum, graece. LuteticCy R, Stephanus^ 1546; 
in-8, mar. rouge, fil., tr. dor. et gauf. {Rel, de N. Eve,) — 
455 fr. 

2524. Tewrdannckh. Die geuerlicheiten und einsteils der ges- 
chichten des loblichen streytparen und hochlierumten beldt 
und Ritters herr Tewrdannckhs Durch M. Pfintzing. Nûrnberg, 



374 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

H, Schîmxpcr^ci\, 1517; in-fol., 118 (ig. sur bois grav. par 
Hans Schâufolcin, niar. br. [Dcromc.) — 2,045 fr. 

Première et la ])Ius rare édition de ce roman de chevaUrie. 

2551. Thevenot (M.). Relations de divere voyages curieux qui 
n'ont pas été publics. Paris, 1696; 5 part, en 2 vol. in-fol., 
cartes et fig., veau fauve. — 885 fr. 

2557. Thevet (A.). Singiilaritez de la France Antarctique, autre- 
ment nommée Amérique. Anvers j C, Plantiiiy 1558; in-8, mar. 
rouge, (il. {ihnet ) — 915 fr. 

Exemplaire de Ouyon de Sardière. 

2627. Tirante il Bianco valoriesimo Cavalière. Finegia, 1538; 
petit in-'i, mar. rouge, riches comp., (il., tranches dorées. — 
2,795 fr. 

Exemplaire de Canevariu% avec son cmhlcmc sur les plats de la reliure. 

2697. Toussaint. Les mœurs. 1748; 3 parties en 1 vol. in-12, 
front., mar. bleu, (il. [Rcl. de Dcrome signt^e,) — 404 fr. 



ETAT ACTUEL 

DE LA 

SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS 



S. A. R. Monseigneur le duc d'Aumalb, Pr^si» 
dent d' honneur. 

I. 1820. — M. le comte Edouard de Ch\brol, ancien maître 

des requêtes au Conseil d'Etat, Doyen, 
II. 1843. — (5 avril.) M. le banm Jérôme Pichox, Président. 
m. 1845. — (26 mars.) M. le baron du Noyer de Noirmomt, 

ancien maître des requêtes au Conseil d'Etat. 
iV. 1846. — (20 mai.) M. Ernest de Sermizelles. 
V. 1851. — (28 mai.) M. le comte Raoul de Lignerolles. 
VI. 1852. — (14 janvier.) M. Duriez de Vermnac, secrétaire 

d'ambassade. 
VII. 1852. — (14 janvier.) M. le comte Georges db Soultkait, 

membre non résidant du comité historique 
des arts et monuments, trésorier«f»ayetir gé* 
néral des finances. 



ÉTAT ACTUEL DE LA SOCfÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS. 375 

» 

VIÏI. 1852. — (15 décembre.) M. le vicomte Frédéric de Janzi£. 
IX. 1858. — (24 mars.) M. Charles ScnEFER, de l'Académie 

des inscriptions, premier secrétaire interprète 
du gouvernement. 
X. 1860. — (1 1 janvier.) M. le comte de Fresne, Secrétaire, 
XI. 1863. — (28 janvier.) Madame la comtesse Fernand de 

La Ferroxnays. 
XII. 1864. — (13 janvier.) M. de Bray, trésorier payeur gé- 
néral. 

XIII. 1865. — (22 février.) M. le duc de Fitz-James. 

XIV. 1867. — (24 avril.) M. le marquis de Biexcourt. 
XV. 1868. — (27 mai.) M. Gustave de Villeneuve. 

XVI. 1870. — (11 mai.) Madame la marquise de Nadaillac. 
XVIÏ. 1(S72. — (24 janvier.) S. A. R. Monseigneur le duc d'Au- 

3IALE, Président d'honneur. 
XVIÏI. 1872. — (24 janvier.) M. l'abbé Bossuet, curé de Saint- 

Louis-en-l'Ile. 
XÏX. 1872. — (24 avril.) M. le comte Lanjuixais, député du 

Morbihan. 
XX. 1875. — (27 janvier.) M. le comte de La Bkraudière. 
XXI. 1876. — (8 mars.) M. le duc dk La Trémoille. 
XXÏI. 1876. — (12 avril.) M. Emmanuel Bociier. 

XXIII. 1878. — (22 mai.) M. le comte de Longpérier-Grlmoard. 

XXIV. 1879. — (9 avril.) M. le baron Marc de Lassus. 

MEMBRES ADJOINTS ET ASSOCIÉS ÉTRANGERS, 
I. 1874. — (2C janvier.) M. le comte Alexandre Apponyi. 
II. 1880. — (1 1 février.) M. le baron Roger Portalis. 
IIÏ. 1881. — (23 mars.) M. le baron de Saint-Geniés. 
IV. 1882. — (25 janvier.) M. le vicomte de Savigny de Mon- 

CORPS. 

V. 1883. — (24 janvier.) M. le comte de Mosbourg. 

MEMBRES CORRESPONDANTS, 

— La Société des bibliophiles belges. 

— La Société philobiblon de Londres. 

Le catalogue des publications faites par les soins et aux frais de 
la Société, se distribue h la librairie de Léon Techcner. La der- 
nière publication est l'excellent ouvrage de M. le baron Pichon sur 
le comte d'Hoym, qui renferme des renseignements aussi curieux 



376 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

qu'intéressants sur d'anciennes bibliotlicques, sur les amateurs de 
livres, et contient un bon nombre d'anecdotes amusantes et inédites 
sur la bibliophilie. 

Le patron de la Société des bibliophiles français j Jacques^ 
Auguste DE TIIOU, est le plus éminent des savants bibliophiles 
du xvi» siècle. 



CHRONIQUE 

— Le tome X du Catalogue de la bibliothèque de la ville de 
Trorcs. rédigé par M. Emile Socard, vient de paraître. II forme 
le second volume des belles-lettres et contient la Gn de la série 
des portes français, les |)oètes étrangers, l'art dramatique, les fic- 
tions en prose (romans, conteurs, nouvelliers, facéties, français et 
étrangers}^ la philologie, la critique littéraire et les épistolaires 
hébreux, grecs et latins. 

— Nous devons mentionner la mort du marquis de CUilbeat- 
Chaba.nnais, au château d'Ossonville (Seine-et-Oise), à l'âge de 
78 ans. Il avait été longtemps membre du Conseil général de ce 
département et député du Calvados sous l'empire : c'était aussi uq 
lettré qui publia cinq volumes fort intéressants de Souvenirs sur 
la vie de son père, officier général du premier Empire et un musi- 
cien renommé. Il laisse une bonne et belle bibliothèque dont les 
reliures en demi-veau et veau fauve ont été pour la plupart exé- 
cutées par Bauzonnet et Trautz-Bauzonnet. 

— M. Félix Parmentier, artiste peintre, décédé en mai dernier, 
a légué 4,000 fr. à l'Association des artistes peintres, sculpteurs, 
architectes, graveurs et dessinateurs, fondée par le baron Tajlor. 

— On nous demande quelle est la prononciation exacte du nom 
du célèbre financier Law. 

Il faut prononcer Jmu, Nombre de personnes prononcent encore 
/jassy comme autrefois. Nous croyons que cela vient de ce que, le 
w étant peu usité sous la Régence, on l'a pris pour ss liés. Et à ce 
propos on nous annonce la prochaine publication des Mémoires 
inédits de Robert de Challes, l'auteur des Illustres Françaises^ oii 
l'on pourra lire des anecdotes intéressantes pour l'histoire prr?ë« 
des français^ les opérations financières de Law et les mœun du 
temps. 



EPITRES DE PETRARQUE 

TRADUITES EN FRANÇAIS POUR LA PREMIERE FOIS 



LIVRE PREMIER 
VII. — A Jacques de Colonnay éveque de Lombez, 

Ses Yains efTorts pour combattre sa passion. — Sa vie à Vaaclase. ^ 

Jouissances de rétude. 

Vous désirez savoir ce que je fais, quelle est ma vie et 
en quel état sont mes affaires. Je ne vous cacherai poiat la 
vérité, je vous parlerai sans détour, car c'est à moi-même 
que je parle. Sans vanité, je ne désire rien, je suis content 
de la vie que je mène. Et d'abord je fais bon ménage ^vec 
la pauvreté d*or, en vertu d*un pacte agréable ; c'est 
une hôtesse ni sordide ni importune. Que la fortune me 
conserve, si elle veut, mon petit champ, mon humble toit 
et mes livres chéris, qu'elle garde le reste ou, si cela lui 
plaît, qu'elle emporte le tout sans bruit, il est à elle. Je 
ne réclame point les champs et les richesses de mon 
père(l), pesant fardeau pour qui gravit les hauteurs, 
lourdes chaînes de l'âme, aliments de tous les maux. Que 
la fortune ne touche point à mes trésors poétiques et 
qu'elle respecte mes loisirs dépourvus de tout appareil fas- 
tueux. Je n'envie absolument rien, je ne hais personne, 
je ne méprise personne plus profondément que moi, 
quoique jusqu'à présent j'aie méprisé tout le monde et me 
sois élevé au-dessus des autres. Ainsi vont les choses hu- 
maines. J'ai acquis mille preuves de ce que je suis, si mes 
songes ne me trompent point. A quoi me sert-il en eftet 

(1) Le père de Pétrarque avait été banni de Florence» sa patrie, et toiia ses 
biens avaient été confisqués. 

1883. 25 



378 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

d'avoir ëtanché un peu ma soif à la fontaine des Muses, si 
une autre soif plus grande me brûle et me dévore éternel- 
lement les entrailles ? A quoi bon, couché souvent dans 
les grottes de THélicon, m'être moqué de loin des soucis 
insensés du vulgaire, si je suis possédé d'un autre souci 
sans récompense ni repos ? A quoi bon une belle figure si 
rame est troublée ? J'ai en vérité bien des raisons d'être 
heureux (et ma langue, je Ta voue, n'a pas la force d'en 
rendre à Dieu de justes actions de grâces), si un souci cui- 
sant et perpétuel ne me rongeait malheureusement le 
cœur. Je crois voir d'ici vos joues baignées de larmes de 
tendresse, si vous m'êtes bien connu par une longue inti- 
mité. Mais comme à la façon d'un père vous voulez oon- 
naître tout Ce qui me touche, l'amitié pousse ma plume et 
je ne puis résister à vos ordres. Je parlerai et vous m'ai- 
derez peut-être de vos conseils ; il m'est doux de soulager 
mon âme par des plaintes amcres. 

Derrière mon imagination est une femme très célèbre 
par sa vertu, distinguée par sa naissance, que mes vers ont 
embellie et fait connaître au loin(l). Mais cette femme 
revient eu face de moi d'un air menaçant, elle me remplit 
de mille terreurs et ne paraît pas encore vouloir descendre 
de son trône. Elle s'était jadis emparée de mon âme sans 
aucun artifice, mais par la simplicité de ses charmes et 
l'attrait d'une rare beauté. J'avais traîné pendant deux 
lustres (2) ma lourde chaîne, la tcte courbée, en m'indi- 
gnant qu'une femme ait pu me tenir dans un pareil servage 
pendant tant d'années. Consumé par une langueur secrète, 
j'étais devenu tout autre; la flamme s'était glissée dou- 
cement jusqu'au fond de mes entrailles, je désirais mourir 
et mes membres desséchés me soutenaient à peine. Enfia 
l'amour de la liberté s'empara du cœur d'un malheureux 



(1) Laurc de Notca, mariée à Hugues de Sude en 13*25, et morte à ÀTignon en 
J328. 

(2) 1327-1337. 



ÉPITRËS DE PÉTRARQUE. 37d 

amaut ; je résolus de tuer dans mou àme cette passion hos- 
tile et je fis de violents efiForls pour rompre mon joug. 
C'était une tâche difficile que de chasser une maîtresse du 
logis qu'elle occupait depuis dix ans et d'attaquer un en- 
nemi puissant avec des forces épuisées. J'essayai cependant, 
Dieu lui-même me vint en aide, il me permit de dégager 
mon cou d'un nœud invétéré et de sortir vainqueur d'un si 
rude combat. Tandis que cette femme blessée veut faire 
main basse sur son esclave fugitif et fond sur lui avec 
larmes, tandis que ses yeux brillant d'un doux éclat voi- 
lent a dessein leurs feux et leurs traits, que de fois, hélas ! 
elle m'a forcé de tomber indécis sur la route que je 
suivais ! 

Que faire donc ? Par quels moyens lui résister ? Elle me 
préparera de nouveau de plus lourdes chaînes. Je m'en- 
fuis et je me mets à parcourir tout l'univers. J'osai tra- 
verser les tempêtes de l'Adriatique et de la mer de Toscane, 
je ne craignis point de confier à une barque tremblante ma 
tcte arrachée au joug. Quel mal une mort prématurée 
pouvait-elle me faire à moi vaincu par les souffrances et 
las de la vie? Je me dirige vers le couchant, et la cime des 
Pyrénées me voit d'en haut caché dans ses herbages ex- 
posés au soleil. L'Océan me voit aussi là où le soleil, 
fatigué de sa course, baigne dans la mer d'Hespérie son 
attelage fumant, et où, découvrant le mont durci par un 
regard de Méduse (1), il projette du haut des rochers une 
ombre immense et plonge les Maures dans une nuit hâ- 
tive. Me tournant ensuite du côté de l'Ourse et de Borée, 
vers des peuples parlant des langues différentes, je vais 
seul là où l'onde agitée de la mer de Bretagne bat par son 
flux et reflux des terres douteuses où le sol glacé ne sent 
point l'eliet salutaire de la charrue et écarte des coteaux 
Bacchus et Cérès ; terre que recouvrent à peine de stériles 
bruyères. Que me restait-il à faire sinon de m'enfoncer 

(1) Le mont Atlas. 



V,. WXLETCf DU BIBLIOPHILE. 

;. .. t;-.. *i>*.'it* affreux brûlés par le soleil, de visiter les 

s,**»»*>^ -icx >^|H*nls, de voir de loin sous le milieu delà 

. K*vf .• it-^^io les Ethiopiens mettant a nu leurs épaules 

. A.civ^ :Mr le Lion ardent, ou de découvrir dans quel coin 

i;iv:>ivii\ Jo lu terre la nature a caché la source inconnue 

u ^ji •.hvivhée depuis tant de siècles ? La douleur, la co- 

^ ic oî U« oral n te, ces flots de mon ame commencèrent à se 

. liiiiot [KU* Tabsence ; bientôt un sommeil tranquille ferma 

•4U'> \ou\ humides et de rares sourires illuminèrent moti 

tout vjui n'y était plus fait. Déjà Timage de rabandonnéc 

Notfiniit à mon imagination moins fréquente et moins îm- 

jK'iiCuso. Hélas! que vais-je dire? Mais vous m'y forcez. 

Jo ci'0>ais pouvoir mépriser impunément les coups ter- 

kiblesi et les aiguillons d'un fol amour. Une légère cica- 

iviiv qui s'était formée sur ma plaie et le repos inaccou- 

luiué du mal me trompaient. Je lève ma lente et je retourne 

à une mort certaine. C'est ainsi que me poussait le destin 

vruel , c'est ainsi que mon erreur entraînait mon âme et 

moi. 

A peine m'étais-je arrêté aux confins de la ville 
aimée (1), que l'ancien fardeau de mes peines retomba dans 
mon cœur vide et que la contagion de mon horrible ma- 
ladie reparut. Que vous dirai-je ? Par où commencerai-je, 
hélas ! le récit de mes secondes larmes ? Qui me croira ? 
Avec quel art expliquerai-je dans mes vers combien de fois 
la douleur m'a poussé soit à invoquer la mort, soit à 
prendre un parti violent, et quelles souffrances m'a im- 
posées le désir de recouvrer ma liberté ? Je me tairai donc. 
Mais lorsque les dernières chaînes tombèrent enfin de mon 
cou, tout mon espoir se tourna du côté de la fuite. Jamais 
nautonnier n'a craint un écueil nocturne autant que je 
redoute maintenant le visage de cette femme, ses paroles 
qui remuent le cœur, sa chevelure d'or, le collier de son 
cou de neige, ses épaules légères et ses yeux qui plaisent 

(1} Avigaon. 



KPITRES DE PÉTRARQUE. 38 1 

tout en donnant la mort. Qu'ai-je fait pour que la colère 
céleste ait rendu impuissants mes troisièmes vœux (1)? 
Dois-je suspendre dans le temple saint la moitié de ma 
rame ou les lambeaux de ma tunique toute trempée? 
Dois-jc ériger sur une tablette d'ivoire mon image de cire 
dans la posture d'un suppliant ? 

Pendant que je me livrais à ces réflexions, j'aperçus de 
loin ce rocher sur un rivage écarté et je crus que c'était un 
poste sûr et excellent contre mes naufrages. J'y fis voile 
aussitôt. Maintenant caché dans ces montagnes, j'examine 
en moi-même avec larmes les années de ma vie passée. Ce- 
pendant cette femme me poursuit derechef et, revendiquant 
ses droits, tantôt elle s'offre à mes yeux pendant que je 
veille, tantôt d'un front menaçant elle trompe par de 
vaines terreurs mon sommeil léger. Souvent même, chose 
merveilleuse, ma porte étant fermée à triple verrou, elle 
fait irruption dans ma chambre au milieu de la nuit, ré- 
clamant tranquillement son esclave. Mes membres se gla- 
cent, et soudain le sang répandu dans mon corps reflue de 
toutes mes veines pour protéger la citadelle de mon cœur. 
Il est certain que si quelqu'un apportait par hasard une 
lampe rayonnante, on verrait sur mon visage endormi une 
pâleur mortelle, indice d'une âme saisie d'effroi. Je me ré- 
veille tout effaré, versant un torrent de larmes, et je saute 
à bas du lit. Sans attendre que la blanche épouse de 
Tithon (2) paraisse peu à peu h la voûte étoilée, je quitte 
l'intérieur suspect de mon habitation. Je gagne la mon- 
tagne et les bois, promenant mes regards autour de moi 
et en arrière pour voir si celle qui était venue troubler mon 
repos, s'acharnantà ma poursuite, ne m'avait pas devancé. 
Mes paroles trouveront foi difficilement. Puissé-je échapper 
sain et sauf à ces embûches, comme il est vrai que souvent, 

(1) Allusion à sa triple fuite d'Avignon pour combattre son amoor : la pre- 
mière en 1333 : la deuxième en 1336 et la troisième en 1337, quand il Tint se 
fixer à Vaucluse, 

(2) L'Aurore. 



382 BULLETIN DU niBLIOPHILE. 

quand je crois être le plus seul dans les profondeurs de la 
foret, les branchages même et le tronc d'un chêne écarté 
me représentent son image redoutable. Il m'a semblé 
qu'elle émergeait d'iine fontaine limpide ; elle a brillé an- 
devant de moi sous les nuages ou dans le vide de Tair, et 
en croyant la voir s'élancer vivante d'un rocher massif, 
mes pas se sont arrêtés suspendus par la crainte. Tels sont 
les pièges que nie tend l'amour. Il ne me reste aucun es* 
poir, a moins que Dieu tout-puissant ne me délivre de 
tant d'assauts, et qu'après m'a voir arraché de ses mains a 
la rage de mon ennemi, il ne. veuille que je vive du moins 
en paix dans cette retraite. 

En voila assez, mais vous désirez en savoir plus. Voici 
maintenant pour le reste le détail succinct de tous les jours 
de ma vie. J'ai une table frugale qu'assaisonnent la faim, 
la fatigue et de longs jeûnes. Mon métayer est mon ser- 
viteur ; j'ai pour tout compagnon moi-même et un chien, 
animal fidèle, tous les autres ont été épouvantés de ce lien 
d'où est bannie la Volupté, armée des traits de Cupidon, 
qui réside au sein des villes opulentes. Les Muses, revenues 
de l'exil, habitent avec moi dans cet asile écarté. Il ne sur- 
vient que fort peu de visiteurs et seulement ceux qu'at- 
tirent les rares merveilles de la fameuse fontaine. Quoique 
je sois ici depuis une année, à peine ai-je réuni une 
ou deux fois à Vaucluse mes amis tant désirés. Le lieu a 
vaincu l'amitié. Mais de fréquentes lettres viennent me 
visiter ; elles me parlent dans ma solitude, au coin du fen 
pendant les longues nuits, et sous de frais ombrages en 
été ; c'est avec elles que je converse le jour, avec elles que 
je m'entretiens la nuit. Il ne m'est pas donné de conférer 
en tête à tête. Les broussailles, les neiges et mes repas 
éloignent les visiteurs habitués k la mollesse d'une capî» 
tale(l). Depuis que j'ai embrassé cette vie dure, mes 
compagnons dévoués et mes serviteurs fidèles m'ont aban- 

(1) Avignon. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 385 

doané. Si ramitié attire quelques personnes, elles me 
consolent comme si j'étais enchaîné dans une prison et 
s'enfuient au plus vite. Les paysans s'étonnent que j'ose 
mépriser des jouissances qu'ils considèrent comme l'apogée 
du souverain bonheur. Ils ne connaissent pas mes joies et 
mes autres plaisirs, ils ignorent les compagnons secrets 
que tous les siècles ensemble me transmettent de tous les 
pays, ^compagnons illustres par l'éloquence, par le génie, 
par la toge et par les armes, qui ne sont point difficiles, qui 
se contentent d'un petit coin sous un humble toit, qui ne 
refusent d'obéir à aucun ordre, qui tiennent sans cesse 
compagnie et ne causent jamais d'ennui, qui s'en vont 
quand on le leur commande et qui reviennent dès qu'on les 
appelle. Je questionne tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là; ils me 
font tour à tour mille réponses et me parlent longuement 
en vers et en prose. Les uns me révèlent les secrets de la 
nature, les autres me donnent d'excellents conseils pour 
vivre et pour mourir. Ceux-ci narrent les hauts faits de 
leurs aïeux, ceux-là racontent les leurs et font revivre dans 
leurs discours les actions passées. 11 y en a qui chassent 
l'ennui par des propos joyeux et qui ramènent le rire par 
des plaisanteries. Il y en a qui apprennent à tout supporter, 
à ne rien désirer, à se connaître soi-même. Ils enseignent 
qui la guerre, qui les arts de la paix, qui l'agriculture, qui 
les clameurs du forum, qui les routes de l'Océan. Ils relè- 
vent celui que l'adversité abat, répriment celui qu'enfle la 
prospérité, nous recommandent de songer à la fin des 
choses en nous rappelant les jours rapides et la vie passa- 
gère. Pour tant de services, ils demandent, léger salaire, 
une porte ouverte et une vie commune, eux à qui la for- 
tune ennemie laisse sur la terre de rares gîtes et des amis 
indiffcrents. Dès qu'ils entrent quelque part, ils tremblent 
de frayeur, et le moindre réduit leur semble un palais 
jusqu'à ce que les brumes de l'hiver disparaissent et que 
les Muscs ramènent le printemps des études. Il n'est pas 
nécessaire que des tapis de soie recouvrent les murs, que 



384 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

les cuisines exhalent le fumet des viandes rôties, ni que la 
salle à manger retentisse du bruit de mille serviteurs em- 
presses à dresser sur les tables un festin ^splendide. La 
troupe sobre se contente de ce [qu'elle possède et partage 
avec moi ses richesses ; elle me soulage de mes fatigues sur 
un lit de roses, daigne inviter à sa table mon indigence et 
me restaure par des mets sacrés et un nectar délicieux. 
Elle ne me tient pas seulement compagnie à la maison, 
elle vient volontiers avec moi à travers les bois et les prai- 
ries aimées des nymphes, elle hait la foule tumultueuse et 
les villes bruyantes. 

Souvent je passe des journées entières seul dans des 
lieux écartés. J'ai dans ma main droite une plume, ma 
main gauche tient une feuille de papier, et diverses pen- 
sées remplissent mon âme. Ah ! que de fois en marchant 
je suis tombé sans le savoir dans le repaire des bêtes 
fauves ! que de fois un petit oiseau a détourné mon esprit 
d'une haute pensée et Ta reporté mal à propos sur lui ! 
C'est alors que m'importune celui qui s'offre à moi au mi- 
lieu du chemin ombreux ou qui me salue à voix basse pen- 
dant qu'occupé d'autre chose, je prépare de grands travaux. 
J'aime à savourer le silence d'une vaste foret. Le moindre 
bruit m'incommode, si ce n'est quand un ruisseau limpide 
bondit sur le sable ou qu'un léger zéphir fouette le papier 
et que mes vers agités produisent un doux murmure. 
Souvent l'ombre allongée de mon corps m'a accusé d'être 
en retard et m'a averti qu'il était temps de retourner au 
logis. Quelquefois la nuit même m'a forcé de rebrousser 
chemin ; Yesper ou Diane succédant à Phébus m'ont 
montré la route et signalé les ronces épineuses. Voilà ce 
que je suis, voilà ce que je fais. Si la passion qui me tour- 
mente se calmait, je serais heureux et me croirais né sous 
un astre trop favorable. 



t.Vl RES DE PÉTRARQUE. 085 

VIII. — J Lélius (1). 

Vaucluse réveille son amour qa*il croyait éteint. 

J'ai un petit jardin qui réveille mes feux éteints en 
renouvelant les doux soupirs de ma vie passée. Là, les 
fleurs printanières émaillent le gazon ; au cœur de Tété, 
quand le soleil est au plus haut, vous trouvez mille om- 
brages ; l'automne vous fournit des fruits délicieux ; en 
hiver, le soleil vous réchauffe de ses rayons. Les doux 
chants des oiseaux, à Tombre, et leurs riantes couleurs 
vous égayent. Philomèle, la reine des chantres des bois, y 
fait entendre ses accords. Mais un petit oiseau la surpasse 
par son gosier harmonieux. Je Tai souvent remarqué en le 
voyant se cacher dans l'ombre au haut d'un arbre touffu. 
C'est un oiseau de toute beauté ; je ne saurais lui donnar 
son vrai nom, peut-être le lui donnerez-vous en lisant son 
portrait. Il a la tête noire et les ailes vertes; il aime à 
s'ébattre sous les pampres ; jamais petit corps n'a eu plus 
de souffle et n'a su mieux charmer les oreilles (1). 

Tout cela, en attisant sans cesse l'étincelle assoupie au 
fond de mon cœur, me fait craindre un incendie que je 
connais. J'avais renoncé à l'amour, et il était bien temps. 
Toutefois Cupidon rassemble de nouveau toutes ses armes 
et ses traits d'or. Je l'ai vu repasser ses dards sur une pierre 
légère et essayer avec le doigt le taillant de la pointe aigui- 
sée. Je l'ai vu bander doucement ses arcs meurtriers et, 
appuyé sur le genou, tantôt en serrer les bouts recourbés, 
tantôt en agiter avec le pouce les cordes fatales. Où fuir? 



(1) Gentilhomme romain attaché en même temps que Pétrarque à la maison 
des Colonna. Son véritable nom était Lcllo d*où Pétrarque fit Lélius, un des 
types éternels de l'amitié. "" 

(1) Ami lecteur, avez-vous jamais entendu, par un beau matin de prin' 
temps, la voix d'une mésange à tète noire f Ce joli petit animal, qui mange la 
cervéQe des autres oiseaux, élève vers le ciel une frêle et mignonne chanson 
qui semble humide de rosée, (Edmond About. Madelon, XVII). 



38G BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Que faire? puisque ni les mers profondes, ni les Alpes, ni 
(le longues absences n'ont rien pu. Déjà des jours plus 
calmes se lèvent, et je demande la paix a mon ennemi armé 
du carquois. Il refuse, recommence la guerre et, ô prodige! 
voici qu'en tous lieux et à toute heure mon ennemi ailé appa- 
raît menaçant. J'avoue que je tremble qu'il ne rouvre mon 
ancienne blessure par une nouvelle flèche. Mille circons- 
tances le favorisent. Le seul aspect des lieux conspire avec 
lui, tant le zéphir jaseur lutte avec le chant des oiseaux, 
tant les couleurs charmantes se marient aux odeurs agréa- 
bles ; les fleurs rivalisent avec le feuillage, la verdure avec 
les fleurs ; les lys le disputent aux narcisses et les roses 
aux violettes. Que dirai-je des sièges moelleux sur le 
vert gazon des rives ? des doux et légers sommeils sur le 
gazon ? du bruit de l'eau courante et de ses détours so- 
nores ? Que dirai-je des vers mélodieux que pendant la 
nuit sereine, à l'aurore ou au crépuscule, une belle nym- 
phe chantait d'une voix angélique sur la rive opposée? 
Cette nymphe toucherait les dieux du ciel et ferait tomber 
la foudre des mains de Jupiter. Elle briserait le diamant 
le plus dur de ses yeux modestes, maîtres absolus du 
cœur qu'ils ont blessé. Ils contiennent des torches secrètes 
et un feu complice ; c'est de là que lance ses flammes et 
ses flèches enflammées l'enfant qui voltige allègrement 
dans mon jardin. Je me rappelle tout cela et j'aime à me 
le rappeler. La nourrice sait le reste. 

IX. — A un inconnu. 

Décadence de la ppésie. 

Qui que vous soyez, vous qui pleurez la chute indigne 
et l'exil des poètes, qui arrêtez par vos vers les Muses 
fugitives, et dont l'éloquence égale la douleur, vous êtes 
certainement le bienvenu, car vous rapportez de la vallée 
de Cirrha (1) une ample et riche moisson, et vous avez 

(1) Ville de la Pliocide, qui formait le port de Delphes et était eomMCvés à 

Apollon. 



É PITRES DE PÉTRARQUE. 387 

raison de vous affliger en voyant desséchée et tarie la 
fontaine sacrée où vous vous abreuvâtes avec amour dans 
vos jeunes années. Mais pourquoi vous plaisez-vous à me 
troubler de vos tristes plaintes ? Je ne puis vous être 
d'aucun secours. Si mon esprit a eu quelque vigueur, elle 
est tombée foulée aux pieds par la multitude furieuse. Si 
vous cherchez quelqu'un qui partage vos gémissements, 
la fortune vous a offert ce que vous souhaitez ; si vous 
voulez que je vienne en aide aux Muse» abattues, la 
douleur m'a ôté mes armes et ne m'a laissé que de vains 
murmures. Et maintenant, cher inconnu, adieu. Chose 
étrange! j'aime quelqu'un que je ne connais pas. Mais 
son silence modeste révèle tout le mérite de l'homme qui, 
sans se nommer, a écrit d'aussi beaux vers. 

X. — Au cardinal Jean de Colonnn, 

Un orage à Vancluse. 

Hélas! que faire? Le vaste palais de Jupiter ébranlé 
tremble. La porte du ciel élevé, arrachée de ses gonds, 
tombe avec un horrible fracas. Sur le rocher voisin d'af- 
freux coups de tonnerre succédant aux éclairs ont in- 
terrompu au milieu de la nuit mon sommeil léger. Les 
deux pôles sont tout en feu ; les nuages déchirés tonnent ; 
une lueur sinistre effraye l'univers et glace d'épouvante 
les hommes et les animaux. Du haut de la voûte méri- 
dionale du ciel, le terrible Jupiter dardé de sa main des 
traits mortels et vomit de sa bouche des flammes et des 
menaces. Tous les astres s'en fuyant ont étendu devant les 
yeux un rideau de nuées pour qu'ils ne voient point la 
ruine universelle plongeant le monde avant l'heure dans 
confusion du chaos. Déjà Vénus, la plus belle de toutes 
les étoiles, a disparu, en s'indignant d'un état de choses 
si contraire à son humeur bienveillante. Mars, sans 
être poussé par les aiguillons de l'amour comme d'ordi- 
naire, suit tristement sa maîtresse fugitive, craignant des 



388 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. , 

armes plus dangereuses que les siennes. Jamais Mercure 
n'attacha plus vite à ses pieds ses lalonnières d'or qu'il 
dut chausser tant de fois par Tordre de son père. Toute 
la famille d'Atlas est absente. On n'aperçoit nulle part la 
troupe des vierges (1) dont la dernière est toujours cachée. 
Maintenant elles se sont toutes enfuies à la fois. La voie 
lactée parsemée d'étoiles innombrables est ensevelie dans 
l'ombre. Le soleil, pressentant sa défaite avant que les 
fureurs de l'ouragan n'eussent altéré la beauté du jour, 
s'enfonça en pleurant dans la mer, laissant derrière lui sa 
jeune sœur (2). Celle-ci, saisie d'effroi, se retira d'un pas 
précipité, et, privée de son frère, elle ne fit pas attendre 
longtemps la nuit dont elle est l'ennemie. La couronne 
de la jeune Cretoise abandonnée (3) gît en lambeaux. 
L'énorme Serpent qui s'étend vers les deux Ourses cache 
ses anneaux dans l'Océan. Le gardien de l'Ourse se cou- 
che. Le Bouvier quitte à regret le Chariot et fuit dans les 
ténèbres derrière tous les astres. Seul Saturne, pâlissant 
dans l'ombre, jette du haut de la région pluvieuse un 
regard oblique sur la terre. Appesanti par Tàge, il porte 
un manteau mouillé, un bandeau bleu serre ses cheveux 
blancs. Lent pour le bien, il s'empresse pour le mal. Il se 
demande avec étonnement sur quelles ailes le Verseau 
qui, hier, était très éloigné, a traversé les espaces im- 
menses du ciel et est devenu tout à coup pour lui un hôte 
si funeste. L'Air lui-même agité, semblable h un lutteur, 
n'étant point encore décidé à céder au Vent et ne pouvant 
supporter un si rude assaut, tremble. Le roi des vents, 
ouvrant la prison sicilienne, déchaîne les frères furieux, 
les éperonne et lâche la bride à leur rage. Il leur oixlonne 
cette fois d'ébranler la terre, d'envelopper le ciel dans la 
même ruine, de répandre les pluies, de dépouiller les 
champs de leurs fleurs, de rejeter sur le rivage les pois- 
Ci) Les Pléiades ^"«3 d'Atlas. 

(2) La lune. 

(3) Ariane. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 389 

sons errants et de briser à Tins tant contre les rochers les 
malheureux matelots. Il leur commande en outre de com- 
battre tout de suite entre eux dans les plaines de l'air et 
d'ajouter leurs guerres fraternelles au bouleversement 
général. Il excite leurs courages par ses exhortations et 
irrite leurs colères. Puis, brisant de sa main les verrous, 
il ouvre la porte sonore et redouble ses excitations. A 
rinstant même, les vents furieux s'élancent en foule hors 
de leur prison et accomplissent les ordres qu'ils ont reçus. 
A leur vue la Nature mère frémit d'horreur, elle aban- 
donne tristement les rênes et gagne en pleurant une re- 
traite cachée. La Terre s'épouvante, et avant de périr, elle 
regarde cette violente tempête en se plaignant de son 
Jupiter. Déjà, prête à céder à l'ouragan, elle fléchit, songe 
à ôter de dessus ses épaules les monts aériens et a cacher 
sa tète vaincue dans son centre. 

Pendant que je parle, la pluie se précipite à flots. Main- 
tenant les toits retentissent et, à l'entour, sous une grêle 
épaisse les couronnes de pampre tombent du front de 
Bacchus. Les bois perdent toute leur parure. Les antres 
mugissent envahis par de noirs torrents. L*onde, entre- 
mêlée de pierres, regorge souillant le visage du fleuve 
d'un limon inaccoutumé. Cette beauté virginale que vous, 
grand admirateur du beau, avez l'habitude de louer, les 
nymphes l'ont perdue tout à coup. L'ancien déluge re- 
vient. Le laboureur stupéfait ne peut toucher du pied le 
champ qu'il cultivait tout a l'heure et agite dans un lac 
ses bras tremblants. Il voit bientôt ses bœufs, ses char- 
rues, son toit arraché, toutes ses espérances nageant et 
partageant le même sort. Il accuse de fausseté les anciens 
prophètes qui ont prédit l'approche du jour suprême qui 
détruirait l'univers par le feu, et il se croit joué. Les mères 
effrayées pleurent çà et là et serrent leurs petits enfants 
contre leur sein. Le deuil règne dans les cités. D'un côté 
on entend les gémissements du pauvre peuple s'*apitoyaDt 
sur ses maux ; de l'autre, le prêtre chante d'une voix 



390 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

ti^emblante, fait force vœux en tunique brodée (comme si 
oe vêtement commandait aux nuages) et fatigue à l*envi 
Tairain rauque en le tirant avec une corde a nœuds. 

La crainte m'empeclie d'en dire plus, car ma demeure 
ébranlée dans ses fondements a tremblé, et les nymphes 
d'en haut Tenvahissent à grand bruit. Se souvenant de 
TofTense que je leur ai faite naguère (1), elles se disposent 
à la venger, et déjà elles m'ont chassé de mon lit. La 
frayeur fait tomber de mes doigts ma plume et mes ta- 
blettes. Ou je m'abuse et je suis troublé par une fausse 
terreur, ou à l'instant même (car les clartés sinistres de la 
foudre permettent à mes yeux de voir), un torrent pierreux, 
déracinant les arbres et devant renverser toutes les mai- 
sons sur son passage, descend de chaque cime du mont 
voisin. Pendant ce temps-là, sur le toit de ma fragile de- 
meure, le ciel tout entier ou une grande partie du ciel 
est tombée. Je ne peux plus me fier à mon habitation ; des 
signes manifestes de mort sèment partout l'épouvante et 
se rapprochent de plus en plus. Mon âm^ consternée dans 
un si grand péril exige que je me taise. 

Mais vous qui dans les circonstances critiques me prêtez 
toujours à propos votre appui, s'il est un moyen de salut, 
indiquez-le maintenant à voire ami. Si par hasard les 
paroles magiques fléchissent Jupiter, envoyez-moi une 
incantation écrite. S'il est bon d'avoir des pierres re- 
cueillies sur les rivages d'Orient, par pitié mettez-en une 
à mou doigt désarmé. Si l'herbe, au contraire, a plus de 
vertu, étendez, je vous prie, une main bénigae sur les 
herbes que vous connaissez. Dissipez par quelque moyen 
que ce soit ma frayeur mortelle, et secourez-moi dans 
moâ infortune, afin que je sois plus rassuré désormais, si 
cette nuit n'est point la dernière de toutes pour le monde 
et pour moi. Si vous n'approuvez point ces nouveaux 



(1) Voir pour ce qui concerne cette offense, I*épttre premi^ du livre III, 
adressée au même. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 391 

expédients, pourquoi ne pas recourir aux armes antiques 

dont j'ai fait Texpérience ? Ordonnez, excellent père, 

qu'on m apporte une poignée du feuillage d'Apollon. 

L'amant lointain de Daphné ne parcourt point ce ciel 

sur son char, et dans ces campagnes il ne verdit aucun 

beau laurier à l'ombre duquel il soit doux de se reposer 

quand le grand Jupiter lance la foudre, dont on puisse 

cacher dans son sein le feuillage chéri ou tenir à la maiû 

une branche que l'on montre au ciel en fureur comme un 

bouclier. 

Victor Develay. 



LE PALAIS A L^ACADEMIE 



(0 



FAUTEUIL DE TARGET 

4634-1880. 



IX. 

J.-L. LAYA. 

1761-1817-1833. 

Au nom de Laya s'attache le souvenir d'un grand succès 
dramatique, presque le seul dans toute la carrière littéraire 
de l'auteur. L'Ami des lois fut moins une bonne pièce 
qu'une bonne action, moins un acte de lettré que d'bon*- 
nête homme et de citoyen courageux. Faible comme com- 
position littéraire, cette comédie a suffi à l'honneur et au 
souvenir du nom de Laya. 

Parisien de naissance, il était d'origine espagnole. Élève 

(1) Voir U BuUetin de mai, juin-juillet et août. 



3i92 BULLETHV DU DIBLIOPUILE. 

(lu collège de Lisieux, il y rencontra sur les bancs De- 
moustier, Legouvé et Colin d'Harleville(l). 

Il se lia d'une étroite amitié avec Legouvé, et ce fut avec 
lui qu'il débuta dans le monde des lettres par une comédie 
faite en commun, Le Noiweau Narcisse^ reçue au Théâtre- 
Français, mais restée oubliée dans les cartons. Quelques 
mois après, toujours ensemble, les deux camarades firent 
paraître, sous le titre d'Essai de deux amis, un recueil 
d'héroïdes peu remarqué (2). Puis les deux amis se sépa- 
rèrent, chacun travaillant de son côté et suivant ses inspi- 
rations. Ils devaient se retrouver au théâtre et à TAcadémie. 

La première pièce de Laya représentée avec succès fut 
Jean Calas, tragédie d'un style assez incorrect, et dont 
Tépoque et les événements, bien plus que le mérite réel, 
assurèrent la réussite. C'était une déclaration de guerre à 
l'intolérance, qui ne pouvait manquer d'être bien accueillie 
à l'aurore de la Révolution, dans un temps encore peu 
éloigné du procès fait à la famille Calas, et qui n'avait 
oublié ni le fanatisme des juges de Toulouse, ni les cris 
d'indignation de Voltaire, ni les mémoires justificatifs 
d'Elie de Beaumont et de Loiseau de'Mauléon. Le même 
sujet tenta aussi M.-J. Chénier, qui le traita sous le même 
titre, mais sous un autre aspect. 

Le parterre qui applaudissait en 1789 Jean Calas ne se 
montra pas plus sévère l'année suivante pour Les Dangers 
de l'opinion. Cette fois encore le poète avait été très bien 



(1) Avant la Révolation, Paris arait ses grande et 9es petite eoOigeê^ 

Dans les gtands on enseignait les humanités et les sciences, les Ungnes et la 
philosophie ; dans les petits la philosophie seule. 

Les grands, tous sur la rive gauche, étaient au nombre de dix dont les plot 
anciens s'appelaient les collèges d*Harcour(, du Cardinal-Lemoine, de Navarre, 
de Montaigu, etc. 

Le collège de Lieieux, qui comptait parmi les grands, «Tait été fondé en 
1336 par Guy d'Harcourt, vingt-quatrième évcque de Lisieox et trtxt de Ksovl, 
chanoine de Paris, qui avait fondé lui-même en 1280 le collège d'Hareoort. 

('2) Voir notre Etude sur les Troie Legouvé et notre notice snr l'antcar da 
Mérite des Femmes, au fauteuil de Berryer. BuUetin de man-aTril 1S82. 



LE PALAIS A L'ACADEMIE. 393 

inspiré dans le choix du sujet de son drame qui s'attaquait 
au préjugé, aujourd'hui détruit, mais alors dans toute sa 
force, qui, pour la faute d'un seul, unius obnoxam...y enve- 
loppait une famille dans la flétrissure d'un de ses membres. 

Le grand, nous avons presque dit l'unique succès de 
Laya, fut L'Ami des lois. Cette œuvre de jeunesse et d'ins- 
piration, écrite k la hâte, tombée au milieu des passions 
politiques surexcitées, fut jouée le 2 janvier 1793, à la 
veille de la condamnation du Roi. 

Certes, il y avait alors du courage à réclamer l'exécution 
-de la loi et à attiiquer sans ménagement les deux idoles, 
alors toutes-puissantes, de la foule. Il n'y avait personne 
<}ui sous les noms de Duricrane et de Nomophage n'eût 
reconnu Marat et Robespierre. 

Paris et la province battirent des mains à L'Ami des 
Jois, 

A Marseille, il fut représenté deux fois en un jour sur 
le même théâtre. 

A Paris, les bureaux de la Comédie étaient assiégés dès 
10 heures du matin, et les abords du théâtre encombrés. 
Les billets se vendaient aux enchères et, à la représentation, 
les vers étaient soulignés par les applaudissements. Ceux- 
ci soulevaient des transports : 

u Guerre, guerre éternelle aux faiseurs d'anarchie ! 
Royalistes tyrans, tyrans républicains. 
Tombez devant les lois, voilà vos souverains! 
Honteux d'avou» été, plus honteux encor d'être, 
Brigands, l'ombre a passé, songez a disparaître ! » 

A la chute du rideau, l'auteur acclamé était demandé et 
redemandé. 

La Commune, qui se sentait atteinte, s'émut, et, sur la 
dénonciation de Chaumette, elle prit un arrêté d'inter- 
diction de la pièce. Pour en assurer l'exécution, des ca- 
nons furent amenés rue de Bussy et braqués sur la salle. 

Deux mille spectateurs y étaient entassés. A la lecture de 

1883. 26 



314 BULLETIN DU BIDLIOPUILE. 

Tarrotc et à Tannonce du changement de spectacle, la 
foule s'irrite, s'exaspère, crie à la tyrannie et demande à 
grands cris L'Ami des lois. Vainement le commandant de 
la garde nationale en uniforme, Santerre, et le maire de 
Paris ceint de Tccharpe tricolore, Cliambon, se montrent 
sur le théâtre ; ils sont accueillis par des huées et des sif- 
flets, et les cris répétés de : IJ Ami des lois, UAmi des 
lois ! 

L'auteur, les comédiens, les spectateurs protestent contre 
l'autorité usurpée de la Commune. Il en est référé à la 
Convention qui, sur la motion du Rreton Kersaint, et sans 
tenir compte de l'arrêté de la Commune, « qui n'avait pas 
le droit d'entraver la liberté du théâtre, » passe à rordre 
du jour. 

La nouvelle de cette décision arrive dans la salle; les 
bravos éclatent de toutes parts, et la pièce est jouée à 
9 heures du soir, au milieu de l'enthousiasme général. 

Nous jouâmes la pièce, dit l'acteur Fleury qui remplissait l'un 
des principaux rôles, nous avions le feu au cœur. Jamais la Co- 
médie-Française ne fut plus belle; jamais, quant à moi, je n'ai 
trouvé plus d'inspiration, et c'était avec Tâme et Teffort d'un en- 
nemi qui lance une flèche, que je jetais au but les vers fameux : 

« Honteux d'avoir été, plus honteux cncor d*être. 
Brigands, Tombrc a passé, songez à disparaître ! » (i) 

Le triomphe de Laya fut de courte durée. Les événements 
marchaient et la puissance de la Commune s'accrut avec 
eux. L'Ami des lois fut exclu de la scène; Fauteur mis 
hors la loi et obligé de se cacher pendant toute la durée 
de la Terreur; Larive arrêté pour avoir joué dans la pièce, 
et plusieurs citoyens, trouvés nantis d'un exemplaire im- 
primé, traduits devant le tribunal criminel révolutionnaire. 

Le lendemain de la représentation tumultueuse dn 
12 janvier, le Roi prisonnier au Temple, et dont le procès 

(I) Fleurj-, Mtmolrfft, t. II, cli, VII. 



LE PALAIS A L'ACAI^MIK. tm 

se jugeait à la Convention, fit demander Touvrage à Fao*- 
teur qui le lai envoya. 

Laya écrivit encore pour le tbëâtre Les Deux Siuaris, [fne 
Journée du Jeune Néron, FalkUmd on La Conseiencej 
drame dans lequel il nous a été donné plus d'une fois 
d'applaudir Talma. 

Quand nous aurons cité deux béroides, LesdernUrêmo* 
ments de la présidente de Tourvel et Eusèbe, une Epitre à 
un jeune cultwateur noui^ellement élu député^ nous aurons 
dressé le bilan des œuvres littéraires de Laya, et nous n'au- 
rons plus qu'à rappeler sa collaboration à VAlmanach et 
aux Veillées des Muses, à V Observateur des spectacles et 
au Moniteur universel. 

Lorsque vint la réoi^nisation de l'instruction publique, 
il fut chargé de professer les belles-lettres aux lycées Cbar- 
lemagne et Napoléon ; puis il obtint à la Faculté des 
Lettres la chaire d'histoire littéraire et de poésie (rançalscu 

M. Laya fut l'ami de presque tous les écrivains de son 
temps. S'il est vrai que ce soit à ses encouragements et à 
ses conseils que nous devions le poète de Télégie, Madame 
Dufresnoy, pour laquelle Béranger laissait veiller sa lampe, 
ce serait là son meilleur ouvrage, sans en excepter UAnû 
des lois{l). 

X. 

j.-€H.»BMM. Ronna. 

1780-1833-1844. 

Charles Nodier est une vieille connaissance que nous 
retrouvons avec bonheur. Nous l'avons va naguère à l'Ar- 
senal, nous l'avons maintes et maintes fois rencontré sut 
les quais, nous lui avons peut-être disputé qnelqtte'boU" 
quin ; c'est une bonne figure que noua sommet heureux de 



Je lii le* T«n de DvfrMBOj. • 



396 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

revoir ; c'est un ami que les lecteurs du Bulletin ne sau- 
raient avoir oublié, et dont la mémoire est toujours vivante 
parmi eux. 

Que celui-là qui tentera d'écrire la biographie de Nodier 
ne songe pas à aller en demander les détails à MM. Jouj, 
Jay et Arnault, car à MM. Sarrut et Saint-Edme qui ré- 
clamaient de lui des renseignements, il répondait : 

« Je sollicite de votre bienveillance la suppression des détails 
romanesques dont la biographie Arnault a brodé mon histoire ; je 
ne sais où elle les a pris. » 

Qu'il ne songe pas non plus à interroger la plupart des 
biographes qui se sont copiés les uns les autres, et dont le 
dernier venu a reproduit sans scrupule les erreurs du pre- 
mier ; enfin qu'il ne s'attache pas davantage aux Souvenirs 
de l'auteur lui-même, qui ne sont guère que des romans ou 
des rêves de son imagination, auxquels il y aurait impru- 
dence à se fier. « La mémoire de Nodier, a dit Al. Dumas, 
était en lutte avec son imagination. » Heureusement nous 
avons des sources plus sûres où nous pourrons puiser (1). 

Jean- Charles- Emmanuel Nodier était né à Besançon en 

avril , mais de quelle année? Est-ce de 1781, comme 

l'écrit Weiss, ou de 1783, comme l'aillrment MM. Didot, 
Rabbe, W. Duckett, Sarrut et Saint-Edme ? Ce n'est ni 
de 1781 ni de 1783. 

a II doit être né le 29 avril 1780, dit Sainte-Beuve, si tant est 
qu'il s'en souvienne rigoureusement lui-même. Le contrariant 
Quérard le fuit naître en 1783 seulement; Weiss, son ami d'en- 



(i) Nous indiquerons à nos lecteurs la Vi^ de Ch. Nodier, de F. Wej, bn>- 
chure de 36 pages, tirée à 25 exempl. 1844. 
Sainte-Beuve, Portraits Uttéraireê, 
Loménie, Galerie des Contemporains illustres, 
J. Junin, Notice de F. Columna, 
Mérimce, Discours de réception à V Académie, 

Madame Mcnnessier-Nodicr, Ch, Nodier^ Episodes et Souvenirs de sa vie, 
La Bévue des Deux-Mondes de octobre 1832, mai 1840 etféTrier 1844. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 397 

fance, le suppose né en 1781. Ce point initial n'est donc pas en- 
core parfiiitement cclairci, et je le livre aux élucubrations des Ma- 
thanasius futurs, d 

Nous n'avons pas besoin d'attendre les reclierches des 
Mathanasius a venir ; nous savons dès à présent, sur la 
parole de M. Mérimée, et surtout de M. A. Potîquet, le 
cliercheur pour lequel les archives de l'état civil n'ont pas 
de secret, que la date indiquée par Sainte-Beuve est la 
vraie (1). Nodier n'avait donc que 64 ans quand il est 
mort. 

Son père, ancien professeur à l'Oratoire, devenu avocat 
et, avec la Révolution, président du tribunal criminel, fut 
le premier et longtemps le seul précepteur de son fils. 

Encore enfant, Nodier courait après les papillons et col- 
lectionnait les insectes, aimait les vieux livres et lisait 
Montaigne. 

A 12 ans, il était affilié aux Amis de la Constitution, 
club de Besançon, où il prononçait des discours. Celui 
qu'il fit lors de son admission nous a été conservé. 

« Ce n'est pas, dit M. La Jonquière, qui Ta retrouvé, sans 
surprise que je l'ai lu . . . Ma surprise ne fut pas de voir un enfant 
de 12 ans donner des conseils à la Nation, au Roi, à Dieu même. 
Mais ce qu'on ne s'attendrait pas à trouver dans une œuvre sem- 
blable, c'est un style travaillé, de l'art dans le choix et l'agen- 
cement des mots, une entente de la période, enfin une manière 
d'écrire où déjà se devine l'auteur original. » 



(!) M. Alf. Potîquet e^tVsiuievir de V Institut national de France, iii-8, 1875, 
ouvrage couronné par l'Académie des sciences. 

Ancien conducteur des ponts et chaussées, M. Potiquet, depuis qu'il avait pris 
s;i retiuite, s'occupait de recherches historiques et de travaux littéraires. 

IVous apprenons qu'il est mort au mois d'arril dernier dans sa soixante-troi- 
sième année et qu'il a légué à la Bibliothèque nationale ses manuscrits, ses lÎTreft 
et sa collection d'autographes. 

M. Potîquet, que nous avons beaucoup connu, était nn érudit, nn collectionneur 
de pièces bibliographiques, nn homme de bien qu'ont entouré l'estime et les 
regrets de ses amis. 



398 BULLETIIf DU BDUOPHILE. 

Dans cette œuvre d'un enfant se révélait déjà le mer- 
veilleux ciseleur de phrases, le styliste par excellence. 
Al. Dumas a eu raison de dire « qu'avant sa inajorité il 
avait et possédait en toute perfection ce talent dephrasier 
accompli qu'il a montré depuis. » 

Son père envoya le jeune clubiste à Strasbourg pour 
qu'il prît des leçons d'Euloge Schneider, célèbre hellé- 
niste. Quand Nodier partit de Besançon, Schneider était 
accusateur public près du tribunal criminel du Hautr-Rhiu 
et un personnage influent ; quand il arriva à Strasbourg, 
l'accusateur n'était plus qu'un accusé, et il aurait pu as- 
sister à son procès et h son exécution. 

Revenu dans sa ville natale, il y compléta son éducation 
à l'Ecole centrale, où il eut pour professeur Droz, qu^il 
devait retrouver 35 ans plus tarda l'iVcadémie française (1). 

Des protecteurs, connaissant ses goûts, lui ménagèrent 
la place de bibliothécaire-adjoint de la ville qu'il ne garda 
que 2 ou 3 ans, obligé de fuir pour se dérober à une accu- 
sation de complot contre la sûreté de l'Etat. Cette accu- 
sation se dénoua par une condamation par contumace, et 
enfin par un acquittement à la majorité d'une seule voix. 

Venu à Paris sans fortune, il demanda à sa plume les 
moyens de vivre. Il débuta dans la presse par quelques 
articles pour le Citoyen français j journal qui n'eut qu^une 
courte existence, et il écrivit le Dictionmtire des onoma'^ 
topéeSy la Bibliothèque entomologique, les Proscrits el le 
Peintre de Saltzbourg, Cette dernière œuvre est une imi- 
tation de Werther, quelque peu déclamatoire, mais em- 
preinte de jeunesse et de poésie. 

Il écrivit aussi, sous le voile de l'anonyme bientôt dé- 
chiré, la NapoUonej ode-satyre contre le Premier consul, 



(1) « C'cftt un de vous, Mcssicar.% dinait Nodier à l'Acadénie en déugaaat 
M. Droz, qui m'a ourcrt la carrière des lettre», qui a «aeoara^ mai premien 
pas dans eette voie difficile et qai in*a rendu Tétade pins cbcre qoe tons le» 
plaisirs par la douce autorité de ses leçons. » Discours de récejpiiotf. 



LE PALA19 A L'ACADÉBUB. 399 

qui, sans rintervention de Fouché, ancien oratorien comme 
le père de Nodier, qu^il connaissait, aurait pu porter mal- 
heur à l'imprudent auteur. 

Il en fut quitte pour la peur. Toutefois, se croyant, sur- 
veillé par la police, il retourna à Besançon et se réfugia 
bientôt dans les montagnes voisines, où il passa plusieurs 
mois, vivant d'une vie errante et vagabonde. 

Lorsque le calme fut revenu pour lui, nous le retrouvons 
professeur libre de littérature à D61e ; bibliothécaire à 
Leybach ; rédacteur à Paris de la Quotidienne et du Jour^ 
mal de l'Empire^ y remplaçant momentanément Geoffroy, 
dont il avait pris le style, la manière et la signature, de 
telle façon que les abonnés ne s'aperçurent pas de la sub- 
stitution, et que plus tard les éditeurs des œuvres de 
Geoffroy, trompés eux-mêmes, y insérèrent des articles 
de Nodier. C'est que nul écrivain ne fut plus habile que 
lui en fait de pastiches, que nul ne les réussit mieux. 

Voulez-vous du Montesquieu, du Rousseau, du Fénelon, 
du Vergniaud ? Parlez, il vous en donnera et du meilleur. 
Qui ne se souvient de la lettre de Philippe de Comjoiynes 
au Journal des Débais dans laquelle le'mémoriaJiste de 
Louis XI prenait dans son style du xv* siède la défenae de 
son maître contre une attaque du généi*al Foy ? 

tt C'est mal à propos qn*uii journal, sur la foi de la biographie 
de Rabbe, toute fourmillante d'erreurs et de romans à demir 
debout, lui a attribué une part quelooaqne à k rëdaclîoii ém Mih 
tuteur de G€uid[i)» 

La vérité, c'est que si Charles Nodier n^a point été Fun 
des rédacteurs habituels du Moniteur de Gand, il lui a 
fourni, comme au Nain jaune^ quelques articles, notam- 
ment celui intitulé Napoléon au quatre mai, écho lointain 
de la Napoléone, et qui alors fit battre des mains à tons 
les légitimistes. 

(l) F. Wcy, ViedêCh, Nodier. 



«i 



400 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

En 1823, Nodier, après beaucoup de sollicitations, fut 
nommé conservateur de la bibliothèque de Monsieur. 
L'Arsenal devint pour lui une île de Délos qui lui donna 
un asile a Tabri des oi*ages. Son salon, autrefois celui de 
Sully, s'ouvrit pour tous les hommes de lettres de la gé- 
nération nouvelle. Le dimanche on était sûr dV rencontrer 
V. Hugo, Lamartine, Sainte-Beuve, Alfred de Musset^ 
Dumas, Jannin, de Vigny, les deux Deschamps et toutes 
les jeunes renommées de Tépoque. 

a Gais comme Toisenu sur la branche, 

a dit Tun d'eux, 

Le dimanche, 
Nous rendions parfois matinal 

L'Arsenal. 
Quelqu'un recitait quelque chose. 

Vers ou prose, 
Puis nous courions recommencer 

A danser. 

« La société de l'Arsenal avait sa gloire, c'était V. Hugo; 
son agrément, c'était Ch. Nodier. » 

De cette société, il était « l'inimitable conteur, le eau- 
)) seur infatigable qu'on ne se lassait pas d'écouter quand 
» il avait commencé à parler ; il aimait à raconter parce 
)) qu'il racontait mieux que personne, et c'était surtout 
» dans ses propres aventures, vraies ou imaginaires, qu^il 
» puisait le sujet de ses longues et intéressantes cau- 
» séries (1). » 

Nodier devint le Nestor du camp romantique. 

Tour à tour bibliographe et entomologiste, philologue 
et poète, critique et romancier, il tenta, presqtle toujours 
avec succès à peu près tous les genres. Nous avons de lui 
des dictionnaires, des romans, des histoires, des poésies, 

(1) P.-L. Jacob, bibliophile, lui-mcmc Tun des hubitiiés de TArscnal. ^m|» 
ÏpHn âtt BihVophne, Janvier 1863, 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 401 

des livres de critique, de philologie, d'histoire natu- 
relle, etc., etc. A coté des Questions fie littérature légale^ 
il nous a donné la Fée aux miettes ; a côté des Mélanges 
tirés iVune petite bibliothèque y Y Histoire du roi de Bohême 
et de ses sept clmteaux ; a côté de ses Soui^enirs de la Ré- 
volution, ses f^oyages pittoresques et romantiques dans V an- 
cienne France ; à côté de son Histoire des Sociétés secrètes 
de Vannée^ le Dernier banquet des Girondins^ etc., etc. La 
plupart de ces compositions ont été recueillies en 12 vo- 
lumes in-8 sous le titre A^OEui^r es complètes, mais qu'on ne 
sV trompe pas, elles sont si peu complètes qu'il serait 
facile, avec les œuvres omises, de doubler le nombre des 
volumes publiés. 

Nodier fut Tun des meilleurs écrivains de la Restauration. 
Il eutTimagination et le coloris, la fantaisie et la grâce, « le 
talent, le don, le jeu d'écrire, la. faculté et le bonheur 
d'exprimer et de peindre, une plume riche, facile, gra- 
cieuse et vraiment charmante. » Sainte-Beuve l'appelait 
l'Arioste de la phrase, et Lamartine « le Diderot sans 
charlatanisme et sans déclamation de notre époque (1). » 

Il était difficile en fait de style ; l'à-peu-près ne suffisait 
pas à son goût, il lui fallait le mot propre. Le mot, 
disait-il, 

« Le mot doit mûrir sur l'idée, 

Et puis tomber comme un fruit mûr. » 

D'ailleurs sceptique et aimant le paradoxe, il tentera vo- 
lontiers la réhabilitation de Cyrano, fera du colonel Oudet 
un Démosthénes militaire, et appellera Pérault un autre 
Homère. 

Paradoxal comme J.-J. Rousseau, il aura comme lui 
sa fleur de prédilection. Pour l'un c'était la pervenche, pour 
l'autre ce sera l'ancolie : 

« L'ancolie au front obscurci, 
Qui se penche sur les bruyères. » 

(l^ Saintc-Bciivc. 



402 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Nodier, comme les jeunes romantiques ses amis qui Ten- 
touraient, et qui presque tous sont morts académiciens, se 
permit plus d'une épigramme contre l'Académie. Qui, de- 
puis Piron jusqu'à Vigée et à M. Maxime du Camp, ne 
s'en est pas passé la fantaisie ? Mais pour tous, après Tépi- 
gramme, sont venus le regret, l'expiation et l'amende ho- 
norable (1). 

L'Académie ne se vengea des attaques de Nodier qu^en 
le nommant à l'unanimité, et donna par ce choix à son 
dictionnaire un très habile ouvrier de plus (2). 

On sait que chaque mot, avant d'être adopté pour une 
nouvelle édition, est soumis à une discussion approfondie 
et souvent prolongée. Or voici l'anecdote à laquelle donna 
lieu l'une de ces discussions et qui fut alors répétée par 
toute la presse. 

Il s'agissait pour le docte Corps de savoir comment devait 
se prononcer le t entre deux voyelles. — Comme le c, dit 
l'un des Quarante, après un moment d'hésitation, et per- 
sonne ne prenant la parole, il regardait Nodier qu'il sem- 



(I) Tout le monde connaît l'épitaphe-cpigramme de Piron, mais ce qu'on siit 
moins, c'est que l'Académie, après le suecès de la Mttromanie, avait touIq ea 
faire l'un des siens et le successeur d'un prince de l'Eglise, Langnct de Gtrgy^ 
archevêque de Sens; elle ne fut arrêtée que par le veto du Roi. 

La candidature de Piron, appuyée par Madame de Pompudonr, fut vivement 
combattue par Monseigneur Boyer, évcque de Mirepoix, qui rappela la fameuse 
ode, œuvre de jeunesse oubliée depuis 40 ans, et que l'auteur n'avait jamais 
avouée. Le piince de l'£glise la porta même au Roi qni se donna le malin 
plaisir de se la faire lire par le Prélat, assez embarrassé. 

C'est à l'occasion de cette ode que Fontenelle dit : «t S'il l'a faite, il faut bîem 
le gronder et l'admettre, mais s'il ne l'a pas faite, il ne faut pas le reeevoir. • 

Piron ne fut ni grondé ni reçu, mais l'Académie obtint pour lui du Roi ane 
jiension de 1,000 livres et lui dûputa quatre de ses membres pour le féliciter 
de cette grâce royale et Ini exprimer son regret de n'avoir pu loi ouvrir set 
rangs. 

L'Académie de Dijon, sa ville natale, l'accueillit et lui donna une place à côté 
du président Doubler, de Buffon et de Crébillon. 

('i) « L'année suivante (1833) l'Académie française, qu'il avait tant raillée, 
spirituelle comme elle sait l'être à ses heures, l'appela à elle, d — Madame Men- 
nessior-.Nodicr, Ch. Xodier^ Episodes et Soucenirs de sa cie. 



L£ PALAIS A L'ACADÉMIE. 403 

Liait interroger. — « Mon cher confrère, répondit en sou- 
riant Nodier, ainsi mis en demeure, prenez picié de mon 
ignorance et faites-moi Vamicié de répéter la moicié de ce 
que vous venez de dire. » Tous les membres se regardèrent 
en riant, et comme Tacadémicien auquel s'adressait Nodier 
était un homme d'esprit, — n'était-ce pas Dupaty ? — il 
prit sa part de Thilari té générale, en se promettant toutefois 
d'être plus circonspect à l'avenir, et de donner avec moins 
d'irréflexion son avis en matière grammaticale. Cette spi- 
rituelle réponse de Nodier ne rappelle-t-elle pas Tépi- 
gramme de Voiture auquel on demandait à l'hôtel de Ram- 
bouillet s'il fallait dire Muscadins ou Muscarditis ? 

(t Aux siècles des vieux palardius, 
Soit courtisans, soit citardins, 
Femmes de cour ou citardines, 
Prononçaient toujours muscardins, 
Et balardins et balardines. 
Môme ou dit que dans ce temps-là 
Chacun disait rose-muscarde ; 
J'eu dirais bien plus que cela; 
Mais par ma foi je suis malarde, 
Et même en ce moment voilà 
Que l'on m'apporte une panarde. » 

S'il ne se fût fait un nom comme écrivain, Nodier s'en 
fût fait un comme bibliophile. « Les vieilles éditions des 
vieux livres étaient sa passion dominante (1). » Quel ha- 
bitué des quais, quel fureteur de bouquins, quel ami des 
livres n'a pas rencontré, flânant ou arrêté devant la boîte 
d'un étalagiste, un homme assez grand mais un peu voûté 
et comme affaissé, a la charpente osseuse, « à la figure an- 
guleuse et grave, au pas incertain et aventureux, à l'œil 
vif et las, a la démarche fantasque et pensive (2) ? » C'était 
Nodier allant chez Crozet ou venant de chez Techcncr, se 



(I) V. Hugo. 
("2) Sainte-Beuve. 



40% BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

rendant à l'Académie ou cherchant dans les boîtes des bou- 
quinistes de bonnes fortunes qu'on n'y trouve plus au- 
jourd'hui. Et « cette évolution^ il l'accomplissait paisible, 
quotidienne, invariable dans ses heures et dans son but. 

» Il suivait le quai jusqu'au Louvre, entrait en face de 
la Colonnade oliez Crozet, le savant bouquiniste, et de- 
meurait lii une partie de l'après-midi, en compagnie de 
quelques bibliophiles aussi ponctuels que lui dans leurs 
habitudes, et comme lui possédés du démon Elzévier. 

» Le comte de Montaran, les marquis de Ganay et de 
Çhâteau-Giron, P. Lacroix, Guilbert de Pixérécourt, 
étaient avec lui les hôtes accoutumés de cette boutique 
érudite(l). » 

Nodier, bibliophile pur sang, achetait, vendait, échan- 
geait des livres, et ceux qu'il annotait, après acquisition, 
sont aujourd'hui fort recherchés des amateurs (2). 

Il était toujours occupé à faire et défaire sa bibliothèque; 
la faisant dans ses loisirs, et avec ses économies... à venir, 
la défaisant, quand il était pressé par quelque besoin d'ar- 
gent, qu'il avait quelque caprice à satisfaire, un devoir de 
chef de famille, à remplir, une dot à compter a un gendre. 

Il achetait par goût, et revendait par nécessité. 

Nodier n'était pas né pour les cIriflFres, il dépensait sans 



(1) Madame Mcnncssicr-Nodier, Ch. Nodier. Épisodes et Souvenirs de 9a vie. 

(2) Nodier était en relations non interrompues arec MM. Merlin, Crozet, de 
Montmcrqué, Tcchener, Mottelay, et aTec tous les bibliophiles émérites. 

Je retrouve parmi mes autographes un billet à M. Mottelaj et je le lÎTre d*aa« 
tant plus volontiers à la publicité qu'il est in/dit et qu'il montre Nodier sous 
le double aspect de bouquiniste et d'épistolier de l'école de Vo>taire. 

J'étais avant-hier au rendez-vous. Vous êtes venu trop tût. 

Je serai chez vous demain dimanche à 3 heures, si cela convient à M. Merlin. 
Autrement je suis à ses ordres et à votre disposition. 

Le petit bouquin que vous m'avez donné m*a fait bien du chagrin. Il y 
manque un gros tiers. 

Tout à vous sans qu'il y manque rien. 

Ch. Nodier. 
M. M. Mottclîiv. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 405 

compter et iravait jamais su équilibrer son budget des re- 
cettes et des dépenses. Aussi, bien que collaborateur assidu 
de revues et de journaux, « bibliothécaire à l'Arsenal, pen- 
sionné de divers ministères, plus tard même inscrit sur la 
liste civile du Roi, producteur infatigable, bibliophile ex- 
pert, habile a Téchangc des livres rares, commerce lucratif 
qu'il pratiqua toute sa vie », fut-il presque toujours gcné 
et eut-il à peine, gràceà Tintervention de Lafitte, une aisance 
de circonstance (1 ). 

Ces embarras d'argent, avec lesquels il s'était familiarisé, 
ne troublaient qu'accidentellement d'ailleurs sa quiétude 
et son bonheur domestique. Heureux des affections de fa- 
mille qui l'entouraient, il était resté l'homme d'autrefois. . 
« Tous les anciens usages lui étaient chers. Il était resté 
fidèle à toutes les traditions domestiques, au gâteau des 
Rois, au jambon de Pâques, aux beignets du carnaval, aux 
souhaits des fêtes (2). » 

Chez lui les ardeurs politiques s'étaient, sinon éteintes, 
au moins fort amorties avec l'âge. 

Rédacteur de W Quotidienne et du Journal de l'Empire, 
auteur de la Napoléone^ ancien secrétaire de Pichegru, 
ancien clubiste des Amis de la Constitution, Nodier, sur- 
tout dans sa vieillesse, n'a guère eu d'opinion politique, 
mais, sous tous les régimes, il pencha vers l'opposition. 
Cette conduite s'explique assez par le conseil qu'il donnait 
au fils de l'un de ses meilleurs amis, F. Wey : « Mon en- 
fant, lui disait-il, dans tous les troubles politiques dont 
vous serez le témoin, restez constamment du parti des 
vaincus ; il est presque toujours le plus juste. » C'est ainsi 
que Benjamin Constant avait coutume de répéter « que 
d'ordinaire le bon droit est du côté de la minorité. » 

Ch. Nodier a regretté la vie, mais sans s'effrayer de la 
mort. Le patriarche des libres-penseurs, Sainte-Beuve, a 



(1) E. Montégut, Revue des Deux-Mondes, 1832. 
(•2) V. Hugo. 



40G BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

écrit de lui : (c II est mort en homme des espérances im- 
mortelles, en homme religieux et en chrétien. Ces idées, 
ces croyances du berceau et de la tombe étaient de tout 
temps demeurées présentes à son imagination, à son 
cœur. » 

Lamartine a ajouté : « Nous n'avons jamais vu Nodier 
remplacé. C'était une de ces grâces dont on ne peut se 
passer, une de ces inutilités nécessaires au cœur, et qui 
manquent au bonheur comme elles manquent au temps. 
Cette molle incurie de Tàmc et du talent, qui faisait la fai- 
blesse de son caractère, faisait le charme de son esprit, 
molle atque facetum . 

H. MoULITf, 

Ancien magistnit. 



LA BELLE DE LUDRE 

ET 

MADExMOISELLE DE POUSSA Y. 



Ces deux noms désignent-ils deux personnes différentes, 
ou bien s'appliquent-ils à une seule et même femme ? 

La question a été posée; mais elle n'a pas été résolue 
par les éditeurs des lettres de Madame de Sévigné, de la 
librairie Hachette. Leur troisième volume, contient à la 
page 201 une note destinée à servir d'éclaircissement à 
une phrase de la lettre adressée le 19 août 1673 par 
Madame de La Fayette h Madame de Sévigné; mais, en 
réalité, elle n'éclaircit rien. Après l'avoir lue, on est aassi 
avancé qu'auparavant, puisqu'on reste sur un point d*in- 



LA BIXLE DE LUDRE ET MADEMOISELLE DE POUSSAT. 407 

teiTOgation qui termine la note. Cependant le doute ex- 
primé par Tauteur de Texplication était facile à résoudre. 

Madame de La Fayette avait écrit : « Votre fils est 
amoureux comme un perdu de Mademoiselle de Poussay.» 
La note devait donc avoir pour objet de faire connaître 
quelle était cette personne dont le vrai nom était problé- 
matique. Au lieu de cela, on ne donne que des hypothèses 
sans s'arrêter à aucune. Au surplus, voici cette note : « Ne 
faut-il pas plutôt lire Madame rie Poussai? Ce serait (par 
plaisanterie, car dans Tusage d'alors le nom de Tabbaye 
ne se donnait qu'à Tabbé ou à Tabbesse) le titre de cha- 
noincssc de Madame de Ludres (voy. t. II, p. 135, 
note 5) (1). Il est très possible aussi qu'il s'agisse d'une 
tout autre personne, d'une autre chanoinesse de Poussai, 
par exemple de la princesse de Tingri qui en fut quelque 
temps coadjutrice (voyez la lettre du 10 juillet 1695). — 
Dans les Mémoires de Mademoiselle, il est parlé d'une 
Madame de Poussé qui fut dame d'atour de Marguerite de 
Lorraine, puis de Madame la Duchesse : avait-elle une 
fille?» 

Examinons ces trois hypothèses dont la première est 
vraie, mais en partie seulement. La correction proposée, 
au commencement de la note, ne doit pas être admise. 
C'est bien Mademoiselle de Poussay qu'on doit lire, comme 
Madame de La Fayette l'a écrit. Elle désigne ainsi la belle 
de Ludre^ mais par pure plaisanterie. Elle n'ignorait pas 
plus que toute la cour que cette désignation ne pouvait 
s'appliquer à la personne qui avait enflammé le cœur du 
jeune de Sévigné. Sans se piquer d'exactitude, elle em- 
ployait une de ces locutions familières, comme il s'en glis- 
sait tant sous la plume de Madame de Sévigné et de ses 
correspondants. S'il fallait hasarder une explication, il 
semble qu'elle exprimait une contre-vérité en rappelant 



(I) Cette note est exacte et il est étrange qu'on n*ait pas persisté dans les 
nfiirrnations qu*clle contient. 



408 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

malignement que la clianoinesse de Poussay u'ëtait plus 
que la fiancée délaissée par le duc de Lorraine Charles IV. 
C'est pour cela qu'elle ne veut pas l'appeler Madame^ titre 
auquel sa qualité de clianoinesse lui donnait un droit in- 
contestable. Mais elle se garde bien de l'appeler Madame de 
Poussay, car elle savait que les abbesses des chapitres 
avaient seules le droit de prendre le nom de leur abbaye. 
M. Walckenaer ne s'y est pas trompé : — « Et comme, 
dit-il, il lui fallait toujours (à M. de Sévigné) un attache- 
ment de cœur, ce n'était plus d'une actrice ou d'une 
femme philosophe aux appas surannés qu'il était épris, 
mais de la belle Madame du Ludrcs, cette chanoinesse de 
Poussay, si affectée dans son parler, si coquette, dame 
d'honneur de la reine et amie de Madame de Coulanges. 
Elle n'avait pas encore attiré les regards du roi et, le che- 
valier de Vivonne et le chevalier de Vendôme se dispu- 
taient alors ses faveurs » (1). C'est aussi l'opinion que 
nous avons suivie, sans la discuter, dans un article sur 
Madame de Ludre (2); nous y persistons. 

Quant à la conjecture suivant laquelle la demoiselle de 
Poussai, dont a parlé Madame de La Fayette, serait la 
princesse de Tingry, elle ne tient pas debout. La fille 
aînée du prince de Tingry fut effectivement coadjutrice de 
l'abbesse de Poussay (3); mais il y a une raison péremptoire 
pour que le jeune Sévigné n'en fût pas épcrdument épris : 
c'est que sa sœur cadette était née en 1635 ; d'où il résulte 
que sa sœur aînée devait toucher à la quarantaine en 1673, 
date de la lettre de Madame de La Fayette. 

Restent la Madame de Poussé [sic) de Mademoiselle de 
Monipensier et la demoiselle de Poussay de La Fontaine. 



(1) Walckenaer. Mém, *w Madame de Sévigné, t. IV, p. 286 de la 3« édi- 
tion. 

(2) BiilUtin du BibliophUe, 1875, p. 292. 

(3) Saint-Simon. Additions à Dangeait, t. I, p. 2W, 248, et mieax dans 
l'cd. de M. de BoislisIe, en cours de publication, t. I*', p. 40, Voir fuitoiit 
les renseignements généalogiques de la page 19. 



LA BELLE DE LUDAE ET MADEMOISELLE DE POUSSAT. 409 

La première est la mère de la seconde. Aucune d'elles n'a 
été cbanoinesse, et aucune d'elles n'a été la maîtresse de 
Louis XIV. Quelques développements sont Ici nécessaires 
et les détails ne manquent pas de piquant. 

Mademoiselle de Montpensier, toujours en querelle avec 
sa belle-mère, Marguerite de Lorraine, veuve de Gaston 
d'Orléans, s'occupait curieusement de tout ce qui se pas- 
sait au palais du Luxembourg occupé par ces deux prin- 
cesses. Il en était ainsi, surtout avant que ce palais ne 
fût, de même que le jardin, partagé entre elles, afin 
d'éviter des rencontres désagréables à l'une et à l'autre. 
La Grande Mademoiselle raconte qu'une dame de Saujon, 
dame d'honneur de sa belle-mère, vendit sa charge à Ma- 
dame de Poussé, belle-sœur du curé [de Saint-Sulpice : 
« Cette dame de Poussé (^/c), dit-elle, était une bonne 
femme qui n'avait bougé de la campagne depuis qu'elle 
était mariée. Avant que de l'être, elle avait demeuré 
avec Madame Bouthillier, qui était l'amie de sa mère qui 
[la] lui avait recommandée en mourant. Son mari était 
homme de qualité et elle aussi. Pendant que Madame de 
Langeron (1) fut en Savoie, je ne sais si c'est elle qui 
voulut quitter ou si Madame l'ôta ; mais elle ne fut plus à 
ma sœur, et on la mit dame d'honneur de Madame la Ou- 
chesse (2). Je crois que Ton lui donna de plus gros appoin- 
tements, mais elle eut moins d'honneur : elle n'alla plus 
dans le carrosse de la reine, ne mangea plus avec elle, ce 
qui la mortifia assez (3). » 

Il est évident qu'aucune des mentions qui précèdent ne 
peut s'appliquer ni à Madame de Ludre, ni à la jeune fille 
dont Sévigné était amoureux. D'ailleurs ceci se passait eu 



(1) Gouvernante des filles de Gaston d'Orléans et de Margnerite de Lorraine. 
ÊHc avait accompagné Mademoiselle de Valois à Turin lorsqu'elle épousa le 
duc de Savoie. 

(2) Ce changement n'eut lieu que beaucoup plus tard. 

(3) Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, éditioa Chéruel| t. IV, p, 6 
et 7. — Ce passage n'existe pas dans les précédentes éditions, 

'issn. 27 



410 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

1667, pcul-ctre même auparavant, et Sévignc u'a^'ait pris 
feu qu'en 1673 pour la demoiselle dont Madame de La 
Fayette parle à son amie, et que cette dernière connaissait 
bien, puisqu'elle était lice avec Madame de Coulanges. 

Quant à la demande que se font les éditeurs de Madame 
de Sévigné a la fin de la note rapportée ci-dessus, ils pou- 
vaient en trouver la réponse en tournant quelques feuillets. 
Voici en effet ce qu'on lit à la page 30 de l'édition qui 
vient d'être citée. » Madame de Poussé, dont j'ai parlé, fit 
sortir une fille qu'elle avait, de religion, et la prit avec 
elle. Madame de Clioijsy (1) eut envie d'en faire quelque 
chose ; elle l'ajustait, prônait sa beauté. On ne parlait 
d'autre chose ; elle était fort jolie, une grande jeunesse, 
mais une vilaine taille et la grâce d'une demoiselle de 
campagne. Je dis un jour en dînant à Saint-Germain : 
c( On aura demain une demoiselle qui est fort jolie, qui 
» viendra avec ma sœur. » Le roi dit (il fallait qu'il en 
eût entendu parler) : « Je vous remercie, ma cousine, de 
» m'avoir averti ; je me mettrai contre la muraille, car on 
» dit qu'elle est si belle que l'on évanouira de l'éton- 
» nement de sa beauté ; au moins, je ne tomberai pas. » 
— On vit bien parla qu'on lui en avait parlé chez la Val- 
lière où Madame de Montespan commençait à aller. C'est 
une femme de beaucoup d'esprit, d'un esprit agréable, 
d'une conversation attachante. La Vallière en a peu ; ainsi 
on commençait a avoir besoin de ce secours pour amuser 
le roi. Si clic avait été plus prudente, elle aurait cherché 
quelque dame dont la beauté et les charmes de sa per- 
sonne n'auraient pas répondu à celles de son esprit. » 

En général, il ne faut pas demandera Mademoiselle de 
Montpensicr une exactitude parfaite ni une chronologie 
rigoureuse. Elle donne rarement des dates et souvent elle 
anticipe sur les événements. Elle parle de choses qui 
semblent contemporaines, quoiqu'elles soient éloignées les 

(1) Veuve du chcrcclier Hc Gaston d*Orléans. 



LA BELLE DE LUDIUS ET MADEMOISELLE DE POUSSAT. 411 

unes des autres. C'est ainsi qo^en mentionnant pour la 
première fois Madame de Poussay la mèrei elle dit qu'on 
Téloigna de sa sœur d^Âlençon, et cependanti 43 pages 
plus loin, on voit que cette dame était, ainsi que sa fillei 
attachée à cette même sœur devenue duchesse de Guise. 
Quant au passage que vous venons de transerirei il peut 
être approximativement fixé comme se rapportant à la fin 
de 1666 ou, mieux, au commencement de 1667 (1). (Test 
en efiet à cette époque le roi, charmé de la conversation de 
Madame de Montespan^ prit pour elle un goAt sérieux. 
Mademoiselle de Montpensier avait dono grandement 
raison de signaler Timprudence de Mademoiselle de La 
Vallière. Ce lait date le passage qui vient d*être rapporté 
et ruine complètement Topinion suivant laquelle Made» 
moiselle de Poussé ou Poussay, dont ont parlé La Fon- 
taine, et la Grande Mademoiselle, ne serait autre qne Ma- 
dame de Ludre. 

En efiet, on connaît aujourd'hui, à n*en pouvoir douter, 
l'époque précise à laquelle M«}^e de Ludre, la belle 
chanoinesse de Poussay, parut à la cour comme dame 
d'honneur d'Henriette d^Angleterre, la première femme 
de Philippe d'Orléans. Voici en quels termes parle de ce 
début Robinet, continuateur de Loret, à la date du 20 dé- 
cembre 1665 : 

Finissons agréablement, 

Remarquant hiatoriquemeitt, 

Avant de barrer notre veine, 

Que Du Ludre, illustre Lorraine, 

D'environ seize à dix-sept ans (2) 



(1) R C'est en 1667 qoe kt «oalMipamlM fUwt U «OMMMMHitt éê la 
passion do roi pour Bladame de Monte^iB. » (P. Clément, Madamêéê Mm» 
iespan, deuxième édition, p« 8). — On •« fonde Murtoat sw eette phMM des 
Mémoireê â$ JtfMfmoiffrflé.* « BfarfaoM de'lUatei^nui disait : «IMm aefude 
d'être U mattresse da roi, mais ai je l'étaîi, je lenis bMB hoattaM ilifit la 
reine. » (Edition ChArntl, eont la dMt de 1667, toaM HT, p. 4f), 

(2) M. Beanpré (U BeBe de Ladre) a àéÊmmtté q^illt éCalT âte «a 16IS. 
Elle avait donc eaviroa dis»limt n», CVit aotil et qa'iadiqaa la Meoada 
duchesse d'Orléans, mère dn régeat. 



412 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Et pleine d'attraits cela tans. 
Est venue accroître les gbages 
Qu'on voit chaque jour sur les traces 
De ToBJET divin que je sers 
Et que j'ensence dans mes vers. 

Il est donc désormais impossible de confondre Made- 
moiselle de Poussay, présentée pour la première fois à la 
cour en 1667, ou peut ctrc à la fin de 1666, avec Madame 
de Ludre, qui fit son apparition à la fin de 1665. 

C'est aussi à Tannce 1667 qu'appartient le sonnet 
adressé par La Fontaine à Mademoiselle de Poussay. Sa 
mcre était alors dame d'honneur de la vieille douairière 
<rOrléans, Marguerite de Lorraine, veuve de Gaston. 
Peut-être était-elle, a ce moment, attachée à Mademoiselle 
d'AIençon, fille de Marguerite, qui n'était pas encore 
mariée. La rédaction souvent obscure des Mémoires de sa 
sœur laisse h cet égard quelque incertitude. Au surplus, 
la question de savoir quelle était la charge de la mère au 
palais du Luxembourg est sans intérêt. Ce qu'il y a de 
certain, c'est qu'après avoir hdressé un premier sonnet, en 
1666, a Mademoiselle d'Alenôon, il en fit, pour Made- 
moiselle de Poussay, un autre que voici : 

J'avais brisé les fers d'Arrainte et de Sylvie ; 
J'étais libre et vivais content et sans amour, 
Jj'innocente beauté des jardins et du jour 
Allait faire à jamais le charme de ma vie, 

Quand au milteu d'un cloître Amarante (1) est sortie, 
Que de grâces, bons dieux! Tout rit dans Luxembourg; 
La jeune Olympe [V\ voit maintenant à sa cour 
Celle que tout Paphos en ces lieux a suivie. 

(1) Mademoiselle de Poussay, que sa mère renaît de faire sortir da coa« 
>cnt. 

(2) Mademoiselle d'AIençon désignée sous le nom d'Olympe dans le sonnet 
que La Fontaine lui adressa en 1666. Elle n'était pas encore mariée an dernier 
(les Guise, puisqu'elle était au Luxembourg, qu'elle n'habitait plus après son 
mariage. 



LA BELLE DE LUDRE ET MADEMOISELLE DE POUSSAY. 413 

Sur ce nouvel objet chacun porte les yeux : 

Mais, en considérant cet ouvrage des cieux, 

Je ne sais quelle crainte en mon cœur se réveille. 

Quoi qu'amour toutefois veuille ordonner de moi, 
II est beau de mourir des coups d'une merveille 
Dont un regard ferait la fortune d'un roi (1). 

Ici point de doute possible. Amarante est bien la cliar- 
mante fille à laquelle Louis XIV, enivré des charmes de 
La Vallière et de Montespan, ne daigna pas faire atten- 
tion. Il ne peut s'agir de Madame de Ludre qui n'a jamais 
habité le Luxembourg, mais bien le Palais-Royal, lors- 
qu'elle était attachée a la duchesse d'Orléans. 

La Fontaine allait souvent au Luxembourg ; mais pré- 
cisément parce qu'il était un des familiers de la duchesse 
douairière, il ne fréquentait pas sa belle-fille. Il y avait 
entre les deux camps une très haute palissade que le 
« Bonhomme » n'a jamais tenté de franchir. Il est resté 
fidèle a la veuve de Gaston et ù se^ filles. 

En 1667, date du sonnet adressé à Mademoiselle de 
Poussay, et après le mariage de Mademoiselle d'Alençon 
qui eut lieu le 15 mai de la même année, Madame de 
Poussay et sa fille firent partie de la maison de la nouvelle 
duchesse de Guise. C'est ce qui résulte de ce passage des 
Mémoires de Mademoiselle de Montpensier : « Madame 
de Guise n'était pas toujours à la cour ; on ne la voyait 
guère et on ne parlait guère d'elle. Aussi elle avait de- 
meuré à Luxembourg quelque temps après son mariage 
et [avec] M. de Guise à l'hôtel de Guise ; puis elle était allée 
aux Tuileries où Mademoiselle de Guise (2) logeait à la Vo- 

(1) Ce dernier rers semble indiquer que le sonnet a été composé arant la 
présentation à la coar, racontée par la grande Mademoiselle, dont le récit est 
reproduit ci-dessus. 

(2) Marie de Guise, fille de Charles de Guise et petite-fille de Henri le 
Balafré, née le 15 août 1615, morte le 3 mars 1688. Elle fut la dernière de la 
branche ainée de Guise. Le mari de Mademoiselle d'Alençon, son ncTeu, était 
le seul qui pût continuer la postérité de cet illustre maison. Il moamt à vingt 



414 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

lière ; mais le roi reprit eettc maison. Elle alla à Thôtel de 
Guise où on avait fait raccomoder les appartements. M. de 
Guise n'avait pas dix-sept ans quand il se maria... II était 
délicat, et comme Mademoiselle de Guise Taimait beau- 
coup, on le conservait de même. Il ne mangeait jamais 
hors de chez lui, parce qu'on lui donnait ce que Made- 
moiselle de Guise ordonnait... Il n'allait point à Saint- 
Germain sans Mademoiselle de Guise ; elle couchait dans 
un cabinet proche de leur chambre. 

» Madame de Poussé était sa dame d'honneur (de 

Madame de Guise) et ne laissait pas d'être dame d^atour 
de Madame. Sa fille, dont j'ai déjà parlé, qui a de l'esprit, 
causait avec M. de Guise. On prit prétexte de dire que 
Ton craignait que M. de Guise n'en devînt amoureux; on 
la chassa et elle retourna à Luxembourg auprès de Ma- 
dame. » 

M. de Walckcnacr a connu ce j)assagc, car il a dît : 
(( Mademoiselle de Guise qui gouvernait son frère (1), crai- 
gnant qu'il ne devînt amoureux de Mademoiselle de Pous- 
say, si elle restait auprès de la duchesse de Guise, con- 
traignit la mère de cette jeune beauté à se retirer avec 
sa fille au Luxembourg, auprès de Madame la duchesse 
douairière d'Orléans dont elle était aussi dame d'atour. 
C'est alors seulement que La Fontaine vit Mademoiselle 
de Poussay. Le texte du sonnet rapporté ci-dessus dé- 
montre que La Fontaine avait connu Mademoiselle de 
Poussay avant son mariage, puisqu'il parle de la jeune 
Olympe (Mademoiselle d'Alençon) qui voit à sa cour un 
nouvel objet sorti d'un cloître. Après le retour de Ma- 

ct un ans, lainsant un fils né en 1G70, et qui ne vécut que cinq ans. Il fut 1c 
dernier mAlc de sa maison. Marie de Guise n'a pas été mariée. 

(1) C'est par erreur que M. Walckenaer, Hiat, de la vie et des ùuprmgêêdé 
La Fontaine f p. 161, a écrit fr^re au lien de neveu. Murlc de Guise n'cTaît 
plus de frère en 1667. Louis, père du mari de Mademoiselle d'Aleâçoa, était 
mort en 1654, et son aîné, Henrr II dt> Guise, qui fit l'expédition de Naplci^ 
et qu'on appelait le a héros de la fable », était mort en 1664. Sei trois amtret 
frères étaient morts ayant lui, et, comme lui, sans laisser de postérité. 



AIVALECTA-BIBLION. 41^ 

dame de Poussaj et de sa mère au Luxembourg^ la du- 
chesse de Guise n'y logeait plus. Sa tante s'y serait 
opposée, puisqu'elle aurait craint que son nereu n'y 
retrouvât celle qui avait été chassée de l'hôtel de Guise 
sous prétexte d'amourette. Sans doute La Fontaine con- 
tinua de voir la mère et la fille après leur retour au 
Luxemtx)urg, dont il était l'hôte assidu. Quoi qu'il en soit, 
depuis cette époque, les chroniques contemporaines ne 
parlent plus de Mademoiselle de Poussay, et Ton ignore 
ce qu'elle est devenue. 

Madame de Ludre, au contraire, fit beaucoup parler 
d'elle de 1674 à 1677. Il y eut un moment ob elle fut sur 
le point de supplanter Madame de Montespan. Sans avoir 
jamais été maîtresse déclarée, elle précéda Mademoiselle 
de Fontanges, et, suivant la princesse Palatine, son règne 
dura deux ans. Une histoire complète de cette favorite 
est encore à faire. Nous en avons, à cette place, esquissé 
un épisode. Peut-être y reviendrons-nous un jour. 

E. Mba.umb. 



ANALECTA-BIBLION. 



Patrice. Livre très fructueux et utille à toutes per- 
sonnes de riastitutioQ et administrationde la chose 
publicque : composé en latin par Francoys Patrice^ 
évesque de Cayette, et nouvellement translaté et 
mis en firançoys. Paris, Pierre Vidouepour Gai- 
liât du Préy 1520 ; in-fol. goth., fig. 

Livre rare. — François Patrice, ou plutôt Patrîzzi, de SSeime, 



416 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

éTêquede Gayète en 1460, et mort en 1494, composa plusieurs 
ouvrages estimés de ses contemporains. Galliot du Pré avait fait 
imprimer en 1519 le traité de regno et régis institutionCy ainsi 
que le traité de institutione reipublicœ; mais ce dernier avait été 
déjà imprimé en 1494 sans indication de lieu (voy. Maittaire). — Le 
traducteur anonyme du livre de re publica a dédié son œuvre au 
connétable Charles de Bourbon. Cette dédicace ne fournit d'autres 
renseignements biographiques que cette vague indication : Mon 
très redoubté seigneur, ,,, je le petit serviteur de vos comman' 
déments,,, ; ce qui pourrait faire supposer que le translateur était 
attaché à la maison du connétable, peut-être en qualité de secré- 
taire. 

Ce beau volume se compose de 6 feuillets préliminaires, de 
201 feuillets chiffrés et d'un dernier feuillet occupe par la marque 
de Galliot du Pré. Il est orné de neuf grandes Ggures sur bois, 
placées en tète de chaque livre du traité et de lettres grises à fond 
criblé, au commencement des chapitres. Les gravures sont à com- 
partiments et bien exécutées. On remarque dans un compartiment 
de la seconde planche des joueurs aux dés et aux cartes : ce qui 
prouve que la prohibition des jeux de hasard, promulguée par 
saint Louis et par ses successeurs, était tombée en désuétude des 
l'an 1520. 

Les six feuillets préliminaires contiennent le litre et le privilège, 
une table générale des livres et des chapitres, la dédicace du tra- 
ducteur, le prologue de l'auteur et la table particulière du premier 
livre. Chacun des huit livres suivants est également précédé d'une 
table. 

Ce traité de l'institution de la chose publique est une ency- 
clopédie dans laquelle on trouve les règles de la vie civile et de 
l'économie politique, des dissertations sur l'utilité et sur les in- 
venteurs des sciences, des beaux-arts, des belles-lettres, des 
jeux, etc., etc. Nous signalerons le chapitre consacré aux eaux 
thermales où l'auteur fait le plus grand éloge des eaux de Sienne, 
sa ville natale, et le chapitre de la Idbrairie dont nous extrairons 
quelques passages : « En lieu sain et pacificque doibt estre faicte 
solennellement la librairie d'une cité. Ne ne sera point à permettre 

noz citoyens de si grant don estre frustrez Le lieu des 

librairies soit esleu vers le visaige d'Orient : car la veue requiert 
la clarté du matin et orientalle lumière ; car si on mettoit le lieu 



ANALECTA-BIBLION. 417 

Studieux vers Occident, les vens seigneurs de leur soufHement 
corrumperoyent les livres par une paHe couleur toute moite. Pa- 
reillement ils engendrent les teignes qui gastent les livres et men- 
gent le boys des couveitures. Soient poliz les bois desquelz on fait 
les couvertures, et soyent entrevestuz de couleur verde : car elle 
est moult bonne pour les yeulx. » 

Enfin, nous ferons observer que les vers latins de Virgile, Ovide, 
Horace, etc., cités par François Patrice, ont été traduits en vers 
français. Ces vers sont aussi gothiques que les caractères de P. Vi- 
doue ; mais c'est un curieux spécimen de la poésie française en 
1520. « Quant j'estoyes encores petit et adolescent, dit l'auteur^ 
bien me souvient que j'ay chanté à ce propos ce qui sensuyt : 

(( Les médecins qui mcsient les poisons, 
Le plus souvent abatent les toisons 
Et font mourir par trop de médecines 
Gens de valeur par ciropx et racines. 
Mais nous pour vray qui usons de saigesse, 
Sommes guary : et or prenons liesse 
Par le moyen d*eaues qui sont sulphurînes 
Qui vallent mieulx que toutes disciplines. » 

N'oublions pas le Privilège donné pour quatre ans à Galliot du 
Pré par François I" en son conseil, le 21 mars 1518 (1519). Il 
débute ainsi : François par la grâce de Dieu roy de France ^ au 
Prévost de Paris , Seneschal de Lyon, et à tous noz autres jus-» 
tlclers^ salut. Cette adresse spéciale au sénéchal de Lyon est fort 
singulière. On ne peut l'expliquer qu'en se rappelant que les 
libraires de Lyon avaient autrefois l'habitude de contrefaire les 
ouvrages imprimés a Paris, aussitôt après leur publication : Les 
libraires de Paris redoutaient beaucoup cette concuiTcnce peu 
loyale. L'envoi au sénéchal de Lyon d'un privilège accordé à 
Galliot du Pré avait pour but d'empêcher la contrefaçon, d'autant 
plus que la peine édictée était une amende de cent marcs d'argent, 
somme qui représenterait aujourd'hui près de six mille francs. 



GuiDACERio. Ad christianiss. Regem et Reginam Gal- 
liae, Agathii Guidacerii in verba Domini supra 
Montem explanatio. ParisiiSy excudebat Chris- 
tianus fFechelus^ anno M. D. XXX5 (1535); m-8, 



418 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

vÉLOf, 44 feuillets non chiffrés, signât. A.-F., v. br., 
estampé, tr. dor. [Rel. du temps). 

Ouvrage très rare et non cite. — Exemplaire unique imprimé 
sur VÉLIN. I) fait partie de la bibliothèque de MoDseigoeur le duc 
d'Aumale à Chantilly. La marque de l'imprimeur est sur le dtre; 
la dédicace et le texte du commentaire commencent par une élé- 
gante majuscule à vignette. Ce doit être Texemplaire présenté pu: 
l'auteur à François P*". 

Au milieu des compartiments de la jolie reliure de ce yolume, 
on voit les lettres G. P. encadrées dans plusieurs écussons. Ce sont, 
sans doute^ les initiales du relieur ; mais comment découvrir son 
nom ? Ou sait bien qu'à cette époque les relieurs exerçaient en 
même temps la profession de librabe. Serait-ce, par hasard, Gilles 
Pacquot, cité en 1542, à qui ces initiales conviennent parfai- 
tement ? Nous regrettons de ne pouvoir appuyer cette attribution 
par aucune preuve satisfaisante. 

Agathio Guidacerio, né en Calabre, enseigna l'hébreu à Rome 
sous le pontificat de Léon X et de ses successeurs. Après le sac de 
cette ville en 1527, Guidacerio se réfugia à Avignon^ puis à 
Paris; et fut nommé professeur d'hébreu au Collège royal. On a 
de lui une Grammaire hébraïque et des Commentaires sur plu- 
sieurs livres de l'Ecriture. 

Il composa cette paraphrasci des paroles prononcées par le Christ 
sur la montagne, Beau pauperes spiritu, etc., à Toccasion du ma- 
riage de François V^ avec Eléonore d'Autriche, le 4 juillet 1530, 
in his felicissimis desponsationis vestrre nuptiisy a afin que la joie 
que vous éprouvez aujourd'hui sur la terre ne vous fasse pas ou- 
blier la crainte de Dieu et le royaume des cîeux. » C'est pourquoi 
il dédia son œuvre au Roi et à la Reine. 

Dans le commentaire sur ce passage Beati qui persecutionem 
patiuntur propter justiùam, Guidacerio dit que ces paroles le cotk* 
soient d'avoir été persécuté pendant la récente dévastation de la 
ville de Rome. Il rend grâces à Dieu ]qui, l'arrachant à la mort, 
l'a conduit dans les états du Roi très chrétien, comme au port le 
plus sûr, et qui a inspiré à ce prince l'heureuse pensée de fonder 
un cours de langue hébraïque dans l'Université de Paris ; il fait 
ensuite un long panégyrique de Françob P' pour avoir restauré 
l'étude de la langue sacrée à l'aide de laqudle on ptntréftiter 



A^'ALECTA-BIBLION. 419 

avec avantage les fausses interprétations que les hérétiques font 
subir au texte des livres saints. 



VoLCYR DE Sérouville {Nicolas). L'histoire et recueil 
de la triiimphante et glorieuse victoire obtenue 
contre les scduvctz et abusez luthériens, mescreanz 
du pays Daulsays [cVAIsace] et autres, par An- 
tlioine, duc de Calabre, de Lorraine et de Bar. S. 
l. n. d.y [Paris, Galiot du Pré, 1527);'in-fol. goth., 

Livre rare et curieux composé de 10 feuillets liminaires et de 
98 feuillets de texte imprimés à longues lignes, en beaux caractères 
gothiques. Les marges sont occupées par l'analyse, et en quelques 
endroits par la traduction latine du récit historique. Il est orné 
de neuf figures sur bois dont voici la description : 1. Frontispice 
représentant la Foi sous la figure d'une femme casquée foulant aux 
pieds le dragon. — 2. L'auteur assis écrivant son livre. — 3. 
Grande planche représentant le duc de Lorraine à cheval, Téjiée 
haute, au milieu de ses hommes d'armes. — 4. Un saint évèqae 
en prières. — 5. L'auteur offrant son livre au Prince. — 6. Grande 
planche représentant l'attaque de la ville de Saverne : on lit en 
haut le mot Sabcrna. — 7. Grande planche représentant la vision 
delà Passion. — 8. Colonne romaine telle qu'elle est peinte sur 
un mur de l'abbaye de Marmoustier (en allemand MauveTs<» 
munster], — 9. Cercle sur lequel sont écrits les privilège» 
accordes .-i cette abbaye par le roi Childebert. Les deux grandes 
gravures placées en tête des deux derniers livres sont signées d'un 
G, dans lequel est inscrit un ])etit s et surmonté d'une double 
croix. Ce monogramme a été expliqué dans un catalogue par les 
mots Sigisninnd Gelenius. Mais M. Auguste Bernard, Etude sur 
Geoffroy Torj', réclame pour ce célèbre imprimeur et graveur le 
monogramme que nous venons d'indiquer et lui attribue ces deux 
gravures ainsi que la gravure du premier livre et le frontispice. Il 
décrit plusieurs autres ouvrages de la même époque où se trouvent 
des figures portant cette marque qui signifie, dit-il, Godt}fredus 
Torinus sculpsit. (Voy. le livre deM. A. Bernard, pp. 129 et suiv.). 

M. Beaupré, dans ses Recherches sur l'imprimerie e/t Lomtine y 



420 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

dit que Volcyr Gt imprimer sa traduction du Sermon de charité 
en 1523, à Saint-NicoIas-du-Port, mais qu'à partir de 1525 la 
presse lorraine reste muette et son silence est celui de la mort. En 
estait une autre explication lorsqu'on voit publier à Paris y « MctZy 
à Strasbourg, des livres qui auraient dû cire imprimés en Lor^^ 
raine y si en Lorraine il y avait eu encore une imprimerie. Et il 
cite, à ce sujet, Volcyr de Sérouville qui fit imprimer à Paris la 
Relation de la guerre des Rustauds. II faut croire cependant qu'en 
1526 il existait une imprimerie en Lorraine ; car, dans la lettre 
qu'il adressait au pape Clément VII, le 3 décembre 1526, Volcyr 
écrit qu'il publie son livre à Paris, parce qu'il sera exécuté plus 
promptement et plus soigneusement qu'en Lorraine : Visum fuit 
michi conducibile, si diploma regium eximii viri Jo, Roberteti a 
secretis et balivi, ope impetrarem : ut sanctc theohgice determi^ 
nationis virtute opus jàm dictum, cum gratta (ut ainnt) et privi^ 
legio paris ils for mis ac typls excussoriis ci tins quant in 
Lot/ioringia, sedulo atque exarate imprimendum cura rem, 

Volcyr n'obtint un privilège qu'avec l)eaucoup de difBcultés et 
après avoir fait de nombreuses démarches. C'est lui-même qui nous 
donne ces curieux détails dans les trois lettres latines qu'il a 
jointes à son ouvrage. Il s'était empressé de soumettre son histoire 
à la Faculté de théologie de Paris qui l'approuva le 15 sep- 
tembre 1526. Volcyr écrit à Guillaume Budée le 3 novembre sui- 
vant qu'après avoir reçu cette approbation, il confia son manuscrit 
à Galiot du Pré, et il ajoute que l'impression en |est sus|>endue« 
parce qu'il n'a i)oint encore de privilège du Roi. Il prie Budée de 
lui envoyer des lettres de recommandation, soit pour Jean Ro- 
bertet, secrétaire du Roi, soit pour le Prévôt de Paris. Il paraît 
que Budée avait tait droit à sa demande, car le 3 décembre 1526, 
Volcyr écrit au pajie Clément VII qu'il était allé à Saint-Germain- 
en-Laye, qu'il avait vu le Roi, et que ce prince l'avait accueilli 
très gracieusement en lui promettant un privilège, mais que ne 
|>ouvant parvenir à le faire expédier, il s'est adressé au Prévôt de 
Paris. Il écrit encore le 21 décembre à François de Tournon, arche- 
vêque de Bourges, qu'il a sollicité un privilège du garde de la 
prévôté, et que son imprimeur exige qu'il reste à Paris jusqu'à 
l'achèvement de son livre. Enfin, le 12 janvier 1526 (1527), Jean 
de la Barre, garde de la prévôté de Paris, lui accorda un privilège 
de trois ans. L'Histoire de la triumphante victoire a donc été im- 



ANALECTA-BIBLION. 421 

primée en 1527 et non en 1526, ainsi que le rapportent quelques 
bibliographes. 

On lit dans l'histoire de Lorraine : a L'an 1525, le duc Antoine 
fit la guerre aux paysans révoltes d'Alsace connus sous le nom de 
Rustauds qui menaçaient ses états, les força d'évacuer Saveme 
dont ils s'étaient emparés et revint à Nancy après les avoir dis- 
siper, » La Tri urnp liante et glorieuse victoire que Nicolas Volcyr 
de Sérouville, maître ès-arts, secrétaire et historiographe d'An- 
toine, duc de Lorraine, a si longuement racontée, fut le résultat 
d'une expédition qui dura dix jours. Le lundi 15 mai 1525, les 
comtes de Guise et de Vaudemont partirent de Sarrbourg pour as- 
siéger Saverne ; le même jour, le duc Antoine rejoignit l'armée. 
Le 16, les Lorrains tuèrent ou brûlèrent dans le village de Lou- 
pestein six mille paysans. Le lendemain 17, les lansquenets sur- 
prirent Saverne, la pillèrent pendant trois jours, y mirent le feu 
et massacrèrent dix-huit mille Rustauds qui s'étaient renfermés 
dans la ville et dans le château. Le 20, le duc de Lorraine défit 
une autre bande de paysans au combat de Scherviller cl en dé- 
truisit douze mille. Le 24, le duc était de retour à Nancy. En 
quelques jours, l'armée lorraine égorgea trente-six mille hommes 
sans compter ceux qu'on tua dans les chemins et dans les bois : 
c'est ainsi que les Rustauds furent dissipes. Ce qui n'empêcha pas 
Volcyr de prodiguer au duc Antoine le titre de Prince d'amour^ 
alliance et paix, 

L'épître dédicatoire au duc Antoine, imprimée sur deux co- 
lonnes, en français et en latin, est datée de Nancy, le VII* des ca- 
lendes d'avril 1525 (26 mars 1526). L'auteur prie le duc d'agréer 
la dédicace de deux autres traités qu'il avait composés sur le sup- 
plice de Jean Chastellain de Toumay, religieux augustin, et du 
curé de Saint-IIippolyte, convaincus d'hérésie. Le premier fut 
brûlé à Vie le 12 janvier 1525, et le second le 21 juin suivant. 
Le procès de Jean Chastelain faillit coûter la vie à Volcyr. En 
effet, c'est lui qui traduisit les letti*es et décrets du Pape adressés 
au duc Antoine, au cardinal de Lorraine, archevêque [de 3fetz, et 
à l'Inquisiteur général, pour juger et condamner J. Chastelain. Le 
lendemain du jour où cet hérétique fut brûlé, le peuple de Metz 
se souleva, chassa l'Inquisiteur, arrêta plusieui*s officiers du Car- 
dinal et du Duc, et entre autres Volcyr. On voulait les jeter à 
l'eau ou les lapider. Mais on les jeta provisoirement en prison, ce 



422 BULLETUif DU BIBLIOPHILE. 

qui leur sauva la vie. Volcyr fit imprimer en 1534 le Traité de la 
désécration et exécution de Jehan le Castella/ij hérétique. Il n'a 
point publié son histoire du curé de Saint-Ilippolyte. 

Flave Végèce Rekè, du fait de guerre et fleur de che- 
valerie : quatre livres. — Sexte Jule Frontin, des 
stratagèmes, espèces et subtilitez de guerre : quatre 
livres. — Aelian, de l'ordre et instructions des ba- 
tailles : ung livre. — Modeste, des vocables du fait 
de guérie : ung livre. — PareQlement, cxx. his- 
toires concernans le faict de guerre, joinctes à Vé- 
gèce. Traduictz fîdellement de latin en françois par 
le polvgraphe, humble secrétaire et historien du 
parc d'honneur (Nicolas Volcyr de Sérouviilc). 
Paris ^ Chrestien fFechely 1536 ; in-fol., goth.,(]g. 

Livre rare. Il se com]>ose de 7 feuillets .'et 420 pages chiffrées. 
Les 120 figures sur bois dont ce volume est orne sont fort belles 
et de la grandeur des [lages. Elles avaient déjà servi pour l'édition 
latine de ces anciens écrivains sur Fart militaire, imprimée en 1534 
par Chrestien Wecliel. Aussi, sur la gravure qui repi*ésente un 
capitaine armé de toutes pièces, on lit : /'egctius dearte militari. 
Ces iigures reproduisent toutes les machines dont les anciens se 
servaient pour attaquer cl défendre les villes fortes, ainsi que le9 
échelles [>our escalader les murs et divers engins très compliqués. 

Mais ce qu'il y a de plus singulier dans ces figures, c'est que 
l'artiste a oublié qu'il était chargé dJ illustrer l'œuvre d'un auteur 
qui vivait du temps de l'empereur Valentinien, et qu'il a consacré 
douze planches aux canons, aux mortiei*s et aux bombes. Cepen- 
dant il ne faut pas se plaindre de cet anachronisne, car nous 
avons sous les yeux de curieux modèles d'artillerie, actuellemeat 
délaissés et peut-être inconnus. Nous rappellerons que c'est au 
siège de Mézlères, en 1521, que pour la première fois on fit usage 
en France des mortiers et des bombes. Voici maintenant la des- 
cription de CCS douze figures : 1 . Seize mortiers adossés et rangés 
sur un immense aflût à roues, hérissé dépiques et de hallebardes. 
— 2. Douze canons également adossés: les culasses sont cachées 



ANALECTA-BIBLION. 423 

SOUS un réduit fortement charpente, ce qui permet a l'artilleur de 
faire feu de toutes ccs|i>ièces sans courir aucun risque. — 3. Un 
canon placé sur un aOût roulant, défendu par un lourd châssis 
dans lequel on a pratiqué une embrasure. — 4. Deux canons unis, 
à angle droit, par la culasse ; Tun est vertical, et l'autre hori- 
zontal. — 5. Une table [ronde exhaussée sur un pied tournant : 
cette table est chargée de huit pièces de canon qui peuvent battre 
de tous cotés. — 6. Une machine destinée à soulever une pièce 
de canon pour la poser sur l'aflût. — 7. Deux mortiers et des 
bombes : Tune d'elles, d'une di nension extraordinaire, est hérissée 
de pointes. — 8, 9 et 10. Canons et mortiers dans diverses po- 
sitions. — 11. Canon de siège d'un modèle unique. — 12. Une 
série de quatorze petites pièces d'artillerie, liées ensemble, en 
forme d'échiquier. L'artiste a fait protéger des machines romaines 
par des arquebusiers, et aux pieds de Végèce lui-même, on voit 
des canons et des boulets. 



Caviceo {Jacques). Dialogue très élégant intitulé [le 
Péregrin, traictant de Thonneste et pudique 
amour..., trad. d'italien en franc, par Françoys 
Dassy. Imprimé à Paris y par Nicolas Couteau 
pour Galliot du Pré, 1527 ; in- 4, goth., fig. 

Rare. Première édition. Chacune des trois parties de ce roman 
est précédée d'une gravure sur bois de la grandeur de la page 
représentant des sujets tirés du livre. Les pièces liminaires con- 
tiennent, en huit feuillets, le titre imprimé en caractères rouges et 
noirs, le privilège daté du 19 avril 1526, une table des matières, 
les dédicaces de Dassy et de Caviceo. Le texte a 170 feuillets 
chiffrés ; la marque de Galliot du Pré est placée sur le verso du 
dernier feuillet resté blanc. 

Jacques Caviceo, né à Parme en 1 143, mourut le 3 juillet 151! . 
Il embrassa l'état ecclésiastique et devint vicaire-général de 
révèque de Rimini, puis de l'archevêque de Ravenne. Sa conduite 
était peu régulière. Jeté en prison, plusieurs fois banni pour ses 
méfaits, il eut une vie errante et courut mille dangers. 

Le PL^regrln est l'histoire de l'auteur, enrichie d'incidents ro- 
manesques. C'est le premier ouvrage de ce genre où le héros ra- 



424 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

conte lui-même ses aventures : on y trouve des lettres d'amour 
et des dialogues, souvent fort singuliers. Le Péregrin faisait les 
délices de la jeunesse sous le règne de François P', quoique 
les prédicateurs s'évertuassent à en défendi*e la lecture. En efliet, 
plusieui*s chapiti^es de ce roman sont extrêmement libres. 

Ce livre fut public en italien pour la première fois sous le titre 
de II Peregrino, a Parme, en 1503, et traduit en français en 1526 
par maistre François Bassy, contrôleur des briz de la marine en 
Bretagne, secrétaii*e du roi de Navarre et de Louise, duchese de 
Valentinois. Caviceo avait dédié son œuvre à Lucrèce Borgia, du- 
chesse de Ferrare; François Dassy dédia sa traduction à la du- 
chesse de Valentinois, Louise Borgia, fille de César et de Charlotte 
d'Albret, et nièce de la duchesse de Ferrare. 

Que nos lecteurs nous permettent de leur rappeler le facétieux 
entretien de VEsc/tolier limosin avec Pcntagruely cette vive cri- 
tique de certains écrivains de l'époque qui croyaient enrichir la 
langue française en y introduisant des mots complètement latins. 
Et comme .dit VEscholler : Je me enite de la locupleter de la 
redundance latinicome. Mais quel est Yescunieur de latin (selon la 
pittoresque expression de GeoQroi Tory) qui inspira cette satire 
au curé de Meudon ? Ce ne peut être Hélisenne de Crenne, ainsi 
que l'affirme un commcntateui*, car les Angoisses douloureuses 
furent publiées en 1538, tandis que le premier livre dePentagruet 
date de 1532. Cet honneur revient de droit à François Dassy. Le 
Pcrcgrin était une œuvre populaire que Rabelais avait certai- 
nement lue. Les gravelurcs lui plurent sans doute ; quant au style 
il en a fait justice. Voici quelques phrases, quelques épithètes re- 
cueillies au hasard qui n'auraient* point déparc le discours de 
VEsc/tolier limosin : a ha. irri({uiettc arundelle avec son flebii 
chant denuncoit la venue de la (îlie de Titon... Citoyelle et in- 
quiline de la docte cité de Ferrare... Alphonse Ëstense duc invic- 
tissimc... Castigatissimc censeur... La inclyte cité... Infelice com- 
mémoration... L'unde amelite et odorante sur toutes nectariennes 
odeurs... Je supplie l'altitonant.... etc., etc. » On peut donc jus- 
tement appliquer au traducteur de // Peregrino la conclusion de 
Rabelais : ^a Ce galant veut contrefaire la langue des Pariaiant, 
mais il ne fait qu'escorcher le latin, et cuide ainsi pindariser : et 
lui semble bien qu'il est quelque grand orateur en françoys, parce 
({u'il dédaigne Tusance commune de parler. » 



ANALECTA-BIBLION. 4Î5 

Cy est le compost et kalendrier des bergiers nou- 
vellement et autrement composé que n'estoit par 
avant, ou quel sont adjoustez plusieurs nouvelletés, 
comme ceulz qui le verront, pourront congnoistre. 
(A la fin) : Imprimé à Paris par Guy Marchant y 
demeurant en Beauregard derrière le collège de 
Navarre^ 1500, le 10 septembre; in-fol. de 98 ff. 
non chiffrés, goth., fig. sur bois. 

Livre très rare et fort curieux. — • Le compost des Bergiers est 
orne de 51 belles figures à mi-page et de ^6 figures plus petites. 
Nous signalerons les 3 figures de la mort et les 7 gravures repré- 
sentant les peines de Tenfer. On y trouve, de plus, trois figures 
anatomiques avec les signes (du Zodiaque) correspondant à chaque 
membre, 56 figures astronomiques pour les éclipses de soleil et de 
lune, de 1497 à 1552, une sphère céleste aux huit cieux. un zo- 
diaque en forme d'anneau, Tarbre des vices et Tarbre des vertus, 
et la tour de sapience, grande planche ployée. (Cette planche est 
transposée dans l'exemplaire ; elle doit être |)lacée entre les feuil- 
lets g. 8 et h. 1). Les douze pages du calendrier sont encadrées 
de bordures, formées des bustes de quelques saints de chaque 
mois. Les trois premiers feuillets ont également une page encadrée, 
et la grande marque de Guy Marchant est gravée au-dessus du 
titre. 

Cet ouvrage, en prose et en yei*s, est divisé en cinq parties pré- 
cédées du titre, du prologue de l'auteur et du prologue du grand 
berger contenant l'échelle des âges de l'homme. 

f® partie. — Science du Compost et Kalendrier des Bergiers. — 
« L'an de ce présent Compost et Kalendrier qu'il a commencé 
avoir cours, est le 1" janvier 1500. » 

On trouve dans cette partie : des vers latins, techniques et bar- 
bares, pour connaître la lettre dominicale, le nombre d'or et la 
nouvelle lune. — Le calendrier sui la main (curieux et singulier]. 

— Les ditz des douze mois (en quatrains]. — Une table pour sa- 
voir en quel signe la lune est chaque jour. — Calendrier pour les 
années 1500-1519. — Tables des fêtes] mobiles et de Pâques. — 
Table des éclipses de soleil et de lune depuis 1497 jusqu'à 1552. 

— Une ballade morale en 12 vera. — Préceptes hygiéniques pour 

1883. 28 



42G BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

cliaque mow (en latin). — Des douze signes et des quatre saisons 
(en vers latins) . 

2« partie. — Arbre des vices, branches des péchés capitaux et 
peines de Tenfer. 

L'auteur nous apprend que l'orgueil a 17 branches, Tenrie, 43, 
la colère, 10, li paresse, 17, Tavarice, 20, la gourmandise, 5, et 
la luxure, 5. 

Les belles figures à mi-page qui accompagnent les peines de 
l'enfer représcnteiit les tourments réservés aux sept péchés capi- 
taux. D*après ces affreuv t;ibleaux, les gourmands seraient nourris 
en enfer de crapau Js et autres bêtes venimeuses et abreuvés d'une 
eau siile et puante. 

3* partie. — I^a voie salutaire de l'homme. 

Cette partie se compose dei sections suivantes : Le livre de Jétos 
(l'oraison dominicale, la salutation angélique, le symbole des apô- 
tres, les commandements de Dieu et les commandements de 
l'Ëglise). — Comparaison de l'homme avec un navire sur la mer 
(en vers français). — Chanson du berger et clianson de la bergère 
(en vers). — Les dix commandements du diable. — I^e cheval de 
l'Apocalypse (en vers). — L'arbi-e |des vices (la voie large) et 
Tarbre des vertus (la voie étroite). — L'arbre de sapience. 

4« partie. — Physique de l'homme et régime de santé, savoir : 

Influence des planètes sur les différentes parties du corps de 
l'homme. — Des os du corps humain qui sont au nombre de 248. 
— Des veines et delà fleubothomie (sic), — Régime de Siinté pour 
chaque mois de l'année. 

5' partie. — Astrologie et phizonomye (sic) des bergiers. 

L'astrologie contient : Une sphère céleste avec les huitcieux. -* 
Du mouvement des deux et des planètes. — Des planètes, de leur 
nature et de leura propriétés (en 3 :^8 vei^s français) . 

On lit, à la fin de l'astrologie : L'an mil cinq cens est l'an que 
ce présent kalendricr a esté fait en impressicm et corrigé. 

La phizonomye des bergiei*s a est une science pom* a>ngnoialre 
rinclination naturelle, bonne ou maulvaise des hommes et femmes 
par aucuns signes en cal\ en les regardant seulement. » — L'au* 
leur traite alors des (ju.itre tempéraments et des signes tirés de la 
conformation des différontes pîirties du corps. 

Les 16 dernieri feuillets du volume renferment un grand nombre 
di piè:ci qui form3:iL un mrlmje très curieux de prose et devers. 



ANALECTA-BIBUOIf. 4^ 

Ea voici le sommaire : Cadran de nuit des bergers. — Feux mer« 
veilleux vus pendant la nuit par les bergers. — Inscription en 
40 vers latins pour la pierre de foudre pesant plus de 250 livres, 
tombée a Ensisheim en Autriche. — Les âges de l'homme com- 
parés avec les douze mois de Tannée (148 vers français). — Les 
ditz des oyseaulx (389 vers). -^ Le limaçon (facétie en 32 Yers) 
avec une figure singulière. — Méditations sur la passion pour les 
bergers quand ils disent leurs heures. — Deux ballades ajant pour 
refrains, Tune : 

d Mais scex tu quant? Demain, par aTenture, 
Ou anjorduT. Pourtant donne ten garde. » 

Cl l'autre : 

» Qui tonsjonrs dure et qoi jamiit ira eesM. 

— Des moyens de délivrer les âmes du purgatoire. — De dictié' 
des trespassés et du jugement, en forme de ballades (4 ballades et 
un rondeau). La première ballade est la pièce singulière du cornu 
cornant, en cinq strophes, et commençant ainsi : 

a Venimeuses tu qui portes la corne 
Tous escomans de ton escome cor. . . o 

— Supplication à Nostre Dame (par Pierre Nesson, officier de Jean, 
duc de Bourbon, en 1433), commençant par v Ma doulce nourrice 
pucelle » (284 vers). 

Cette oraison est très rare et ne se trouve pas dans toutes les 
éditions du compost des Bergiers. Nous ferons remarquer que la 
pièce en édition originale finissait par ces deux vers : 

« Seul Dieu régnant en trois pcraoniMt, 
A tous les ?îessons et Nessonne». » 

Ces vers, dans lesquels l'auteur se nommait, ont été remplacés par 

ceux-ci : 

n Seul Dieu régnant en trînité, 
Par ta grande bénignité, » 

Cette pièce est la dernière du volume et elle est suivie de la 
souscription de l'imprimeur. 

Le grakd kalekdrier et compost des bergers, com- 
posé par le berger de la grand Montaigne. ^ Parié, 



mS DULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

chez Nicolas Bonfons, s. cl. (1580) ; in-4 de 156 ff., 
non chiffrés, goth., fîg. sur bois. 

Une des meilleures éditions de ce livre rare et curieux. On lit à 
k fin: Cy finis t le grand calendrier... auqnel ont esté remises 
plusieurs et diverses choses ostëes^ tellement que ce présent ca- 
lendrier est rends en son entier. 

On trouve dans ce compost plusieura dates évidemment em- 
pruntées à des éditions antérieures, fol. 5 : Depuis Tan de ce pré- 
sent calendrier 1497 jusques à Tan 1516 », et plus bas: a 1/an 
que ce présent compost et calendrier a été imprimé et commencé 
le premier jour de janvier 1510. d La table des fctcs mobiles va 
de 1576 à 1002, afin de commencer la série des lettres domini- 
cales par A. Mais la véritable date de cette édition est indiquée 
sur le 15® feuillet : « Eclipses du soleil et de la lune... commençant 
en ceste année 1580 jusqu'en Tan 1605. 

Le volume est orné de 12 petites figures eu bordure pour le ca- 
lendrier, de 27 figures d'éclipsés et de 00 figures dans le texte 
dont plusieurs occupent les deux tiers de la page. 

Cet ouvrage est aussi curieux par le texte mêlé de prose et de 
vers que par les figures singulières qu'il contient. — Nous croyons 
que les bibliophiles nous sauront gré de leur ofirir une table exacte 
de tout ce que renferme ce livre qu'on rencontre rarement en 
bonne condition : 



PIECES EN PIOSK : 



Deux prologues. — Le calendrier imprimé rouge et noir. 
Chaque mois est accompagné de prédictions, de vers latins sur 
l'hygiène et sur la culture des champs, de vers techniques |K>ur 
Les fêtes du mois et d'un quatrain sur Y estât de l'homme humain^ 
nous n'avons vu ces derniers vers sur aucun calendrier ancien, 
manuscrit ou imprimé. — L'eslite des fleura des jvertus. — Les 
éclipses. — Les tables computables, -—Du temps et de ses parties. 

— L'arbre des vices avec toutes leurs branches. — Sensuyt les 
peines d'enfer, avec les figures. — La science salutaire. — L'his- 
toire du navire sur mer comparé à l'homme vivant dans le monde. 

— L'arbre des vertus. — L'anathomie du corps humain et les in- 
fluences des planètes. — La flcubothomie. — Le régime et santé 
du corps. -*- L'astrologie des bergers. — Des jugements |)ar la 



ANALECTA-BIBLION. 429 

physionomie et des quatre complexions. —-L'homme comparé aux 
bestes. — Cadran de nuit des bergers. — Méditations de la Pas- 
sion de Notre-Seigneur. — Oraisons. — Petit traicté pour cog- 
noistre quelle fortune aura l'homme ou la femme estant nez sous 
((uelque planète que ce soit. — Comme le berger doit se gou- 
verner, tant pour la santé de luy que pour le regard de ses bestes, 
aussi le remède pour guarir et empescher qu'aucuns sorciers ne 
facent mounr leurs troupeaux. — De la manière de cognoistre le 
temps par les oyseaux et par les bestes. — De la considération 
(les vents. — De la vie du berger et des choses qui lui afiBèrent. 
— Des maladies des bestes à laine, avec les remèdes. — Du chien 
du berger. — Sensuivent les dix nations chrestiennes. 

L'auteur de |la plupart de ces pièces en prose est Jean de Brie, 
dit le Bon Berger , né à Coulomniers en Brie, qui vivait dans la 
seconde moitié du xiv^ siècle. Il fut longtemps berger dans sa pro- 
vince, vint à Paris vers 1379, y servit en qualité de domestique 
chez un chanoine de la Sainte-Chapelle et composa par l'ordre de 
Charles V un ouvrage intitulé : Le vraye régime et gouvernement 
des bergers et bergères traitant de l'estat, science et pratique de 
l'art de bergerie j par le rustique Jean de Brie, le bon berger^ 
Paris j 1542; in-8, goth., fig. Ce petit livre est très rare, mais on 
ne s'est pas aperçu que le vrajr régime des bergers avait été déjà 
imprimé plusieurs fois depuis Tan 1493 dans le Calendrier et com^ 
posi des bergers. En effet, on lit (fol. aaiij) : c Et comme on 
pourrait yssir hors de matière de la bergerie, on lairra chacun 
nommer les vers par tel langage qu'en voudra, et Jean de Baie 
retournera à son droit et principal propos. » (Fol. bbiiij) : a Et 
pour ce sen passe ledit Jeax de Baie. » (Fol. ccij) : a Au moins 
selon la coustume de France et de Baie. » 



PIECES EN VEAS FAANGAIS : 

Le calendrier sur la main. — Pour trouver les quatre temps, 
les quatre saisons, les festes mobiles et les jeusnes commandés 
par l'Eglise. — Les ditz des douze mois de l'an. — Déclaration 
(les douze mois de l'an. — Exhortation pour le salut de l'âme. — 
Le jardin des vertus. — Chansons d'un berger et d'une bergère. 
— Peines de l'enfer. — Dict d'un mort. — Les commandements 
du diable. — Le cheval de T Apocalypse. — Enseignement du père 



190 BULLETDI DU BIBILOPHILE 

au ait sor les pfopriétés des pianotes. — heê dictz des ojksiek. 
-«- Le débat d'une femme et des gens d'armes contre JialimuHn. 
— Les dictz d'un mort. — Dictz des trespasses. — Rondeau. — 
Du jugement final. — Invective morale. — Ballade morale. -« 
Oraison de Nostre-Dame. — Dictz notables et récréatif. 

Toutes ces poésies sont fort anciennes. Nous dterons seulement 
V Oraison de Nostre-Dame par Pierre Nesson qui vivait dans les 
^premières années du xv* siècle, et les Dictz des trespassez, dont 
tous les vers ressemblent à ceux-ci : 

« O sainct Michel, garde noas da cornant; 
Du cor coma, car s! le cor ne rompt. 
Coma pctant, noas Tiendra eteormant, 
Quand les Anges de leurs e<»rs corneront. » 



MuTio. Le combat de mutio, justinopolitaîn, avec les 
respoQses chevaleresses (sic)^ auquel est amplemeat 
traitté du légitime usage des combats et de l'abus 
qui s'y commet; trad. d'italien en françois par Ant. 
Chapuis, dauphinois. Lyon, Ant. Tardif, 1582 ; 
in-8- 

Livre rare. Jérôme Muzzio, né à Capo-d'Istria [JwtûnopoUs)^ est 
Fauteur de plusieurs ouvrages de théologie polémique et de traités 
eontre les duellistes, Son livre intitulé el Duelh con le riposte eih 
^aUeresche, parut à Venise en 1 560 ; il fut presque aussitôt tradak 
mx espagnol, et Antoine Cbapuis s'empressa de le traduire en fraD- 
eais. La première édition de cette traduction est de Ljrotty RoPtUe, 
156 i, pet, in-k ; la seconde, revue et corrigée, est celle de Lyvttj 
1572, in-S, Elle est dédiée au Roi de Navarre. 

Le combat de Mutio est le code du duel chevaleresque le plus 
complet que nous connaissions. L'auteur considère le combat sin- 
gulier comme un jugement criminel et ccachit de la qu'il doit être 
entouré des garanties les plus minutieuses. Il a divisé cet ouvrage 
en trois livres. Le premier livre traite des démentis^ de l'ae» 
saillant, du défendeur, des cartels et des antres fortnalifeét que 
doivent observer les chevaliers avant d'être conduits au camp. — 
Bans le second livre, l'auteur analyse toutes les questions qu'il est 
besoin de discuter devant le seigiteur au camp et après la victoire. 



ANALKCTA-BIBLÏON. 431 

C'est là qu'on trouve un curieux chapitre sur les Charmes et en- 
cliantemens dont faisaient usage des chevaliers félons et sur les 
précautions à prendre contre cet art détestable des magiciens qui 
c( comme dit le poète, » 

a Easourcelent Lestes et gens 
Par berLes et enchantemeos. u 

Nous signalerons encore deux chapitres relatifs au chevalier qui 
succombait en champ clos. D'après l'ancienne coutume, le vaincu 
était pendu ou on lui coupait une main ; d'après la nouvelle cou- 
tume, le vaincu restait prisonnier du vainqueur et pouvait être mis 
à rançon. — Le troisième livre traite de ceux qui sont inhabiles à 
être appelés en duel ; de l'inégalité des nobles ; des satisfactions 
que les chevaliers doivent faire plutôt que de combattre sans 
raison. L'auteur décrit avec soin toutes les circonstances qui peu- 
vent advenir avant, pendant et après le combat. 

Mais ce n'est là que la moitié de l'œuvre. Les Re'ponses cheva- 
leresques^ divisées en quatie livres, sont des consultations très 
amples sur des contestations survenues entre chevaliers, adressées 
au marquis de Guast, au duc de Savoie et autres grands seigneurs 
qui demandaient à l'auteur la solution de certains cas difficiles. 
Muzzio raconte les faits, en pèse la gravité, recherche quel est 
l'agresseur et décide s'il y a lieu de permettre le duel. C'est un 
cours de jurisprudence à l'usage des juges de camp. Ces Rt^ponses 
fournissent des anecdotes, [)resque toutes inédites, qui concernent 
des chevaliers d'Italie et de France. Nous avons remarqué une 
dissertation sur une lettre du duc d'Orléans au pape, une dispute 
entre M. de Bellegarde et M. de Scros (sans doute Strozzi}, etc. 
On pourrait recueillir dans ce volume i>lusieurs faits très inté- 
ressants. 

Desseins de professions nobles et publiques, contenans 
plusieurs traités divers et rares : avec l'histoire de 
la maison de Bourbon ...; par Antoine de T^val, 
géographe du Roi, capitaine de son parc et château 
lès Moulins en Bourbonnais. Paris, la Veu\^e Abel 
VAngeliery 1612 ; in- 4, portr., fig- 

Livre rnrietix. Ce volume se compose de iG If. prélîmi- 



^n BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

iiaires, de 465 ff. chiffrés et de 23 ff. pour la table des matières et 
^e privilège. Il est orné du portrait de l'auteur, de ses armoiries, 
du portrait en pied de- Henri IV dans un riche portique et d'une 
grande figure symbolique en l'honneur de Henri IV : ces quatre 
pièces sont gravées par Thomas de Leu. On y trouve (p. 267) la 
copie d'une lettre écrite par François P' à Louise de Savoie, sa 
mère, après la bataille de Marignan : Le sieur de Laval possédait 
l'original de cette lettre précieuse. 

Antoine de Laval, sieur de Belair, né en 1550, mourut en 1631. 
Originaire d'une famille noble du Bourbonnais, il fut d'abord 
maître des eaux et forêts de cette province, puis successivement 
conseiller et intendant des affaires du duc de Moutpensier et de 
Ghûtellerault, géographe du roi après la mort de son beau-père, 
\icolas de Nicolat, et enfin capitaine du parc et château lès Mou- 
lins. Il avait épousé Isabelle de Buckinghan, fille de Jeanne de 
Steltink, qui s'était mariée en secondes noces avec Nie. de Nicolal , 
De cette union étaient issus quatre fils et six filles. Le fils aîné 
mourut de la peste en 1587, à l'âge de huit ans ; Henri-Antoine 
décéda à Bourges le 9 décembre 1602, à l'âge de douze ans, tandis 
que les leçons écrites i>our son instruction étaient sous presse ; 
Louis et Anne étaient morts avant 1602. — Le sieur de Laval 
était fort instruit, et il défendit courageusement Henri III et 
Henri IV contre la Ligue, par ses actes et par ses écrits. 

L'auteur avait dédié la première édition, de 1602, au roi 
Henri IV; la seconde édition, de 1612, revue et très augmentée, 
fut dédiée à Louis XIII. Les deux dédicaces ont été conservées ep 
tète du volume. Le sieur de Laval nomme professions nobles le 
clergé, l'art militaire, la jurisprudence, l'administration et les 
finances. 

La préface contient une nouvelle méthode pour apprendre les 
langues : Méthode peu appréciée du temps de l'auteur, mais fort 
bien accueillie de nos jours. Nous ferons remarquer jque le sieur 
de Laval avait adopté, en partie, l'orthographe réformée par 
Mevgret. Il retranchait les lettres doubles ou parasites, et il écri- 
vait plutôt j létre, cete, nuftode, forêts, le cors ; il écrivait aussi 
antrée^ cuicore^ an ce sans, vivemant, atandre, Jans au lieu de 
gens, etc., etc. 

Ce livre n'a jamais été exactement décrit, et le titre est obscur 
et insuffisant. Le sieur de Laval a intercalé dans chaque leçon des 



AN ALECTA-DIBLIOM . 433 

morceaux qui n'ont souvent qu'un rapport fort indirect avec les 
matières qu'il traite. Nous indiquerons sommairement ces hors- 
d'œuvre, dont la plupart sont très curieux et intéressants pour 
l'histoire de France et qu'on ne songerait guères à chercher dans 
les Desseins des professions nobles. 

On trouve dans la première leçon, servant d* avant-propos aux 
suivantes : 

1 . Lettre au duc de Nevers sur l'institution de son fils unique : 
Si les sciences mathématiques sont nécessaires à un prince ; datée 
de Moulins, le 12 décembre 1590. 

5. Par qui ont e'tc peuplées les TerreS'Neuves : à M. de Bu8- 
hecq, ambassadeur de France ; du 7 septembre 1586. 

Dans la troisième leçon : De l'Art militaire : 

3. Lettre sur le duel, au maréchal d'Aumont ; le 4 février 1588. 

4. Exposition des ifnigmes cC Aristote sur le milieu de la vertu ; 
à M. de Saldaigne, contrôleur général des finances : de Mante, le 
4 janvier 1593. 

5. Dialogue de Vamitic\ ou Toxaris, traduit du grec de Lu^ 
clen ; à Louis-Gilbeit Combauld, secrétaire du roi. 

6. RMt de la mort de son fils ainéj atteint de la peste au mois 
de mai 1597, avec sa grand' mère de Nicolaï, une fille de chambre 
et quelques domestiques, 

7 . Lettre sur la consolation ; à Isabelle de Buckingham, sa 
femme. — II rappelle dans cette lettre tous les membres de sa fa- 
raille qu'il avait déjà perdus. 

Dans la quatrième leçon, de la Jurisprudence : 

8. Remous trance au Rojr, tenant ses Estats en la ville de Blois^ 
pour les officiers de sa Majesté , faite et présentée au nom de 
tous par le sieur de Laval , en [novembre 1588. — Cette remon- 
trance avait pour objet de plaider contre la suppression de quel- 
ques officiel^ que la Ligue voulait changer pour accroître son 
parti. 

9. D'une autre cause publique traitée ^par forme d'avis y du 
temps de la LignCy en mars 1590. 

\0, La conférence catholique ^ composée en 1589. 

Les deux pièces précédentes furent écrites par le sieur de Laval 
l>our servir de réponse au libelle de Boucher, de jùstd HenricHH 
abdicatione, et pour être un préservatif contre les sermons sédi- 
tieux des prédicateurs de la Ligue. 



434 BUrXET[N DU BIfiUOPHILE. 

11. Manifeste du cardinal Cajetax après l'assassinai de 
Henri IIL 

12. Bcmonsirance au parlement transféré à Tours ^ pour la 
pille de Moulins y en 1589. -^ Le Roi avait aHis«[iti k TëUblit* 
sèment d'une chambre de justice à Moulins. Il paml alors on 
ëcrit contre ce projet. Le sieur de Laval^ût cette remoDtnince pour 
y servir de réponse. Cependant cette chambre ne fut point instituée. 

13. Extrait de l'oraison funèbre iumultuairement faite pour le 
roi Henri III au nom de toute l'armée de Henri IF^ à Saint" Chudy 
au mois d'août 1589. 

1 4 . Oraison funèbre de Henri le Grand. 
Dans la cinquième leçon, du Secrétaire : 

15. Si les ambassadeurs sont toujours inviolables. 

16. Lettre à M. Forget de Fresnes, secrétaire du Roi, sur les 
lettres missit^es (style épîstolaire ; 14 janvier 1594. 

17. Lettre k M. Puget de Pomeuse, trésorier de Tépargne, 
contre un discours italien qui blâmait la paix faite par le RtÈÎ 
avec l'Espagne ; du 1" octobre 1598. 

18. Lettre au même : Si un souverain doit se servir d'officiers â 
vie ou de commissaires à temps ; du 9 décembre 1602. 

19. Histoire de la maison de Bourbon contenant entre tuures 
choses mémorables la vie et les gestes signalés de Charles ^ dernier 
duc de Bourbonnais et d'Auvergne^ ete,y etc. y connétable de 
Franccy qui mourut devant Rome ; écrite par son secrétaire Ma- 
riilac et transcrite mot après autre, sans euwun changement quel 
qu'il soitj sur l'original de sa main, étant en la bibliothèque de 
Laval ; et sui/e (par ce dernier) de l'histoire de M. de Bourbon, 
recueillie de bons auteurs et authentiques mémoires y étant devers 
le sieur de Laval : plus, choses remarquables extraites des pUU^ 
doyers des avocats de M, de Bourbon et de Madame Louise de 
Savoie, Dédiée par de Laval au duc [de Montpenaîer, prince sou- 
verain de Bombes, le 6 juin 1594. 

Gilbert de Mariliac a terminé son histoire en 1 520. On trouve à 
la tête une généalogie de la maison de Bourbon. Ce mémoire est 
fort curieux et bien détaillé. C'est k la page 267 que de Laval a 
inséré la copie de la lettre écrite par Francis I*' après la bataille 
de .Marignan. 

^{i. De la ligue des cantons suisses et de sa longue durée y dédié 
à Hotman, ambassadeur en Suisse, le 20 avril 1598. 



ANALBCTA-BIBLION. 435 

• 

31. Ijettre à M. de Caumartin, président au grand conseil, 
sur la question de savoir si le marquisat de Salaces et le comté 
de Saint-Paul sont mouvants de la couronne de France^ et de 
la composition de V ancien royaume de Bourgogne -, 21 avril 
1599. 

L'auteur soutient que le marquisat de Salaces et le comté de 
Saint-Paul sont mouvants de la couronne. 

Les six leçons finissent sur le verso du f. 312 et sont suivies de 
différentes œuvres d'Antoine de Laval, savoir : 

22. Dessein des problèmes politiques pour tirer profit de l'his^ 
toire et y apprendre les théorèmes du droit public '^ 26 mars 1605. 
— Esquisse d'un plus grand ouvrage que l'auteur promettait. On 
y trouve des réflexions chrétiennes et solides. 

23. Du loisir y et comme on peut l* employer honnêtement, — 
Fragment d*un poème sur la vérité: {32 vers. — La seconde phi- 
lippique de Cicéron contre Marc- Antoine y traduite en français et 
adressée au duc de Joyeuse le 12 novembre 1586. 

24. Ju [Boy sur son entrée en la ville de Moulins y le 26 sep- 
tembre 1595. — Discours sur V interprétation des éloges^ devises y 
emblèmes et inscriptions de l'arc triomphal érigé à l'entrée du 
Roy y à Moulins y le 26 septembre 1595. 

25. Examen des alma/iachz, prédictions y présages et divi-- 
nations^ où est descouverte à nud la vanité y l'impic'téy le mensonge y 
les contrariétés absurdes et la détestable imposture de toute sorte 
de divination et de la fausse astrologie qu'ils appellent judiciaire y 
par les impossibles maximes de l'art même ; au cardinal Du Per- 
ron, le 30 novembre 1601. — Des philtres y breuvages y charmes y 
sortilèges^ anneaux magiques et autres fascinations diaboliques 
d'amour ; à la duchesse de Retz (Claude-Catherine de Clermont), 
le 3 juillet 1584. 

Dissertations très curieuses. 

26. Des peintures convenables aux basiliques et palais du Roy y 
même à sa galerie du Louvre à Paris ; à M. le marquis de Rosny, 
le 20 décembre 1600. — C'est dansée traité qu'on voit le portrait 
en pied de Henri IV et la grande figure symbolique, gravés par 
Th. de Leu. 

27. Jetions de grâces à DieUy rendues le mercredi 24 oc* 
tobre 1601 , jour qui m*e$t nataly et de mon dge le 51*. 

28. Eloge funèbre de Henri^Antoine de Lopol, mrnifiU uniqucy 



436 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

decédd le 9 décembre 1602, comme ces leçons que je lui feùsois 
furent mises entre les mains de l'imprimeur (en latin). 

Les deux derniers feuillets du volume contiennent les pièces 
suivantes : 

In librum Ant, Vallœi^ geographi régis, — 47 vers latins com* 
posés par Claude Billard de Corgenon. 

Ad Henricum^Antonium Fallœum suspirium (en prose latine). 

Ad cundem Epigramma ; à J. Delingendes. 

Heures particulières a Tusage des femmes enceintes 
(par de Lagravette). 5. /. n. d. (vers 1657) ; in-8, 
titre gr., %• 

Volume rare en bon état orné d'un frontispice et de très belles gra- 
vures exécutées par Moncornet, Van den Enden d'après Bobwert, 
Jaspar Isac, P. Bertrand et Mariette. Ces gravures représentent la 
Vierge assise et l'enfant Jésus, la Salutation angélique, sainte Marie. 
mère de Dieu, la Vierge debout et l'enfant Jésus, saint Joseph et 
l'enfant Jésus, sainte Anne instruisant la Vierge, saint Hyacinthe, 
sainte Marguerite, l'homme de douleurs, Jésus crucifié, l'enfant 
Jésus portant les instruments de la Passion, saint Jean de la Croix, 
saint Nicolas de Tolentin. Rien n'est plus gracieux que la Vierge 
gravée par P. Bertrand et la sainte Marguerite, de Manette; l'en- 
fant Jésus portant les instruments de la Passion est une' charmante 
composition de Moncomet, et l'homme de douleurs, par P. Ber- 
trand, est un tableau d'une exécution remarquable. 

Ni Lagravette ni son ouvrage ne sont cités nulle part. L'auteur 
a dédié ces Heures à la surintendante Foucquet : elle se nommait 
Marie-Madeleine de Castille-Villemareuil. 

C'est une œuvre assez singulière que des heures à l'usage des 
femmes enceintes. 

Le volume contient : La dédicace à la surintendante, une épttre 
dédicatoire à la Sainte-Vierge, l'office de la Sainte et Immaculée 
Conception, les litanies et la couronne de la Vierge, un avertis- 
sement très utile aux femmes enceintes, l'office du grand saint 
Joseph qui a beaucoup de crédit auprès de Dieu et de Jésus^ son 
fils^ les litanies de sainte Anne, les litanies de saint Hyacinthe, 
le grand favori de la mère de DieUy les litanies de sainte Marguc« 



ANALECTA-BIDLION. 437 

rite, vierge et martyre ^ protectrice des femmes enceintes^ l'homme 
des douleurs : JésuS'^Christ endura dès V instant mesme qu'il fust 
conceu dans le ventre de la sainte Fierge^ et ses souffrances con- 
tinuèrent toujours après ; oraison à Jésus en croix pour celles qui 
sont dans les douleurs de Venfeuitemcnt^ l'office de la sainte croix, 
les litanies de la Passion, des oraisons à saint Jean, à sainte Marie- 
Madeleine, à sainte Brigitte, à sainte Geneviève, à saint Nicolas 
de Tolentin, protecteur des enfants nouveaux nés^ etc. 

Perrault [Charles). Recueil de divers petits ouvrages 
en prose et en vers pour la bibliothèque de Ver- 
sailles. Manuscrit in-4, dessins originaux de Ch. Le 
Brun et de Séb. Le Clerc, mar. r., riches compart. 
ornes de fleurs de lys, de dent., de soleils et de 
doubles L entrelacées et couronnées, tr. d., doublé 
de tabis [aux armes du Roi). [Reliure du temps). 

Superbe manuscrit fait pour la bibliothèque du aoi Louis XIV 
\ Versailles et aujourd'hui dans celle de Monseigneur le duc 
d'Aumale à Chantilly. Frontispice de la grandeur de la page, des- 
siiië à l'encre de Chine par Ch. Le Brun ; 25 vignettes et 3 culs- 
de-Iatnpe également dessinés à l'encre de Chine par Ch. Le Brun 
et par Séb. Le Clerc. — La lettre d'envoi à Bontenips, premier 
valet de chambre du Roi et gouverneur du château de Versailles, 
porte la sigfiature autographe de Ch. Perrault. 

Les dessins originaux dont ce manuscrit est orné lui donnent 
une grande valeur, d'autant plus qu'ils n'ont jamais été gravés ; 
leur exécution est digne des artistes célèlires qui ont concouru à 
l'illustration de ce volume. Le frontispice de Ch. Le Brun repré- 
sente le Parnasse sur lequel trône Apollon entouré des neuf muses ; 
on voit dans le fond le château de Versailles. Presque toutes les 
vignettes sont signées et forment deux séries. Les seize dessins 
qui comjiosent la première série sont en tête des principales pièces 
du recueil, et c'est à la fin de ces pièces qu'on trouve les douze 
vignettes ou culs-de-lampe de la seconde série. La plupart de ces 
compositions sont allégoriques, les autres reproduisent les sujets 
traités par Perrault. On peut remarquer que les vues et les pay- 
sages ont été presque toujours empruntés au château et aux par- 
terres de Versailles. Parmi ces dessins nous signalerons particu* 



43d BULLETIN DU BIALIOPHILE. 

lièrement les détails d'iatérieur de la Yignette du Miroir ; on pay- 
sage h la fin de la Chambre de justice de l' Amour , Y Entrée du 
Tioi à Dunkerque, la jolie vignette du Portrait de la voix d'iris y 
le char de la nuit à la fin de V Ode sur le mariage du Roi y la belle 
composition de Ch. Le Brun pour V Attentat commis à Borne y une 
charmante vignette à la Gn du Compliment de l'Académie au Boi : 
c'est un médaillon soutenu par les neuf muses et dans lequel sont 
groupés les Académiciens debout devant Louis XIV, etc., etc. 

Dans la lettre d'envoi ù Bontemps, qui est datée dans Timprîmé 
du 8 mars 1673, Ch. Perrault dit : « J'ay résisté sans peine à la 
tentation de faire imprimer tous mes ouvrages, qumqu'ib puissent 
composer, comme vous le voyez, un juste volume ; mais je n'ay 
pu résister à celle de les voir en mariuscrit dans la bibliothèque 
de Versailles. » Malgré ses protestations, Perrault ne résista pas 
longtemps à la tentation de se faire imprimer ; car le privilège, 
accordé à J.-B. Coignard pour le Recueil de divers ouvrages en 
prose et en vers^ est daté du 13 novembre i67i, et la seconde 
édition fut achevée le 20 août 1676. Seulement, pour sauver les 
apparences, c'est Le Laboureur qui publia ce volume et le dédia 
au prince de Conti. On lit dans cette dédicace où l'éditeur fait un 
grand éloge de Perrault : « Le présent que j'ose vous faire au- 
jourd'huy est un larcin que j'ay fait au Roy. J'apporte à votre al- 
tesse un livre que j'ay volé à Sa Majesté. M. Perrault, qui en est 
l'auteur, l'avoit comme voué à la bibliothèque de Versailles ; ces 
pièces y tenoient un rang considérable en manuscrit, et voilà que 
sans autre permission que celle que je me donne moy-meame, 
j'entreprens de les mettre sous la presse et d'en faire mes libéra* 
litez à tout le monde. » Et plus 1a::i. : « Je les ay volés, j'ay Cût 
violence à ma probité, etc. » Ainsi Le Laboureur serait le seul 
coupable, et Perrault n'aurait point concourru à la publication de 
ses œuvres. Mais puisque Le Laboureur avoue qu'il a volé le ma« 
nuscrit de la bibliothècpie de Versailles, on doit en trouver la re- 
production exacte dans l'imprimé : c'est justement ce qui n'existe 
pas. L'éditeur a supprimé trois pièces du manuscrit : \Ode sur 
V attentat commis à Rome en la personne de l'ambassadeur de 
France ; le faux galant et la vraie coquette ^ un sonnet sur la 
convalescence du Roi, Ces trois pièces n'ont point été insérées duu» 
les éditions modernes des œuvres de Perrault. Le Laboureur les a 
remplacées par im Billet à Mademoiselle , en lui envojrani le 



AI!«ALECTA-B(BL[0?î. 439 

portrait de sa poix, le Labyrinthe de VersaiUeft^ la Critique de 
l'Opéra et la Réponse à un poème de Quinault, Ces quatre pièces 
ne sont point dans le manuscrit de la bibliothèque de Versailles e' 
n*ont pu être fournies à Téditeur que par Ch. Perrault. — Ceci 
nous fait présumer que Le Laboureur avait eu un complice du 
larcin dont il s'est confessé au prince de Coati. Toujours est-il que 
notre magnifique manuscrit, en outre des dessins originaux dont 
il est oraé, contient encore ti*ois pièces de Perrault qui nous pa« 
raissent être inédites. 

Etat DES tableaux mis en place dans les appartemens 
de S. A, S. Monseigneur le duc de Penthièvre, en 
son hôtel à Paris, avec l'explication des sujets qui 
y sont représentés et les noms des peintres. Ma- 
nuscrit calligraphié vers 1726; petit in-8 de 
127 pages encadrées d'un double fil. noir ; mar. r., 
fil., tr. dor. 

Ce volume appartient à la Bibliothèque Mazarine. — L'hôtel 
du comte de Toulouse, duc de Penthièvre, occupait le terrain 
compris entre les rues de la Vrillière, Ci*oix-des-Petits-Champs, 
Baillif, Neuve-des-Bons-Enfants et Neuve-des-Petits-Champs : 
c'est anjouril'hui l'hôtel de la Banque. Il fut construit vers 1620, 
sur les dessins de François Mansard, pour Raymond Phelypeaux, 
sieur de la Vrillière, et vendu en 1705 à M. Rouillé, maître des 
requrtes, au prix de 450,000 livres, sous le nom d'hôtel de la 
Vi-illière, qu'il conserva jusqu'en 1713, épocpie à UiqueUe il fut 
acheté p'ir le comte de Toulouse qui lui donna son nom. Robert 
de Cntte, premier architecte du Roi, y fit alors des diangemeots 
considérables. 

Cet Etat contient la description de 87 l»blea«x répartis dans 
onze salles ou cabinets, ainsi que des fresques peintes par Perrter 
dont était ornée une galerie de cent vingt pieds de loug et de 
vingt pieds de large. Parmi les peintres indiqués dans oe mami»- 
crit, on remarque Le Poussin (1 tableau), GharaiMigiie (2% Le 
Guide (3), Nicole (3), Van Dick (S), Yéronèse (3), U Goerchki 
(5)^ Tintoret (4), Bassan (6), Rubens (1), Le Tîden (S), Léon, éft 
Vinci (3), Teniers (1), Boulogne (2), Holbein (S), etc., et des 
copies d'après RaphaC-l, Le Tintoret et Rubeas. 



440 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

On trouve à la suite de VEiat de$ tableaux une liste chronolo- 
gique des amiraux de France depuis Florent de Varennes en 1270 
jusqu'au comte de Toulouse en 1683, et une autre liste chronolo- 
gique des rois de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XV. 
La salle des amiraux était décorée des portraits en buste de 
61 amiraux ou surintendants de la navigation. Et l'on voyait dans 
la salle des rois les portraits de tous les rois de France copiés 
d'après les médailles, les statues ou les portraits originaux. 

La dernière phrase du volume est ainsi conçue : a Le Roy à 
15 ans et demi épousa à Fontainebleau Marie Stanislas de Pologne ; 
il y a lieu d'espérer de grands avantages de cette alliance, ce 
prince étant très aimable et la reine très vertueuse. » On peut 
conclure de là que ce manuscrit a été calligraphié après le 
15 août 1725 et avant le 14 août 1727, date de la naissance de 
Marie-Louise-Elisabeth, premier enfant issu du mariage de 
Louis XV. 



LiTTA (le comte D. Pompeo). Famiglie celebri d'Ita- 
lia; 148 fascicules, avec titres spécialement im- 
primés pour un petit nombre d'exemplaires qu'on 
, relie en 9 vol. gr. in-fol. oblong, avec planches 
gravées ou tirées en couleur. 

Cet ouvrage du comte Litta sur les familles célèbres de l'Italie 
est la plus belle des collections généalogiques qui existent ; elle 
n'a été publiée qu'avec de grandes dépenses et une perte de temps 
considérable. Le premier fascicule a paru en 1819, le 46* au mois 
de juin 1841, et le 136* est le dernier qui ait été imprimé du 
vivant de l'auteur. Mais son œuvre a été continuée, et douze nou- 
veaux fascicules ont paru jusqu'à ce jour. 

Il est très rare de trouver cette collection complète, d'autant 
plus qu'elle a été tirée à petit nombre. 

Les tableaux généalogiques sont imprimés en placards. Les 
planches, gravées avec une finesse de burin fort remarquable, con- 
tiennent plus de 2,500 sujets, tels que mausolées, vues, plans et 
cartes, armoiries, portraits, bustes, statues, médailles, bas*-reliefe, 
fresques, vitraux, etc. La reproduction en couleur des tableaux 



A>'ALECTA-BIBLION. 441 

do grands maîtres, des portraits, des statues équestres, des vitraux, 
des armoiries, des bannières, est d'une exécution admirable. Cent 

DKLX VUKS DE CHATEAUX Ct dC SÎtCS pittOrCSqUCS SOUt PEINTS AU 

LAVIS OU A L\ SEPIA avcc Ic plus grand soin. Nous avons compté 
3'i4 portraits, 345 armoiries, 1,112 médailles, 127 statues, etc. 
Les différentes écoles italiennes sont dignement représentées dans 
ce magnifique ouvrage. 

Le comte l^itta a réuni dans les livraisons consacrées aux fa- 
milles de Dante Alighieri, de l' Arioste, de Machiavel, de Bojardo, 
d'Alviano, deBuonarroti (Michel- Ange), etc., les portraits et les 
monuments anciens relatifs à ces célèbres personnages. 

Ce livre (|ui ne paraît intéresser que l'Itcdie est cependant im- 
portant pour la Fi-ance. Il renferme les généalogies de plusieurs 
familles qui ont figuré avec éclat dans les annales de notre jiays ct 
dont quelques-unes, fixées en France, ne sont pas encore éteintes. 
Nous citerons seulement Concini (le maréchal d'Ancre), Gonzague 
(duc de Xevers), les maréchaux Trivulce et Strozzi, et Valori 
(prince Rustichelli) . 

Le septième volume est entièrement réservé à la maison de 
Savoie. C'est l'histoire, par les monuments, des ducs de Savoie et 
(les rois de Sardaigne. Depuis que la Savoie est devenue française, 
ce volume, en grande partie, nous appartient. Les superbes mau- 
solées de Philibert U, duc de Savoie, de Marguerite de Bourbon, 
sa mère, et de Marguerite d'Autriche, sa femme, élevés dans le 
clKL'ur de l'église de Brou, à Bourg-en-Bresse, sont reproduits en 
douze planches. On y remarque les vitraux de quatre grandes fe- 
nêtres, tires en couleur, et une vue gravée de l'admirable chœur 
de cette église. Le volume contient encore vingt-huit cartes géo- 
graphiques coloriées des possessions du duc de Savoie ; elles sont 
accompagnées des armoiries de quarante-six villes ou provinces. 

Lkon TECHENER 

Nouveaux emgmes sur cent différents sujets, avec 
L*i:\PLïCATio>. PariSy Est, Lojson, 1666; in-12 (8 
lits non pag., 100 pp. et 2 fts de table). 

Ce petit volume est j)récédé d'une épitre « à mademoiselle M. 
Perrier » signée : f. ch. '^, et d'un avis « au lecteur » qui se 
termine ainsi : 
( , 

I«S3. -29 



442 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Quoyque je me suis voulu taire, 
Tu sçauras mon nom du libraire, 
Si tu veux donner ton avis. 
Il sçait le lieu de ma demeure. 
Tu me peux trouver à tonte heure 
Sçachc seulement que je suis 

« T. S. F. C. » 

T. S. veut dire ici ton serviteur : quant au nom de l'auteur con- 
tenu dans les lettres qui suivent, ne serait-ce pas celui de a F. 
de ChefTault, prestre curé de Saint-Gervais » (La bibliothèque du 
théâtre franrois, du duc de La Vallière, le qualifie de prêtre /<«- 
bitue de Saint-Gcruaivs) auteur d'une tragédie, le Martyre de saint 
Gervais (Paris, Gaspard Méturas, 1670; in- 12), inscrit au n" 
4436 du catalogue de la Bibliothèque de Soleinne, et au n^ 300 du 
2' supplément du même catalogue, mais cette fols à la date de 
1685 (Paris, Rajflé) et avec le nom sans particule J 

Ce nom s'adaptant merveilleusement aux lettres qui terminent 
répitre des nouveaux e'nigmes^ nous étions disposé à attribuer la 
paternité de ce volume au Cheifaut du catalogue Soleinne, quand 
cette hypothèse est devenue, |>our nous, définitive. Voici comment: 

Comme un grand nombre de livres du xvn* siècle, celui-ci est 
prccéilé de quelques pièces de |K)ésie, en l'honneur de Fauteur, 
parmi lesquelles on remarque la suivante, signée : G. Chérubin. 

M Pour l'autheur des Enigmes^ sur son nom, allusiox. 

<( Que l'autheur auroit de renom, 
S'il se déclaroit tout de bon 
D'avoir fait ce galant ouvrage. 
Car je crains que quelque larron, 
Pour en tirer de l'avantage, 
Sous un faux-chef prenne le nom. » 

Les deux motg que nous avons soulignés, venant api'ès la pro- 
me.sse d'une allusion, ne nous laissent plus le moindre doute. 
De par ce méchant jeu de mots, F. ChefTault est bien l'auteur des 
Enigmes. La particule donnée en 1670 et retirée en 1685 n'est 
qu'un détail insignifiant, et l'on sait que Molière et Racine en 
étaient affublés dans les éditions originales. 

Quant à « mademoiselle M. Perricr » à (jui est adressée l'épître, 
nous inclinons à penser qu'il s'agit ici de Marguerite Pc'rier (tout le 
yiyxv^ siècle a écrit Perrier)^ la petite miraculée de la sainte Epine 
de Port-Royal, agcc en 1660, de vingt ans et habitant alors Paris 



RKVLK C.imiQLE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 443 

avec sa famille. Héritière d'une maison où le savoir et la sainteté 
marchaient de pair, il n'y a rien d'étonnant que l'auteur l'ait 
choisie pour patronner son œuvre. Que si l'on était surpris de ren- 
contrer dans ce volume des sujets un peu scabreux, il n'y a qu'à 
se rappeler les audaces de langage des femmes de ce temps-là, je 
dis les plus honnêtes. A distance nous ne voyons plus que l'ascé- 
tisme de la famille Périer, mais les lettres purement humaines y 
étaient aussi en honneur et Jacqueline Pascal, la tante de alargue- 
rite, a fait elle-même des vers amoureux qui ont moins servi, il 
faut bien le dire, à son illustration que le règlement du noviciat à 
Port-Royal. 

Avec tout cela nous n'avons pas dit un mot des Enigmes, C'est 
(|iie ce genre de pièces, acceptables tout au plus une à une, arrive 
lacilemcnl à l'ennui par leur réunion. J^a versification de Chefiault, 
bien (|u' inférieure à celle de l'abbé Cotin, ne manque pourtant pas 
de facilité et les rimes y sont suffisantes ; mais cent énigmes, dont 
(luelqucs-unes en forme de sonnets, c'est beaucoup ! Enfin nous 
avons ou croyons avoir deviné l'énigme principale, celle du nom de 
l'auteur, et c'est assez fait aujourd'hui pour la bibliographie. 

J.Es LIVRES carto:ni\és. Lettres d'une fille à son père 
(par Rcstif de la Bretonne). Paris, Edme^ 1772; 
5 vol. in- 12. 

Deux feuillets ont été cartonnés (t. I et II). Ceux substitués 
sont marqués d'une astérisque. 

Voici le texte des passages supprimés : 

Tome 1, feuillet il)9-*i00 : « Grand Dieu! ceux qui se flattent 
(Micore d'être chrétiens, qui clabaudent en faveur d'une religion 
(]u'ils anéantissent dans la pratique, ont-ils bien le front de pui'ler 
contre les prétendus athées ! Riches prélats, bénéliciers opulents, 
il n'y a d'athées que vous-mêmes. » 

Tome II, feuillet 153-154. Il s'agit, dans ce passage, de la phi- 
l<»so[)hie chrétienne « qui donne (disait Restifj un appui à la pro- 
bit(\ à toutes les vertus sociales, en montrant Thumanité tout en- 
tière comme un seul point, un seul tout, un seul homme, aux 
yeux de l'Etre des êtres (quel admirable point de réunion!). Dieu, 
me (lis-tu, est l'être, seul il mérite ce nom, Ciir les individus pos- 
sibles que nous nommons impmprrment des êtres ne sont que des 



4i'i 



BULLETIN DU BIBLIOPHILE 



modes, des formes ))assj)gcres d'une portion du tout. L'être est 
éternel, il n'y a pour lui ni pusse ni futur. Le présent lui est essen- 
tiel. Je conçois par là comment toute la race des hommes n'est 
qu'un seul homme à ses regards. » Tout ceci a été supprimé, ainsi 
que la note suivante : 

« Descartes et Newton n'étaient j)as des athées ni des matéria- 
listes (mais ils ont fait de ces derniers, pourrait-on dire). Non, si 
l'on veut aller plus loin que la superficie de la nature. C'est ce 
que l'on se propose de prouver dans un ouvrage actuellement sous 
[)resse. » 

L'existence de ces deux cartons n'est pas signalée dans la Bi' 
bliograp/iic, etc., de .M. Paul Lacroix. 

W. O. 

{A sNifre.) 



RRVIJE CRITIQUE 



DE 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



Les Correspondants de Ici marquise de Balleroy, 
d'après les originaux inédits de la bibliothèque 
Mazarine, avec des notes et une introduction 
historique sur les maisons de Caumartin et de 
Balleroy, par M. le comte Ed. de Barthélémy. 
Paris ^ Hachette y 2 vol. in-8. 

Cette corrcs})ondance j)résonte un intérêt exceptionnel pour 
l'histoire anecdotique de la cour et de Paris, de 1706 à 1710, 
et d(i 1715 à 1725. Elle se compose des lettres écrites pen- 
dant cette période à la marquise de Balleroy ]ku* ses parents et 



REVUE CRITIQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. hk'y 

ses amis, pour la tenir au courant de la chronique de la ville et 
de la cour, dans sa retraite plus ou moins volontaire de Balleroy. 
Ce recueil forme huit volumes, enlevées du château de Ballerov 
pendant la Révolution avec une partie de la bibliothèque, et qui 
sont conservés à la bibliothèque Maz^irine, sous le n^ 2701 des 
manuscrits. Il avait déjà été consulté avec fruit par MM. de Les- 
cure et Desnoire terres, et analysé par M. Aubertin dans la Revue 
(les- Deux-Mondes. M. de Barthélémy a pensé avec raison que ces 
manuscrits méritaient d'être publiés intégralement. 

Les correspondants les plus assidus de la marquise étaient les 
trois Caumartiii, ses frères, les deux d'Argenson, ses neveux, 
d'autres parents, également du grand monde, en situation d'être 
bien informés ; et souvent aussi son mari, qui, tout en étant 
censé vivre à la campagne, était fréquemment appelé à Paris par 
des affaires importantes. 11 y restait des mois entiers, toujours 
impatient de repartir, mais remettant son départ d'un jour à 
l'autre pour des raisons ^lus ou moins plausibles. Honni soit qui 
mal y pense I 

il y a dans ces lettres une lacune caractéristique pendant les 
cinq dernières années du règne de Louis XIV. Interrompue 
brusquement avant la maladie du duc et de la duchesse de Bour- 
gogne, elle ne recommence que le il octobre 1715, six semaines 
après la mort du roi, ou plutôt toutes les lettres reçues par la 
marquise dans cet intervalle aurimt été soigneusement supprimées, 
sinon détruites immédiatement. C'est que, selon toute apparence, 
il y était amplement question des soupçons calomnieux d'em- 
poisonnement qui avaient couru et pris un moment tant de con- 
sistance à la cour et à la ville, à propos des morts étranges et 
subites survenues dans la famille royale. 

B. E. 

ThÉIOPHRASTE ReNAUDOT « ET SES INNOCENTES IN- 
VENTIONS, )) par Eugène Hatin. Parisy Ouditiy 
1883. 

M. Hatin, l'infatigable historien du journalisme, couronne ses 
volumineux travaux sur la presse périodique par la monographie 
du fondateur de la Gazette de France^ le premier de nos journaux 
politiques, et des Petites affiches^ le premier de nos journaux in- 



446 BULLETfN DU BrBLIOPHlLR. 

dustriels. C'est à proprement parler une réhabilitation que ce livre, 
et elle était nécessaire. Décrié sa vie durant, de la manière la plus 
injuste, pour le bien même qu'il faisait, ce journaliste philahthrope 
avait du moins des compensations : la protection de Richelieu, la 
faveur de Mazarin, la reconnaissance de ceux qu'il obligeait. 
Mais ses a innocentes inventions » ne lui survécurent pas comme 
ses journaux ; et il n'est guère connu de nos jours que par la cor- 
respondance de Guy Patin, pleine d'injures, de s«ircasmes, de 
moqueries à son adresse. Quelles sont donc ces « innocentes in- 
ventions » qui lui valurent tant d'ennemis ? Une agence de ren- 
seignements, un bureau de placement, un hôtel de ventes, un 
mont-de-piété, un dispensaire et un laboratoire public de chimie 
fondés et entretenus à ses frais pour le soulagement des malades, 
auxquek il prodigua toujours ses conseils, ses soins, sa bourse, si 
bien qu'il mourut c gueux comme peintre. » 

Comment un homme si utile, à qui nous devons la première 
idée de toutes ces institutions, inconnues avant lui, inventées par 
lui et que l'on trouve aujourd'hui partout, a-t-il été entravé et 
vilipendé par ses contemporains, oublie ou méconnu par la posté- 
rité? C'est qu'il eut à lutter contre la routine, le monopole et 
l'envie ; et que la calomnie, l'arme des envieux, laisse après elle 
d'ineffaçables traces. Il est à regretter que l'auteur, pour donner 
la mesure des attaques dont son héros fut l'objet, ait cru devoir 
reproduire in extenso certains pamphlets diffamatoires dont les 
plaisanteries ignobles et les expressions indécentes font tache en 
ce livre et le condamnent au huis clos. 

(Bulletin bibliographique de JÂllcJ 

Histoire de la ville de Roye, par E. Coët. Paris/i8S3. 

Nous avons eu déjà l'occasion de déclarer notre goût pour les 
monographies de villes et celle que M. Coët vient décomposer avec 
tant de soin et d'érudition n'est pas de nature à modifier nos impres- 
sions. Ces travaux d'histoire locale font merveilleusement connaître 
l'ancienne France et revivre le temj)s et les mœurs de nos pères. 
A cet égard l'd-'uvre de M. Coêt est intéressante, non seulement pour 
ses habitants, mais pour tous ceux qui s'occupent des institu- 
tions municipales sous l'ancien régime. 

M. Coét prend Roye dès son origine, qu'il crfiit |K)uvoir faire 



REVUE CRITIQUB DE PUBLICATIOlfS HOUTELLES. 4lt 

remonter k l'époque gauloise ; il traite loogtiedieiil entoite h géiiëft* 
logie de ses puissants seigneurs à dater de Herbert, c le dierati«r 
genti » vivant au xi* siècle^ dont quelques-uns firent grande figure 
à la côur et dont la dernière deaeendanle épousa, en 1551* le 
prince de Condé. 

Les annales du châteav sont des plus intéressantes : la guerre 
désola en effet ces contrées et Iloye eut à subir plusieurs siégea 
jusqu'à la Fronde. M. Goèt n'arrête son récit qu'à l'année 1871; 

Dans le second volumei l'auteur s'oecupe de k ville au point 
de vue matériel et physique ; puis il traite des droits féodaux, et 
passe aussi en revue les diverses institutions locales t munioipalitéy 
justice, instruction publique^ hdpitaux^ couvents, etOi La charte 
de franchise accordée en 1183, par le eomte de Vermandois, y est 
naturellement étudiée soigneusement. M. Coêt décrit les monn^ 
ments, examine les corporations et donne une bonne biographie 
des notabilités royennesi N'oublions pas le chapitre V rempÛ de 
détails^ souvent piquantSi sur la vie municipale de Roye. De nom- 
breuses planches et de bonnes pfôeee justificatives, avec une tablé, 
complètent ces deux beaux vdumes. 

E. B. 

Louis xvn, son enpakoe, sa pbisoh^ sa moat au tsmpjib, 
par R. Chaiitelauze, Paris, Didot, 1884 J un vol. 
gr. in-8, avec portrait. 

On aurait cru qu'il n'y avait plus rien à dire sur la vie de l'in- 
fortuné fils de Louis XVI, et cependant M. Chantdauce vient de 
prouver le contraire, en lui consacrant un travail plein d'intérêt 
et de faits nouveaux, qu'il a su découvrir par d'intelligentes et 
patientes recherches aux Archives nationales. 

Nous n'avons pas à insister sur le côté biographique de œ 
livre, quoique l'inédit y tienne une place respectable; noua 
signalerons surtout la démonstration coaq>lète de l'identité du 
royal mort du Temple, et la réfiitation victorieuse des fables en 
vertu desquelles tant de faux Louis XVII ont pu surgir et qud* 
ques-uns même en imposer à d'honorables personnes. Nous avons 
connu personnellement dans notra jeunesse un ecclésiastique^ cariai 
des plus respectables, qui a cru sincèrenumt à l'un de ces frua- 
saires, qui Ta reçu chez lui dans la ville que noua habitiottS-alora 



'»48 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

— il n'y a pas plus de 30 ans de cela — et n'a jamais été complè- 
tement désabusé. 

M. Chantclauze a découvert aux archives des pièces qui jettent 
réellement un jour nouveau sur ce grand procès historique ; il a 
de plus contrôlé toutes les dépositions des témoins de la longue 
agonie du prince, examiné contradictoirement tous les épisodes 
du drame et il en arrive à pouvoir conclure à T identité absolue de 
celui qui mourut au Temple, sans qu'on puisse la discuter désor- 
mais. 11 fiiudrait en eilet, pour admettre la substitution ;\ Louis XVII 
d'un enfant rnuet, scrofuleux et lui ressemblant, prouver que tous 
les témoins sont des faussaires ou des visionnaires, quand toutes 
leurs déclarations concordent parfaitement; tous ces témoins 
voyaient journellement le prince et il leur eût été impossible de se 
tromper à moins de le vouloir. Aucun des gardiens du Temple n'a 
mis en doute l'identité du royal enfant : jamais aucun d'eux ne 
s'est laissé gagner par des imposteurs ; la déclaration de la veuve 
Simon ne peut elre prise au sérieux, puisqu'elle avait quitté le 
Temple seize mois avant la mort de Louis XVII et n'y était jamais 
rentrée depuis ; tout ce qu'elle avançait d'ailleurs sur la prétendue 
évasion du prisonnier ne reposait, elle le reconnaissait, que sur 
une croyance personnelle et non sur un fait qu'elle eût vu de ses 
propres yeux. En résumé, tous les bruits d'évasion ou d'enlève- 
ment du jeune prince ne sont jamais venus que du dehors, se 
mes par la défiance des républicains ou par la malveillance de 
leurs ennemis. 

M. Chantelauze présente aussi sous un |>oint de vue très neuf le 
rôle du cordonnier Simon, qu'on a toujours donné comme ayant 
reçu la mission de hâter la mort du Dauphin. 11 démontre au con- 
' traire que Simon fut mis au Temple, non seulement |)our garder et 
torturer Louis XVII, mais surtout pour préparer les moyens de 
perdre la reine et arracher par la terreur à son iils tout ce qu'il 
pouvait savoir à la charge de sa mère et lui dicter ce qui n'exista 
jamais. Avec les documents inédits qu'il a découverts, iM. Chantc- 
lauze fait connaître par quels terribles moyens Simon força son 
prisonnier à devenir l'accusateur de Marie-Antoinette. La reine 
perdue, Simon se relâcha de sa sévérité et devînt presque doux 
pour le pauvre enfant. Cette partie du livre est d'un haut et poi- 
gnant intérêt, mais pour être juste, nous devons étendre cet éloge 

à tout le travail. 

Comte E. de Barthélémy. 



REVUE CRITIQUE DE PCBLICATIOIIS ROUTEIXES. 4W 



CORRESPONDANCE 

Goièvt, déecnbre t883. 

Monsieur, 

Permettez-moi de revenir, en qudques mots, sur la noie que 
vous avez accueillie dans le numéro de mai dernier du Bulletin 
du bibliophile^ relativement aux éditions de 1559 et 4560, de 
V Heptameron des 19ouvelles de la reine de Navarre. 

L'occasion m'en est fournie par une obligeante oommonicatîon 
de M. J. Adert, rédacteur en dief du Journal de Genève. Ce 
bibliophile émérite possède, en efiet, dans sa riche bibliothèque, 
un exemplaire de l'édition de 1560, en maroquin bleu et plats 
dorés [(belle reliure du temps). Ce volume porte sur le titre 
l'adresse suivante : à Paris || par Jean CaveiUery rue Fremenêèi, 
près le Cloz Bru \\ neau àtEnseigne de VEHoiUe d'Or (1). || 1560 || 
Avec privilège du Roy. \\ 

On n'avait pas signalé, jusqu'à présent, d'exemplaire de 1560 
au nom de Caveiller, et cette particularité mérite d'être relevée. 
En effet, si l'on veut bien se reporter au tableau qui se trouve 
p. 217 de ma note, on constatera que, si l'on connaissait déjà des 
exemplaires de 1558 et 1559> au nom de J. Caveiller (et non G. 
comme me le fait dire une Êiute d'impression), il n'en était pas de 
même pour 1560. Le volume de M. Adert vient remplir cette 
lacune. Je n'avais pu également que conjecturer l'existMUse d'exem- 
plaires de 1559, au nom de Gilles Gilles détenteur du privilège 
de 1558. Or j'ai trouvé dès lors, indiqué au catalogue de 1870 
de la librairie Fontaine, un exem|daire aux armes de Loiige|Herre 
portant sur le titre l'adresse de Gilles et la date de 1559, bien cpie , 
l'achevé d'imprimer soit celui de l'édition de 1560 (2). Ces fiiili 



(1) Oa remarquera qoe PadreMe de Caveiner ett la Mène «xaetMMBt qM 
celle de B. Prérost, l'imprimenr da ▼olasM, Mène rae «t ment — wigmi lit 
s'étaient sans doute partagé le mène local. 

(2) Il arait d& reeter en nagarin des liBnîUet de Fédhtoa de ih%% t^ Toa 
compléta au moyen de la réûaprateion de 1560^ et eela dnt ae ban ponr m 
certain nombre d'exemplairet, ear j'en ai vn nn antre ainaî néhagé. 



450 BULLETIX DU BIBLIOPHILE. 

sont ainsi l'entière confirmation que l'édition origiiuile de 4558, 
donnée par Boaistuau, a été exécutée pour le compte des mêmes 
libraires que celles de Grujet, 1550 et 1560, in-4. 11 n'y eut donc 
point concurrence entre ces différentes publications. 

La première édition fut, cela est évident, promptement en- 
levée, ce qui permit aux libraires associés, en faisant paraître 
les volumes de 1559 et 1560, de donner une rédaction plus cor- 
recte et plus complète de l'ouvrage et de continuer en même 
temps l'exploitation d'une veine fructueuse. 

Cette succession, bien rare alors, de trois éditions en trois ans 
par les soins des mêmes libraires (1), atteste ainsi d'une manière 
incontestable le succès qui accueillit, dès son apparition, cette 
œuvre si française de YHeptameron et les nombreuses réimpres- 
sions qui en parurent à Paris, Lyon et Rouen, de 1561 à 1600, 
témoignent que cette faveur ne se démentit pas durant toute la 
seconde partie du xvi® siècle. 

Je dois ajouter à pn)pos du volume de M. Adert qu'il ne porte 
pas sur le titre Tencadrcment dont j'ai parlé d'après un exem- 
plaire au n{mi de B. Prévost; on y voit, en revanche, la marque 
de Ca veiller, représentant une étoile placée au-dessous du soleil, 
le tout dans un cartouche ovale avec la devise : Solem praecurro 
sequorque ; c'était là, sans doute, l'enseigne de VEstoilie d'or. 

L'occasion faisant le larron, j'en profite pour compléter mon 
'étude sur les deux éditions de 1559 et 1560, en vous signalant 
entre elles les quelques différences suivantes à joindre à celles 
dont j'avais déjà donné la liste, la crainte de paraître trop long 
m'ayant engagé, peut-être à tort, à les passer sous silence dans 
ma première note. 

Il faut constater, tout d'abord, que dans l'édition de 1559« les 
soixante -douze nouvelles sont numérotées de 1 à 72, sans tenu- 
compte des journées, tandis que dans celle de 1 560, la numéro- 
tation recommence pour chaque journée. 

En outre, les fleurons-vignettes et capitales ornées ne sont pas 
toujours identiques dans les deux volumes^ mais ces changements 



(l)Sans compter celle de Paria, 1559, in'12, el celle aana lieu ni nom de 
libraire^ 1560, in'16. Je n'ai pu les voir, mai*! viles sont très prubablemeat de» 
copies en contrefaçon de» éditions de 1599 ou lh60, in-4. 



REVUE CRITrQUE DE PUBLICATIONS NOUVELLES. 451 

sont d'une importance trop minime pour qu'il soit utile d'en 
donner ici le détail. 

Il y aurait aussi à relever quelques petites différences dans 
l'orthographe des mots. Je trouve, par exemple, dans 1559 (f. 25 
recto, ligne 1), ojrnwr, tandis que 1560 imprime aimer. 

Enfin, la réimpression de 1560 suit toujours, comme je l'ai 
dit, page pour page, l'édition de i559, et de plus, l'identité 
s'établit généralement ligne pour ligne, mais j'aurais dû ajouter 
que cette dernière règle souffre quelques exceptions. Elles pro- 
viennent surtout du fait que les ouvriers typographes de l'édition 
de 1 559 ont beaucoup employé les signes èy Qi û au lieu des 
syllabes em^ en-, ont, on; am, an. On lit, par exemple (f. 94 
recto, dernière ligne), gentil-home y et (f. 96 recto, ligne 2), bie 
richcmêt. Jxs compositeurs du volume de 1560 évitent, au con- 
traire, le plus possible, ces abréviations passablement désagréables, 
ce qui amène de temps en temps de petites différences d'une ligne 
à l'autre entre les deux éditions, le texte de 1560 prenant alors 
plus de place que celui de 1559, mais dans ce cas, le compositeur 
de 1560 s'arrange régulièrement à regagner l'espace perdu avant 
la lin de la page, de manière à la terminer sur le même mot que 
l'édition de 1559 qu'il a sous les yeux. 

Si quelqu'un des lecteurs du Bulletin a bien voulu me suivre 
jusqu'au bout de cet aride exposé, je le prie de me pardonner 
l'ennui que je lui aurai ainsi causé. J'ai pensé, toutefois, qu'il 
serait de quelque utilité de fixer les rapports bibliographiques 
des trois premières éditions de l'un des monumens de la langue, 
de rendre à celle de 1560 le rang et l'impoVtance qui lui sont dûs 
et de rectifier, par la même occasion, quelques erreurs consacrées 
jusqu'ici, à ce sujet, par le Matiuel du libraire. 

Je serais heureux d'avoir atteint mon but, ne fût-ce qu'en 
partie, et j'en serais grandement redevable. Monsieur, à l'hos- 
pitalité que le Bulletin du Bibliophile m'a, par deux fois, si cour- 
toisement accordée. 

Alfred Cartier, 

Membre de la Société d'histoire 
et d'archéologie de Génère. 



'lôî BUIJ.ETrN DU BIBLIOPHrLE. 



NOUVELLES ET VARIÉTÉS 



— Les manuscrits grecs des bibliothèques de Paris. — La 
Bibliothèque nationale contient environ 4G00 manuscrits grecs 
répartis en trois fonds : 1^ Ancien fonds grec, comprenant 
3,117 numéros décrits dans le tome II du Catalogus codicum manu- 
scriptorum bibliothecœ regiœ (Paris, 1740, in-fol.); 2® Fonds de 
Coislin, composé de 400 numéros dont le catalogue a été donné 
par Montfaucon dans la Blbliotheca Coislianay olim Segueriana 
(Paris, 1715, in-fol.); 3** Fonds du Supplément grec, comptant 
1,009 numéros et dont V Inventaire sommaire vient de paraître 
(Paris, 1883, in-8«}. 

Parmi les autres bibliothèques de Paris, celles qui renferment 
des manuscrits grecs sont sAlement au nombre de sept et ne 
possèdent ensemble que 54 manuscrits grecs, qui sont peu connus, 
bien que quelques-uns ne soient pas sans importance. Voici l'énu- 
mération de ces bibliothèques, avec l'indication des manuscrits 
grecs qui sont conservés aujourd'hui dans chacune d'elles. 

i^ Bibliothèque Mazarine ; 20 manuscrits grecs, venus la plu- 
part de la bibliothèque de l'Institution de l'Oratoire (n*** 3, 4, 6, 
7, 8, 10, 11, 12, 13, 14) ; un autre (n** 5) provient du séminaire 
de Saint-Magloirc, dirigé également par la congrégation de 
l'Oratoire ; deux enfin (n°* 1 et 1 6) se trouvaient autrefois à l'abbaye 
de Saint-Denys. 

^^ Bibliothèque de l'Arsenal : 16 manuscrits grecs, dont trois 
(n"' 30, 31, 35} viennent aussi de la bibliothèque du séminaire 
de Saint- Magloire, à laquelle ils avaient été légués en 1661 par le 
P. André de Berziau; les autres ont appartenu aux différentes 
bibliothèques de Saint-Germain-des-Prés (n® 28), des Augustins 
déchaussés (n® 34), des Carmes âe la rue de Vaugirard (n® 21, 
auparavant de Hurault de Boistaillé), des Grands-Augustins 
(no 25), de l'Oratoire (n« 32), de la Sorbonne (n» 24), du Collège 
de Louis-le-Grand [n^ 26), de l'abbaye de Royaumont (n® 23), 
des Jésuites d'Anvers (n^ 36). 

3° Bibliothèque de Sainte^Geneviève : 8 manuscrits grecs, qui 



K0UTELLB8 ET TAllKTKS. 4&3 

paraissent tous provenir de randenne abbaye de Sainte*Geiieviève ; 
l'un de ces manuscrits (n^ 37) avait été légué à cette bibliothèque 
par Tarchevèque de Reims, Letellier ( *}- 1710) ; un autre (n* 39) 
a été écrit pour le' cardinal Charles de Lorraine (1554-1574) par 
Constantin Palaeocappa. 

4® Bibliothèque de VUiiiversité^ à la Sorbonne : 4 manuscrits 
grecs, venant : deux du Collège de Louis-le-Grand, ou de Cler- 
mont (n®* 46, 48) et un troisième du Collège de Laon (n^ 47}. 

5^ Bibliothèque de la Faculté de Médecine : 3 manuscrits grecs, 
dont un (n^ 49) semble copié de la main du célèbre médecin Paul 
Reneaulme (*}- 1624) et un autre (n* 50) a appartenu à René 
Moreau, doyen de la Faculté de médecine et professeur au Collège 
royal (f 1656). 

6^ Bibliothèque de l'Institut : 2 manuscrits grecs, qui viennent 
de l'ancienne bibliothèque de la ville de Paris, à laquelle ib 
avaient été légués par Antoine Moriau (-}- 1759}. 

7® Musée du Louvre : 1 manuscrit grec, apporté de Constanti- 
nople, en 1408, à l'abbaye de Sai^t-Denis, par Manuel Ghryao- 
loras, au nom de l'empereur Manuel PaléoIogue,« qui, quatre ans 
auparavant, avait visité la même abbaye. 

Nous recueillons ces indications d'après un précieux travail de 
M. Omont, un des savants' conservateurs de la Bibliothèque 
Nationale, intitulé : Inventaire des manuscrits grées conservés 
datis les bibliothèques de PariSj autres que ia Bibliothèque 
Nationale, paru dans les Mélanges d'érudition classique^ dédiés à 
la mémoire de Charles Graux. 1883. 

Lks Origines du phonographb. — Nous extrayons du Beeueil 
des pièces en prose les plus agréables de ce temps y par divers aU' 
theurs (Paris, Ch. de Sercy, 1658; in-12), un passage qui nous a 
paru devoir intéresser les amateurs (s'il en existe aMxnre) de k 
phonographie. 11 est tiré du chapitre intitulé : Les Nouvelles ad^ 
mirables, atti*ibué à Sorel de Souvigny. 

a II est arrivé des nouvelles d'Amsterdam qui nous apprennent 
que le capitaine Vosterioch est de retour de son voyage des terres 
australes qu'il avait entrepris parle commandement des Etats, il 
y a deux ans et demi. Il rapporte entre autres dioses qu'ayant 
passé par un détroit au-dessus de celui de Magellan et de celui du 
Maire, il a pris terre en un pays où les hoinmes sont de couleur 
bleui\ti*e et les femmes de vert de mer, les cheveux des uns el dèi 



454 UULLKTIN DU BIBLIOPHILE. 

autres de nucai\it ou de couleur de céladon. Mais ce qui nous 
étonne davantage et nous fait admirer la nature, c est de voir qu'au 
défaut des arts libéraux et des sciences qui nous donnent le moyea 
de communiquer ensemble et de découvrir par écrit nos pensées 
à ceux qui sont absents, elle leur a fourni de certaines éponges 
qui retiennent le son et la voix articulée, comme les nôtres pour 
les liqueurs. De sorte que quand ils se veulent mander quelque 
chose ou conférer de loin, ils parlent seulement de près à quel- 
qu'une de ces éponges, puis les envoient à leurs amis qui, les ayant 
reçues, en les pressant tout doucement, en font sortir ce (\u'ïl y 
avait dedans de paroles et savent par cet admirable moyen tout ce 
que leurs amis désirent : et pour se réjouir quelquefois ils envoient 
quérir dans 1 île Cromatiquo des concerts de musique, de voix, et 
d'instruments dans les plus fines de leui's éponges, qui leur ren- 
dent, étant pressées, les accords les plus délicats en leur per- 
fection. » 

— M. Daniel Bernard, ancien élève de l'Ecole des Chiirtes, 
bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal, né en 1843, est mort 
le 20 juin dernier. Il était collaborateur du Journal V Unim^ de la 
Revue du Monde BathoUque^ à V Univers illuxtre'. 

— M. Vital -Cornu vient de terminer pour la Bibliothèque Natio- 
nale un buste du savant Peiresc : Nicolas Claude Fabai de Peiresc, 
né le l" décembre 1580 et mort le 24 juin 1G37, âgé de 5G ans. 
C'était un des grands biblio|)hiles érudits de son temps, les livres 
qui proviennent de sa bibliothèque sont rares, ils portent son chiiFre 
ou monogramme sur hîs plats de la reliure. 

— M. Pascual de Gayaugos, qui continue le laborieux catalogue 
des manuscrits en langue espagnole que poSvS(Vde le Musée Britan- 
nique, va bientôt publier un quatrième volume. Le troisième, 
imprimé en i881, à Londres, conmie les deux premiers, forme un 
gros vol. gr. iu-8°, de 819 pages. 

— M. Paul .Meycr a découvert dans une bibliothèque particulière 
à Courtrai un fragment d'un ancien manuscrit, en vers français, de 
la vie de Saint-Thomas de Ciintorbéry, datant du xiii' siècle. 

— Un legs important a été fait à la ville de Paris par M. Fomey. 
Ce legs servira à créer, sur un type absolument nouveau, une 
l)ibliothè(iuc d'ouvrages d'art industriel (pic les ouvriers pari- 



N0UVBLE8 ET VAAIÉTÉS. 4&& 

siens pourront venir consulter pour se perfectionner dans leur 
profession. 

— La municipalité de la ville d'Hyères vient de fonder un 
musée et une bibliothèque dans le château Denis. Une commis- 
sion administrative, sous la présidence du savant docteur Jaubert, 
est chargée de l'installation, de Tentretieii et du développement 
des collections. 

— Le square Monge qui possédait déjà la statue de Voltaire 
d'après le marbre de Houdon, vient de recevoir la statue de 
VExchoUer Fr€uwoi$ ViUon^ bronze de M. Etdieto. 

— M. M.-O. Hartwig, bibliothécaire de Tuniversité de Halle, 
et H. Schulz, bibliothécaire de la cour de justice de l'Empire, à 
Leipzig, annoncent la création d'une revue des bibliothèques, 
dont ils seront les directeurs et qui sera publiée par la librairie 
Otto Harrassowits, à Leipzig, sous le titre de Oentralbiatt fur 
Bibliothekswesen.. U paraîtra une livraison de deux ou trois 
feuilles par mois, k partir du commencement de l'année 1884. 
Le prix de l'abonnement annuel sert de 12 marks. 

— Le prince Orioff, ambassadeur de Russie, a adressé à M. le 
Maire de Langres une somme de deux mille firancs à la sous** 
cription pour l'érection d'un monument à Denis Diderot, à 

Langres. 

— La Société des Bibliophiles russes, fondée par le prince Via. 
zeraski, il y a cinq ans environ, vient d'obtenir le titre d'impé- 
riale. Cette distinction, très méritée d'ailleurs, lui a été accordée 
sur la demande du comité des experts chargé de distribuer les ré- 
compenses aux exposants de 1882, et qui avait adjugé à la Société 
des Bibliophiles un diplôme de première classe, lequel équivaut à 
la médaille d'or 

— Tout le monde connaît les superbes chevaux de Marly qui 
se trouvent à l'entrée des Champs-Elys^, dernière ceuvre de 

» 

Coustou, mort à Paris en 1746. 

On vient de découvrir sur un état de dépenses de l'intendant du 
roi, de 1690 à 1704, que les deux blocs de marbre blanc, que 
Ransard fit venir de Carrare, pour les deux groupes que devait 
exécuter Coustou, ont coûté, rendus à Paris, 32,000 livres ;'il8 
cUiient chacun de 400 pieds cubes, ce qui établissait à- 40 (r. le 
|ûed cube de ce marbre. 



456 BULLETIN DU BIBILOPHILE. 

— M. Narducci, bibliothécaire de TAlexandrinc, vient de pu- 
blier, à Rome (1 vol. in-4), le rapport qu'il adresse au Ministère 
de l'Instruction publique sur l'utilité d'un catalogue général des 
livres imprimés de toutes les bibliothèques d'Italie. Il a démontré 
que ce projet était pratique, en dressant lui-même ce catalogue 
pour la syllabe AB, après avoir obtenu de plus de deux cents bi- 
bliothèques publiques du royaume un extrait, pour cette syllabe, 
de leur inventaire alphabétique. 

— Le correspondant madrilène du Times apprend que l'Alle- 
magne fait d'activés démarches pour acquérir la célèbre biblio- 
thèque du duc d'Ossuna, qui se compose de manuscrits précieux 
et d'éditions rarissimes d'ouvrages imprimés. L'Empereur aurait 
personnellement manifesté le désir de ne rien épargner pour assurer 
à l'Allemagne la possession de ces trésors qui iraient se joindre à 
la collection Hamilton, récemment transportée à Berlin. 

— Vient de paraître à Langi^es une brochure excessivement cu- 
rieuse : V Imprimerie et la lÀbrairic dans la Hcuite^ Marne et dans 
V ancien diocèse de Langres^ par deux membres correspondants de 
la Société archéologique de cette ville. Nous y remarquons que la 
première imprimerie champenoise fut installée à- Chablis (Yonne), 
petite ville de l'ancien diocèse de I^ngres, en 1478. L'imprimerie 
apparut à Langres à la fin du xvi'' siècle seulement. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE 

■ 

TRADUITES EN FRANÇAIS POUR LA PREMIERE FOIS 

LIVRE PREMIER 
XI. — A un ami, 

II lui annonce le retour de son jeune fils. 

La fin de Tliiver vous renverra ce corbeau que vous 
réclamez en échange d'un si grand présent. Il est muni 
d'ailes impatientes; au retour du printemps il les déploiera 
et, prenant soudain son vol, il reverra les doux trésors de 
son nid abandonné. Bien qu'alors une neige épaisse couvre 
les Alpes, et que le ciel soit chargé d'orages, l'amitié 
triomphera. Pour vous cessez vos plaintes, consolez votre 
maison attristée; cette espérance séchera les larmes de 
votre chaste épouse et diminuera son chagrin. 

XII. — A Mastino de la S cala ^ seigneur de f^érone (1). 

Guerre imminente entre la France et l'Angleterre. 

Si vous désirez savoir des nouvelles du monde occiden- 
tal, voici en deux mots ce qui se passe maintenant, car 
pour le dénouement il est caché sous le nuage du destin. 
Quand viendra l'heure qui mettra aux prises les généraux 
et tant de préparatifs militaires en mêlant les armées sur 
les champs de bataille, alors je vous ferai connaître volon- 
tiers lequel la fortune écrasera en dernier lieu et de quel 
coté se rangera la victoire. Parlons maintenant de ce qu^on 
prépare. La belliqueuse Allemagne lève des troupes in- 
nombrables ; la riche Angleterre ouvre son trésor inépui« 



(1) C'est le deuxième de ce nom, 1308«135l. 

1883. 30 



458 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

sable. Le Brabant excite son peuple invincible; la Flandre, 
en lutte perpétuelle, la suit, et le Hainaut voisin, qui re- 
cherche les prémices- de la ^erre, s'agite (ltins> ses plaines 
poudreuses. La France, devant la menace de ces attaques 
multipliées, se remue; les royaumes voisins du sangui 
naire Mars tremblent, et les rois font alliance en réunis- 
sant toutes leurs forces. 

De même que FOcéan, agité par la tempête, est boule- 
versé, il est fouetté d'un côté par le froid Borée, de Tautre 
par riiumide Auster, de Tautre par TEurus, Teffroi des 
vaisseaux ; les écueils et les rochers retentissent ; les ma- 
telots eliercbent un port sûr; les dauphins abandonnent 
précipitamment la haute mer ; et ce n'est pas tout : I» 
touomeaite bat les rivages qui résonnent au loin; ainsi les 
vents troublant la sérénité de Tair, Toccideat est maii»- 
tenant en feu. Le peuple, habitué à une longue paiob,. 
soa£Pre de cette situation inaccoutumée et palpite de orainte*. 
Les villes se lèvent, la colère appelle les jeunes gens et lesi 
vieillards, par un mouvement rapide toutes les côtes, sonft 
en fermentation. Bref, tout ce qui est placé entre rOeéan 
qui fuit et les Alpes latines court aux armes. La fin sera 
ce que les destins voudront, mais de grands événements 
se préparent (1). Plût à Dieu que ces événements fussent 
la cause de notre salut! Malheureuse Italie, foyer de luttes 
continuelles, de même que tu as combattu sans cesse dans 
Funivers en paix, maintenant que la fortune agite le 
monde, puisses-tu te reposer ! 

XIH. — ji Robert JJ, mi de Naples. 

Eloge funèbre de Denis Robeiti de Borgo-San-Sepolcro, Angnstia (T). 

Je voudrais pleurer, mais je ne puis pleurer. Au mo. 

(!) Ce yfn : 

FÛD9 eric ^eiB> Cita dnbiul:^ tad aagna paraatar 

est reproduit dans V Afrique (lll, 450). 

(1) Ce religieox, proma en 1339 à TéTêché de Monopoli, véent à la coor àê 
Naples où il mourut eu 1342. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 459 

ment où mes larmes vont couler, la iionte d'un coté, la 
tendresse de Tautre, la colère et la douleur ài'assaîllent. 
Mille exemples douloureux s'offrent k mon esprit en son- 
géant que ni la gloire, ni la puissance, ni la vertu ne 
peuvent résister à Tapproclie de la mort. Je savais cela de- 
puis longtemps, je Tai su encore mieux dernièrement (1), 
et je viens enfin d'en acquérir une nouvelle preuve. Quel 
grand homme la mort cruelle a osé ravir à l'Italie ! Mais 
la renommée, plus forte que la mort, l'a ravi à elle éter- 
nellement; elle a voulu qu'il vécût durant de longs siè- 
cles et que son nom volât par tout l'univers. Heureux 
jadis, il est maintenant au comble de la félicité. Fuyant 
la prison du corps, il a quitté volontiers cette enceinte té- 
nébreuse, car quiconque réfléchît bien a l'instabilité du 
temps, ne trouve dans la vie aucun attrait. Si quelqu'un 
a fait cette sage réflexion, c'est assurément cet homme, 
sublime par la hauteur de son génie, initié à tous les se- 
crets de la nature et habitué à deviner de loin les événe- 
ments humains. Aussi moins il a appliqué son esprit aux 
choses qui passent, plus je crois qu'il est monté d'un vol 
aisé vers les immortels, vers les palais du ciel et les 
royaumes des justes. Non, la mort impitoyable n'a point 
nui à ce grand homme, c'est moi que la cruelle a trahi, 
c'est à moi, c'est au monde et aux muses qu'elle a causé 
un tort à jamais regrettable. Elle m'a ravi un second père 
dont aucun n'est plus indulgent (2); elle a ôté au monde 
par jalousie une source de vérité qui aurait pu l'arroser 
de mille ruisseaux limpides ; elle a enlevé aux Muses Féclat 
lumineux d'un disciple comme la postérité n'en verra pas 
de longtemps. Aussi la noble Ausonie, privée d'un si bel 
ornement, le pleure; Borgo-San-Sepolcro , qu'un tel 
citoyen fera longtemps connaître sur la terre étrangère, 
déplore sa perte. 

( 1 ) Pétrarque avait perdu tout récenuaent son protecteur, Jacques de Colonna, 
cvcque de Loanbes. 

['1) Denis Roberti était le directeur spirituel de Pétrarque. 



4G0 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Vous aussi (si les yeux et le visage (Vuu si gi*and prîiice 
peuvent se mouiller de pleurs), vous lui donnerez de 
pieuses larmes, illustre rejeton des rois, Robert, que cou- 
ronnent légitimement deux grands royaumes de TEurope 
et de TAsie (1). Ne perdez-vous pas, excellent roi, une des 
principales consolations de votre vie? Qui consultera les 
astres avec vous, pour pénétrer les secrets du destin (2)? 
Qui démêlera d'avance les succès douteux des guerres, les 
troubles du monde et les fortunes diverses des gëDcraux|? 
Qui charmera vos oreilles par de doux entretiens? Ou 
([uand vous charmerez vous-même les oreilles, quel sera 
désormais le témoin capable de vous entendre expliquer 
les grands mystères des cieux, un Dieu en trois personnes 
sous une seule m.ajesté, renfantement de la sainte Vierge, 
la mort vaincue, le Tartare ouvert par un commandement, 
et cette foule de connaissances que vous possédez seul 
parmi les rois? Mais c'est surtout à moi et aux Muses qu^il 
appartient de pleurer. Pleurez donc avec moi, augustes 
sœurs, sur THélicon en deuil ; pleurez, lauriers du -bois 
sacré; pleure, divin Apollon, privé d'un chantre sublime. 
Maintenant que les deux collines du Parnasse et son aride 
vallon retentissent de lamentations; que la fontaine de 
Castalie et Cirrlia gémissent sur la perte d*un tel hôte. 
Que les grottes des Muses qu'il charmait pendant sa vie 
de ses accords mélodieux résonnent de cris de douleur. A 
présent quel honneur mérite lui survivra? Quelle récom- 
pense sera agréable a sa cendre? Que lui donnerons-nous 
qui soit digne de tant de bienfaits? Pour moi, je n*ai ab« 
solument rien; vous. Muses, accordez des vers à votre 
poète, et gravez sur sa tombe une courte épitaphe. 

Ci'git ce Denis, seul entre mille, qui fui l'ornement ei 



(t) Robert II était roi de Nnples et de JéruMlem. 

(2) Pétrarque n'a jamais cru à l'astrologie judiciaire, il fait ici une coaeeMÎoa 
aux préjugés du roi. 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 4(^1 

la nouvelle gloire de V Italie j partisan fidèle de V amitié, 
tendre pour ses amis, d'un commerce agréable, serein de 
visage et d'âme, plein de piétéy modeste dans ses actes et 
dans ses vêtements, d'un génie sublime, célèbre par son 
('loquence, la fleur des poètes, scrutateur du ciel, connu des 
astres, homme rare chez les anciens, extrêmement rare 
parmi nous, 

XIV, — A lui-même. 

Retour sur lui-même inspiré par la peste de 1348. 

Hélas! qu'encluré-je? Où les destins violents me rejet- 
tent-ils en arrière? Je vois arriver rapidement la fin du 
monde, je vois mourir autour de moi une foule de jeunes 
gens et de vieillards, et je n'aperçois nulle part un asile 
sûr, pas un port ne s'ouvre à moi dans Funivers entier, 
pas une lueur de salut ne brille à mes yeux. Partout où je 
dirige mes regards épouvantés, ils sont frappés de Timage 
de la mort. Les temples encombrés de cercueils reten- 
tissent de gémissements; des cadavres nobles et plébéiens 
gisent pcle-mêle sans honneur. Je songe à mon heure su- 
prême, et, forcé d'envisager mon sort, je me rappelle, 
liëins! que j'ai perdu de nombreux amis dont les doux 
entretiens et les visages chéris ont disparu soudain, et que 
déjà la terre sainte manque aux inhumations continuelles. 
Le peuple d'Italie ne pouvant suffire à tant de morts gé- 
mit; la France, épuisée d'hommes, pleure; les autres na- 
tions, sous quelque astre qu'elles soient situées, sont en 
deuil. Est-ce la colère de Dieu, que nos crimes méritent 
assurément selon moi? ou est-ce seulement l'injure de l'air 
par suite d'une révolution de la nature? Cette année dé- 
sastreuse s'est appesantie sur le genre humain, qu'elle 
menace d'une destruction déplorable, et un air très épais 
conspire avec la mort. Le cruel Jupiter regarde du haut de 
la voûte du ciel; de là il fait pleuvoir sur la terre des ma- 
ladies et des morts affreuses. Les Parques impitoyables 



4G2 BULLETUf DU BIBLIOPHILE. 

voudraient trancher h la fois le (il de toutes les existences, 
si elles le pouvaient, et je crains qu'il ne leur soit doonë 
d'en haut de pouvoir ce qu'elles désirent, à la vue de tant 
de pâles visages parmi la foule malheureuse et de tant de 
gens qui gagnent le noir Tartare. 

En faisant ces rctlexions, je tremble, je l'avoue, et je 
prévois les embûches de la mort prochaine. Car ni la mer, 
ni la terre, ni les cavernes sombres des rochers ne me 
montrent où je puis en fuyant cacher ma tête. La mort a 
tout vaincu et règne en souveraine dans les retraites peu 
sûres. Semblable au nautonnîer surpris par la tempête, 
qui, quand le farouche Neptune a englouti sous ses yeux 
les nefs qui voguaient de conserve avec lui, entend sa fra- 
gile carène craquer dans ses flancs, voit ses rames brisées 
se heurter contre les écueils et son gouvernail s'en aller 
au loin à travers les ondes effrayantes, j'hésite, incertain 
4u parti à prendre et certain du danger. Ainsi, lorsqu'un 
/iolent incendie s'est emparé furtivement de vieilles pou- 
tres, et que la flamme dévorante lèche les gras planchers, 
les gens qui habitent la maison, glacés d'épouvante, se 
lèvent précipitamment; le père le premier vole au sommet 
du toit pour voir autour de lui, puis, serrant dans ses 
bras son fils tremblant, il songe d'abord à le soustraire au 
danger et à traverser avec ce fardeau les flammes qui se 
dressent sous ses pas. Souvent, saisi de crainte, embras- 
sant mon âme inerte, je songe s'il y a un moyen de la 
transporter au milieu des brasiers et d'éteindre les flammes 
de mon corps dans un ruisseau de larmes, mais le monde 
me retient, la volupté impérieuse m'entraîne, et l'habitude 
plus forte me lie par de funestes nœuds. 

Voilà où j'en suis! Oui, d'épaisses ténèbres m'ont 
enveloppé d'une frayeur mortelle. Car quiconque pré- 
tend avoir songé à la mort et avoir envisagé sa dernière 
heure d'un œil impassible se trompe, ou n*a pas son bon 
sens, ou« s'il se connaît lui-même, paye d'effronterie. 
Souvent une forte indignation bien légitime pénètre dans 



ÉPTFRES Jm RÉTVl ARQUE. 4«3 

mon àme flottantCL, une jusle douleur lutte avec moi an 
dedans et au dehors, je suis vaincu par la lumière de >la 
raison, mais la passion Tem porte et résiste à ces ncd^IcB 
inspirations. Je suis ainsi retenu, je pleure à chaudes 
larmes, et je me demande fréquemment à mcfMnéme : 
« Que prépares-tu en vain? Où vas-to, malheureux -?<Mi 
penses-tu pouvoir aller par tant de détours? Certes tn 
mourras. N'est-œ pas toujours dans lespoir du repos <fme 
le travail plaît ? Pourquoi ensemencer un sable stérile? 
Pourquoi labourer le rivage ? La douce espérance abnse 
celui qui s'y attache et le fait tourner dans un cepcle. Déjà 
tu vois en arrière tes belles années, déjà les cbemeus libmos 
envahissent ton front, que tardes-tu d agir ? Jeune iîgxio- 
rant, en roulant toujours dans ta tête les choses de de- 
main, tu perdras les choses présentes, tu dépendcM 
toujours de l'avenir incertain et en te fuyant toi et ton 
bien, tu poursuivras des biens étrangers. «Gesse donc, 
cesse de fuir. Pourquoi ne pas compter sur le jour, -qn al 
t'est donné de voir, car peut'-etre demain ne Imni pcdnt 
pour toi? Si tu l'ignores, la mort £ût tout noircir {»r une 
chute facile et elle a coutume de venir à Timiiroviste. 
Pourquoi, si tu as quelque souci de toi-même^ ne pas 
commencer tout de suite ce que ton àme diffère éternel- 
lement? Peut-être as-tu la prétention de former des 
projets pour de longues années? Nourrir de grands des- 
seins au-delà du tombeau, quel aveuglement! Peux-tu, 
connaissant le cours si rapide de notre vie, bâtir ioi-iiM 
de longues espérances et confier la moindre chose an len- 
demain? Je ferai cela quand je serai poussière, quand Je 
vautour sanguinaire déchireca mes xtwmfaMB et «^ne ins 
vers hideux rongeront mes «Dtnilles^ C'est inuînlrinil 
plutôt, c'est maintenant iqu'il lauJt agir, iatndis jqne tu 
peux mouvoir tes membics ei néprîmer ton Âme, ^^pw tn 
possèdes la liberté, le plus prooiflux des inean, et <pie tu 
jouis de la vie qui t'éokappeni aont d'an 4eiMip. Jïe voi»-itn 
pas les siècles .s'éoonler d'un vcd rapide? la» nnnnleiSB 



464 BULLETni DU BIBLIOPHILE. 

se succédant poussent l'heure agile ; celle-ci chasse le jour 
et la nuit ; ceux-ci s'enfuyant, la lune revient amoindrie, 
après avoir achevé le mois. Le mois entraîne les jours et 
compose les années entières ; celles-ci amènent la vieillesse 
et la mort. C'est ainsi que le temps qui bouleverse tout 
passe avec vitesse et que la vie s'écoule sans retour. Les 
fleuves dont la pente est inclinée poussés par leurs vagues 
ne se jettent pas plus vite dans la mer ; la flèche, chassée 
par la corde frémissante, ne fend pas Tair avec plus de 
rapidité. Si tu veux te le rappeler, depuis qu^en sortant 
du ventre de ta mère, nu, pauvre, plaintif, malheureux et 
digne de pitié, tu as poussé des vagissements d*une voix 
tremblante, la souffrance, les larmes, les gémissements et 
les soucis qui torturent le cœur ont habité dans ton sein, 
pas un jour heureux n'a permis à ton ame haletante de 
mettre un terme à ses plaintes sans nombre. Tu voudrais 
respirer, mais le sort contraire te le défend. Combien je 
crains que tu ne sois forcé de fournir toute la marche 
sans pouvoir durant le trajet ranimer un peu par une 
halte salutaire tes flancs fatigués ! Déjà une grande partie 
de ta journée sVst écoulée; déjà le soir, messager de la 
mort étemelle, s'approche. Tout décrépit que tu es, tu 
formes des projets pour un long avenir ! Sur le point 
de mourir, tu dors et tu reposes tranquille sous le poids 
d'un lourd sommeil ! Vois le soleil qui court vers le 
rivage de l'Occident, pleure, tandis que tu le peux, ton 
temps perdu follement et dirige tes pas vers ta patrie 
pendant qu'une courte lueur brille encore à tes yeux du 
haut du ciel. Tu as trop vécu sans repos sur une mer 
orageuse ; reste au port, cargue tes voiles flottantes et 
rassemble tes cordages dispersés par la tempête. » 

Tandis que je roule en moi-même de telles pensées, 
souvent la colère et la souffrance font que je m^écrie : 
» Qui m'arrachera à la fureur de mon ennemi ? Qui m'en* 
lèvera de ma prison mortelle et me rendra au ciel ? Qui 
me montrera parmi tant de labyrinthes et tant de chemins 



ÉPITRES DE PÉTRARQUE. 465 

non fi^ayés la route qui mène directement aux cieux ? 
Hélas ! h quelle distance éloignée il me semble voir la 
patrie de la paix ! Je la vois comme du haut d'une mon- 
tagne écartée. Mais tout autour s'étendent des buissons 
épineux qu'lial)itcnt des chiens horribles, qu'infestent des 
brigands rapides et prêts à marcher en avant, lesquels ont 
déserté jadis les étendards du chef céleste. Hélas ! que de 
fois je me rappelle avoir tenté vainement le passage et, 
toujours repoussé, j'hésite en soupirant après une patrie 
oii il ne m'est pas permis d'aller. Qui donc me secourra 
dans mon infortune ? Qui me conduira par un chemin sûr 
oii sont les âmes saintes et le peuple bienheureux ? Et si 
je suis appesanti par la chair, si mes péchés me ralen- 
tissent, qui, me débari-assant de ma pesanteur, me don- 
nera (le revêtir les ailes de la colombe, afin que je 
m'envole vers les hauteurs et que je me repose après tant 
de maux (1). » 

Telle est maintenant ma situation. Je ne vois pas 
encore quelle fin me réservent les destins qui prévoient 
l'avenir. Jusque-là un long espoir et la crainte se dis- 
putent assidûment mon cœur. Mais le temps n'est pas 
éloigné où ma fin elle-même m'apprendi^a ce que j'ai été 
véritablement, à quel astre heureux j'ai été soumis, si 
j'ai marché vite ou lentement dans la route indiquée, et 
quel aura été à ma dernièi*e heure l'hôte de mon corps 
périssable. 

,!" (^ui me donnera des aiks comme (k la colombe, H Je volerai et Je me 
rfp'Mferai. .Ts«iumes LIV, 7.) 



466 BULLETIN DU BIBUOPHILE. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE ^'^ 



FAUTEUIL DE TARGET 

4634-1880. 



XI. 



PROSPER MÉRIMÉE, 



1803.1844-1872. 



Prosper Mérimée ressemblait à son prédécesseur par 
plus d'un côté. Ils avaient Fun et Tautre Tamour des arts 
et des lettres, la passion de la bibliographie; lis avaient 
Fun et l'autre la pureté, la correction, la fermeté du style, 
Tart de conter et le talent d'intéresser. 

Mérimée appartient quelque peu au palais, bien qu^il 
n'ait jamais mis la robe. Du collège Charlemagne, il passa 
trois ans a l'École de droit, où il prit ses licences, dont il 
a assez largement usé ailleurs qu'au palais. 

Au sortir de l'école, il ne songea nullement à faire son 
stage, et il se tourna vers les études archéologiques et lit- 
téraires. Il savait assez de grec et de latin, beaucoup d'an- 
glais et d'espagnol ; ce fut à cette dernière langue qu^îl 
emprunta ou parut emprunter son premier ouvrage. 

Le Théâtre de Clara Gazul fut publié en 1825. C'était 

(1) Voir le Bulletin de mai, join-joillet et ao&t. 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 467 

le temps de la latte la plus apdente, surtout à la scène, 
entre les classiques et les romantiques. Chaque matin nous 
apportait des traductions des théâtres étrangers; on tra- 
duisait, qui Shakespeare, qui Schiller, qui Lope de Véga 
ou Calderon. 

Mérimée profita de ce mouvement des esprits et de cette 
heure de vogue pour lancer dans le public son Théâtre de 
Clara Gazul sous un double pseudonyme, attribuant à 
une comédienne espagnole, Clara, Tœuvre originale, et h 
un Français, Joseph V Estrangey la traduction. 

Or, il advint qu'un jour, en revenant du palais, et bou- 
quinant à mon ordinaire, 

sicut meus est mes, 



je trouvai sur les quais un exemplaire du livre, avec une 
lettre autographe signée Mérimée, Je la lisais, quand un 
confrère en bibliographie que j'avais déjà plusieurs fois 
rencontré, s'arrêta à côté de moi. C'était Ch. Nodier(l). 
Ah ! me dit-il, de son air bonhomme dont il fallait parfois 
se défier, i^ous venez d'acheter le livre de Clara Gazul I — 
Aow, lui répoudis-je en le regardant, pas de Clara GazuL 

— Ou de Joseph L'Estrange^ continua- t-il, c'est tout un, 

— Pas plus de l'un que de l'autre. — Eh! de qui donc, s'il 
vous plaît ? Lq bibliothécaire de l'Arsenal voulait apfKi- 
rem ment m'éprouver. — D'un jeune auteur encore inconnu^ 
dont c'est le début, M, P, Mérimée.. — On ne peut rien vous 
apprendre^ ajouta en souriant Ch. Nodier. — Non, parce 
que la lettre que voici m'a tout appris, et je la lui pré- 
sentai. 

Il la lut à son tour et me dit : Elle est curieuse, et peut- 
être le devieudi*a-t-elle davantage avec le temps. 

Elle était adressée par le père de l'auteur à un ancien 
professeur de son fils. 

il) Qu'il m'est arrivé sonvent de rencontrer, bonqninant sur les qnds, 
Ch. ^'odier, J. Jaoin, Alfred Potiquet et mes confrères Pisson, Cet. Falateuf et 
Fontaine ! ! 



468 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Monsieur, lui écrivait-il, vous m'avez permis de vous faire hom- 
mage de la première production d'un de vos élèves. J'aurais bien 
désiré qu'il se fût adonné à quelque chose de plus sérieux, mais 
il a rencontré des amis trop complaisants qui l'ont assuré que la 
route dans laquelle il est entré par délassement peut le conduire à 
bien, tout comme celle que je lui avais indiquée ; et, au lieu d'étu- 
dier les lois sociales établies pour gouverner les hommes, il n'a 
encore étudié que les lois qui déterminent leurs penchants, et les 
actions qui en sont la conséquence. 

Je n'ai lu cet essai que lorsqu'il a été imprimé. J'aurais dâ, ]>ar 
suite de ma partialité, en être plus satisfait que ceux qui son dé- 
sintéressés ; je l'ai été bien moins, et je présume bien que vous 
penserez comme moi, à moins d'une extrême indulgence. 

Agréez, Monsieur, l'assurance des sentiments les plus distingués 
de votre dévoué serviteur. 

M^RIMKB. 

*20 août 1825. 

L'indulgence était inutile, et le public fit accueil à Tœu- 
vre de Fauteur anonyme qui, pour beaucoup, était Tespa- 
gnole Clara Gazul. 

L'anonyme avait réussi à Mcrîméc, il continua de s'^en 
servir et fit paraître encore sous un pseudonyme, celui cette 
fois de Hyacinthe Maglanov^ich, La Guzla. C'était un re- 
cueil de prétendues poésies slaves qui fut peu remarqué, 
mais bientôt suivi, sous le nom véritable de l'auteur, de 
La Jacquerie, de La Famille de Carpajal, et de la Chro* 
nique du règne de CJiarles IX, 

Mérimée, très jeune encore, comptait à peine parmi les 
hommes de lettres, lorsque le docteur Véron, homme fort 
habile en toutes choses, . . .sauf peut-être en médecine, fonda 
La Reifue de Paris, Selon son habitude, il fit autour de sa 
création un grand bruit de tambours et de trompettes, et 
appela à lui tous les talents, vieux et jeunes, jeunes sur- 
tout. Charles Nodier et Mérimée, qui n'étaient pas encore 
de l'Académie, et qui ne prévoyaient guère que l'un y rem* 
placerait l'autre, répondirent à cet appel ; au recueil non- 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 469 

veau le premier donna ses Souvenirs et quelques A'ow- 
i'elleSj le second, Le Vase étrusque^ Mateq Falconey Ta- 
fHangOj L* Enlèvement de la redoutej Ae^ Lettres de Madrid 
et de Valence» 

Il ne les écrivait pas dans son cabinet, à Paris, et sans 
sortir de chez lui, comme certains voyageurs, mais dans 
les lieux où il séjournait, car il parcourait alors TEspagne. 

C'est dans ce voyage qu'il connut la famille de Montijo 
avec laquelle il se lia intimement, et cVst à cette liaison 
qu'il dut sous l'Empire sa fortune politique. 

De ce séjour dans la famille de Montijo date raffection 
quasi-paternelle, — certains disent même toute paternelle, 
— de Mérimée pour l'impératrice Eugénie, « toujours 
bienveillante et bonne pour lui, » avec laquelle il avait son 
franc-parler, et qui, de son côté, le traitait quelquefois 
sans façon. 

La Révolution de 1848, qui s'était faite sans lui, lui 
ouvrit cependant le chemin des emplois. 

Il devint chef du cabinet de M. D'Argout, qu'il suivit 
dans ses divers ministères, à la Marine, au Commerce et 
à l'Intérieur. 

Quand M. D'Argout quitta le ministère, son chef de 
cabinet devint inspecteur-général des monuments histo- 
riques. Reconnaissons que ces nouvelles fonctions qui ren- 
draient dans les goûts et les aptitudes de Mérimée, loin 
d'être pour lui une sinécure, furent consciencieusement 
remplies. 

Il parcourut le midi et l'ouest de la France, visita TAu* 
vergue et la Corse, à la recherche de leurs monuments. 
Ses i^pports et ses travaux archéologiques pourraient 
former plusieurs volumes in-4. 

Fils d'un peintre, il maniait également bien le crayon 
et la plume, et ses Mémoires ne pouvaient que gagner à 
cette alliance de Fart et des lettres. 

L'archéologie, chez lui, ne nuisit pas à la littérature. Il 
fit pour La Revue des Deux-Mondes ce qu'il avait fait pour 



470 BULLITIN DU BIBUOPHILB. 

La Revue de Paris et écrivit pour elle ses plas charmantes 
Nouvelles : CMofnbay La Double Méprise, Carmen^ La 
Véims d*llley etc. 

Toutes ces productions révélaient les fortes quaKtés de 
style qui, de Mérimée, ont fait un maître. 

« 11 avait la acieoce de récrivaia. 

» Peu d'hommes ont été plus scrupuleux que lui dans le travail 
littéraire ; il cherchait la perfection et l'a souvent rencontrée ; 
Fenvie de mieux faire l'aiguilloanait, il respectait son œuvre et ne 
se lassait pas de la corriger. Son procédé était d'une extrême 
lenteur : il recopiait ses manuscrits, et, en les recopiant, les modi- 
fiait ; je lui ai entendu dire, — c'est l'auteur des Souvenirs litté» 
rairesy M. Maxime du Camp qui parle ainsi, — qu'il avait reco- 
pié Colomba seize fois de suite. » 

Quant rœuvrc était achevée, copiée et recopiée, il la sou- 
mettait à ses amis, écoutant leurs avis ; il la lisait ensuite 
dans certains boudoirs et certains salons, se rendant compte 
de TefTet produit, puis enfin la livrait au journal ou à la 
revue pour lesquels elle avait été écrite, recueillant avec 
soin lès jugements des critiques de profession sur la Nou- 
itelle «t sur Fauteur. 

Ces compositions, accueillies par le succès, conquirent 
bientôt au nom de Mérimée une notoriété qui lai apporta 
les suffrages de deux Académies. 

La même année, T Académie française et celle des lus* 
criptions lui ouvrirent leurs i^ngs. 

Avec décembre 1851 vint le Coup d'Etat qui lui donna 
place au Sénat, par la grâce de Tlmpératrice, qu'il avait 
autrefois connue enfant, et à la mère de laquelle il avait 
dédié Tun de ses derniers ouvrages, ï Uisioire ele don Pèdre^ 
Aussi fut*il Tun des fidèles de l'Empire. 

Il était des fêtes de Compiègne et de Fintimitë de bi 
villa Eugénie ; il écrivait pour la maîtresse du iica^ pewr 
K la dame du logis, » comme il la nomme, pour « ton 
amie, son aimable liotesse, i» des pièces qui n'ëtaîc»! pas 



LE PALAIS A L'ACADÉBflE. 471 

des plus morales, en dirigeait la représentation et s'y ré- 
servait souvent un rôle. 

(( Depuis mon arrivée ici, écrivait-il un jour à son Inconnue, 
j'ai mené la vie agitée d'un Impressario. J'ai été auteur, acteur et 
directeur. Nous avons joué avec succès une pièce un peu immo- 
rale dont, à mon retour, je vous conterai le sujet. » 

Un autre jour, lui rendant compte d'une soirée deCom- 
piègne : 

(( Le hal était s()lendide, disait-il, les costumes étaient très 
beaux, beaucoup de femmes très jolies. On était décolleté tT une 
façon outrageuse par en haut et par en bas. 

» Aussi, à cette occasion, j'ai vu un assez grand nombre de 
pieds charmants et de jarretières dans la valse 

» II y avait des anglaises incroyables. La fille de lord X..., qui 
est charmante, était en nymphe, ou quelque chose de mytholo- 
gique, avec une robe qui aurait laissé toute la gorge à découvert 
si on n'y avait remédié par un maillot. Cela m'a semblé presque 
aussi vif que le décolletage de la maman dont on pénétrait tout 
l'estomac d'un coup d'onl 

)) La princesse Mathilde était en nubienne, peinte en couleur 
bistre très foncé, beaucou}> trop exacte de costume (i). » 

Pendant toute la durée de TEmpire, et surtout dans les 
dernières années, Mérimée était l'instigateur, le directeur 
« des bals, des fêtes champêtres, des charades un peu 
lestes de Fontainebleau », le chevalier de l'Impératrice à la 
Foire au pain d'épice de la forêt. Il écrivait pour elle des 
nouvelles quelque peu grivoises et des contes par trop 
gaulois. 

Parfois « il avait avec elle bataille à soutenir, » quand il 
n'était pas de son avis, -et s'il lui arrivait de combattre ses 
projets, elle ne se gênait pas pour le malmener... poli- 
ment, et pour le traiter, en riant, de bête (2). 



(I) LeUrea k wh9 Jneonnue, qu'il eàr uAmaL mU, powr- U mimoimét Mé* 
rimé», garder ea portefooilU fpw ée \m Uvrtr à la pablieité. 

[Tj L'impératrice Bogéaie mrwà «k TotoBté- qm: amwmt éèSmàm MvpiQyeti et 



47*2 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

Je reproche d'autant moins à Mérimée d'avoir profité de 
sa faveur et de s'être mcié à toutes ces fêtes, qu'il y faisait 
participer ses amis. C'est lui qui présenta M. Viollet-le-Duc 
à Compicgne et qui obtint pour lui, de l'Empereur, les 
travaux de restauration du château de Pierrefonds et une 
chaire de professeur k l'École des Beaux-Arts. 

Ce que je lui reproche, c'est d'avoir fait trop bon mar- 
ché de la dignité de son caractère, de son titre de sénateur 
et d'académicien en signant : Le Bouffon de Votre Ma- 
jesté certaines pièces adressées à l'Impératrice. 

Ce que je lui reproche encore, ce -n'est pas d'avoir été 
libre- penseur, ni anti clérical, c'est d'avoir été avec Sainte- 
Beuve l'organisateur du fameux dîner grasdu vendredi saint. 
Et je le lui reproche moins que je ne m'en étonne, car, 
loin des influences de la Cour, il était un homme d*esprit, 
de modération et de bon sens. Or, comment avec ces qua- 
lités avait-il pu se laisser entraîner à blesser, par une pué- 
rile bravade, les prescriptions d'une religion dans laquelle 
il était né, et qui est celle de la majorité de ses compa- 
triotes î 

Si par hasard il eût tonné pendant que Messieurs du 
vendredi saint, tous esprits forts, étaient à table, qui 
sait si, comme Desbarreaux, ils ne se fussent pas levés et 
n'eussent pas jeté par la fenêtre l'omelette au lard ? Quoi 
qu'il en soit, MM. Mérimée, Sainte-Beuve et leurs con- 
vives du boulevard Montparnasse ont bien mérité les rail- 
leries de la feuille de M. Gambetta, qui n'est pas cléricale. 



ses opinions et résister à son entourage et même à l'Empereur. M. de PertigBj, 
s'il faut en croire la correspondance de Mérimée, reprochait à ce dernier wt% 
faiblesses conjugales et son manque de caractère. 

(( M. de Persigny, dit Mérimée dans une de ses lettres à M. Panini, qui cat 
parfois éloquent et toujours passionné, a dit les choses les plat fortes à ectte 
occasion. « Vous tous laissez gouverner comme moi par votre femme. Moi, je ae 
compromets que ma fortune et je la sacrifie pour avoir la paix, tandis que ▼imu, 
vous sacrifiez vos intérêts, ceux de votre fils et le pays tout entier. Tooi &îtas 
croire que vous avez abdiqué, vous perdez votre prestige et tous déeoungtt 
tous les amis qui vous restent et qui vous servent fidèlement. » 



LE PALAIS A L'ACADÉMIE. 473 

et qui les a affublés de Tépithète ridicule a de ripailleurs 
des vendredis saints. » 

Nous nous souvenons d'avoir un jour rencontré M. Mé- 
rimée dans les couloirs du Palais de Justice, et nous ap- 
prîmes qu'il venait d'ctre condamné en police correction- 
nelle à quelques jours de prison pour avoir attaqué avec 
trop de vivacité les juges qui avaient déclaré coupable son 
ami, M. Libri. 

Cette condamnation, qui frappait l'écrivain, faillit at- 
teindre le fonctionnaire, et peu s^en fallut que M. Mérimée, 
au sortir de l'audience, n'envoyât à son ministre sa dé- 
mission d'inspecteur des monuments historiques. Il crut 
auparavant devoir en appeler à la décision de l'un de ses 
meilleurs amis, haut placé au ministère de l'Intérieur, 
auquel il écrivait : 

26 mai «a «oir (1852), me Jacob, 18. 



Mon cher ami. 

J'ai été condamné ce matin à 1,000 fr. d'amende et 15 jours de 
prison pour avoir publié dans La Revue des Deux^Mondes un ar- 
ticle sur le procès de M. Libri, où le Tribunal a trouvé le délit 
d'outrage à la magistrature. 

Sans doute, cet arrêt, dont je n'appellerai point, s'adresse à 
l'homme de lettres et non au fonctionnaire ; cependant il se peut 
(]u'il mette M. le Ministre de l'Intérieur dans une certaine hési- 
tation, oserai-je dire, dans un certain embarras. 11 lui serait peut- 
être difficile de conserver dans son administration un employé 
condamné par un tribunal, et pénible de le renvoyer après de 
longs services. Voici ce que je viens demander à votre amitié. 
Veuillez me dire si cet embarras, que je soupçonne, existe en effet. 
Dans ce cas j'enverrai aussitôt ma démission de la place d'ins- 
pecteur des monuments historiques. Dans le cas contraire, il fau- 
drait que vous eussiez la bonté de demander pour moi un congé 
de 15 jours. 

1883. 31 



474 BULLETni DU BIBLIOPHILE. 

Vous ne pouvez m'obliger davantage qu'en me disant fran^ 
chôment et promptement ce que je dois faire. 

Agréez, mon cher ami, l'expression de tous me sentiments 
dévoués. 

(i) P. MiSaiMiEB. 

(1) Cette lettre inédite faisait partie de la collection d'aatographet de M. X..., 
rendue le 1*' juin 1883. Dana la même rente s'en trourait mie antre égnleoiefit 
inédite et que nous sommes d'autant plus heureux d'oITrir à nos lecteort qu'elle 
racoate d'une façon très piquante une réception chez M. le chancelier Pasqnler 
au Luxembourg et une anecdote sur M. Ed. Blanc, ancien secrétaire général au 
Ministère de l'Intérieur. 

Paiis, 16 décembre 1854. 

^ Sachez, cher et illustre ami, que je suis arriré sans encombre dans met 
fojers, gelé, transie, éreinté; que j'ai trouré ma famille en bonne santé, et qne 
Bfademoiselle C. . . s'est trourée mal en me rojant. Paris m'a semblé la plat 
belle rille du monde, peuplée de femmes tontes élégantes et jolies, ete. J*ai ▼« 
dimanche Lady Héléna, à qui j'ai dit de rotre part tout ce qne j'ai pn imaginer 
de plus tendre. Elle est toujours aussi fraîche, aussi bon enfant, aussi ronde au 
moral comme au physique, mais ses deux filles sont maigres comme des cloos. 

» Le i|iéme jour je me suis présenté au Luxembourg bien ficelé, en souliers 
remis, bas de soie et le reste. Il éuit 10 heures 1/4. P. M. Je rois des estaffiert 
arec aiguillettes sur l'épaule éteignant les bougies ; pas plus de duchesse que 
sur la main, et l'on me dit que la réception était finie. J'ai eu beau dire que je 
ne renais pas pour la réception, mais bien pour déposer le tribut de mon pro- 
fond respect, etc., etc. Le suisse, -^ car c'était un Suisse, — m'a dit qu'il ne 
pouvait prendre sur lui de m'annoncer. Force fut donc de m'en retourner arec 
ma courte honte. Le pis, c'est qu'il n'y a pas un cabriolet à une demi-lieue à la 
ronde. Je conclus ou que la duchesse et le duc roulent augmenter leur lignée et 
se couchent (td hoc de bonne heure, ou bien qu'ils sont fort délaissés et qu'ils ne 
roient que des pairs impotents, vivant dans le quartier et se couchant à des 
heures provinciales. Peeaïre. Dans les deux cas ! 

Quid dicis Thome ? 



t) Mon petit ministre me joue un autre tour. Le Roi des Français, dit-il lui a 
ordonné de m'enroyer à Fonterrault examiner les os de Richard Cour-de-Lion 
et de plusieurs de ses parents 

» Ed. Diane, secrétaire général du Ministre de l'Intérieur, avait une peur de 
chien que le duc de Bassano ne lui ôlât sa place. Après s'être fait recommander 
par le tiers et le quart, il tremblait toujours. Il travaillait pour la troisième fois 
avec le duc, lorsque celui-ci, posant la plume, lui dit d'un air grave : Mon- 
sieur, nous travaillons ensemble pour la dernière fois. Blanc tombe à la ren* 

verse, à moitié évanoui. — Ah ' Monsieur le Duc, ai-je bien entendu ? Oui 

Monsieur, il faut nous séparer ! — Blanc se met à pleurer : Monsieur le Duc 
j*ai des enfants I — Calmez-vous. Monsieur. — J'ai une femme î Remettez- 
vous. — Vous ne pouvez douter de mon zèle. — Non, vous me voyez désolé de 



I.E PALAIS A L'ACADÉMIE. 47b 

Du vivant de Mérimée, certaines lettres avaient été 
livrées a la publicité, dont quelques-unes, qui trahissaient 
des confidences imprudentes de Técrivain, avaient été ra- 
chetées par lui à tout prix. 

Depuis sa mort, des amis mal avisés ou des héritiers 
avides, fouillant ses cassettes secrètes, ont publié sa cor- 
respondance, et nous avons ses Lettres à une InconnuCy — 
qui ne Test aujourd'hui pour personne, — ses Lettres au 
Conservateur du British-Museum, M. Panizzi, ses Lettres 
à..., enfin toute sa correspondance, ou à peu près. 

Cette publication posthume a -t-elle profité à sa mémoire, 
a-t-ellc grandi sa personnalité ? Nous croirions plus vo- 
lontiers qu'elle a nui à Tune et diminué Tautre. En nous 
le montrant courtisan fin et perspicace, écrivain toujours 
spirituel, portraitiste fidèle des hommes de son temps, elle 
ne nous a rien appris ; tandis qu'en nous le montrant 
épistolier sans retenue, a la pensée libertine, au style crû 
et quelquefois assez grossier, pour que ses éditeurs aient été 
forcés a beaucoup de corrections et même de suppressions; 
(( cynique, sceptique, égoïste, coureur de ruelles, elle nous 
en a trop appris. 

L'un des écrivains les plus spirituels de la presse pério- 
dique a-t-il jugé trop sévèrement le correspondant de 
M. Panizzi quand il a écrit : 

a Un détail curieux à signaler à propos de cette correspondance, 
c'est que Télégant sénateur, racadémicien gracieusement accueilli 
par l'impératrice et par beaucoup de charmantes femmes d'esprit, 



ne pouToir coatlnuer des rapports si agréables ; mais il le faut, je le dois. — 
Blaac sanglottait l^ujours, et le Dac de s'étonner de son bon cœur. La scène 
dura nn quart d'heure avant que l'explication arrivât. Enfin, lorsque le duc de 
Bassano eut dit que c'était lui, Duc, qui quittait la me de Grenelle, Blanc ne pat 
s'empêcher de s'écrier, tant il avait perdu la tête : — Ah ! qnei bonheur I *• 

» Adieu, Tenez bientôt; tous êtes impatiemment attendu. Je tous ai annoncé 
à la marquise d'Ague^seau et à Mademoiselle C. . . Si tous savez quelque chose 
de la marquise de Montijo, dites-le moil Tout à vous. 

P. M. 
Au comte Ch. d'Aragon, au chAteau de Salies. 



47G BULLETUf DU BIBLIOPHILE. 

écrivait ses lettres confidentielles dans le style le plos crament 
gaulois ; on dirait aujourd'hui pornographique. Il a fallu corriger 
les ïjcttres €i Panizzi, atténuer et même retrancher bien des choses 
avant de les livrer au public. 

» Voilà un trait regrett«ible pour la mémoire de Mérimée. On 
peut excuser un mot rabelabien échappé dans l'excitation d'un 
dîner, dans la vivacité d'une discussion, dans la griserie d'une 
conversation surchauflée ; mais lu grossièreté à froid, la plume à 
la main, quand on s'assied tranquille à son bureau, est une vilaine 
muse à invoquer. 

» Si le fameux mot de Cambronne a été dit, certainement le 
brave général ne l'eût pas écrit au bas d'un ultimatum. » 

Mcrimce «a été du reste lui-mcme le meilleur juge, et en 
même temps le plus sévère, de ces Lettres, «c J*espère 
)i bien, avait-il plus d'une fois répété, que le feu en fera 
)i justice. » Regrettons pour Thonneur de sa mémoire que 
ce vœu n^ait pas été exaucé. 

Cette correspondance n'a point surpris ceux qui con* 
naissaient Mérimée et avaient vécu dans sa familiarité. 
Tous savaient que sa conversation avait encore moins de 
retenue que sa plume. L'un de ses confrères à rAcadémie, 
M. Maxime Du Camp, ne lui a-t*il pas reproché ses « cyni- 
ques brutalités » ; n'a-t-il pas écrit dans ses Souvenirs litté^ 
raires : 

« Dans l'intimité, lorsque l'on était entre hommes, après le 
dîner, fumant et bavardant à la volée, Mérimée déployait un cy- 
nisme extraordinaire... 

» 11 y avait chez lui une richesse d'expressions, une abondance 
de détails, un fini de description qui révoltaient, et faisaient fuir 
certains de ses auditeurs... 

» Il se vautrait dans l'immondice avec sérénité. 

» Sa petite brochure u. b., tirée à 21 exemplaires, témoi- 
gnerait au besoin de son goût pour l'ordm'e et les saletés. » 

Atteint dans ses affections et dans sa situation, Mérimée, 
qui Tavait prévue, ne survécut que peu à la chute de TEm- 

pire. 

Sans être aussi habile que Nodier dans le mécanisme de 



LE PALAIS A L'ACADEMIE. 477 

la langue, il eut plusieurs des grandes qualités de récrî- 
vain. L'abondance et quelquefois la diffusion des idées 
étaient contenues chez lui par la concision et la sobriété du 
style. Il ne sacrifiait guère à la fantaisie, étudiait la nature 
et faisait toujours poser devant lui ses modèles ; il ne mul- 
tipliait pas les détails, mais les choisissait ; aux couleurs 
brillantes il préférait les couleurs vraies. Il excellait à écrire 
une Nouvelle, et peut-être eût-il manqué de souffle pour 
mener à terme un roman. En somme, il fut Tun des écri- 
vains modernes qui forcèrent la critique et la renommée à 
compter avec eux. 

XIL 

LOUIS-LÉONARD DE LOMENIE. 
1818-1872-1878. 

La petite ville de Saint- Yrieix a eu son représentant à 
r Académie. Ce fut M. Louis-Léonard de Loménie, de la 
famille des Loménie de Brienne. 

Boursier du collège d'Avignon, il vint en 1840 faire son 
droit à Paris. Par ce côté, et sans savoir s'il fut jamais reçu 
licencié, il appartient, comme son prédécesseur, un peu 
au barreau. Ce fut, dans tous les cas, un étudiant sérieux, . 
car, durant son cours, il traduisit VHistoire du droit de 
succession en France, au moyen âge, 

La vie de M. de Loménie, assez uniforme d'ailleurs, 
est écrite dans ses livres et dans ses leçons à l'Ecole po- 
lytechnique et au Collège de France. 

En même temps qu'il traduisait Gans, il écrivait la pre- 
mière biographie de sa Galerie des Contemporains illustres, 
que sept ou huit années de travail enrichirent d'un grand 
nombre de portraits d'hommes politiques, de littérateurs, 
de savants et d'artistes. Cette galerie, qui ne compte pas 
moins de 108 portraits, dont plusieurs à peine tirés étaient 
épuisés, fut très goûtée, et V Homme de rien, son auteur, 



478 BULLETIN DU BIBLIOPHILE. 

était déjà célèbre, que M. de Lonrénie était encore in- 
connu. 

C'était un rude labeur qu'il s'était imposé ! 

(( On n'a pas d'idée, d'une vie comme la miemie, écrivait-il 
à sa mère en 1842 et 1844. Votre (ils ne quitte pas son éter- 
nelle robe de chambre et ses éternelles pantoufles. Imaginez un 
homme qui passe sa journée à lire plusieurs livi*es |K)ur en com- 
poser d'autres, et qui fait ce métier,